Lundi 6 août 2007
3 mois après la victoire de Sarkozy, Jacques Julliard revient sur les leçons de la présidentielle et interpelle le PS sur les vraies raisons de sa défaite


http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2230/articles/a351393-socialistes_croyezvous_encore_%C3%A0_vos_mythes.html


Vers le bipartisme


Quand la mousse de l'événement sera retombée. Quand les municipales du printemps prochain constitueront, comme dira alors "le Monde", un sérieux avertissement pour la majorité. Quand Nicolas Sarkozy, lassé de jouer les Fregoli de la politique française, se résignera à n'être plus que le président de la République. Alors on s'apercevra que la principale nouveauté de la récente présidentielle aura été l'entrée de la France dans le bipartisme...
La Ve République nous avait donné la bipolarisation, c'est- à-dire l'organisation de la vie politique autour de deux pôles, la majorité et l'opposition. Les électeurs sont en train de nous donner le bipartisme, c'est-à-dire la réduction de chacun des deux camps, la gauche et la droite, à un parti dominant.
Contrairement à ce que l'on prétend, la France n'est pas le pays qui a inventé la division de l'opinion en deux camps. Son idéal n'est pas le bipartisme, mais l'union nationale. L'Ancien Régime et la Révolution sont sur ce point d'accord: la seule question, mais elle est décisive, est de décider autour duquel des deux camps se fera cette union. Des grandes démocraties occidentales, la France a été la plus lente et la plus réticente à admettre que la division de la robe sans couture de l'unité nationale n'est pas un accident dû au mauvais vouloir de quelques "séparatistes" (le mot est de De Gaulle), mais une situation normale.


La dernière présidentielle, si elle est confirmée par les prochains scrutins, aura été une étape décisive dans la normalisation bipartisane. C'est la droite qui est la plus avancée dans cette voie


Nicolas Sarkozy a parachevé la démarche unificatrice qui avait été avant lui celle de De Gaulle. Il faut se souvenir que tout au long de la IIIe et de la IVe République la droite n'était pas la grande cathédrale que redoutent ses adversaires, mais une série de chapelles rivales, d'autant plus irréductibles les unes aux autres qu'elles n'étaient guère séparées que par la concurrence des personnes.
Quel ménage aujourd'hui, et quel remue-ménage ! Les petites sensibilités narcissiques qu'incarnaient encore à la veille de la présidentielle les noms de Bruno Mégret, Christine Boutin, Philippe de Villiers, Nicolas Dupont-Aignan ont pratiquement disparu. Rien ne dit qu'elles ne réapparaîtront pas, mais il y faudra du temps, et l'occasion. Ne restait donc que le Front national.
L'idée d'un ministère de l'Identité nationale et de l'Immigration fut l'arme absolue qui laissa Le Pen sans voix, à tous les sens du mot. Affaibli par le vieillissement de son leader, dépossédé de son jingle xénophobe, le Front national ne disparaîtra pas; mais il redeviendra sans doute ce qu'il était avant la grande chevauchée de Le Pen un petit noyau antirépublicain, aux tendances intégristes, xénophobes, voire fascisantes. Sarkozy, aidé par les circonstances, a réduit l'extrême-droite comme Mitterrand avait réduit le communisme. Où il est démontré une fois de plus que c'est à chacun des camps de s'occuper de ses extrémistes.


A gauche, le travail n'est pas aussi avancé,
mais la tendance est la même


Le Parti communiste, faute d'avoir rompu à temps avec son passé stalinien, est entraîné dans un inexorable processus d'annihilation. D'ores et déjà, il n'est plus guère qu'une amicale d'élus municipaux des banlieues. Comme disent les médecins, le pronostic vital est engagé. Qui se plaindrait, hormis quelques vieux nostalgiques, de la disparition de cette survivance ?
Le gauchisme, plus dynamique en raison même du coma dépassé du PC, a eu le tort de croire que le non au référendum européen de 2005 pouvait constituer la base d'un front du refus. La présidentielle et les législatives ont démontré que c'est désormais son insignifiance intellectuelle et politique qui est en cause. Pour comprendre les différences entre les trois groupuscules trotskistes qui se partagent une poignée d'irréductibles et une autre de populistes, il faut se référer au programme de transition deTrotski, datant de 1939... Cette déroute de l'intelligence ne peut être compensée par l'intense noyautage des "luttes", dont les flambées intermittentes ne sauraient tenir lieu de critique sociale cohérente.
Chez les altermondialistes enfin, le narcissisme, l'intrigue, voire la corruption, ont dégradé de façon durable un mouvement fondé sur des bases réelles, mais incapable de comprendre que l'ancien tiers-monde se rue dans le capitalisme et voit dans la mondialisation sa chance historique. Que pèse la critique de celle-ci face à un taux de croissance à deux chiffres comme celui de la Chine ?
Quant aux Verts, ils ont fait un naufrage que l'on peut croire définitif. On dirait qu'ils s'acharnent à ne retenir du grand souffle écologique qui balaie aujourd'hui la planète que ses absurdités. Comment comprendre leur acharnement anti-nucléaire, quand le nucléaire est la principale source d'énergie sans responsabilité dans l'effet de serre et le réchauffement de la planète ? Comment comprendre leur obsession, peu crédible scientifiquement, à propos des OGM ? Nicolas Hulot, en démocratisant les thèmes écologiques, a porté à l'écologie politique un coup fatal : de même que la banalisation des thèses du Front national a eu pour conséquence l'effondrement du FN comme formation séparée et monothématique, de même la banalisation des thèmes écolos, favorisée par les accidents climatiques actuels, a eu pour conséquence le naufrage des écolos comme formation séparée et monothématique.
Un mot enfin à propos du centre. François Bayrou a évidemment raison lorsqu'il affirme que le système électoral actuel l'empêche de se développer. A condition d'ajouter que la famille centriste existe certes; mais que c'est une petite famille, riche dans le meilleur des cas, de 10 à 15% des suffrages. Valéry Giscard d'Estaing a dit un jour que la France voulait être "gouvernée au centre". Rien de plus vrai, les premiers pas de Nicolas Sarkozy en sont la preuve. Mais il n'a pas dit que la France voulait être gouvernée par le centre. Paradoxalement, le gouvernement "au centre" implique un centre faible, qui permette à la gauche d'appuyer sur son aile droite, et à la droite d'avancer sur son aile gauche.
En France comme en Allemagne, le centre est condamné à rester un parti d'appoint.
Le résultat de cette évolution? C'est que jamais un grand parti réformateur de gauche n'avait eu une voie aussi dégagée. Plus de rival sérieux dans son camp, plus d'idéologie concurrente, plus d'objection à une politique franchement réformiste. Le PS a été battu une troisième fois; mais son avenir n'est nullement menacé.


La défaite intellectuelle et morale du Parti socialiste


Alors, pourquoi ces propos désabusés, ces mines attristées, ce moral en berne ? Parce que partisans, adversaires ou observateurs partagent le sentiment que le mal est plus profond qu'une défaite conjoncturelle, fût-elle répétée deux fois, parce que chacun sait bien au fond que cette défaite n'est pas volée et que le Parti l'a bien cherchée. C'est lui, plus que Sarkozy, qui en est responsable. Cette défaillance est la sienne, c'est une défaite intellectuelle et morale.


Il y a longtemps que le PS a cessé de penser et de croire ce qu'il raconte


Depuis 1989 au moins, date de la chute du Mur, la gauche tout entière est malade, parce qu'elle n'a pas su analyser ni tirer les conséquences de ce qui s'est passé. On dira que c'est injuste: les sociaux-démocrates n'ont-ils pas été toujours et partout la cible préférée des staliniens victorieux ? Alors, pourquoi devraient-ils être emportés dans le naufrage de leurs pires ennemis? Parce que, qu'on le veuille ou non, le socialisme (comme la Révolution, au dire de Clemenceau) est un bloc ! Que le communisme a été pendant près d'un siècle l'horizon d'attente du mouvement ouvrier tout entier; Jaurès et Blum, les deux parangons du réformisme, n'ont cessé de proclamer que seules les méthodes séparaient les réalistes des maximalistes.
On dira encore que tout cela est de l'histoire ancienne et que la jeunesse d'aujourd'hui a d'autres soucis. Erreur !


On ne vote jamais sur un programme, on vote sur une pensée, et même sur une arrière-pensée...


Il n'est pas besoin de relever la tête bien haut pour savoir que l'horizon est bouché, que l'orient rouge est délavé, que le soleil levant s'est drapé de deuil. Or le fait est que jamais les socialistes ne nous ont donné une analyse convaincante de ce qui s'était passé, qui engageait pourtant la vision qu'ils se faisaient de l'avenir. Il ne se passe pas d'année que l'on ne publie deux ou trois livres importants sur le nazisme, et tant mieux. Le ventre est encore fécond... Celui du communisme, la tentation du stalinisme, serait-il donc définitivement stérile? Qu'en savons-nous? En dehors du livre de François Furet, "le Passé d'une illusion", rien qui nous explique pourquoi l'un des plus beaux rêves de l'humanité s'est transformé en un immense cauchemar.
Devons-nous nous contenter de l'explication triviale en termes de déviation (le trop fameux "culte de la personnalité") ou s'agit-il d'un vice intrinsèque ? Par exemple, la concentration des pouvoirs politiques, économiques, sociaux, culturels entre les mêmes mains. Comment se désintéresser d'une aventure qui ne fut jamais la nôtre, mais qui porte au moins le même nom que la nôtre? Et l'on voudrait que ce pieux désintérêt soit sans conséquence sur notre subconscient et celui de notre électorat ?


Quand parut "l'Archipel du Goulag", un socialiste
dont par bonheur j'ai oublié le nom déclara que ce
Soljénitsyne allait nous faire perdre les cantonales !


Il y a une vingtaine d'années, Paul Veyne écrivit un petit essai pénétrant, intitulé "Les Grecs croyaient-ils à leurs mythes?" Le grand historien de l'Antiquité répondait : oui et non. Oui en public, non dans leur for intérieur. On célébrait solennellement le culte de Zeus ou d'Athéna, mais rentré chez soi on se gardait bien d'adhérer à ces blagues. C'est pourquoi je pose la question: les socialistes croient-ils encore à leurs mythes tels que la lutte des classes - encore fort à la mode du temps de Mitterrand -, le prolétariat, la nationalisation des moyens de production et j'en passe ? Si l'on n'y croit plus, alors qu'on le dise, et surtout que l'on en tire les conséquences. Trop longtemps on a cru pouvoir gagner la partie au moyen d'un logiciel que l'on savait faux. Pour un parti qui se veut le parti de l'intelligence, quel mépris de l'intelligence ! Quelle dénégation du réel ! Quel mépris de l'électeur ! Et l'on voudrait que celui- ci ne s'en aperçût pas ?
Le plus grave, c'est que cette démission de l'intelligence a produit ce qu'il faut bien appeler une imposture morale. Au propre comme au figuré, les socialistes n'habitent pas où ils militent, ils ne mettent pas leurs enfants dans les écoles qu'ils défendent, la plupart ne vivent pas comme ils sont censés vivre.


L'écart entre l'être et paraître est devenu le principal handicap social du parti, et le mérite de Ségolène Royal est d'avoir pratiqué ce qu'en d'autres temps on appelait le parler-vrai


Mais on ne comble pas en quelques semaines des décennies de mensonge. Ce que les électeurs ont salué chez elle, c'est le courage, selon le mot de Bernstein, d'oser paraître ce qu'elle était. Sans doute son programme a-t-il manqué d'ambition et de lignes générales. Mais qui, au Parti socialiste, après avoir adhéré à la synthèse du Mans, synthèse en effet de tous les mensonges, de toutes les impostures et de toutes les démagogies, aurait le front de lui reprocher d'avoir manqué à la cohérence ?
Quels masques de cire que ces éléphants ! La preuve, c'est leur débandade actuelle.
Les mêmes qui multipliaient les réserves à l'égard du rapprochement de Ségolène avec Bayrou entre les deux tours de la présidentielle ne trouvent pas mauvais un mois plus tard de se jeter dans les bras de Sarkozy. Sans parachute !


Tel qui déclarait il y a quelques jours vouloir se consacrer entièrement à la rénovation du socialisme décide tout à trac de partir à New York rénover le FMI !



Une fois de plus, on constate que les morales rigides sont moins solides que les morales souples. Une fois franchie la ligne de barbelé de l'union de la gauche, on capitule en rase campagne devant la droite et on laisse l'adversaire occuper en vainqueur le champ de bataille. Du jour au lendemain, toutes les objections à la collaboration de classe ont cédé, et l'on passe sans transition du programme suicidaire du Mans à l'acceptation ravie du pouvoir personnel de Sarkozy. Faut-il rappeler le ralliement de la majorité de la chambre du Front populaire à un autre pouvoir personnel, auquel je me garderai bien de le comparer ? Le seul point commun, c'est la faillite morale des socialistes.


Pour un nouveau départ


Il ne m'appartient pas de décider à la place des socialistes leurs orientations pour l'avenir. Que cent fleurs fleurissent, que les bouches s'ouvrent et que la vérité soit celle de ceux qui n'ont pas flanché ! Car le peuple a tenu ! Contre la télé sarkozyste, contre la bourgeoisie triomphante, contre les dirigeants socialistes défaitistes. Les électeurs sont toujours là, et on ne me fera pas croire qu'un parti qui recueille 47% des voix au second tour de la présidentielle est un parti à l'agonie. Nicolas Sarkozy le sait bien, qui pratique l'ouverture à bride abattue. Mais l'ouverture aux éléphants, pas au peuple ! Aux premiers, des places, des fauteuils. Aux autres, la franchise sur la Sécurité sociale, en attendant la TVA du même nom. Je me contenterai donc de quelques directions de recherche.


Ne pas se payer de mots

Ceux qui se rallient à l'idée sociale-démocrate quand celle-ci a cessé d'être opératoire sont des gribouilles. Faute d'un syndicalisme puissant et unifié, la social- démocratie n'est qu'un slogan creux. Quand l'Etat-providence est en crise, on ne peut se contenter de crier : vive l'Etat-providence! Il faut repenser l'ensemble de la philosophie du socialisme, inventer un socialisme de marché pour faire face à la paupérisation d'une partie de la population, au défi de la mondialisation et à l'ardente obligation d'une économie du savoir.


Réunifier la gauche

Les divergences idéologiques dont on faisait hier grand cas n'ont plus grand sens. Le PS doit se penser désormais comme le parti de toute la gauche. Comment définir une ligne d'action acceptable par les classes moyennes et les bobos, qui sont libéraux, les fonctionnaires, qui sont jacobins, les ouvriers et les employés, qui sont sociaux-démocrates, les intellectuels, artistes et gens de la communication, qui sont libertaires? La solution n'est pas dans une improbable "synthèse", dans la tradition de ces grands rassemblements de cocus que l'on nomme congrès, elle est dans la définition, au ras du réel et au plus près de l'idéal, d'une ligne nouvelle et fédératrice.


Penser la démocratie d'opinion

La démocratie participative n'est pas une solution, elle est d'abord un problème. Elle est même le problème. Les trois principaux candidats de la récente présidentielle ont compris que l'irruption de l'opinion sous toutes ses formes (médias traditionnels, réunions et manifestations publiques, internet et blogs) change les conditions d'exercice de la démocratie. L'opinion peut être, comme la langue d'Esope, la meilleure ou la pire des choses. Elle peut être cette traînée, cette fille publique dont parlait un jour Me Moro-Giafferi, prête à suivre n'importe quel beau parleur. Elle peut être aussi la forme enfin trouvée de la participation du peuple à la politique, c'est- à-dire au lieu où se traitent ses propres affaires.


Résister à la ploutocratisation de la société qui est en marche


Il n'est que de regarder ce qui se passe aujourd'hui dans la presse et les médias audiovisuels, cette formidable concentration du pouvoir journalistique en des mains qui n'ont rien à voir avec le journalisme, pour se convaincre qu'il s'agit là d'une des grandes batailles des années à venir. Ce n'est pas en soi le pouvoir de l'argent qu'il faut combattre, c'est la capacité de l'argent d'exercer le pouvoir là où il n'a rien à faire: dans la science, l'art, l'éducation, la religion, le sport, l'information. En un mot, dans tout ce qui relève de la vie intellectuelle. Notre esprit n'est pas une marchandise !


Je conclus

Les forces de gauche sont aujourd'hui face à un défi inattendu: la contradiction entre la diversification de la société, que n'avait pas prévue Marx, et la massification de l'opinion publique, qu'avait très bien prévue Tocqueville.
C'est la paresse intellectuelle qui a engendré l'effondrement de la morale socialiste. Il faut, en pensant aux générations futures, faire la révolution culturelle du socialisme français. Sinon, la jeunesse se détournera de lui.


Il ne faut pas que les fils désespèrent
parce que leurs pères ont menti

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Ceci est le texte, très légèrement amendé, de l'intervention de Jacques Julliard en tant qu'observateur externe, lors de la rencontre organisée par Ségolène Royal le 16 juillet dernier, à Paris, afin de tirer les premières leçons de l'élection présidentielle.

http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2230/articles/a351393-socialistes_croyezvous_encore_%C3%A0_vos_mythes.html

par Jacques Julliard publié dans : Le Nouvel Observateur
Dimanche 8 juillet 2007
Jeudi 28 juin 2007

Christiane Taubira : "Bousculer les partis !"

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Jacques Julliard  :  "Bousculer les habitudes"

l'immobilisme est en marche, rien ne saurait l'arrêter ...!


http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2225/articles/a348666.html

 

Ouf, voilà le calendrier du Parti socialiste fixé pour les cinq années à venir. A la quasi-unanimité, après que Jean-Luc Mélenchon eut déjoué une tentative de putsch menée par une absente. On respire. Après la déconvenue de la présidentielle, il était vital que le Parti socialiste se remette en question et bouleverse ses habitudes. C'est pourquoi :
- Une université d'été aura lieu à La Rochelle, fin août, qui établira un diagnostic sur la crise du parti.
Comme d'habitude.
- Ensuite, on nommera hardiment trois commissions chargées de proposer une adaptation du parti au monde nouveau qui nous entoure. On nous assure que le mot social-démocrate sera prononcé sans nuance péjorative.
Comme d'habitude.
- Au printemps 2008, un congrès "ordinaire" (ô combien!) désignera le successeur de François Hollande après le succès du parti aux élections municipales.
Comme d'habitude.
- En 2010, un congrès extraordinaire ( ô combien !) désignera le candidat du parti à l'élection présidentielle de 2012, qu'il perdra avec les honneurs. Des indiscrétions permettent au "Nouvel Observateur" de révéler que les quatre candidats à la candidature devraient être MM. Delanoë, Fabius, Hollande et Strauss-Kahn.
Comme d'habitude.
On aurait pu, évidemment, dire les choses plus simplement et annoncer :
1 ) qu'on se débarrasse de Ségolène Royal;
2 ) qu'on recommence comme avant.
L'essentiel est que tout le monde l'ait compris.
Comme disait jadis le regretté président Henri Queuille, l'immobilisme est en marche, rien ne saurait l'arrêter.

Un malin génie empêche les dirigeants socialistes
de parler et d'agir intelligemment :
la représentation proportionnelle

Quelle est donc, pour parler sérieusement, cette loi secrète, quel est donc ce malin génie qui, au Parti socialiste, empêche des gens intelligents de parler et d'agir intelligemment dès qu'ils se réunissent ?
Il a un nom, il s'appelle la représentation proportionnelle.
C'est elle qui explique le découpage du parti en "courants" rivaux et, la constitution de la France étant ce qu'elle est, en écuries présidentielles concurrentes.
Car en vertu des règles de vote sur les motions "en présence", c'est jusqu'à la plus petite et la plus reculée des sections du PS que cette "lottizzazione", comme disent les Italiens, s'étend et perdure.
A Trifouillis-les-Oies, la section locale du PS comprend des "fabiusiens", des "strausskahniens", des "hollandais" et maintenant des "royalistes".
L'une des particularités de la proportionnelle est d'amortir tous les mouvements d'opinion à l'intérieur et à l'extérieur du parti et de rendre les leaders absolument indéboulonnables.
De cette représentation proportionnelle, en apparence juste et équitable, en vérité fondement de la structure mafieuse du parti et de l'éléphantiasis dont il souffre, la FEN (Fédération de l'Education nationale), jadis toute-puissante, est morte.
Il ne fait guère de doute que le PS en mourra un jour.
Pour moi, qui considère depuis toujours la "RP" comme une calamité démocratique et comme le justicialisme des imbéciles, ce qui se passe depuis des années dans ce parti est une raison supplémentaire de la combattre aux élections générales. Je suis prêt à m'allier avec n'importe qui pour éviter à mon pays ce malheur, et notamment avec Nicolas Sarkozy.
Par quoi la remplacer ? Par le leadership démocratique, bien sûr.

le leadership démocratique

La majorité du parti et son leader présentent un texte d'orientation, élaboré sans souci de dosage et susceptible d'être appliqué même en cas de malheur, je veux dire de succès à l'élection présidentielle.
L'ensemble des militants se prononce pour ou contre.
En cas d'échec, l'équipe battue se retire au profit de l'opposition.
Une telle procédure éviterait le carnaval nocturne des "commissions de synthèse", qui au soir du congrès élaborent un texte où chaque "courant" apporte son grain de sel, pour accoucher d'un veau à deux têtes et à cinq pattes.
C'est le leadership démocratique qui a permis à Nicolas Sarkozy de faire l'unité de son parti autour de lui.
C'est la proportionnelle qui a infligé à Ségolène la généralisation des 35 heures et le smic à 1 500 euros tout de suite.
Elle vient d'oser dire que ce fut pour elle un handicap.
Et dire que c'est elle que l'on accuse d'hypocrisie !

 

http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2225/articles/a348666.html


par Christiane Taubira, Jacques Julliard publié dans :
Dimanche 17 juin 2007

Discours Ségolène Royal à l'issue du second tour

Ségolène Royal fixe les priorités de la future opposition


Ségolène Royal, applaudie chaleureusement à Melle, a remercié les électeurs qui, selon elle, ont "voulu donner un sens à la République". "Entre les deux tours il y a eu une prise de conscience", a-t-elle analysé.
Elle a voulu se poser immédiatement en chef de l'opposition, en estimant que la démarche de la gauche devrait être de "surveiller, protéger et proposer". "Il y a aujourd'hui quatre défis à relever : le travail pour tous et le pouvoir d'achat, la lutte contre le réchauffement climatique, l'invention de nouvelles relations Nord-Sud et la diminution de la dette", a-t-elle annoncé. "L'opposition va peser pour un bon fonctionnement des institutions", a-t-elle promis.
Dans un message à peine voilé aux dirigeants du Parti socialiste, elle a lancé : "Le travail continue, les socialistes unis et rassemblés vont montrer qu'ils en sont capables."


http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-924531@51-1,0.html


par Thomas publié dans :
Samedi 16 juin 2007
L'aiguillon de la rénovation

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-924189,0.html

 
Au soir du 17 juin, les rescapés socialistes de la vague bleue auront un double mérite. En se faisant élire ou réélire députés, ils auront résisté à l'ampleur du tsunami annoncé. Mais ils auront aussi su surmonter l'obstacle représenté par un Parti socialiste sans boussole et offrant depuis ses deux défaites consécutives du 6 mai, à la présidentielle, et du 10 juin, au premier tour des élections législatives, le désolant spectacle de ses désordres. Comme l'a reconnu Ségolène Royal, pourtant à l'origine de la dernière (et dérisoire) zizanie interne - son message sans réponse à François Bayrou qui lui a valu un désaveu du bureau national -, le 13 juin lors d'un déplacement, "toutes les disputes de l'appareil portent préjudice aux candidats".
Pour la gauche, qui peut être laminée si la très large victoire promise à l'UMP se confirme et si elle ne réussit pas à mobiliser parmi les abstentionnistes du premier tour ceux qui avaient voté pour Ségolène Royal le 6 mai, le deuxième tour des élections législatives est vraiment le scrutin de tous les dangers. Pour le PS, l'enjeu est de limiter les dégâts et donc de revenir à l'Assemblée nationale avec un nombre de députés quasiment équivalent à celui de ses sortants de 2002 (141 élus et 8 apparentés).
Depuis le début de la Ve République, les socialistes ont déjà été confrontés à trois vagues bleues : en 1968, 1993 et 2002. En 1986, la droite, qui totalisait 40,97 % des suffrages, contre 31,02 % au PS, avait remporté une nette victoire mais l'effet en avait été limité par l'instauration par François Mitterrand d'une proportionnelle intégrale à un tour. Le PS avait sauvé 212 élus. La digue proportionnelle n'avait pas joué dans les autres scrutins : en 1968, le groupe de gauche - la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS) - comptait 61 élus, auxquels s'ajoutaient 34 communistes, face à 354 députés de droite. En 1993, le PS, terrassé au premier tour avec 17,4 %, n'avait que 57 députés et le Parti communiste n'en comptait plus que 23.
Selon le niveau auquel le PS, assuré de rester cette année - piètre consolation - le principal groupe d'opposition, sans concurrence ni à sa droite ni à sa gauche, se retrouvera, celui de 1968 et de 1993 ou celui de 2002, il ne jouera pas la partie de la même manière tant pour l'exercice de son magistère de l'opposition que pour l'entreprise de rénovation qui concerne ici toute la gauche.
En 1968, comme en 1993, la marginalisation de la gauche parlementaire l'a effectivement privée de moyens pour faire entendre son opposition. Le scrutin des 23 et 30 juin 1968, à la suite d'une dissolution décidée par le général de Gaulle pour sortir de la tourmente de Mai 68, sanctionne durement une gauche alors en pleine déconfiture. La SFIO connaît ses derniers soubresauts. Président de la FGDS, François Mitterrand est contraint à un deuxième tour pour se faire réélire député de la Nièvre. Il n'a pas encore le statut de chef de l'opposition, ne s'en approchant qu'à la fin de la législature - au cours de laquelle la gauche ne dépose que deux motions de censure - après la signature, en 1972, d'un programme commun de gouvernement avec le PCF et les radicaux de gauche.
La situation n'est guère plus favorable en 1993. Avec 57 élus, le groupe socialiste ne remplit pas les conditions - un dixième au moins des membres de l'Assemblée, qui depuis 1986 compte 577 députés, soit 58 élus - pour déposer seul une motion de censure. Entre 1993 et 1997, les 6 censures soumises au vote seront présentées avec l'appoint d'autres élus de gauche. Durant cette période, l'opposition n'a pas de véritable leader. Battu en 1993, Lionel Jospin n'est pas député quand il reprend, en octobre 1995, la direction du PS. Entre 2002 et 2007, l'opposition parvient à être moins inaudible et dépose 7 motions de censure. Mais si le premier secrétaire du PS, François Hollande, est reconnu comme le leader du principal groupe de l'opposition - avec une autorité à géométrie variable compte tenu de l'ampleur des querelles socialistes - il peine à conquérir, avec une gauche très divisée, le statut de chef de l'opposition.

L'aiguillon de la rénovation

Les vagues bleues ont donc toujours affaibli la gauche. Mais plus elles ont été fortes, plus elles ont servi d'aiguillon à sa rénovation. Le tsunami de 1968 a imposé plus qu'une rénovation, une véritable reconstruction. Il a scellé le sort de la SFIO et de la FGDS. La première a cédé la place au Nouveau Parti socialiste, né au congrès d'Alfortville en mai 1969 - juste avant l'humiliante défaite de Gaston Defferre à l'élection présidentielle (5 %) -, prélude à la réunification de la famille socialiste qui a connu son apogée au congrès d'Epinay (juin 1971). Et la dissolution de la seconde a favorisé l'union de la gauche, fondée sur l'alliance entre socialistes, communistes et radicaux de gauche.
La bérézina de 1993 fait de la gauche, selon la formule de Michel Rocard, un "champ de ruines". Laurent Fabius est contraint de quitter le poste de premier secrétaire. M. Rocard lui succède et entame une reconstruction avec l'ambition, à travers des états généraux, d'arriver à un big bang qu'il ne mènera pas à son terme. Après son échec aux élections européennes de 1994 (14,6 %), il est à son tour congédié. En 1995, quand M. Jospin reprend les manettes, il relance la rénovation idéologique avec trois conventions sur la mondialisation et l'Europe, la démocratie et l'économie. Au PCF, Robert Hue succède à Georges Marchais comme secrétaire national, en 1994, et entreprend aussi une mutation doctrinale sans réussir à aller jusqu'au bout de sa démarche. C'est aussi en 1994 que les Verts, sous l'impulsion de Dominique Voynet, abandonnent le "ni droite ni gauche" et commencent à se tourner vers le PS et à explorer de nouvelles alliances.
Plus limitée qu'en 1968 et en 1993, la défaite de 2002 n'a en revanche été suivie par aucune rénovation idéologique de la gauche. A l'exception de l'année 2004 - où M. Hollande a bénéficié de trois victoires électorales (régionales, cantonales et européennes) et du succès de son référendum interne sur l'Europe -, le PS a été paralysé par la crise déclenchée par l'élimination de M. Jospin au second tour de la présidentielle de 2002. Incapable de gérer son inexorable déclin, le PCF s'est replié sur lui-même. Les Verts se sont déchirés de plus belle. Si elle est confirmée, la vague bleue de 2007, même s'il y a un sursaut des abstentionnistes au deuxième tour, va de nouveau obliger chaque composante de la gauche à se reconstruire et à se rénover. Pour le PCF, y compris au niveau parlementaire, et pour les Verts, c'est leur survie qui est en jeu. Pour le PS, il s'agira de refonder son leadership, sa doctrine et sa stratégie d'alliances. Mais quel que soit son nombre d'élus, il risque de souffrir de l'absence ou de l'insuffisance de la relève générationnelle si nécessaire à sa rénovation.

 

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-924189,0.html

 

par Michel Noblecourt publié dans : Le Monde

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