Lundi 21 mai 2007 1 21 /05 /2007 13:29

72 % des personnes interrogées sûres de leur choix


http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-912625@51-912203,0.html

 

Aux élections législatives de juin, les Français devraient offrir une large majorité à l'UMP, en lui accordant 40 % des suffrages, contre 28 % au PS et 15 % au Mouvement démocrate, selon un sondage TNS Sofres Unilog, publié lundi 21 mai par Le Figaro.
Dans cette configuration, l'UMP et ses alliés obtiendraient de 365 à 415 sièges, le PS et ses alliés de 137 à 153 sièges et le MoDem de 2 à 10 sièges.
L'indécision qui a marqué le scrutin présidentiel ne semble pas de mise pour les législatives : 72 % des personnes interrogées se déclarent sûres de leur choix, tandis que 25 % pourraient changer d'avis d'ici à la tenue du scrutin.
Tous les sondages réalisés depuis l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence donnent l'UMP largement en tête.
61 % DES SONDÉS SATISFAITS
DE LA COMPOSITION DU GOUVERNEMENT
Par ailleurs, selon ce même sondage, 61 % des Français sont satisfaits de la composition du gouvernement de François Fillon, contre 24 % de mécontents. En outre, une très grande majorité des sondés (78 % ) approuve la participation de personnalités de gauche ou proches de la gauche au gouvernement, alors que 19 % la désapprouvent. La nomination de M. Fillon au poste de premier ministre est également saluée par 60 % des personnes interrogées, alors que 28 % se déclarent mécontentes.
Du côté de l'opposition, Dominique Strauss-Kahn arrive en tête des personnalités que les Français voudraient voir mener la campagne du Parti socialiste (37 %), suivi de Ségolène Royal (33 %), Laurent Fabius et François Hollande devant se contenter de respectivement 8 et 6 %.
 

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-912625@51-912203,0.html

Par AFP - Publié dans : Le Monde
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Dimanche 20 mai 2007 7 20 /05 /2007 09:37

Candidate, elle était. Candidate, elle demeure

http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2219/articles/a344623-s%E9gol%E8ne__la_charge_de_solf%E9rino.html


Et tant pis si cela ne fait pas l'affaire des autres dirigeants socialistes. A commencer par le premier d'entre eux : François Hollande
"J'ai dit que je n'avais pas gagné ."  
La phrase a un peu de mal à sortir, mais l'honneur est sauf. Elle n'a pas prononcé le mot tabou ! Depuis son échec au second tour de la présidentielle, Ségolène Royal prend un malin plaisir à ne jamais parler de "défaite". Vendredi dernier, à Paris, au 282 boulevard Saint-Germain, elle y est de nouveau parvenue. Dans ce qui fut son quartier général de campagne, il y a du café, des macarons et une vingtaine de journalistes qu'elle souhaite "remercier d'avoir suivi cette campagne exceptionnelle". Détendue, souriante, la présidente du Poitou-Charentes fait de l'humour. Aucune explication de la défaite – "un événement comme celui-ci ne s'analyse pas sur le coin d'une table", estime-t-elle. Seul compte le message qu'elle martèle sur tous les tons : je suis là, bel et bien là, au premier plan, et pour longtemps.
Incroyable Ségolène ! En une semaine, la candidate aura déployé des trésors d'énergie pour tenter d'effacer son échec et essayer de rebondir. Samedi, en marge d'un conseil national réuni pour lancer la campagne des législatives, elle s'est même payé le luxe de réclamer que le PS désigne au plus vite son futur candidat - ou plutôt sa future candidate... - pour la présidentielle de 2012 ! N'at-elle pas vu ni entendu qu'elle avait perdu ? N'a-t-elle pas compris, ainsi que le lui suggèrent cruellement certains de ses camarades, que si le temps de la présidentielle était terminé, celui des présidentiables l'était aussi ?
Ségolène Royal n'en a cure. Elle ose tout. Le meilleur comme le pire parfois. Le plus improbable surtout. Depuis six mois, les Français ont appris à la voir avancer, apprécié son sens tactique, sa capacité à enivrer les foules et son goût de l'imprévu. Dimanche 6 mai, au soir des résultats, elle leur a offert un festival. Un coup de maître d'abord avec son intervention dès 20 heures pétantes, calculée pour s'épargner l'hallali et couper l'herbe sous le pied de ses rivaux. Un coup de folie ensuite, avec une apparition digne d'un soir de victoire, depuis la terrasse du siège du PS, rue de Solférino. Sur une petite estrade qu'elle a fait installer pour paraître plus grande, la joueuse d'échecs est redevenue la Madone. Saluant la foule du poignet, souriant aux anges, elle a même réclamé qu'on diffuse aux militants son hymne de campagne aux accords technos. Formidable déni de réalité ? Voire. Ce soir-là, la présidente du Poitou-Charentes n'a pas perdu la tête. Elle a voulu poser des jalons. "Ne pleure pas, c'était une première fois. Il y en aura d'autres", a-t-elle ainsi confié sur la terrasse à une socialiste en larmes avant de lancer, plus pragmatique, à l'adresse de son compagnon François Hollande : "Il faut bien occuper le terrain !".
Si Ségolène Royal n'a pas pleuré dimanche 6 mai, c'est qu'elle avait intégré sa défaite en lisant les sondages, trois jours plus tôt. Son abattement n'aura pas duré longtemps. Dès le lendemain, en Bretagne, elle sablait le champagne avec quelques journalistes. Pas vraiment pour un pot de départ. Mais pour clôturer le premier chapitre d'une aventure qui reste encore à écrire. Royal a perdu, elle le sait. Mais elle croit aussi tenir entre ses mains un trésor de guerre qui lui autorise tous les espoirs : 17 millions de voix se sont portées sur son nom. "C'est à la fois sa force et sa faiblesse, résume un socialiste. Elle pense que 100 % de ses électeurs ont voté pour elle, alors que la moitié s'est prononcée contre Nicolas Sarkozy..."  Mais au diable les grincheux et leurs calculs d'apothicaire ! Comme François Mitterrand en 1974 ou Lionel Jospin en 1995, Royal, battue hier au second tour, entend bien s'imposer demain comme leader de la gauche.
Comment trouver les moyens de survivre ? La première contrainte de Ségolène Royal est celle du rythme. Car pour capitaliser "ses" millions de voix, il lui faut aller vite. Elle sait que le temps est son meilleur ennemi. Le PS n'a pas prévu de se réunir en congrès avant l'automne 2008. Cela fait tard, beaucoup trop tard pour elle. Dans un an, le procès de sa campagne aura été instruit. Dans un an peut-être, d'autres lignes, d'autres alliances auront émergé de la refondation socialiste, faisant apparaître - qui sait ? - d'autres visages, d'autres profils. Dans un an enfin, les adhérents à 20 euros qui avaient fait son succès auront peut-être déserté le parti. Dimanche 6 mai sur les coups de minuit, les militants de son association Désirs d'Avenir et les jeunes de la Ségosphère n'ont-ils pas reçu sur leur portable un texto sans équivoque : "Prenez vos cartes du PS ; tous en bloc derrière Ségolène ... et on aura un parti en ordre de bataille derrière elle avec des idées neuves."
Pour frapper fort et vite, Ségolène Royal a usé, samedi dernier, du fusil à deux coups, son arme favorite. La première cartouche a été tirée devant ses 300 camarades du conseil national, à qui elle a réclamé qu'on désigne à l'avenir le futur candidat avant de rédiger le projet socialiste. Trancher la question du casting avant d'écrire le scénario ? Au PS, où "nous n'avons pas comme à droite le culte du chef qui pense pour ses troupes ",
comme le résume Henri Emmanuelli, la provocation tient de l'hérésie ! A une semaine de la défaite, elle tient aussi du non-sens tant le Parti socialiste paraît condamné à un travail de fond avant de pouvoir envisager l'avenir. Mais qu'importe ! Pour que les choses soient bien claires, Royal a tiré une seconde cartouche. Pas à la tribune celle-là, mais en coulisses. Devant les caméras, l'ex - future ? - candidate a expliqué que le PS devait désigner son champion « rapidement après les législatives », avant d'ajouter que « la solution la plus cohérente » serait que ce candidat soit aussi premier secrétaire du Parti socialiste. A bon entendeur...
Ségolène Royal, chef de parti ? Au PS, certains commencent à trouver que la plaisanterie a assez duré. Au soir des résultats, beaucoup ont assisté consternés à la petite rave party sur la terrasse de Solférino. "Je l'ai trouvé un peu impudente", glisse le jospiniste Daniel Vaillant. "On perd l'élection et elle rigole !" résume, stupéfait, Pierre Moscovici. Pour beaucoup d'élus, la perspective de voir Royal prendre les rênes de Solférino sidère autant qu'elle irrite. Il faut dire que sur le papier, la présidente du Poitou-Charentes cumule les handicaps. Socialiste depuis trente ans, elle ne s'est jamais vraiment impliquée dans l'appareil. Pendant sa campagne, elle n'a cessé de revendiquer sa liberté et de tenir le parti à l'écart. Alors, Royal a beau célébrer aujourd'hui "le talisman de l'unité"  des socialistes, ses camarades ne sont pas dupes. Au bureau national comme au conseil national, la semaine dernière, elle n'a pas pris le temps d'écouter ce qu'ils avaient à lui dire. "Je les connais par cœur", a-t-elle ainsi glissé samedi en quittant les lieux, sitôt achevée l'intervention de François Hollande.
Plus embêtant pour Ségolène Royal : le doute s'instille aujourd'hui jusque dans les rangs ségolénistes. Son refus de se représenter aux législatives - se privant ainsi d'un possible leadership de l'opposition à l'Assemblée nationale - a surpris. "Cela traduit une forme d'incompréhension des règles du jeu du pouvoir, confesse un président de région qui a fait sa campagne. Elle ne le sait pas encore, mais elle s'affaiblit ."  Ceux qui l'ont côtoyée régulièrement ces derniers mois ne doutent pas de son potentiel, mais de ses capacités à être un chef de parti. Sous couvert d'anonymat, ils confessent avoir été frappés par ses piètres qualités d'organisatrice et le manque de professionnalisme de sa campagne. La semaine dernière encore, elle a refusé de réunir ses proches, comme certains le lui conseillaient, "pour ne pas faire comme les autres... ". Elle semble aujourd'hui se battre pour que le poste lui revienne, plus que pour l'obtenir. "Quoi qu'il arrive, si elle parvient à s'imposer , il faudra imaginer d'autres modes de commandement", pronostique un premier fédéral. En clair : si Royal peut tenir la barre, il lui faudra quelqu'un de sûr et de dévoué dans les soutes.
L'heure n'est pas encore à la répartition des rôles, mais déjà des noms circulent, comme celui de son codirecteur de campagne et actuel numéro deux du PS, François Rebsamen, ou celui de son porte-parole Vincent Peillon. Le premier s'est montré très discret la semaine dernière, le second s'est emporté contre François Hollande qu'il soupçonne de jouer la montre... à raison. Car le premier secrétaire, qui assurait, en marge du congrès du Mans fin 2005, effectuer son dernier mandat, se montre beaucoup moins précis aujourd'hui. Mieux, il s'est même permis de renvoyer sa compagne dans les cordes en assurant que le temps n'était pas venu de parler de 2012.
Dans un ironique retournement de situation, François Hollande se retrouve à nouveau au centre de l'échiquier socialiste. Lui, dont plus personne ne voulait il y a une semaine, est aujourd'hui le seul à pouvoir, pour quelques mois encore, tenir la boutique et museler les ambitions. "Rien ne se fera sans lui ou contre lui", assure un proche de Ségolène Royal. Difficile pour autant d'imaginer qu'elle puisse continuer à faire « avec lui » durablement si elle veut prendre la tête du Parti socialiste. Pour l'instant, elle le préserve autant qu'il la protège. Il est à la fois le maître du calendrier, le fusible et le plus petit dénominateur commun de ses ennemis. Ce n'est pas la première fois que cela lui arrive. La dernière, c'était en 2002, juste après la déroute de Lionel Jospin. On connaît la suite.

http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2219/articles/a344623-s%E9gol%E8ne__la_charge_de_solf%E9rino.html

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Hollande : après les législatives,
"tous les débats" ouverts au PS

... y compris à propos du "leadership" du Parti socialiste, affirme son Premier secrétaire au JDD. Le gouvernement d'ouverture "n'est que débauchage individuel", ajoute-t-il

http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/elections_2007/20070520.OBS7904/hollande__apres_les_legislativestous_les_debats_ouverts.html

 

François Hollande, Premier secrétaire du Parti socialiste, déclare que "le PS ouvrira tous les débats" après les élections législatives, y compris à propos du "leadership", dans un entretien paru dans le Journal du Dimanche.
Interrogé sur sa priorité au lendemain des élections, François Hollande répond : "le PS ouvrira tous les débats, sur toutes les questions, celle de notre ligne politique, des formes de notre action, des structures permettant le rassemblement et bien sûr celle du leadership".
"Son calendrier sera maîtrisé et décidé de façon collective", ajoute-t-il. "Rien ne sera occulté, rien ne sera différé. Il s'agit de nous mettre en ordre pour les années qui viennent. Je m'en porte aujourd'hui garant".

"Juin 2007" d'abord
Depuis la victoire de Nicolas Sarkozy face à Ségolène Royal le 6 mai, plusieurs personnalités du Parti socialiste ont blâmé François Hollande.Le député du Val-d'Oise Dominique Strauss-Kahn l'a qualifié de "principal responsable" de la défaite présidentielle. Manuel Valls, député-maire PS d'Evry (Essonne), a affirmé que le Premier secrétaire devrait "céder la place à un moment ou l'autre".François Hollande réaffirme dans le JDD : "la préoccupation immédiate de tous les socialistes aujourd'hui, c'est juin 2007". Selon lui, "le cycle électoral ouvert par la présidentielle n'est pas clos".
"Diviser"
Le numéro un du PS estime par ailleurs qu'en formant un gouvernement d'"ouverture", il ne s'agit pas pour Nicolas Sarkozy "d'unir, mais de diviser".
"Et ce en donnant une image de la politique qui n'est pas la nôtre. Pour Nicolas Sarkozy, elle n'est que ruse, artifice et compromission quand, pour nous, elle est fondée sur la cohérence des choix et le respect des convictions", affirme François Hollande.
"Comment appeler 'ouverture' ce qui n'est que débauchage individuel?", commente le patron du PS. "Toute l'opération engagée par le président de la République doit être regardée à l'aune de ce seul objectif: obtenir une majorité aussi large que possible (aux législatives) à sa seule dévotion et avoir les mains libres pour mener à sa guise sa politique de rupture".
Concernant le nouveau ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, François Hollande considère qu'il "est désormais lié à une équipe au sein de laquelle c'est le ministère de l'Identité nationale et de l'Immigration qui délivrera les visas et sera responsable de la politique de 'codéveloppement'".
"C'est le chef de l'Etat qui définira seul la politique étrangère de la France", assure le Premier secrétaire du PS, avant d'ajouter: "Ai-je besoin d'évoquer, comme récompense au transfuge, un 'secrétariat d'Etat à rien du tout' ou la prime donnée à la captation d'amitié ou d'héritage ! Cette méthode n'honore pas son auteur".


http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/elections_2007/20070520.OBS7904/hollande__apres_les_legislativestous_les_debats_ouverts.html

Publié dans : Le Nouvel Observateur
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Dimanche 20 mai 2007 7 20 /05 /2007 01:35

 "Le PS est le seul en Europe à avoir choisi la politique de l'autruche"


http://www.liberation.fr/transversales/weekend/254732.FR.php

 

La gauche française se retrouve-t-elle désormais dans une situation comparable à celle d'autres pays européens après une sévère défaite ? Ce qui s'est passé en 2001 en Italie quand Berlusconi a battu une deuxième fois le centre gauche fournit un sujet de réflexion. Compte tenu de l'ampleur de sa victoire (un peu comme celle de Sarkozy aujourd'hui), l'opposition avait choisi d'adopter un profil responsable en refusant de diaboliser Berlusconi. Les manifestations dans la rue se sont alors multipliées ­ la fameuse contestation du cinéaste Nanni Moretti, les rassemblements autour des palais de justice et des sièges de la RAI considérés comme menacés par le gouvernement de droite. Ces mobilisations critiquaient la timidité de l'opposition parlementaire qui, toutefois, a fini par récupérer ces mouvements de radicalité en leur donnant une perspective politique.
En France, le PS sera peut-être confronté à un problème comparable. Le choix d'une opposition résolue mais responsable peut-il ouvrir un espace sur sa gauche qui se manifesterait par l'agitation sociale, des manifestations contre la future réforme sur l'autonomie des universités ou le service minimum dans les transports ? Aucune prophétie n'est possible, mais ce qui est certain, c'est que la gauche de la gauche semble politiquement en difficulté.
Le PCF arrive au terme d'un long processus. Il a été le premier parti de France après la guerre, puis le premier parti de gauche (1 électeur sur 4 votait communiste sous la IVe République) ; en 1981 quand Mitterrand a été élu, le PC obtenait encore 15 % des voix. Avec moins de 2 % cette année, le PC est devenu presque un groupuscule. Il conservera néanmoins un certain nombre de députés, il dispose encore de militants (vieillissants), de quelques bastions municipaux et d'un peu d'argent. Mais les communistes ne peuvent plus constituer un pivot de l'alliance pour le PS. Par ailleurs, on avait assisté depuis une décennie à une progression électorale des trotskystes : portés par la conjoncture des luttes sociales, de l'altermondialisme et des mobilisations de la jeunesse. Le succès du «non» au référendum de 2005 leur avait donné beaucoup d'espoir. Incapable de se mettre d'accord sur un candidat unique qui aurait pu considérablement gêner Ségolène Royal, la gauche de la gauche sort très affaiblie de cette présidentielle en dépit du relativement bon score d'Olivier Besancenot. Paradoxalement, cette lourde défaite de la gauche offre une fenêtre d'opportunité pour le PS.

En Italie, les communistes et anciens communistes se retrouvent au pouvoir dans une coalition avec des chrétiens et des centristes... 
En 1991, le PCI a cessé d'être communiste. Il est devenu le Parti démocratique de la gauche (PDS), puis les Démocrates de gauche. Il est allé vers la social-démocratie, sans en prendre le nom. La minorité qui a préféré rester communiste s'est scindée en deux : le Parti de la refondation communiste et le Parti des communistes italiens. Ces deux partis représentent ensemble plus ou moins 8 % des voix. Après avoir longtemps hésité, ils ont accepté de participer à la coalition pour l'emporter en étant unis face à Berlusconi au scrutin de 2006. Prodi a gagné de la sorte. Le revers de la médaille est que cette coalition très hétérogène est divisée sur l'économie, le social, les questions de société (comme la reconnaissance ou non des droits des couples homosexuels) et la politique internationale. Ces tensions n'aident pas à gouverner. En France, l'extrême gauche ne veut pas entendre parler de coalition (comme d'ailleurs les trotskystes en Italie). La LCR et LO excluent toute possibilité d'alliance, évidemment avec Bayrou et ses amis, et même pas avec le PS. Le PC essaie de se couvrir à gauche, car il est tétanisé par la LCR qui par deux fois l'a dépassé lors d'une présidentielle. Cela dit, le PC sait que pour préserver quelques députés et ses dernières municipalités, il doit faire alliance avec le PS. Un PS qui ne lui fera vraisemblablement pas de cadeaux cette fois-ci...
Le Parti socialiste français risque-t-il de disparaître ? 
Je ne crois pas. C'est le seul parti à gauche qui peut donner des présidents de la République, des Premiers ministres et qui peut constituer une majorité parlementaire. Il a augmenté notablement le nombre de ses adhérents au cours de cette année et il offre la possibilité de faire des carrières politiques. Avec en plus un mode de scrutin qui pousse à un système bipartisan. Dorénavant, il n'y a que deux grands partis en France : l'UMP et le PS. Jusque dans les années 80, nous avions deux grands partis dominants flanqués de deux partis mineurs mais influents, l'UDF à droite et le PC à gauche. Si la raison l'emporte ­ mais les passions jouent aussi un rôle en politique ­ le PS devrait limiter les risques d'éclatement.
Reste à savoir pour quoi faire. Que veut dire socialisme aujourd'hui ? Que signifie le réformisme dont, non sans hésitation, il se réclame et comment le rendre attractif ? Quelle prise peut-il avoir sur la société ? Le PS va-t-il se borner à expliquer que la victoire de Nicolas Sarkozy s'explique parce qu'il est l'homme des grands médias, des patrons et du fric ? Ou la gauche va-t-elle se demander si cela ne traduit pas des bouleversements substantiels de la société et de la politique ? Sur toutes ces questions, il y a un très gros déficit de travail au PS. Car si Ségolène Royal a réussi à conquérir les voix des jeunes de 18-24 ans et à reprendre pied dans les catégories populaires qui avaient déserté Jospin en 2002, il reste encore beaucoup d'ouvriers et d'employés qui votent pour Le Pen et qui ont donné leurs voix à Sarkozy au second tour. Le PS est, comme toute la gauche, un parti du secteur public.

C'est une exception française ? 
Non. Partout en Europe, les électeurs de gauche sont plutôt des gens de haut niveau d'instruction, vivant dans des grandes villes, ouverts culturellement, et appartenant le plus souvent au secteur public. Tous les partis de gauche ont reculé dans le monde ouvrier. La classe ouvrière s'est elle-même métamorphosée, les ouvriers travaillent souvent dans des petites entreprises et n'exercent plus les mêmes activités que dans un passé récent. En plus, les catégories populaires partout en Europe se sentant en insécurité dans leur vie quotidienne ont la tentation d'aller vers des partis de droite ou des partis populistes comme ceux de l'extrême droite dont le discours sécuritaire les rassure.
En France, la gauche a beaucoup de mal à admettre ce que le reste de la gauche en Europe a parfaitement compris : la logique de choix individuel est maintenant un trait dominant de nos sociétés qu'il ne faut pas occulter, mais au contraire comprendre pour y apporter des réponses de gauche. En France, la réflexion du Parti socialiste sur les mutations de nos sociétés est à peu près au niveau zéro.

Pourquoi ce "niveau zéro de la réflexion" ? 
Il faut mettre sans doute cela en relation avec la base sociale de la gauche. Regardez la composition des partis : les membres du secteur public au sens large représentent 62,3 % des délégués du 33e congrès du PCF en 2006, 64 % des délégués du congrès de la LCR en 2003 et 71 % des délégués du PS du congrès de Grenoble en 2000.
La défense du service public est devenue l'un des thèmes fondamentaux de la gauche française. Elle adopte une position défensive quand ses adversaires sont offensifs, accaparent le thème du changement et l'accusent du coup d'être conservatrice. En outre, une compétition à l'intérieur de la gauche s'est engagée avec la LCR et le PC qui ont fait de la défense des services publics leur grand cheval de bataille. Le PS devrait peut-être répondre à la volonté de Sarkozy de ne remplacer qu'un fonctionnaire sur deux qui partent à la retraite en n'argumentant pas simplement sur leur nombre, mais encore sur leur travail, leur répartition, leur formation, l'évolution de leurs compétences ou de leurs carrières, les critères d'avancement, etc. Ce sont des grandes questions qui déterminent pour une part l'évolution de nos sociétés contemporaines. Rocard avait jugé qu'il revenait à la gauche de réaliser cette modernisation, Jospin eut le courage d'en parler, depuis le PS ne dit plus rien et Ségolène Royal a improvisé dans l'urgence quelques réponses...

Les socialistes européens sont-ils plus avancés ? 
C'est le Labour et notamment Tony Blair qui, parmi les premiers, a cherché à se confronter aux transformations de la société britannique après des années d'échec électoral. Son raisonnement était le suivant : si nous avons échoué, c'est que le monde a changé, le Labour doit donc changer. Le débat a également été déclenché dans le SPD en Allemagne, dans la social-démocratie suédoise, au sein des Démocrates de gauche en Italie, dans le Parti socialiste ouvrier espagnol, au Parti socialiste européen, dans l'Internationale socialiste... Le seul à avoir choisi la politique de l'autruche, c'est le PS français. Qui a diabolisé tout de suite Tony Blair en le qualifiant de «social-libéral» comme certains disaient de Rocard qu'il incarnait «la gauche américaine» .
De son côté, Blair, par exemple, a mis beaucoup d'argent dans les services publics, mais ce geste a été assorti d'une série d'exigences sur l'évaluation des politiques publiques et des projets. En Italie, la gauche, en négociant avec les syndicats, a entamé une grande réforme de l'administration publique avec une volonté de simplification, de transparence envers les usagers ou des augmentations au mérite. Ces gauches-là ont pris des coups, elles ont perdu une partie de leur électorat, mais elles ont réussi à s'ouvrir à d'autres catégories sociales. Elles défendent la nécessité du service public ­ c'est ce qui les distingue de la droite ­ notamment dans certains domaines, comme l'énergie ou les transports, mais s'efforcent de les moderniser.

Il y a donc une singularité idéologico-culturelle française ? 
C'est le poids de la culture du conflit, de l'affrontement et de la radicalité, qui vient de loin : la scène primitive se joue avec la Révolution française et se véhicule sur plus de deux siècles. Certes, de nos jours, les Français ne veulent pas la révolution, mais ils sont attachés à l'idée que ce qui compte, c'est le choc et la rupture. L'idée étant que la gauche doit être dure face à ses «ennemis» . D'où la diabolisation de Sarkozy qui ne demandait que ça. La France fonctionne encore souvent sur la trilogie des «anti» : l'anticapitalisme baptisé maintenant l'antinéolibéralisme, l'antiimpérialisme qui aujourd'hui s'appelle l'antimondialisation et l'antifascisme. Ce triptyque est profondément ancré dans l'histoire de la gauche. Pour preuve, ces sondages réalisés chez les électeurs de gauche à propos de l'ouverture vers le centre qui montrent leur opposition à cette perspective, hormis, et c'est important de le souligner car cela indique une grande évolution, chez les sympathisants socialistes. En France, le centre est historiquement associé à la droite et un accord avec lui est assimilé à une "compromission"  inacceptable. Cela singularise la gauche française.
Aujourd'hui donc, il n'y a pas de place pour un centre ou une grande coalition ? 
A cause de ce système bipartisan, le parti du centre est quasi mort-né, ce qui n'empêchera pas Bayrou d'espérer se représenter en 2012. Le PS tire le constat qu'il n'y a plus d'union de la gauche possible faute de combattants (le PC et les Verts sont anéantis). Il a alors deux possibilités, me semble-t-il. Il peut à l'avenir intégrer en son sein ou dans un autre parti refondé une composante modérée comme le font nombre d'autres partis sociaux-démocrates européens. Ou il peut s'orienter vers une alliance avec le Mouvement démocratique. Pour le moment, c'est quasi impossible puisque Bayrou veut, lui, créer un pôle centriste indépendant. Dans les deux cas de figures, cela supposera que le PS s'engage parallèlement dans une profonde analyse des attentes politiques des citoyens et des changements de la société en abordant des sujets essentiels, comme par exemple celui des salariés du privé ou des jeunes qui ne bénéficient pas des avantages du «socialisme pour une seule génération» ­ selon la formule d'un sociologue italien ­ qui a été mis en place. Il devra aussi engager un véritable travail de pédagogie envers ses troupes. Il s'agira alors de changer son ADN, sa culture, son identité. Cela représente un travail de très longue haleine qui pourrait aboutir à une synthèse des réformismes à l'instar de ce qui s'opère en ce moment en Italie avec la création du Parti démocratique regroupant les démocrates de gauche et les centristes de la Marguerite.
Professeur des universités, historien et politiste, Marc Lazar est directeur de l'Ecole doctorale de Sciences-Po. Spécialiste des gauches communistes et socialistes en Europe et de la politique italienne, il dirige au Ceri (CNRS-Sciences-Po), le groupe d'études et de recherches pluridisciplinaires sur l'Italie contemporaine. Il a notamment publié, avec Stéphane Courtois, Histoire du Parti communiste français, PUF, 2000 ; le Communisme, une passion française, Perrin, «Tempus», 2005, et l'Italie à la dérive. Le moment Berlusconi, Perrin, 2006. Il prépare actuellement un livre sur La Gauche française et les services publics à paraître chez Perrin et un livre collectif sur l'Italie depuis 1945 chez Fayard.



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Vendredi 18 mai 2007 5 18 /05 /2007 11:13
La composition du gouvernement de François Fillon a été annoncée, vendredi 18 mai, par Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-911679@51-907099,0.html

 

 L'équipe gouvernementale comporte quinze ministres et quatre secrétaires d'Etat. Elle rassemble sept femmes et douze hommes (dont quatre sont secrétaires d'Etat)


Premier ministre
François Fillon
UMP, 53 ans


Ministre  d'Etat, ministre de l'écologie, du développement
et de l'aménagement durable

Alain Juppé
UMP, 61 ans


Ministre de l'économie, des finances et de l'emploi
Jean-Louis Borloo
Parti radical, 56 ans


Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer
et des collectivités locales

Michèle Alliot-Marie
UMP, 60 ans


Ministre des affaires étrangères et européennes
Bernard Kouchner
Parti socialiste, 67 ans


Ministre de l'immigration , de l'intégration,
de l'identité nationale et du
codéveloppement
Brice Hortefeux
UMP, 49 ans


Ministre de la justice
Rachida Dati
UMP, 41 ans


 
Ministre du travail,
des relations sociales et de la solidarité

Xavier Bertrand
UMP, 42 ans


Ministre de l'éducation nationale
Xavier Darcos
UMP, 59 ans


Ministre de l'enseignement supérieur
et de la recherche

Valérie Pecresse
UMP, 39 ans



Ministre de la défense
Hervé Morin
UDF-majorité présidentielle, 45 ans


 
Ministre de la santé, de la jeunesse et des sports
Roselyne Bachelot
UMP, 60 ans

Ministre du logement et de la ville
Christine Boutin
UMP, 63 ans



Ministre de l'agriculture et de la pêche
Christine Lagarde
51 ans


Ministre de la culture et de la communication,
porte-parole du gouvernement

Christine Albanel
51 ans



Ministre du budget, des comptes publics
et de la fonction publique

Eric Woerth
UMP, 51 ans


Secrétaire d'Etat chargé des relations
avec le Parlement, auprès du premier ministre

Roger Karoutchi
UMP, 55 ans


Secrétaire d'Etat à la prospective et évaluation
des politiques publiques, auprès du premier ministre

Eric Besson
ex-PS, 49 ans

Secrétaire d'Etat aux transports, près le ministre de l'écologie
du développement et de l'aménagement durable

Dominique Bussereau
UMP, 54 ans



Secrétaire d'Etat aux affaires européennes, près le ministre
des affaires étrangères et européennes

Jean-Pierre Jouyet
53 ans


Hors gouvernement
Martin Hirsch
43 ans,

président d'Emmaüs-France, est nommé haut commissaire
aux solidarités actives contre les pauvretés


 http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-911679@51-907099,0.html

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Ouverture, rassemblement, parité

Les places dans ce gouvernement de 15 ministres étaient chères

http://www.rfi.fr/actufr/articles/089/article_51950.asp


Nicolas Sarkozy et François Fillon ont pourtant respecté l’engagement pris durant la campagne électorale d’appliquer le principe de la parité. C’est la première fois qu’il y a sept femmes pour huit hommes dans une équipe gouvernementale. Michèle Alliot-Marie quitte la Défense, qu’elle occupait dans le gouvernement de Dominique de Villepin, pour l’Intérieur. Elle se retrouve au troisième rang dans l’ordre protocolaire. C’est la première fois qu’une femme occupe ce portefeuille. L’entrée dans le gouvernement de Rachida Dati, la porte-parole de Nicolas Sarkozy durant la campagne électorale, est particulièrement symbolique. D’une part, parce qu’elle accède pour une première nomination à un ministère très important, celui de la Justice. D’autre part, parce qu’elle est jeune (41 ans), qu’elle a eu un parcours atypique et qu’elle a des parents issue de l’immigration.

Parmi les nouvelles têtes, on trouve aussi Valérie Pécresse, députée et porte-parole de l’UMP, qui devient ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Christine Albanel, qui était jusque-là présidente de l’établissement public du Château de Versailles et «plume» de Jacques Chirac, est la troisième femme du gouvernement dont c’est la première nomination. Elle prend la tête du ministère de la Culture et de la Communication mais devient aussi porte-parole du gouvernement. Christine Boutin accède elle aussi pour la première fois à une responsabilité ministérielle (Logement et Ville). L’équipe féminine est complétée par deux figures plus habituées aux rouages gouvernementaux : Roseline Bachelot-Narquin (Santé, Jeunesse et Sports) et Christine Lagarde (Agriculture et Pêche).

Kouchner, tout un symbole
Le casting gouvernemental a aussi été innovant en matière d’ouverture politique. Nicolas Sarkozy et François Fillon ont repris à leur compte ce thème qui a été au cœur de la campagne électorale et dont le centriste François Bayrou avait fait son principal argument. Le gouvernement qui vient d’être formé regroupe, en effet, des personnalités du centre et de gauche. Hervé Morin, président du groupe UDF à l’Assemblée nationale et qui avait soutenu François Bayrou durant la campagne présidentielle, a été choisi pour occuper le poste de ministre de la Défense. C’est sa première nomination dans un gouvernement. Il incarne donc cette mouvance centriste qui a choisi de se rallier à Nicolas Sarkozy après le premier tour de la présidentielle et à laquelle le nouveau chef de l’Etat a promis une place dans la majorité.
Mais c’est l’arrivée de  Bernard Kouchner, ancien ministre socialiste de la Santé, qui est la plus symbolique. Celui que l’on a surnommé le «French doctor », co-fondateur de Médecins sans frontières (MSF), a accepté le Ministère des Affaires étrangères et européennes.  Le choix de ce portefeuille n’est pas dû au hasard. Il est à la fois prestigieux et peu sensible dans le sens où il n’y a pas de désaccords fondamentaux entre la droite et la gauche sur la politique internationale de la France. Une autre personnalité de gauche a d’ailleurs été nommée comme secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, auprès du ministre des Affaires étrangères. Il s’agit de Jean-Pierre Jouyet, ancien directeur de cabinet de Jacques Delors à Bruxelles mais aussi de Lionel Jospin, et proche de François Hollande. Eric Besson, le transfuge du Parti socialiste, qui avait quitté sa formation avec fracas pendant la campagne électorale, obtient lui aussi un secrétariat d’Etat rattaché au Premier ministre. Celui de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques.

Grincements de dents chez les "sarkozystes"
Cette volonté d’ouvrir les portes du gouvernement aux membres des autres familles politiques désireux de servir la France, une mission que Nicolas Sarkozy a qualifié de «devoir» le jour de son investiture, n’est pas anodine. Le nouveau chef de l’Etat a pris le parti de montrer que la «rupture» avec les anciennes méthodes politiques annoncée tout au long de la campagne comme son engagement le plus fondateur, n’était pas une promesse de gascon. Cette décision n’a évidemment pas fait plaisir à tout le monde à l’UMP. Parmi les proches de Nicolas Sarkozy qui ont trouvé la nouvelle un peu rude, on peut citer Patrick Devedjian qui a déclaré avec une ironie teintée d’agacement, il y a quelques jours, que l’ouverture pourrait peut-être même aller jusqu’aux «sarkozystes».
Il est vrai qu’ils ne sont pas omniprésents. Parmi les véritables fidèles, ceux qui ont suivi le nouveau président depuis longtemps, il n’y a en fait que Brice Hortefeux qui ait été sélectionné comme ministre. Il prend en charge le nouveau ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Co-développement. Nicolas Sarkozy a donc choisi un proche pour gérer un portefeuille dont l’annonce avait été largement critiquée par la gauche pendant la campagne électorale et qui risque de provoquer encore des polémiques. Roger Karoutchi, qui fait aussi partie des «sarkozystes» historiques, n’est que secrétaire d’Etat chargé des Relations avec le Parlement.

On trouve, en revanche, un certain nombre de chiraquiens. Ce qui montre le désir de rassembler aussi au sein de la famille UMP et de n’exclure personne. Au premier rang des proches de l’ancien président figure Alain Juppé, seul ministre d’Etat, donc numéro 2 du gouvernement, qui prend la tête d’un super ministère de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables. La création de ce ministère est d’ailleurs l’une des principales innovations du gouvernement. Elle répond à l’engagement pris par Nicolas Sarkozy de faire de la défense de l’environnement un élément transversal de sa politique. Le choix d’Alain Juppé, un homme d’expérience, ancien Premier ministre, ancien ministre des Affaires étrangères, ancien ministre du Budget, donne de la crédibilité à ce portefeuille.

L’emploi d’un côté, le travail de l’autre
La séparation de l’ancien ministère de l’Economie en deux est confirmée. Jean-Louis Borloo prend en charge la partie qui regroupe l’Economie, les Finances et l’Emploi. Eric Woerth se charge de celle qui concerne le Budget, les Comptes publics et la Fonction publique. Ce redécoupage a pour objectif de permettre une meilleure gestion de la politique en faveur de l’emploi  en l’intégrant dans la stratégie économique visant à la relance de la croissance. Ce sera le rôle de Jean-Louis Borloo. Il reviendra, en revanche, à Xavier Bertrand, ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité, de s’atteler à la tâche difficile de négocier avec les partenaires sociaux, par exemple, la mise en œuvre du service minimum dans les transports publics. Nicolas Sarkozy et François Fillon ont formé un gouvernement «irréprochable» dans le sens où il correspond aux promesses de campagne et permet d’aborder les élections législatives dans les meilleures conditions possibles : en affichant la volonté de Nicolas Sarkozy de gouverner pour tous les Français et pas seulement pour son camp.

http://www.rfi.fr/actufr/articles/089/article_51950.asp

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Comment Nicolas Sarkozy
a gagné la bataille des idées


Dans sa conquête méthodique du pouvoir, le nouveau président s'est aidé de tendances lourdes: "droitisation" de la société, effondrement de la valeur d'égalité et déclin intellectuel de la gauche


http://www.letemps.ch/template/print.asp?article=207372


C'est le paradoxe caché de la présidentielle. Derrière ses accents droitiers et libéraux, la victoire de Nicolas Sarkozy est aussi celle d'un penseur communiste, l'Italien Antonio Gramsci, mort en 1937 après une longue détention dans les geôles fascistes. Le régime de Mussolini craignait tant son intelligence qu'il le jeta en prison pour "empêcher ce cerveau de fonctionner pendant vingt ans".
Le 17 avril, cinq jours avant le premier tour de l'élection, Nicolas Sarkozy a rendu un hommage posthume à Antonio Gramsci. "Je ne mène pas un combat politique, mais un combat idéologique, expliquait-il dans un entretien au Figaro. Au fond, j'ai fait mienne l'analyse de Gramsci: le pouvoir se gagne par les idées. C'est la première fois qu'un homme de droite assume cette bataille-là. Depuis 2002, j'ai donc engagé un combat pour la maîtrise du débat d'idées. Et la violence de la gauche à mon endroit vient du fait qu'elle a compris de quoi il s'agissait."
Que disait Gramsci ? Que les sociétés complexes et diversifiées, comme celles d'Europe occidentale, ne se gouvernent pas par la force brute ou le coup d'Etat, mais par le consentement des populations. Pour l'obtenir, il faut mener une "guerre de position", de nature avant tout culturelle, visant à prendre une à une les différentes "casemates" de la société civile. Et les intellectuels jouent un rôle décisif dans la construction de l'«hégémonie» qui permet de dominer les peuples.
Après la publication en 2001 de son livre-programme, Libre, Nicolas Sarkozy a conquis d'innombrables positions dans les médias, le show-business, l'économie, les minorités religieuses... Mais ses efforts visaient d'abord à s'emparer de la "casemate" la plus stratégique de la société française: la couche fragilisée des employés de l'industrie et du secteur privé, dont le pouvoir d'achat stagne et qui se sent menacée par le chômage. Nicolas Sarkozy l'appelle "la France exaspérée", la «majorité silencieuse» ou «ceux qui se lèvent tôt». Dans certains milieux de gauche - par exemple l'entourage de Ségolène Royal - on parle avec un brin de mépris de "petits blancs".
Sarkozy s'adresse au groupe central, "blanc", "intégré", constate Laurent Baumel, responsable national aux études du Parti socialiste et chargé à ce titre d'analyser la défaite de son camp. "C'est lui qui est venu prendre l'avantage sur le terrain économique et social. Il a pris son avance structurellement, bien avant la campagne présidentielle."
Dans les années 1980, Ronald Reagan et la droite américaine avaient conquis le pouvoir en s'appuyant sur un personnage devenu fameux, le «mâle blanc en colère» (angry white male). Un phénomène analogue s'est produit en France, selon Laurent Baumel: "On assiste aujourd'hui à un processus de fragmentation et d'individualisation de la société, avec des couches populaires fortement divisées entre ceux qui vivent de l'aide sociale et ceux qui sont un peu plus intégrés. C'est une différenciation objective, mais qui est surtout dans les têtes: les salariés ont le sentiment de payer pour les assistés. Un leader de droite populiste intelligent comme Sarkozy peut jouer là-dessus."
Il ne s'en est pas privé. Son discours prononcé le 18 décembre 2006 à Charleville-Mézières, dans les Ardennes, est même un modèle du genre: "Je suis venu ici parce qu'ici c'est la France, la vraie France, celle que j'aime, déclarait Nicolas Sarkozy. La France qui croit au mérite et à l'effort, la France dure à la peine, la France dont on ne parle jamais parce qu'elle ne se plaint pas, parce qu'elle ne brûle pas de voitures, parce qu'elle ne bloque pas les trains. La France qui en a assez que l'on parle en son nom. La France qui se sent mise à l'écart parce que les augmentations d'impôts sont toujours pour elle et les allocations pour les autres."
Le succès de ces paroles auprès de l'électorat populaire témoigne de la "droitisation" de la société française. L'idée marxiste d'une grande classe ouvrière, homogène et solidaire face au capital, a vécu. Elle est supplantée par une vision qui oppose les travailleurs honnêtes aux délinquants, aux assistés et aux immigrés clandestins.
Aujourd'hui, certains socialistes ne cachent plus leur amertume envers la façon dont la gauche a abandonné, sans guère combattre, la "casemate" du peuple. "Le duo Sarkozy-Le Pen a recueilli deux fois plus de suffrages des ouvriers et des employés que Ségolène Royal, écrivait récemment Guillaume Bachelay, un proche de Laurent Fabius. Pendant que les inclus des grandes villes, la bourgeoisie d'artistes branchouilles, une partie de la jeunesse et les minorités sont devenus notre base sociale, Sarkozy fait un carton chez les salariés du périurbain et dans le monde rural en parlant travail, pouvoir d'achat, lutte contre les délocalisations et Europe qui protège."
Dans son entreprise de conquête, Nicolas Sarkozy s'est aidé de tendances sociologiques lourdes: le vieillissement de la population - une large majorité de retraités a voté pour lui - et l'augmentation du nombre de propriétaires d'un bien immobilier. Ses propositions sur l'abolition des droits de succession visent les 56% de Français qui possèdent leur logement, notamment les habitants des banlieues résidentielles en pleine expansion. "Pour ceux qui ont une maison ou un appartement de valeur pas très élevée, par exemple un pavillon à 150000 euros, Nicolas Sarkozy apporte une promesse de valorisation du patrimoine de la famille", relève le sociologue Louis Chauvel.
La lente modification des mentalités est l'une des forces profondes qui ont porté le candidat de droite à l'Elysée. "La victoire de Sarkozy n'est pas essentiellement due à sa bonne campagne, mais à des fondamentaux", estime Eric Dupin, auteur d'un livre sur la "droitisation" de la France*. Parmi eux, la progression d'un "individualisme moderne" qui stipule que "chacun doit maximiser son intérêt personnel, y compris à court terme". Cette idée est au c?ur du projet sarkozyste: travailler plus pour gagner plus, payer moins d'impôts, choisir l'école de ses enfants... "Ces conceptions ont énormément progressé, y compris dans les couches populaires, pense Eric Dupin. On préfère les stratégies individuelles aux grands espoirs collectifs."
La campagne présidentielle a aussi révélé l'effondrement des valeurs de solidarité et d'égalité. «L'allergie fiscale, les discours du type "j'en ai marre de payer pour les assistés" ont gagné beaucoup de terrain, y compris chez ceux qui votaient à gauche», note Eric Dupin. La réaction de l'opinion aux vacances de Nicolas Sarkozy sur le yacht d'un milliardaire - 58 à 65% des Français ne sont pas choqués, selon deux sondages - semble confirmer le changement intervenu dans un pays où l'étalage d'argent était réprouvé, et où la gauche a longtemps exercé une forme de magistère moral et intellectuel.
Cette époque semble révolue. Car Nicolas Sarkozy et ses alliés se sont rendus maîtres du bien le plus précieux dans une perspective gramscienne: la capacité de modeler la vision du monde dominante. Le nouveau président a repris à son compte les thèses des «déclinologues» comme Nicolas Baverez, qui a proclamé l'échec global du système français basé sur l'étatisme et la redistribution. En défendant l'idée que le redressement passe par une «rupture» d'inspiration libérale, Nicolas Sarkozy a rejeté les socialistes dans le camp des défenseurs du statu quo.

Ainsi, selon un sondage Ipsos datant de novembre dernier, une majorité de sympathisants de gauche pense que la France n'a "pas besoin de grandes réformes en profondeur". La même enquête affirme que 54% des personnes interrogées ont une opinion positive du libéralisme et que des propositions typiquement sarkozystes - système scolaire plus sélectif, abolition des régimes spéciaux de retraite dans les entreprises publiques - recueillent une large approbation.
La distribution traditionnelle des rôles entre "progressistes" et "réactionnaires" s'est donc inversée. "Les programmes de gauche, antilibéraux, protectionnistes et anti-européistes, sont devenus réactionnaires, alors que le culte du changement avait été monopolisé par la gauche pendant des décennies", résume Pierre-André Taguieff.
Pour ce spécialiste des théories du complot**, la gauche a démontré son infériorité intellectuelle en tentant de présenter Nicolas Sarkozy comme "le candidat des maîtres du monde", c'est-à-dire des grands médias et de la finance internationale.
Où qu'on se tourne, les signes du désarroi mental de la gauche française sautent aux yeux. Le discours 'antifasciste" destiné à discréditer la droite ne porte plus. L'activisme des associations qui défendent les immigrés clandestins ou les faucheurs d'OGM reste minoritaire et suscite même un certain rejet. L'étrange cohorte des socialistes tentés de rallier le nouveau pouvoir - Bernard Kouchner, Hubert Védrine, Bernard Tapie, Eric Besson et quelques autres - met en lumière un fait troublant: les transfuges passent de la gauche à la droite, mais personne ne fait le trajet en sens inverse.
Il faudra aux socialistes un travail idéologique intense pour espérer reprendre les "casemates" conquises par l'ennemi. Quant à Nicolas Sarkozy, son caractère laisse supposer qu'il poursuivra son entreprise de séduction et d'emprise sur la société, avec le même objectif que visait Gramsci: l'hégémonie.

*Eric Dupin, "A droite toute", Paris, Fayard, 2007.

**Pierre-André Taguieff est notamment l'auteur de "L'imaginaire du complo

Par RFI - Publié dans : Le Monde
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Jeudi 17 mai 2007 4 17 /05 /2007 12:13

Le communiqué de l'Elysée a été publié à 9h50, juste après un petit-déjeuner à l'Elysée entre les 2 hommes


http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-911145@51-907099,0.html


Sans surprise, François Fillon, 53 ans, a été nommé, jeudi 17 mai, premier ministre par le président de la République, Nicolas Sarkozy. Le communiqué de l'Elysée a été publié à 9 heures 50, juste après un petit-déjeuner à l'Elysée entre les deux hommes.
La nomination de M. Fillon ne faisait pratiquement aucun doute. "Ils ont fait de moi le directeur de campagne de Nicolas Sarkozy!" , avait lancé M. Fillon, après que Jacques Chirac et Dominique de Villepin ne l'aient pas retenu dans le gouvernement, lors du remaniement survenu fin mai 2005.
C'est le même Dominique de Villepin qui doit lui remettre les clefs de Matignon, à 11 heures jeudi matin, lors d'une cérémonie de passation des pouvoirs, codifiée par les règles républicaines : la garde républicaine déployée de part et d'autre du tapis rouge déroulé dans la cour jusqu'à l'escalier d'honneur, le personnel de Matignon applaudissant le premier ministre, entrant à son arrivée, et le sortant à son départ. Dans l'intervalle, les deux hommes se réuniront dans le bureau pour un entretien.

SUBTILS ÉQUILIBRES

Le nouveau premier ministre devrait ensuite mettre, au cours de la journée de jeudi, un point final à la composition du gouvernement. Selon l'article 8 de la Constitution, il doit proposer les noms des ministres au président de la République, qui les nomme. En réalité, les deux chefs de l'exécutif préparent, ensemble, depuis plusieurs jours, les subtils équilibres de l'équipe gouvernementale. MM. Sarkozy et Fillon se sont fixés une date limite : vendredi matin car ils envisagent de convoquer un conseil des ministres extraordinaire, vendredi après-midi.
Dans la dernière ligne droite, les ultimes arbitrages s'annoncent difficiles. Première difficulté : constituer une équipe limitée à une quinzaine de membres, et redécouper les grands ministères afin d'initier une réforme de l'Etat (Le Monde des 13 et 14 mai). Deuxième difficulté : garantir la parité hommes-femmes promise par le candidat pendant sa campagne. Il faudra, enfin, respecter les équilibres politiques entre fidèles du président, courants de l'UMP, ralliés centristes et personnalités incarnant l'ouverture.
La liste des ministrables circule depuis plusieurs jours dans les milieux politiques. Mais elle change d'heure en heure. "Il y a des pièges, des ballons d'essai et des leurres" , résume un des architectes de ce puzzle. Seul Alain Juppé semble assuré d'hériter d'un grand portefeuille du développement durable, des transports et de l'énergie, et du titre de ministre d'Etat.
Il sera le seul, au grand dam de Michèle Alliot-Marie qui l'a longtemps exigé et qui a failli perdre le portefeuille de l'Intérieur qui lui était promis. "Si MAM n'était pas une femme, elle n'aurait rien", tranche-t-on dans l'entourage du nouvel exécutif.

INTENSES TRACTATIONS

Même Jean-Louis Borloo, qui pensait être assuré de diriger un grand ministère de l'économie et de l'emploi, va devoir se battre jusqu'au dernier moment pour garantir ses prérogatives. M. Borloo a demandé à Nicolas Sarkozy d'être en charge d'un des principaux objectifs du quinquennat : ramener le taux de chômage à 5 % en 2012. Mais les stratégies industrielles, dont il estime avoir besoin pour y parvenir, sont revendiquées par Alain Juppé, au nom de la politique du développement durable.
Du coup, M. Borloo, qui avait accepté bien volontiers de céder le budget et les comptes sociaux à un autre ministre, prend le risque de devenir un roi nu. Le nouveau ministère des comptes fait d'ailleurs l'objet d'intenses tractations. Au départ promis à l'ancien ministre de la santé et porte-parole du candidat Sarkozy, Xavier Bertrand, il échoit, depuis vingt-quatre heures, à Eric Woerth, trésorier de l'UMP. Mais l'attelage Borloo-Woerth a provoqué une levée de bouclier dans les principales direction du ministère.
M. Bertrand était donné favori, jeudi matin, pour reprendre le ministère des affaires sociales. Et donc pour hériter de quatre grands chantiers du quinquennat : service minimum, contrat de travail unique, organisation des quatre conférences sociales de la rentrée et, pour 2008, réforme des régimes spéciaux.
Côté femmes, c'est l'autre porte-parole de Nicolas Sarkozy, Rachida Dati, qui symboliserait la montée en puissance de la "génération Sarkozy" en prenant en charge la justice. Christine Lagarde, l'ancienne ministre déléguée au commerce extérieur, prendrait l'agriculture et l'OMC. Roselyne Bachelot est favorite pour la santé et les sports, Valérie Pecresse pour l'université et la recherche.
Le grand ministère rêvé par Nicolas Sarkozy de l'Education et de la Culture n'en serait plus un : Xavier Darcos reprendrait l'éducation et l'actuelle présidente de l'établissement public du Château de Versailles, Christine Albanel, hériterait de la culture.
L'ouverture au centre semble, pour le moment, curieusement limitée à un candidat : Hervé Morin qui serait en charge de la défense. Maurice Leroy aurait vu s'éloigner ses chances de rentrer au gouvernement.
Quand à l'ouverture à gauche, elle serait incarnée par l'arrivée de Bernard Kouchner aux affaires étrangères et de Jean-Pierre Jouyet, patron de l'inspection des finances, ancien directeur de cabinet adjoint de Lionel Jospin et proche du couple Hollande-Royal.
M. Jouyet serait nommé secrétaire d'Etat aux affaires européennes et directement rattaché à François Fillon. Seul le premier ministre devrait d'ailleurs hérité d'un ou de deux secrétaires d'Etat, les autres ministres devant attendre les élections législatives pour étoffer leurs équipes.
Enfin, deux ministrables auraient déjà perdu leur statut au cours des dernières heures : Christine Boutin ne figurerait plus dans le casting, tout comme Frédéric Salat-Barroux, le secrétaire général de l'Elysée sortant.
Beaucoup de ténors de la droite, et notamment la quasi totalité des ministres sortants du gouvernement Villepin, devront se faire une raison : les places sont chères. Jean-François Copé, lui, a déjà trouvé un plan B : il sera président du groupe UMP, comme le lui ont "proposé" MM. Sarkozy et Fillon, a-t-il annoncé mercredi soir sur France3.

NOUVEAUX RAPPORTS

Au delà-de la constitution de l'équipe gouvernementale, ce sont les nouveaux rapports entre l'Elysée et Matignon qui devront être réinventés dans les prochaines semaines. Face à la présidentialisation du régime, voulue par Nicolas Sarkozy, François Fillon devra inventer une gouvernance différente.
Le nouveau premier ministre affirme ne pas avoir d'état d'âme à devenir le "super directeur de cabinet" de Nicolas Sarkozy. Les deux hommes, qui ont parfois été en opposition au sein de la droite, ont appris à se connaître depuis deux ans. "Ils s'entendent exceptionnellement bien" , assure un familier du nouveau couple exécutif.
Il n'empêche, l'Elysée se renforce, avec l'arrivée de conseillers de poids dans la plupart des domaines de l'action publique : outre le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, et la directrice du cabinet, Emmanuelle Mignon, Jean-David Levitte, ambassadeur de France à Washington, va diriger la cellule diplomatique, Raymond Soubie sera en charge des dossiers sociaux et Jérôme Peyrat deviendra le conseiller politique.
François Fillon, même s'il a fait vœu d'allégeance, muscle lui aussi son cabinet. Il sera dirigé par Jean-Paul Faugères, l'actuel préfet de la région Alsace. Franck Robine, secrétaire général de la même région, deviendrait chef de cabinet. Igor Mitrofanoff, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, devrait devenir le conseiller politique de François Fillon, assisté probablement de Jérôme Paolini.
La cellule politique serait renforcée par Daniel-Georges Courtois, délégué général de la fédération parisienne de l'UMP. Le pôle social de François Fillon est également en place : il serait composé d'Eric Aubry, de Vincent Chriqui, ancien directeur du cabinet de Gérard Larcher et de Pierre Mayeur, chargé de la sécurité sociale. "Tout ira bien entre l'Elysée et Matignon, à condition d'être aux ordres...", glisse un proche du nouveau premier ministre.

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-911145@51-907099,0.html

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François Fillon, l'ambitieux tranquille

Bien sûr, dans le duo qui s'annonce, François Fillon sait bien quelle est sa place


http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-911150@51-907099,0.html

 
Il y a deux ans, François Fillon est parti s'installer… 10, Downing Street. Deux jours d'observation dans le temple des premiers ministres britanniques, à Londres, au cœur de l'équipe de Tony Blair. "Sarkozy m'avait présenté Blair. J'ai eu envie de voir comment fonctionnait son cabinet", explique-t-il tranquillement.
Qu'a-t-il donc appris des politiques anglais ? "Ce n'était pas seulement beaucoup plus simple et informel que dans nos gouvernements français. Il y avait aussi une extraordinaire parité entre les technocrates classiques et les concepteurs de la politique, souvent des universitaires brillants. Je me suis dit qu'il faudrait parvenir à cela en France…" Lorsque Nicolas Sarkozy lui a parlé sérieusement, en janvier, de le nommer premier ministre s'il l'emportait à la présidentielle, les deux hommes se sont donc fait un serment mutuel :"Nous voulions absolument arriver prêts", sourit François Fillon. Tous deux gardaient en tête le gouvernement Balladur – où ils se sont vraiment connus –, art très abouti de composition politique et de management des hommes. Ils gardaient aussi en tête ses contre-modèles : tous ces premiers ministres, bien plus nombreux qu'on ne le pense sous la Ve République, nommés presque par surprise, obligés de choisir une équipe à la hâte et de s'improviser un programme de gouvernement. Ils ont donc imaginé ensemble la recomposition des ministères. Décidé des hommes et des femmes qui seraient adoubés. Tenté de pourfendre les traditions administratives et les monopoles des grands corps de l'Etat."Si on ne saisit pas cette occasion, ce sera un crime", soupire Fillon.
Bien sûr, dans le duo qui s'annonce, François Fillon sait bien quelle est sa place. Avec un Nicolas Sarkozy hyperactif et dominateur, la lumière ira forcément vers l'Elysée. Mais les deux hommes ont quasiment le même âge, 52 ans pour le président, 53 pour son premier ministre, des personnalités assez complémentaires, et ils se sont suffisamment heurtés dans le passé pour connaître désormais clairement la base de leur association. La droite a fait campagne sur le slogan de"la rupture tranquille" ? "La rupture, c'est Nicolas; la tranquillité, c'est François", résume le député UMP Dominique Paillé.

"La tranquillité" parle en effet d'une voix égale. Jamais de colère. Un visage juvénile et sans aspérité. Une chevelure abondante, longtemps aile de corbeau. Un léger sourire au coin des lèvres. Un peu trop lisse en apparence, quand Sarkozy est tout en éclats."Qu'il soit enchanté ou mécontent, l'oscillation est très peu perceptible, vue de l'extérieur", reconnaît Jérôme Paolini, ami et conseilleur de vingt ans. Sur les circuits des 24 Heures du Mans, dans sa circonscription, on le voit pourtant, depuis des années, piloter des bolides – Ferrari 250 GT (de 1956), Alpine A220 (1974) – imperturbable et concentré. Nicolas Sarkozy en sait quelque chose, lui qui monta, il y a huit ans, avec lui et ressortit, après quelques tours de piste, chancelant et pâle d'émotion. Fillon est donc un flegmatique, amateur de sensations fortes.
C'est un provincial, aussi, et cela a son importance, puisque le président a toujours vécu entre Paris et Neuilly. Fils d'un notaire de la Sarthe et d'une professeure d'anglais reconvertie en professeure d'histoire à l'université, il n'a jamais vraiment quitté ces paysages, tellement français, qui virent s'affronter les chouans aux révolutionnaires. Dans sa circonscription, les électeurs les plus influents sont les abbés de Solesmes. Et il ne raterait pas pour un empire ces journées où, à l'invitation du Père Abbé Philippe Dupont, les moines accueillent un ou deux notables, le convient à déjeuner au réfectoire en silence, pendant qu'un religieux lit un texte sacré avant de discuter, en tout petit groupe… politique.
Il n'a jamais travaillé dans le privé, mais assure avoir "acquis une culture économique" en se frottant comme élu aux entreprises. "Je me souviens encore de cet abattoir qui avait fait faillite à Sablé, que j'ai dû gérer au nom de la ville, dès ma première élection comme maire. J'avais 27 ans."  Fillon ne le cache pas, il n'avait pas la vocation d'élu et se voyait plutôt journaliste. La famille est gaulliste pourtant, et le père, Michel Fillon, très anti-anglais, alimenté dans sa rancœur par les récits tragiques de Fachoda et Mers el-Kébir. Voilà donc le jeune François, élève chez les jésuites, poster de De Gaulle au mur de sa chambre, et dédaignant de traverser la Manche quand c'est le premier voyage de la plupart des petits Français.
Pour assouvir sa curiosité de journaliste en herbe, il devient assistant parlementaire de l'homme politique dominant de la région, Joël Le Theule, homosexuel et fin manœuvrier. "Le Theule était haï de Chirac, assure Fillon, autant pour ses penchants que parce qu'il le soupçonnait d'avoir prêté la main dans l'affaire Markovic, qui déstabilisa Pompidou." Voilà donc Fillon lancé. Il suit Le Theule au ministère des transports en 1978, puis à la défense en 1980, et se lance en politique sous ce double parrainage gaulliste et… antichiraquien. Il découvre les îles Britanniques aussi. Avec l'un de ses frères, ophtalmologue au Mans, il a rencontré deux jeunes sœurs galloises. Double mariage. La reine mère, qui visitera des années plus tard la Sarthe, saluera tout spécialement cette"very charming story". Avec son épouse Pénélope, Fillon découvre enfin l'Angleterre. Celle de Thatcher, puis celle de Blair."J'ai vu les services publics sombrer dans la misère, puis je les ai vus se redresser", raconte-t-il. Il voit aussi la droite et, bien plus tard, les travaillistes, gagner les élections du fait de leur domination sur les idées. Ce sera son credo."Dans presque tous ses discours, note en souriant son amie et voisine de circonscription, Roselyne Bachelot, il le redit : il n'y a pas de victoire politique sans victoire idéologique." Il croit avoir trouvé, dans ces premières années où il se lance à l'assaut de la députation, son maître en la matière : Philippe Séguin.
Séguin est alors une personnalité hors du commun dans les rangs du RPR. Voix magnifique de basse, charisme évident, érudition et hauteur de vue. C'est aussi un caractère impossible. Des colères folles, des engouements soudains, des bouderies inattendues. Et une haine profonde pour Alain Juppé, justement le plus fidèle des chiraquiens. François Fillon, dans son sillage, apprend ce qu'est le combat des idées. Avec les rénovateurs en 1989, contre la direction du RPR en 1990, contre la monnaie unique et le traité de Maastricht en 1992. C'est aussi au titre des amis de Philippe Séguin qu'il entre dans le gouvernement d'Edouard Balladur, en 1993 : ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche. Il pensait jusque-là que seuls les "gaullistes sociaux" du RPR cultivaient les idées. Il découvre que le libéral Balladur s'applique lui aussi à donner un corpus idéologique à un Chirac qui ne pense qu'au combat politique.
Fillon et Balladur devraient être en désaccord politique. Ils se découvrent. Balladur, surtout, séduit Fillon. "Edouard" est passé maître dans cet art. Il emmène donc son jeune ministre dans des balades parisiennes où l'on disserte indéfiniment d'histoire et de politique en fumant le cigare. Fillon est une proie de choix pour le premier ministre. Son mentor Séguin n'est-il pas déjà l'adversaire le plus cinglant de Balladur, dont il qualifie la politique de "Munich social" ? Avec Sarkozy, les relations sont plus brutales. Le ministre du budget se montre dur dans les négociations avec ses pairs. Balladurien de choc, il est menaçant pour tous ceux qui ne choisissent pas assez vite. Fillon choisit, donc. Il soutiendra Balladur, tout en continuant à voir Séguin. De cette association-là, cette"infidélité"  disent ses adversaires, Fillon va faire une combinaison intellectuelle. Il sera social-libéral."Plus libéral que Séguin, reconnaît-il, parce que je suis vraiment convaincu que la compétitivité génère la richesse. Plus social que les libéraux, parce que je pense que l'on ne peut laisser de côté les plus faibles." Sur le plan politique, il est sans illusion. Dès le premier jour de campagne, il a compris que Balladur ne l'emporterait pas, qu'il n'est pas assez chaleureux, à l'aise, populaire en un mot. Mais, en ayant gardé l'amitié de Séguin, il a aussi gardé son viatique pour l'après-1995. Chirac à l'Elysée, Fillon est l'un des rares balladuriens sauvés. Rattrapé par Séguin, le voilà ministre de la poste et des télécommunications en 1995. Il y mène la privatisation des télécoms et découvre Internet, les nouvelles technologies, en un mot la modernité.
La dissolution de 1997 le cueille à froid. Et le jette à nouveau dans le camp des anti-chiraquiens, porte-parole de Philippe Séguin, qui vient de reprendre à un Alain Juppé exsangue le RPR, en association avec Nicolas Sarkozy. L'attelage tente de s'autonomiser de Jacques Chirac. Cela pourrait marcher. Cela échoue. Philippe Séguin démissionne avec fracas, laissant parti, amis, alliés en déshérence. Ce jour-là, au conseil régional des Pays de la Loire, qu'il préside, François Fillon fait passer un petit mot à Roselyne Bachelot :"Le RPR est fichu." Il n'est pas loin de penser que sa carrière nationale l'est aussi.
Désormais, il va s'émanciper de Philippe Séguin. Sarkozy, qui l'a bien compris, l'invite à dîner un soir à La Baule, avec Pénélope et Cécilia. "Il faut qu'on fasse équipe pour le RPR", propose Sarkozy. Fillon ne dit rien… mais part à la bataille de la présidence du parti gaulliste pour son propre compte. Contre Sarkozy, donc. Mais surtout contre la volonté du président de la République, qui veut réinstaller l'un des siens à la tête du RPR. "Je ne vais pas gagner, mais je marquerai des points pour l'après", a-t-il dit d'emblée à ses amis. Il n'a pas tort. Il perd contre Michèle Alliot-Marie, mais, avec 25 % des voix, il compte enfin.
De l'Elysée, Jérôme Monod, qui se targue d'alimenter en idées Jacques Chirac, le reçoit et lui demande de travailler sur le programme de Chirac dans la perspective de 2002. Plus personne ne sait plus bien où le situer. Anti-chiraquien ou concepteur de son programme? Gaulliste social ou libéral ? Fidèle ou opportuniste ? Avec Sarkozy, les relations sont tout aussi compliquées. Ils disent des choses épouvantables l'un de l'autre, mais rigolent ensemble dans les couloirs.
Lorsqu'il devient ministre des affaires sociales, en 2002, Fillon a pourtant une idée assez claire de la réforme des retraites que la droite doit accomplir. Il aurait pourtant voulu la défense. Mais le président insiste : il a besoin de son image de gaulliste social dans ce ministère sensible. Fillon reçoit donc les syndicats un à un pour leur expliquer ce qui doit être la grande affaire du second mandat de Chirac."Ils étaient tous encore ébranlés par le 21 avril 2002", se souvient Igor Mitrovanoff, "plume" de Fillon depuis quinze ans.
Marc Blondel, leader de FO, le prévient pourtant :"Vous vous souvenez du nombre de Français que nous avons fait descendre dans la rue en décembre 1995 ? "  Le ministre rétorque : "La France est dans un zapping électoral permanent. 26 gouvernements depuis 1978 quand l'Allemagne en a connu 9 et la Grande-Bretagne 7. Donc, nous savons ce qui nous attend quoi qu'il arrive. Nous n'avons plus rien à perdre." Il lance sa réforme. Se plaint discrètement d'être freiné par un Chirac terrifié à l'idée de déclencher des grèves. Est remercié… en étant déplacé au ministère de l'éducation. Mission : réformer le baccalauréat. Il s'y plonge. Aux premières manifestations, Chirac retire la réforme. Lorsque Dominique de Villepin devient premier ministre, en 2005, il est carrément remercié."Ils ont fait de moi le directeur de campagne de Sarkozy", dit-il alors avec amertume.
Depuis, il n'a jamais cessé d'expliquer à propos de sa nouvelle alliance :"Je veux muscler son hémisphère gauche." C'est à Fillon que Sarkozy a notamment confié, au printemps 2006, l'organisation des conventions thématiques de l'UMP puis l'élaboration de son projet législatif. C'est Fillon qui a évoqué le premier dans la presse la future réforme des régimes spéciaux des retraites. Fillon qui s'est rendu incontournable.
Il n'ignore pas qu'il va aborder l'enfer, à Matignon. Il a déjà tout prévu. Il habitera sur place pour voir encore ses cinq enfants, dont un petit dernier de cinq ans. "Je sais tout ce qui m'attend, dit-il. L'impopularité quasi inévitable, la lourdeur de la tâche, les journées impossibles." Il les attend avec flegme en affirmant sans sourciller :"Je n'ai pas peur." Et commande tranquillement un thé.

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-911150@51-907099,0.html

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Fillon : un Sarko soft

Difficile d'imaginer deux hommes aussi différents

http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2219/dossier/a344621-fillon__un_sarko_soft.html


C'est leur opposition commune à Chirac qui les a rapprochés
Tout un symbole : à peine élu, Nicolas Sarkozy s'est attribué le pavillon de la Lanterne, en lisière du parc du château de Versailles, résidence officielle des Premiers ministres depuis le début de la V e République. Le locataire de Matignon pourra, lui, séjourner à l'occasion au château de Souzyla-Briche, dans l'Essonne, plus éloigné, moins pratique. François Fillon a, paraît-il, finalement préféré prendre la chose avec humour et son flegme habituel. Avait-il les moyens de faire autrement ?
Le nouveau président aurait-il voulu souligner le rôle - amoindri - qu'occupe désormais à ses yeux le Premier ministre qu'il ne s'y serait pas pris autrement. Précaution inutile. Le sens des convenances et de la bienséance qui caractérise François Fillon lui interdisait certes de prévoir ce coup-là. Mais il s'est fait depuis longtemps une raison : Sarkozy ne lui a rien caché de ses intentions. Il sera, comme Pompidou, un président qui gouverne et qui a besoin d'un solide second. Pas davantage.
Depuis maintenant presque deux ans qu'il travaille au quotidien avec Sarkozy, Fillon a appris à le connaître... et à l'apprécier. C'est sans doute la vraie nouveauté de leurs rapports. Car longtemps le très bien élevé François Fillon a été heurté par la brutalité et les manières de hussard de Nicolas Sarkozy. Et puis, un jour, parce qu'ils étaient tous deux contre Chirac, il a trouvé ça drôle.

"Le problème de Nicolas, c'est qu'il veut baiser tout de suite. Il n'y a pas de préliminaires"
, lâchait-il, amusé, un jour de 2005 alors que le président de l'UMP le pressait – "Alors, t'es avec moi ?" - de le rejoindre.
Plus que l'insistance de Sarkozy, c'est la logique politique qui a eu raison des pudeurs de jeune fille de Fillon et a finalement amené les deux hommes à travailler ensemble. Fillon Premier ministre de Sarkozy ! Qui l'eût cru ? Leur attelage fut longtemps improbable. Difficile d'imaginer deux tempéraments plus différents que ces deux-là. Le premier est calme, sobre, courtois, dissimulé. Le second est impatient, show off, provoc et franc du collier.
Mais ces gros bosseurs sont tous deux, chacun dans son style, des "pros". Ils ont mené une carrière parallèle entamée dans le milieu des années 1970 et n'ont pas traîné en chemin. Avec une petite avance pour Fillon, d'un an son aîné, qui devient député en 1981, à 27 ans, alors que Sarkozy devra attendre 1988. Mais ils ont conquis leur mairie - Sablé-sur-Sarthe et Neuilly - la même année, 1983, celle de la reconquête des cadets de la droite, à l'aube du règne de François Mitterrand.
Durant toutes ces années, ils se sont croisés, agacés, méprisés, détestés parfois. Fillon, attaché à la bienséance et au respect des règles élémentaires de la courtoisie républicaine, ne supporte pas la grossièreté dont sait faire preuve Sarkozy. "Ce type est fou ! Il ne sera jamais Premier ministre", confie-t-il exaspéré à l'automne 2002, à la sortie d'une réunion des cadres du RPR, alors que Sarkozy, du haut de sa toute-puissance de nouveau ministre de l'Intérieur, vient d'humilier publiquement Alain Juppé. De fait, Sarkozy est allé directement à l'Elysée sans passer par la case Matignon...
François Fillon est un homme normal. C'est sa qualité et son défaut. Attaché à sa vie de famille, surtout depuis la naissance de son petit dernier, le cinquième, il est capable de s'échapper un après-midi pour des courses avec son fils ou d'avancer l'heure de son retour dans la Sarthe pour s'atteler à la restauration de son manoir XVIII e de Solesmes. Et qu'importe s'il rate une occasion de se faire mousser dans les médias. Il ne court pas après les sunlights. Comme tous les fils de bonne famille, le futur Premier ministre de Sarkozy a une sainte horreur de la politique people et de la vulgarité que charrient parfois certaines émissions de télévision. Il n'a jamais sacrifié à cette mode, profondément convaincu qu'elle contribue au "discrédit de la politique" et de ses représentants et qu'on peut s'imposer sans se prostituer.
Ce goût de la discrétion s'est longtemps doublé d'une prudence étudiée. Fillon manque souvent d'audace, ce petit rien qui fait la différence en politique entre les numéros un et les numéros deux. Il a longtemps fait carrière à l'ombre d'un autre, derrière Joël Le Theule, ancien ministre du général de Gaulle, son premier père en politique ; derrière Séguin, celui qui, dit-il, l'a "formaté intellectuellement"; derrière Juppé.
On l'a souvent jugé, comme Chirac, ondoyant, peu fiable, plus prompt à se protéger qu'à endosser les risques. En 2002, il souhaite ainsi le ministère de la Défense, plus confortable. Chirac l'expédie aux Affaires sociales. Pour le tester. L'épreuve de la réforme des retraites est jugée convaincante au point qu'on parle de lui comme Premier ministre possible, le jour venu. Mais sa formule au soir de la défaite des régionales de 2004 – "c'est un 21 avril à l'envers" - lui ferme définitivement les portes du premier cercle chiraquien. Le président en revient à sa première impression : "Un faible qui n'a pas de nerfs."  Dans le second gouvernement Raffarin, Fillon espère le Quai-d'Orsay. Chirac lui confie délibérément l'Education dont il sera viré sans ménagement à l'arrivée de Villepin.
Ce faux mou sait pourtant plonger quand il le faut. Après la démission de Séguin en 1999, il est à la croisée des chemins. Seul. Sarkozy, qui veut tenter sa chance pour la présidence du RPR, a besoin d'un allié : "Alors, tu marches avec moi ?", Fillon esquive, temporise, ne dit ni oui ni non. Il veut réfléchir. Il n'entend pas être - pas encore - le vassal du maire de Neuilly. Il veut, enfin, se mettre à son compte. Pour Sarkozy, l'affaire est entendue : qui ne dit mot consent. C'est la double méprise. Lorsqu'il apprend la candidature de Fillon, Sarkozy éructe contre cet "indécrottable faux-cul"...
Il n'y a pas qu'une différence de style entre les deux hommes, mais de culture. Nourri au lait gaulliste, spécialiste de la défense, fin connaisseur des institutions de la V e, Fillon batailla contre Maastricht, tandis que Sarkozy a toujours été un européen convaincu. Féru d'histoire comme son mentor Séguin, l'ancien ministre des Affaires sociales a souvent eu des doutes sur la pertinence des choix politiques du nouveau président. "Le problème de Nicolas, c'est qu'il n'intègre pas l'histoire de la France, ses strates superposées , ses familles de pensée , ses luttes souvent violentes", observe-t-il un jour alors que Sarkozy vient de proposer de réformer la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat. Manière contournée de reprendre à son compte la formule de Raymond Aron à propos de Giscard : "Cet homme ne sait pas que l'histoire est tragique."
On aurait pourtant tort de croire qu'entre le nouveau président et son Premier ministre c'est l'alliance de la carpe et du lapin. Fillon a longtemps masqué sous son étiquette de gaulliste social de vraies convictions libérales. Il avait, voici plus de dix ans, convaincu Séguin, suffoqué, de la nécessité de la réforme de France Télécom. Et puis, surtout, les deux hommes partagent la même volonté de revanche sur Chirac.
Comme Sarkozy, mais pour des raisons différentes, la carrière de Fillon s'est faite - jusqu'en 2002 en tout cas - sans ou malgré l'ancien président de la République. Fillon a cru, un court moment, que Chirac avait raison sur le rythme des réformes à engager après sa réélection. Mais très vite il estime s'être trompé et rejoint l'analyse de Sarkozy, partisan d'une guerre éclair. C'est le début de leur rapprochement et de leur association pour la bataille de 2007. Fillon qui a rallié Sarkozy voici deux ans sous les lazzis – "il s'est vendu trop tôt" - juge au contraire qu'il a eu le nez creux.
Conscient de sa valeur intellectuelle au point d'avoir parfois fait preuve de vanité (" On ne retiendra que mes réformes"), il a mis sa puissance de travail, son esprit de synthèse au service du projet Sarkozy. Non sans lui faire part, en tête à tête, de ses désaccords si besoin. Vassal mais pas béni-oui-oui.

http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2219/dossier/a344621-fillon__un_sarko_soft.html

 

Par Nouvel Obs - Publié dans : Le Monde
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