Vendredi 11 mai 2007
40% des personnes interrogées estiment que
l'ex-candidate à l'élection présidentielle
doit mener la campagne socialiste

http://www.lexpress.fr/info/infojour/reuters.asp?id=44005

 
Ségolène Royal est la personnalité préférée des Français pour conduire la campagne du Parti socialiste pour les élections législatives du mois prochain, selon un sondage OpinionWay pour Le Figaro et LCI publié jeudi.
D'après cette enquête, 40% des personnes interrogées estiment que l'ex-candidate à l'élection présidentielle doit mener la campagne socialiste. La proportion passe à 68% parmi les électeurs ayant voté pour elle au premier tour.
Dominique Strauss-Kahn, ancien prétendant à l'investiture présidentielle du PS, arrive en deuxième position avec 28% (11% des électeurs PS du premier tour).
François Hollande, premier secrétaire du parti, recueille 9% (15% des électeurs PS), devant Laurent Fabius à 3% (0% des électeurs PS).
Les électeurs de François Bayrou placent également Ségolène Royal en première position avec 41% devant Dominique Strauss-Kahn à 36%.

http://www.lexpress.fr/info/infojour/reuters.asp?id=44005

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Ségolène Royal ne se représentera

pas à la députation

 

Présidente de la région Poitou-Charentes, elle a indiqué à l'AFP qu'elle se conformerait au principe de non cumul des mandats qu'elle défend

 

http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/elections_2007/20070511.OBS6665/royal__je_nai_pas_lintentionde_me_presenter_a_la_deputa.html

 

 
"Je n'ai pas l'intention de me représenter", a déclaré la députée des Deux Sèvres.
"Bien que la loi l'autorise, l'avenir est au non-cumul des mandats, et je m'applique à moi même le non-cumul dont j'avais défendu le principe lors de la campagne présidentielle", a déclaré Ségolène Royal, interrogée sur des informations de presse selon lesquelles elle allait se représenter à l'Assemblée nationale.

"Je reste fidèle à mon principe de choix personnel", a-t-elle ajouté, bien que la situation dans sa circonscription soit, selon elle, "assez compliquée", et qu'une "pétition de tous les élus circule" pour qu'elle se représente. Le Parisien/Aujourd'hui en France et Le Figaro affirmaient dans leurs éditions de vendredi que la députée avait l'intention de se présenter quoi qu'elle ait indiqué le contraire il y a un an.

http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/elections_2007/20070511.OBS6665/royal__je_nai_pas_lintentionde_me_presenter_a_la_deputa.html


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Un parler vrai encore difficile


A Ségolène Royal revient plus encore le mérite d'avoir rénové des modes de la communication politique

http://www.liberation.fr/rebonds/253060.FR.php

 

L'apport historique de François Mitterrand avait été de permettre à la gauche de revenir, par une union éphémère, dans le jeu politique confisqué par le gaullisme et, à la fois, de se débarrasser de l'archaïsme communiste.
Nicolas Sarkozy a réussi un travail analogue en se réclamant haut et fort des valeurs de la droite et en faisant rentrer au bercail l'électorat égaré chez Jean-Marie Le Pen. De surcroît, il laisse le solde du Front national sous forme de mines enfouies dans le terrain de cette classe ouvrière que les politologues ont tant de mal à situer sur un axe gauche droite. La victoire de Nicolas Sarkozy est donc la récompense de cette contribution à la modernisation du paysage politique, à son profit, et probablement pour longtemps.
Il a de plus, en usant d'un style direct, même en prenant le risque d'une langue crue, rajeuni l'image de l'offre politique, comme d'ailleurs Ségolène Royal ou François Bayrou.
A Ségolène Royal revient plus encore le mérite d'avoir rénové des modes de la communication politique, en réduisant la place de la propagande au bénéfice de l'écoute de la société et du dialogue avec les citoyens. En dépit de ces marketings suffisants, qui expliquent n'importe quel résultat et s'en glorifient , on sait maintenant mieux que le peuple inclinera plutôt vers des représentants qui l'associent à l'élaboration des compromis nécessaires entre les demandes des citoyens et les offres des partis politiques.
Car, entre politiques et citoyens, il était temps de rétablir une relation, délabrée à l'évidence depuis 2002. La décennie de Chirac et Jospin, marquée par les balbutiements du puzzle de la gauche plurielle ou d'une droite attrape-tout, a été impuissante à réduire les fractures sociales. La séduction n'a pas embrayé sur la conviction. Faute de message stratégique actualisé, on n'a pas pu, à gauche ou au centre, dire la complexité des choses et faire appel à la lucidité des gens bref parler vrai.
Il a manqué à la communication de Ségolène Royal la présomption de cohérence.
En effet, une fois abandonnées les promesses révélées intenables en 1983, les démons d'une pensée passéiste ont fait que François Mitterrand, après un bref effet d'annonce en 1988, a entravé la modernisation socialiste vers une social-démocratie à l'européenne qu'incarnent Michel Rocard ou Dominique Strauss-Kahn. Des relents surannés ont ainsi pollué le parfum nouveau de Ségolène Royal.
Elle a certes bousculé des éléphants, mais sans effacer les réflexes hostiles affichés par Lionel Jospin ou les symboles régressifs attachés à Jean-Pierre Chevènement.
Elle a tenu à distance Michel Rocard, l'amenant à intervenir trop tard. Elle a fait appel à Jacques Delors encore plus tard, entre les deux tours. Or le référendum sur le traité européen avait donné un grave avertissement : après un oui pédagogiquement élaboré à l'intérieur du Parti socialiste, un non démagogique s'était mis sur la place publique, au motif d'un "à gauche toute" fabusien de façade, mais peu de saison.
Ségolène Royal, si elle s'est avérée capable de faire évoluer les moeurs et la communication politiques, n'a pas eu les moyens, à l'échelle de l'histoire, d'ouvrir le soutien de son parti vers la social-démocratie, autrement que dans une précipitation, trop improvisée pour être convaincante, vers François Bayrou. Elle n'a pas préparé sa troisième gauche à faire alliance naturelle avec cette deuxième gauche, stoppée sur le chemin social-démocrate, comme sur la voie d'une réconciliation de la classe politique avec la société civile.
Associer les citoyens suppose que l'émetteur soit au clair avec lui-même pour pouvoir, selon le précepte incontesté de Pierre Mendès France, dire la vérité. La communication n'est jamais uniquement affaire de forme. Dans la remarquable et courageuse campagne de Ségolène Royal, la bonne qualité de la relation établie avec le pays et la sincérité de la candidate appelaient a fortiori une authenticité du fond, donc la crédibilité d'un projet.
Mais, déjà mieux communicante, la démocratie est sortie gagnante. Merci et à suivre.

 http://www.liberation.fr/rebonds/253060.FR.php

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Bayrou et la peau de chagrin

 

"On ne sort de l'ambiguïté qu'à ses dépens"

 

http://www.rtl2007.fr/analyses/editos/0/peau-chagrin-6751p.html



Le fusil de François Bayrou était à un coup. Il devait être élu président de la République pour imposer sa nouvelle formation politique, remodeler le paysage politique, bouleverser la géographie partisane. Il a réussi une superbe performance qui a tous les attributs du château de sable confronté aux va et vient de la marée.

Ses parlementaires, son état major, Hervé Morin, Maurice Leroy, et François Sauvadet pour ne citer qu'eux, ont joué Bayrou gagnant et pour y parvenir, ils ont le risque de harceler les flancs des bataillons de Nicolas Sarkozy. Et ils ont accablé le président de l'UMP de bon coeur. Mais l'étalon béarnais n'a pas gagné. Ils ont tous considéré qu'il fallait négocier avec Nicolas Sarkozy, un armistice, un accord qui assure le pain et le couvert électoral. Quand on a échoué, que le bateau coule, il faut penser aux chaloupes.

Là-dessus, François Bayrou, fort de ses près de 7 millions d'électeurs, de ses 18,57%, s'est mis à danser le tango à l'invitation de Ségolène Royal, et s'est prononcé contre Nicolas Sarkozy, pour s'interdire toute retraite. Ce n'est que partie remise, disait François Bayrou à ses troupes : "En 2012 ce sera la bonne". C'est le drame des prophètes : jusqu'à ce que la prophétie se réalise, ses partisans doivent vivre d'espoir et d'eau fraîche. Le pari de François Bayrou repose entièrement sur un double échec, selon lui prévisible : celui de Nicolas Sarkozy et de ses gouvernements, et celui de toutes les tentatives de rénovation du Parti socialiste.
Le principe de réalité a rattrapé l'UDF : le sauve qui peut s'est généralisé parmi les parlementaires. Direction Nicolas Sarkozy et sa majorité présidentielle, par la voie la plus directe, en acceptant par avance de voter les budgets, en échange de quoi ils auront droit à un Bantoustan centriste. Ces gens-là ont tous envie de rester député ou d'avoir une chance de le devenir sans laisser passer une décennie, à regarder passer les trains, les carrières et les circonscriptions changer de locataires.

Le deuxième tour a signé la fin de l'illusion centriste : 40% des électeurs de François Bayrou ont voté pour Nicolas Sarkozy, 40% pour Ségolène Royal. 20% se sont abstenus ou ont voté blanc. 

Chacun est rentré chez soi. Et le calendrier institutionnel ne laisse pas le moindre espace de respiration : après les élections présidentielles qui ont laminé les extrêmes, deuxième coupe sombre avec les élections législatives au scrutin majoritaire à deux tours et sa loi d'airain : pas d'alliance, pas de désistements, pas de député.

Le château de sable de François Bayrou va subir sa deuxième marée,et son rêve va disparaître complétement. Pire, ce scrutin législatif peut même représenter un cauchemar absolu pour le leader centriste : le triomphe du bipartisme, avec une UMP majoritaire et un PS qui va renforcer ses positions, par rapport à la chambre sortante, en l'absence de tout autre groupe parlementaire. Le PCF, comme le Mouvement démocrate, sont très sérieusement menacés de perdre leur groupe parlementaire, ce qui fait déchéance, ou si l'on préfère déclassement et ressemble au passage en seconde division.

Les triangulaires escomptées par François Bayrou s'appuient sur les 61 circonscriptions où François Bayrou est arrivé devant Ségolène Royal, mais ce sont en général des circonscriptions acquises à l'UMP. Enfin, pour se maintenir au deuxième tour, il faut au moins 12,5% des inscrits. Le Mouvement démocrate, mis à part une poignée de  circonscriptions où quelques centristes - dont François Bayrou - peut espérer se maintenir, ne peut augmenter son score que si le PS lui fait la courte échelle. Mis à part Lyon, où le maire socialiste pratique déjà avec l'UDF une politique d'alliance, indispensable pour conserver Lyon aux municipales, le PS n'a plus les moyens de tendre la main aux candidats nécessiteux du mouvement démocrate, alors qu'il doit déjà sauver des radicaux de gauche, des communistes, des écologistes et des chevènementistes.

C'est beau la charité politique, mais elle a des limites arithmétiques, sans compter les arrière-pensées à l'égard de François Bayrou, qui n'aura plus les moyens de troubler la rénovation socialo-socialiste.

On prête au cardinal de Retz, grande plume de la Fronde, cette phrase attribuée de manière erronée à d'autres auteurs et que François Mitterrand affectionnait tout particulièrement : "On ne sort de l'ambiguïté qu'à ses dépens". François Bayrou est sorti de l'ambiguïté, et tout s'effondre autour de lui. Une seule certitude : François Bayrou va poursuivre tout seul ou presque son grand oeuvre de recomposition de la vie politique française. En fait, elle a lieu, mais sans lui.

 

http://www.rtl2007.fr/analyses/editos/0/peau-chagrin-6751p.html

Jeudi 10 mai 2007
Il y a des défaites qui portent les germes de lendemains meilleurs

http://www.betapolitique.fr/spip.php?article0785

 

On reparlera plus tard des lacunes de cette campagne. Il faudra en tirer les leçons. Ségolène Royal a-t-elle été assez "pro"? Combien ont coûté ses problèmes d'éloquence? Le Parti socialiste dispose-t-il d'une organisation adaptée pour un combat de cette intensité? Les éléphants ont-ils savonné la planche de leur candidate? Pourquoi les élites ont-elles rallié Bayrou?
On se demandera si la France était prête à choisir une femme présidente.
On réfléchira à la nouvelle donne qu'a comprise Sarkozy. À cette stratégie de connivence affichée avec les puissances d'argent : entreprises, presse, instituts de sondage. Au ralliement sans scrupule de personnalités, à la corruption et la menace. On se demandera comment doit s'organiser la gauche pour combattre ce drôle de type d'adversaire.
Mais aujourd'hui, saluons d'abord Ségolène Royal. Il y a des défaites dans l'honneur. Il y a des défaites qui portent les germes de lendemains meilleurs. Et celle-ci en est une.

Car enfin, qu'a fait Ségolène Royal en moins d'un an? Elle a tout simplement fondé la gauche du XXIe siècle.

Après les errements du deuxième septennat de François Mitterrand, la victoire trop précoce de Jospin, la gouvernance efficace mais si fade de son quinquennat, le drame du 21 avril 2002, la gauche était orpheline de ses valeurs. Sans boussole, sans morale, sans âme, sa langue était une langue morte, ses pratiques les rites d'une liturgie sans fidèle.
En moins d'un an, Ségolène Royal a ouvert les fenêtres et ramené à la vie le mouvement socialiste.

Au cours de la campagne d'investiture, elle a secoué les militants, rénové le logiciel, fondé de nouveaux concepts. Elle a surtout changé en profondeur les pratiques d'un parti qui se complaisait jusqu'alors dans les discours et les synthèses habiles. Ségolène Royal ne se demande pas s'il faut être social démocrate ou socialiste ou démocrate. Comme elle dit, elle estime que la politique doit "régler des problèmes". Ce qui compte, ce sont les propositions. On y collera les étiquettes qu'on voudra.
Au cours de la campagne d'investiture, elle a refondé le lien entre la gauche et les classes populaires, et posé les jalons de l'approche "participative". Certes, Nicolas Sarkozy, avec ses assauts de démagogie calculée, a séduit les "petits blancs" et les petits propriétaires (ou ceux qui rêvent de le devenir). Mais le lien authentique, durable, fondateur, a commencé à être restauré.
Surprise. Au cours de l'entre deux tours, une nouvelle alchimie s'est produite. Les élites traditionnelles de la gauche, qui l'avaient désertée, sont revenues. Charléty restera pour beaucoup de participants le souvenir de ce que le PS ne connaissait plus. Un monde fou. La jeunesse des banlieues. Les familles. Les artistes, les musiques de France, rassemblée, communiant. Cela n'existait plus. Cela a existé de nouveau.
Alors certes l'adversaire était fort. Il a utilisé sans aucun scrupule les ressources de l'Etat et les amitiés privées. Il a acheté les soutiens des uns et a obtenu les autres grace au chantage, à la convoitise, à la lâcheté.
Alors certes, il va falloir se battre, et durer.
Mais se battre, et durer, c'est ça la gauche, non? On n'est pas spontanément du côté du pouvoir à gauche. Et aujourd?hui la gauche existe à nouveau. Trop jeune, trop frêle pour gagner cette rencontre elle est quand même ressuscité au cours de cette campagne.
Alors à demain, la gauche, à demain, Ségolène, et merci !

http://www.betapolitique.fr/spip.php?article0785

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Raphaëlle Bacqué, grand reporter au "Monde" revient sur les raisons de la défaite de Ségolène Royal, à l'occasion de la parution prochaine d'un ouvrage sur la campagne de la candidate socialiste

cette bataille politique prend un tour particulier du fait du désaccord politique profond entre Royal et Hollande

http://www.lemonde.fr/web/chat/0,46-0@2-823448,55-907054@51-822961,0.html


Que pensez-vous de son discours du 22 avril au soir ? N'a-t-elle pas aussi perdu là ?
Le discours du 22 avril au soir était mal préparé et mal dit. Etonnamment, alors que Nicolas Sarkozy avait préparé son discours de soir de premier tour depuis la veille, Ségolène Royal s'y est attelée trop tard, avec ses conseillères Sophie Bouchet-Petersen et Natalie Rastoin. Cependant, si l'on regarde les résultats eux-mêmes, le retard de Mme Royal était déjà important : plus de cinq points. Ce discours n'a sans doute pas convaincu, mais elle avait déjà un gros handicap à rattraper.
Est-il vrai que Ségolène Royal ait décidé de se porter à la candidature en réaction à une infidélité amoureuse de François Hollande ?
Ségolène Royal a toujours eu une ambition politique, bien légitime, et une vraie popularité. Mais elle s'était jusque-là souvent effacée devant son compagnon, en tout cas pour ce qui concerne la présidentielle. Ce que nous racontons, dans notre enquête, c'est qu'en effet un conflit conjugal, comme il en existe dans beaucoup de couples, l'a d'une certaine façon libérée de ses réserves d'antan. Déçue sur le plan privé, elle a choisi de partir à la bataille sans plus se préoccuper de François Hollande mais aussi en faisant un constat : elle était plus populaire que lui, et il n'avait pas su rénover le PS malgré l'aspiration des militants et des électeurs socialistes.
Je suis belge et ici, nous avons été sidérés par le très piètre niveau général de la candidate socialiste, tant sur la forme que sur le fond. Utiliser le mot "incompétence" à son égard ne choque d'ailleurs aucun de mes compatriotes, homme ou femme. L'erreur du PS n'a-t-elle pas été de promouvoir une candidate surfant sur un effet de mode retombé comme un soufflé, plutôt qu'un candidat ayant la stature et la compétence d'un véritable chef d'Etat ?
Il y avait un problème évident de leadership au PS : personne au fond ne s'imposait. Ni le premier secrétaire François Hollande, ni Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius ou Jack Lang. Ségolène Royal a donc représenté la nouveauté. Je ne parlerais pas d'incompétence en ce qui la concerne, mais la réalité évidente, que nous montrons par mille détails dans notre enquête, est qu'elle n'était pas prête. Peu expérimentée (elle n'avait occupé que des ministères "sociétaux", famille, éducation, environnement), très mal préparée et partie sans aucun doute trop tard. J'ajoute qu'elle a fait une très grosse erreur stratégique en ne réconciliant pas son camp. En voulant maintenir le PS à l'écart de sa campagne, elle s'est privée de compétences et d'expériences qui l'auraient pourtant grandement aidée dans une compétition de haut niveau comme la présidentielle.
Est-ce que la campagne de Ségolène Royal s'est réellement faite contre l'appareil du Parti socialiste ?
Oui. Elle a, dans la primaire, rallié la plupart des cadres du PS, notamment les patrons des grandes fédérations. Mais ensuite, elle a sans cesse voulu maintenir le PS à l'écart. Non seulement elle s'est passée de l'apport que pouvait représenter un Strauss-Kahn, qui, sur les questions économiques notamment, aurait pu lui apporter une aide et une légitimité, mais elle a écarté tous les experts du PS. C'est aussi pour cela que la querelle du couple Hollande-Royal a eu de graves conséquences politiques. Ils auraient dû être imbattable : lui à la tête du parti, elle candidate. Au lieu de cela, on a vu deux équipes en incessante compétition. Je n'ai jamais entendu de mots plus durs sur Hollande que dans l'équipe de Ségolène Royal et réciproquement.
Pensez-vous que Mme Royal va remplacer M. Hollande à la tête du PS ? Pensez-vous qu'elle devrait le faire ?
C'est une partie difficile qui se joue. Car si elle reste contestée par les "éléphants", ces derniers restent eux-mêmes relativement impopulaires. Elle est donc difficile à contourner. Dimanche soir, son conseiller Julien Dray affirmait qu'elle voulait prendre le parti. Si c'est le cas, elle va trouver face à elle des adversaires coriaces, dont Hollande lui-même. Elle ne dispose pour sa part d'aucun courant. Elle peut en revanche choisir d'incarner l'opposition à l'Assemblée nationale et, encore une fois, de contourner le parti en restant l'opposante dans les médias. Une chose est certaine, cette bataille politique prend un tour particulier du fait du désaccord politique profond entre Royal et Hollande. Hollande veut préserver le parti et sa propre position à sa tête. Elle veut poursuivre sur sa lancée et être la candidate en 2012...
Depuis janvier, tous les sondages donnaient la candidate battue. Pourquoi rien de significatif n'a-t-il été tenté pour relancer la campagne ?
Elle a fait effectivement plusieurs erreurs stratégiques. D'abord, elle a sous-estimé la percée de Bayrou et n'a pas voulu voir que s'il montait dans les sondages, c'est aussi parce que le doute sur elle n'était pas levé. Elle a toujours renvoyé les critiques à la misogynie, ce qui était assez habile mais lui a interdit de les prendre en compte. Elle ne voulait pas non plus faire ce qui ressortait pourtant de toutes les enquêtes qualitatives : rappeler Dominique Strauss-Kahn pour incarner au moins le pôle économique de sa campagne. Enfin, elle a cru ardemment à sa victoire et n'a compris que très tard que c'était perdu.
Y a-t-il eu oui ou non des pressions de la part des proches de Ségolène Royal sur les journalistes pour que sa vie privée ne soit pas évoquée par les médias avant l'élection présidentielle ?
C'est un sujet passablement tabou en France et tous les médias, d'une certaine façon, n'abordent qu'avec réticence cette question, même lorsque cela a d'évidentes implications politiques. Ce que nous racontons, c'est qu'il y a eu effectivement des pressions très directes sur un hebdomadaire. Le fils aîné de Ségolène Royal, Thomas Hollande, puis son frère Gérard Royal, ancien agent des services secrets, sont directement intervenu auprès de la direction de ce magazine pour faire déplacer une journaliste.
Pour ma part, l'amateurisme de l'équipe de Mme Royal était flagrant par rapport à celle de l'UMP dans le reportage de M. Moati. Ce n'est qu'un reportage, mais les approximations de Mme Royal lors du débat et tout au long de sa campage l'ont prouvé. Qu'en pensez-vous ?
C'est tout à fait vrai. Ségolène Royal avait pourtant compris beaucoup de choses sur l'évolution de la société, elle avait fait venir autour d'elle une armée de sociologues et de sondeurs qui l'ont sans cesse renseignée sur l'état de l'opinion. Mais elle n'avait pas une équipe expérimentée sur l'économie (notamment après le départ fracassant d'Eric Besson), et surtout sur la présidentielle. La désorganisation de l'équipe de campagne aura été un fait majeur. Interviews annulées, déplacements improvisés, des centaines de demandes de rendez-vous laissées en souffrance. Face à l'organisation implacable de l'UMP de Sarkozy, le contraste était saisissant.
Mme Bacqué, Ségolène Royal a-t-elle prononcé le mot "défaite" depuis dimanche 20 heures ? Si la réponse est non, ne pensez-vous pas que les raisons de sa chute sont son incapacité à reconnaître ses faiblesses et encore plus ses échecs ? Sa réaction après la défaite (aucune autocritique) et son attitude durant la campagne ne démontrent-elles pas chez Ségolène une incapacité à prendre en compte la réalité, ce qui la discrédite quant à un rôle de premier plan dans le futur ?
Je crois qu'il s'agit là aussi d'une tactique. Le soir du second tour, cette façon un peu surréaliste de faire la "fête" de la défaite a d'une certaine façon tué dans l'?uf les critiques. Lors de la réunion des dirigeants du parti, mardi, cela a été la même chose.
Il a fallu un bon moment de discussion pour savoir si on allait prononcer le mot de défaite. Mais sa façon toute personnelle de ne pas reconnaître les erreurs est aussi une façon efficace de se protéger psychologiquement. Sans doute, un peu plus tard, faudra-t-il qu'elle fasse la véritable analyse de ses propres erreurs. Si elle ne fait pas cette analyse, elle risque fort de ne pas être mieux préparée pour la suite.

Vous dites : "elle a écarté tous les experts". Sur qui s'appuyait-elle donc ? Peut-on faire une campagne présidentielle sans experts ?
Elle s'est beaucoup appuyée sur les sondages, sur des analyses sociologiques. Il y avait ainsi auprès d'elle un sémiologue, Alain Mergier, auteur d'un livre remarqué, Le Descenseur social, qui a été l'un des architectes de sa campagne et notamment du thème qui est devenu un gimmick : le "donnant/donnant". Elle a aussi beaucoup compté sur les conseils de la publicitaire Natalie Rastoin, experte en marketing, qui lui a notamment imaginé cette campagne, et enfin sur Sophie Bouchet-Petersen, une très imaginative conseillère. Mais cela ne suffit pas. Face à la désorganisation, se sont ensuite greffés Jean-Pierre Chevènement, qui a beaucoup appuyé le côté autoritaire et nationaliste de Ségolène Royal, et, à l'inverse de Bernard-Henri Lévy, qui l'a aidé dans ses interventions médiatiques. Mais cela ne suffit pas à élaborer une ligne. Elle n'avait pas d'experts véritables pour bâtir sa politique fiscale, notamment, ou même pour élaborer sa critique en demi-teinte des 35 heures. Du coup, elle a souvent donné le sentiment de pointer avec justesse les problèmes, mais de ne pas suivre derrière, de ne pas proposer de solutions ou d'analyses plus étayées.
N'y a-t-il rien eu de positif dans cette campagne ? Qu'a-t-elle réussi ?
Bien sûr que si ! D'abord, elle a ré-intéressé l'électorat de gauche, lui a redonné de l'espoir et c'est beaucoup. Dans ces meetings, une vraie ferveur s'est souvent exprimée que l'on n'avait pas vue depuis François Mitterrand. Son absence de tabou politique, notamment dans l'entre-deux-tours, lors de sa tentative d'ouverture au centre, aura fait progresser le PS dans sa réflexion sur les alliances et son tournant éventuel vers la social-démocratie. Enfin, elle a montré qu'une femme pouvait arriver au deuxième tour de la présidentielle en France. De ce point de vue, c'est une petite révolution.
Ségolène Royal n'est-elle pas plus proche de Bayrou que du PS ?

Non, je ne dirais pas cela. Elle a beaucoup de références, notamment sur l'économie et les services publics, qui sont très typiquement de gauche. Mais c'est le PS tout entier qui doit s'interroger sur ses alliances et sa ligne. Avec un PC qui disparaît et une extrême gauche affaiblie, doit-il encore courir sur sa gauche ? Doit-il prendre le chemin de la social-démocratie comme les autres socialistes européens ? Enfin, Bayrou est-il capable d'accepter une alliance qui le priverait de sa propre aventure personnelle ? C'est cette recomposition politique qui va être passionnante, ces prochaines années, à gauche. Au fond, Sarkozy a réussi à la mener à droite, la gauche doit le faire à son tour.
Comment résoudre le problème de légitimité évidente au PS depuis le départ de Jospin ?
L'idée de faire des primaires était une réponse possible et intelligente. Mais ces primaires sont venues trop tard. Le PS doit choisir son candidat trois ou quatre ans avant l'échéance, puis tout le PS doit se mettre à travailler derrière lui. Il faut aussi susciter une nouvelle génération d'élus, faire émerger des personnalités différentes.
Il faut enfin rassembler son camp. Mitterrand détestait Rocard et se méfiait de Delors. Mais en 1981, il les avait placés tous deux sur ces affiches de campagne...

A votre avis, comment Ségolène Royal va-t-elle réagir à votre ouvrage ? Quel est, selon vous, son avenir politique ?
Elle réagira mal, probablement, car elle a voulu maintenir le secret sur sa campagne et notre enquête s'attache à lever une part de ce secret. Notre enquête est pourtant très nuancée, car nous pensons franchement qu'il y avait beaucoup d'intuitions intéressantes et une formidable volonté. Sur son avenir politique, je ne doute pas qu'elle en ait un. Elle est populaire, elle est tenace. Mais elle doit vraiment réfléchir à ses erreurs et corriger ses propres défauts de caractère notamment. Elle va aussi avoir fort à faire avec des adversaires qui la haïssent au sein même du parti et qu'elle n'a pas ménagés. Mais après tout, elle peut parfaitement réussir en 2012...

http://www.lemonde.fr/web/chat/0,46-0@2-823448,55-907054@51-822961,0.html

par BetaPolitique publié dans : Le Monde
Mercredi 9 mai 2007
"les investisseurs sont convaincus qu'avoir son ami à l'Elysée ne peut pas être un inconvénient..."


http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/252404.FR.php



Les patrons se rendent-ils à leur travail tôt le matin ? En tout cas, ils se sont reconnus dans les valeurs défendues par Nicolas Sarkozy. Et, depuis les résultats, ils exultent. Première à réagir, la patronne des patrons a envoyé dimanche soir un télégramme, rendu public, au nouveau président où elle le félicite et se met à son service. "Je tiens à vous présenter mes plus vives félicitations pour votre élection à la présidence de la République", a écrit la présidente du Medef. "Votre très nette victoire intervient aux termes d'une campagne où les questions économiques et sociales ont été placées au coeur du débat, et nous nous en réjouissons." Et Parisot d'offrir ses services au nouveau président : "Nous nous engageons à contribuer avec responsabilité et enthousiasme à l'écriture de la nouvelle page qui s'ouvre pour la France." 
Le ton est moins exalté, mais la CGPME ne cache pas non plus sa satisfaction. Dans un communiqué, l'organisation représentant les petites et moyennes entreprises s'est "réjouie de ses premières déclarations au travers desquelles il a souhaité valoriser le travail en rompant avec l'assistanat", tout en considérant ses adhérents comme le "fer de lance du nouvel élan désormais engagé". Et, en plus, les petits patrons sont pressés de voir s'appliquer le programme économique de Sarkozy. "La confédération attend que se concrétisent rapidement les mesures fiscales et sociales annoncées, notamment celles ayant trait au temps de travail et à la baisse des charges sociales." Une allusion claire à l'engagement de Sarkozy d'inciter les heures supplémentaires via des exonérations.
Que ce soit pour les grands ou les petits patrons, la question du temps de travail était perçue comme symbolique. Ils se sont sentis proches idéologiquement du discours du candidat de l'UMP (même s'il dit ne pas vouloir revenir sur la loi), alors que la promesse de Royal "d'étendre les 35 heures"  les a hérissés. La question était même devenue une idée fixe, comme l'a raconté Ségolène Royal lors du débat contre le candidat UMP. "J'ai rencontré la présidente du Medef. Elle m'a seulement dit : "Revenez sur les 35 heures." 
Les liens personnels entre Sarkozy et les patrons expliquent aussi cet accueil plus que chaleureux. C'est bien simple, jamais un président n'aura bénéficié d'un tel réseau d'amis-patrons, sans compter son frère Guillaume, ex-vice-président du Medef. La moitié du CAC 40 en fait partie : François Pinault, Jean-Claude Decaux, Arnaud Lagardère, Bernard Arnault... Mais le plus proche est Martin Bouygues, patron du groupe du même nom et propriétaire de TF1. Il est le parrain du petit Louis, le fils de Nicolas et de Cécilia. Hasard ou coïncidence, le titre Bouygues a atteint hier son plus haut annuel (+ 3,5 % à 62,50 euros). Quel que soit l'avenir industriel du groupe de BTP et de médias, les investisseurs sont convaincus qu'avoir son ami à l'Elysée ne peut pas être un inconvénient. On peut difficilement leur donner tort.


http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/252404.FR.php

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De la casse dans les cortèges
anti-Sarkozy


Selon la police, il y a eu 730 véhicules incendiés et 592 interpellations


http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/252405.FR.php

 

Une élection qui fait boum. 730 voitures ont été incendiées et 592 personnes interpellées en France dans la nuit de dimanche à lundi, selon un décompte fourni, hier, par la Direction générale de la police nationale (DGPN). Au matin, la DGPN estimait que le niveau de violence se situait "au-dessus de celui d'un 14 juillet", mais était "inférieur à celui d'un réveillon de la Saint-Sylvestre". En réalité, lors de la nuit du dernier Nouvel An, 397 voitures avaient été incendiées. Le bilan des manifs "anti-Sarko" va donc bien au-delà. Comme pour les arrestations, comparables à celles effectuées lors du mouvement anti-CPE : 420 personnes avaient été interpellées lors de la manif du 23 mars 2006.
A Paris, après des affrontements place de la Bastille où plus de deux mille personnes s'étaient réunies, des barricades ont été dressées rue de Lyon et rue du Faubourg-Saint-Antoine. Dans la nuit, 35 voitures ont été incendiées et 79 personnes interpellées. Des manifs "sauvages" se sont prolongées jusqu'à 3 heures. La préfecture de police n'a fourni que le décompte de ses propres blessés, soit 33 agents des forces de l'ordre. Côté manifestants, 51 personnes étaient toujours en garde à vue hier après-midi. Pour les organisations de gauche et d'extrême gauche, peu présentes dans la rue, le bilan était difficile à tirer. "Il y avait assez peu de militants. C'est difficile de savoir qui a été arrêté ou blessé, fait remarquer un manifestant. On a été dans la même incertitude après la nuit du 21 avril 2002." L'un des interpellés, en situation irrégulière, n'a pas fait l'objet de poursuite pénale mais était sous la menace d'un arrêté de reconduite à la frontière. Hier, un début de mobilisation était perceptible dans les lycées et collèges parisiens. Dans la soirée, quelque 400 jeunes se sont regroupés à la Bastille, parcourant l'arrondissement et provoquant de nombreux dégâts matériels. Une vingtaine d'entre eux, lycéens pour la plupart, ont été interpellés.
En province, le bilan des affrontements de dimanche fait état de 70 interpellations à Lille et 34 à Lyon. De source judiciaire, on indiquait que les gardes à vue risquaient d'être prolongées jusqu'à aujourd'hui.



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Mardi 8 mai 2007
Non seulement, elle ne fait pas ses bagages, mais elle part à la conquête du Parti socialiste

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Ségolène Royal dimanche soir a fait un coup, qui en dit long sur son état d'esprit : en parlant la première, elle a voulu squeezer tous les dirigeants socialistes qui s'apprêtaient à déplorer la défaite et à distribuer les bonnets d'âne et entre autres, lui en réserver un paquet. Dans cette course de vitesse, elle a même battu d'une courte tête le vainqueur, Nicolas Sarkozy.
Elle aura été la première à commenter les résultats. Manifestement, cette "victoire" là, lui avait rendu le sourire. Les éléphants affichaient tous une gueule de circonstance. Elle, en s'adressant aux Français, à ses électeurs et à ses militants, affichait un sourire extatique tellement à contre-temps, qu'un téléspectateur qui ayant coupé le son de l'écran, aurait pu croire qu'elle venait de l'emporter haut la main.
Au sourire éclatant, elle a ajouté un lapsus on ne peut plus révélateur : elle a parlé "d'autres victoires" à venir, qui semblerait indiquer qu'elle avait non seulement gagné la Présidentielle, la course aux 20 heures, mais qu'elle considérait que sa défaite était à bien des égards, pour elle,  une demie-victoire. La candidate socialiste redoutait un rejet la ramenant à 44% ou 45% comme le prévoyaient les sondages non publiés de samedi dernier. A ce compte-là, elle était éliminée du jeu et renvoyée à Melle, au coeur du Chabichou, avec la perspective d'une reconversion difficile.
Le vote des électeurs, avec un score de l'ordre de 47% (46,94%) proche de celui de Lionel Jospin en 1995 (47,3%), avec 17 millions d'électeurs qui se sont portés sur son nom, a changé la donne pour la candidate socialiste. Non seulement, elle ne fait pas ses bagages, mais elle part à la conquête du Parti socialiste, où elle entend bien incarner la rénovation. Elle s'est autoproclamée leader de l'opposition, et c'est à ce titre qu'elle a pris des engagements, et qu'elle a lancé la campagne des Législatives. C'est ce qui s'appelle couper le sifflet et les jarrets de ses rivaux socialistes. Le lapsus de sa déclaration "d'autres victoires" visait explicitement la bataille à venir pour le leadership de l'opposition et la bataille des Législatives.
Elle a eu raison d'aller vite : la campagne des Législatives commence lundi prochain avec le dépôt des candidatures, et la bataille promet d'être rude, même si les simulations des instituts de sondages promettent une bipolarisation renforcée entre l'UMP et le PS, avec une probabilité de voir élue à l'Assemblée nationale une chambre bleu horizon. Le PS, qui va devoir défendre ses sièges avec acharnement, ne peut pas se payer une crise avant de repartir en campagne. Les "éléphants", qui ont tout fait pour s'opposer à sa désignation, qui l'ont regardé faire campagne de manière solitaire d'autant plus facilement qu'elle se méfiait d'eux, meurent d'envie de faire un sort au couple infernal Royal-Hollande. Ils  aimeraient se débarrasser des deux dans un même mouvement. Mais coincés par le calendrier des Législatives, ils doivent composer et remettre à plus tard un congrès de tous les dangers, qui pourrait être celui de la fameuse rénovation idéologique et stratégique.
La candidate a réussi à mettre le pied dans la porte de la direction du parti. Tout le monde s'accorde désormais pour une direction collégiale de la campagne, avec Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, François Hollande, les chefs des différents courants et Ségolène Royal. C'est ce qu'elle souhaitait. Elle va de toute évidence se représenter dans les Deux-Sèvres pour revenir au Parlement, parce que c'est la tribune naturelle de tout leader politique, a fortiori de celui qui entend prendre la tête de l'opposition.
Mais surtout, Ségolène Royal va courir de meeting en meeting en jouant la foule socialiste contre l'appareil et les "éléphants" soupçonneux. Elle va faire une campagne de nature référendaire : elle ira partout où les militants le souhaitent, et elle espère bien se faire plébisciter comme le leader naturel du Parti socialiste, afin d'aborder l'heure des règlements de comptes en situation de force. Ce qui ne la dispense pas de réfléchir sur le brouillon que fut sa campagne : face aux bataillons militants, aux foules sympathisantes, elle pourra désormais se "blairiser" sans complexe, puisque c'est dans cette direction social-démocrate qu'elle souhaite s'engager.
Il lui faudra additionner non seulement les meetings, non seulement rassembler les sympathisants et les militants, mais aussi une partie du troupeau d'éléphants, et beaucoup d'éléphanteaux, si elle veut se donner les moyens de gagner. La méthode Sarkozy, à cet égard, est exemplaire. Quiconque prétend s'emparer d'un parti doit la méditer.

 


Nicolas Sarkozy : La couleur de l'argent


Il a choisi la rupture, avec un démarrage qui décoiffe, qui donne une tonalité quasi-provocante à sa présidence

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Cinq années de campagne, méthodiques, réfléchies, calculées, avec un souci maniaque de la cohérence et une dépense d'énergie incalculable. Le tout couronné par une victoire éclatante d'une droite libérée : Nicolas Sarkozy a incontestablement droit au repos avant le grand saut présidentiel.
Certes, cet éloignement tout à fait légitime n'est pas vraiment une tradition de la Ve République. Valéry Giscard d'Estaing avait choisi la Touraine et une propriété familiale derrière de hauts murs. François Mitterrand avait fait encore plus simple : rue de Bièvre, à son domicile où il a reçu messages, amis et collaborateurs. Quant à Jacques Chirac, élu sur la promesse d'une réduction de la fracture sociale, il était lui aussi resté à Paris, dans les appartements du maire de Paris à l'Hôtel de Ville.
Nicolas Sarkozy a choisi la rupture, avec un démarrage qui décoiffe, qui donne une tonalité quasi-provocante à sa présidence. Son emploi du temps depuis dimanche 20 heures ne peut-être imputé à personne d'autre qu'à lui-même : de toute évidence, il lui ressemble comme un auto-portrait.
Réunion dans son bureau à 20 heures pour l'officialisation des résultats. Giscard était tout seul, si on en croît le film de Raymond Depardon. Nicolas Sarkozy a voulu avoir auprès de lui ses amis les plus proches. Selon son ami Patrick Balkany, condamné pour corruption et réélu, qui était présent, il y avait Johnny Halliday et sa femme, Christian Clavier, Jean Reno et Claude Guéant, son précieux directeur de campagne. C'est beau l'amitié. Il se rend Salle Gaveau, retrouve les chevilles ouvrières de sa campagne, dont quelques amis comme Arnaud Lagardère et Serge Dassault.
Puis, à 21 heures, il se rend au Fouquet's, d'abord pour un cocktail avec son équipe de campagne, d'autres amis, quintessence du people, mais un people sarkozien, les futurs ministres potentiels - au moins trois ou quatre par poste -, et un certain nombre de fées qui trônent à la tête de grandes sociétés, et qui veillent amoureusement sur son triomphe.
Puis, Nicolas va dîner avec quelques amis et sa famille au restaurant "Diane", dans le nouveau palace du groupe Barrière, dont le président est également un ami de Nicolas Sarkozy, ce qui tombe bien : ce qui prouve qu 'être maire de Neuilly permet de se constituer un carnet d'adresses qui n'a rien à voir avec celui qu'on constitue à Nevers ou à Lens. Pendant ce temps-là, les militants, les partisans, la foule de droite attendent place de la Concorde.
Finalement, il s'y rend. 30.000 personnes, c'est gentiment festif, mais ce ne sont pas les grandes foules des alternances, du passage de la nuit au jour et réciproquement, que la nuit soit de droite ou de gauche. Beau discours du nouveau président, improvisé, reprenant les thèmes de sa déclaration officielle : il y a longtemps que Nicolas Sarkozy est l'un des meilleurs orateurs français, sinon le meilleur. Derrière lui , la famille, les candidats ministres, l'équipe de campagne. Tiens, on reconnaît le président de la Cour des comptes, en principe par fonction magistrat impartial, qui en l'occurrence affiche une fugitive partialité, comme si c'était vraiment plus fort que lui : c'est dur l'Etat impartial.
Retour au Fouquet's pour s'offrir une nuit dans une suite de l'un des plus beaux palaces du monde. La suite est tarifée entre 1.500 et 2.590 euros la nuit. S'offrir est une façon de parler qui ne correspond sans doute pas à la réalité.
Le lendemain matin, il part en jet privé pour Malte, sans doute le coup de baguette magique d'une autre fée très bienveillante. Il rejoint le port de La Valette et embarque sur un yacht de 60 mètres de long, propriété d'une autre fée, elle aussi généreuse, Vincent Bolloré, patron, bâtisseur et propriétaire du groupe portant son nom.
Au crédit de Nicolas Sarkozy, il a vraiment décomplexé la droite. La droite s'affiche, c'est normal, elle a gagné. Elle aime l'argent et le revendique. C'est normal, elle ne fait plus de complexe sur l'argent. Et puis qu'avec Nicolas Sarkozy, tous les Français qui se lèvent tôt vont enfin gagner de l'argent, il est normal que le nouveau président affiche la couleur de l'argent, et fasse une démonstration de ses goûts en la matière. Comme une sorte de manifeste qui rappelle, le successeur de Charles de Gaulle, George Pompidou et son "Enrichissez-vous !". Avec Nicolas Sarkozy, "tous ensemble, c'est possible" !
On se souvient de la déclaration de Nicolas Sarkozy, il était encore candidat, en fin de campagne, annonçant qu'il allait prendre "quelques jours pour habiter la fonction, pour prendre la mesure de la gravité de la charge". On évoquait même dans son entourage une retraite monacale. Il fallait sans doute ce bain d'hyper luxe, cet affichage de nouveau riche, pour passer de la dimension spirituelle de la campagne, à la dimension temporelle de la fonction, quasi-triviale.

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par Serge July publié dans : RTL
Lundi 7 mai 2007

PS : A Reconstruire !

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Il reviendra, le temps des cerises…

Nicolas Sarkozy est un président légitime,
désigné sans entourloupe ni hésitation

Mais d’abord l’émotion, la tristesse devant cette défaite. La déception est grande après tant de ferveur, tant de passion, tant d’espoir dans le renouveau. La France a fait un choix net. Sur la forme rien à dire. La campagne fut digne, passionnée, civique au plus haut point. Nicolas Sarkozy est un président légitime, désigné sans entourloupe ni hésitation. L’autre France cherchera une compensation dans les urnes des législatives. En attendant, le coeur serré, elle contemple la défaite en se prenant à espérer, malgré tout.
Légitimement, la droite exulte. Enfin ses vraies idées sont au pouvoir, pas celles de ce roublard de Chirac qui louvoyait sans cesse et trompait son monde. Sarkozy, un danger pour la République? Pur procès d’intention. On peut trouver choquant le programme du nouveau président. Nicolas Sarkozy a parfaitement le droit de le mettre en oeuvre, pour rapprocher, comme il le veut, la France de la norme dominante du libéralisme conservateur. Il doit sa victoire à sa franchise talentueuse et provocante, à cette idée de rupture qui fait espérer à 55% des électeurs qu’on va sortir par des méthodes énergiques - injustes? - du marasme des deux dernières décennies.
Dur, mais conforme à la volonté du peuple. Thatcher sans jupons? Préparons-nous…

Digne et optimiste dans la défaite,
Ségolène Royal continue

On incriminera les erreurs de la candidate. Les couteaux sont tirés, comme celui qu’a déjà brandi Dominique Strauss-Kahn. Des erreurs, il y en eut. Nous les avons pointées à chaque fois. Un début de campagne hésitant, agrémenté de quelques gaffes mineures mais qui alimentaient le procès en incompétence instruit au sein même du PS envers Ségolène Royal. Du coup la candidate, désignée en grande partie parce que les sondages la plaçaient devant Sarkozy, s’est retrouvée derrière, condamnée à la course poursuite, au momen où son adversaire sonnait la charge.
Une fin de campagne meilleure et un très bon score au premier tour, quoique trop court pour l’emporter au second. L’ouverture au centre était contenue dans l’arithmétique du 22 avril. Elle fut jouée avec décision. Mais l’opinion ne bougea pas. Vint ce débat que les commentateurs, à commencer par l’auteur de ces lignes, jugèrent en sa faveur. En fait, le changement brutal de posture - une Royal soudain agressive - inquiéta sans doute les hésitants, d’autant qu’on s’aperçut, le lendemain, que les offensives les plus spectaculaires reposaient sur des données incertaines. Digne et optimiste dans la défaite, Ségolène Royal continue. Bonne chance…

L’immobilité doctrinale du PS
a plombé d’avance l’élection

Un tel écart interpelle la gauche tout entière. L’immobilité doctrinale du PS, produite par ses divisions d’ambition, a plombé d’avance l’élection. Refus de tirer une leçon claire de la bérézina du 21 avril 2002, illusion que le simple jeu de l’alternance suffirait à assurer la victoire, insensibilité aux enjeux nouveaux dans une France transformée par sa propre crise et par la mondialisation, négligence à l’égard du centre, absence de réflexion sur les nouvelles politiques sociales et économiques nécessaires en ce début de siècle, ouverture insuffisante aux innovations de l’altermondialisme dont il fallait prendre le meilleur, suicide par éclatement de la gauche radicale.

La gauche doit aujourd’hui
organiser sa refondation

Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy, tout d’intelligence politique, travaillait en profondeur son électorat, acclimatant sans relâche les principes libéraux au sein d’une droite jusque là jacobine. La gauche doit aujourd’hui organiser sa refondation. Ce revers doit réveiller les forces d’imagination et de modernisation, celles qui allie audace et réalisme. Libération, pour sa part, commence ce travail dès aujourd’hui. Les valeurs de compétition l’emportent. Mais les valeurs de solidarité et de justice demeurent. Sur ce socle on peut construire. Le temps des cerises reviendra. Courage…


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