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Lors de l'affrontement entre Michel Rocard et François Mitterrand à la fin des années 1970, la relative jeunesse du premier, sa "différence" et son "parler vrai" lui avaient assuré des scores flatteurs dans les sondages, qui faisaient de lui le socialiste le plus populaire dans l'opinion. Dans l'appareil mitterrandien du PS au contraire, il se heurtait à de vives résistances. Ce découplage avait été vécu par de nombreux élus et militants comme une stratégie de contournement du parti par les médias, que beaucoup d'entre eux réprouvaient.
D'une certaine façon, la montée en puissance de Ségolène
C'est que les temps ont changé. D'abord, la démocratie est encore beaucoup plus "médiatique" qu'à l'époque de l'affrontement Mitterrand-Rocard. Ensuite, la fin des années 1970 était une période d'espoir dans la politique et les partis, notamment à gauche. Alors que, depuis le début des années 1990, la crise de la représentation et la désaffection vis-à-vis des appareils politiques ne cessent de s'approfondir. Les militants du PS ont donc, pour beaucoup, le sentiment que leur parti ne peut plus se permettre de prendre de haut les sondages d'opinion et leurs étoiles. D'autant que ces militants sont encore tétanisés par le souvenir du 21 avril 2002. Ils veulent éviter de revivre ce moment d'horreur politique.
Pas question donc de se priver a priori de l'atout Royal. Au contraire, pour ses partisans au sein du PS, sa popularité est la meilleure garantie d'éviter le renouvellement du scénario catastrophe de la précédente élection présidentielle.
Mais cette attitude revient aussi, pour le Parti socialiste, à accepter un peu plus la "dictature des sondages".
Michel Rocard avait un projet et une démarche politiques très différents de ceux de François Mitterrand. Il mettait sa popularité au service de ses idées, et ce sont bien ces idées que combattaient les mitterrandiens. Alors que Ségolène Royal, pour l'essentiel, plaît au sein du PS parce qu'elle est en tête des sondages, même avec des idées encore en pointillé. Ce glissement n'est pas sans conséquences potentielles pour l'avenir. La légitimité de l'action du PS en tant que parti politique pourrait s'affaiblir par rapport à celle que confère l'opinion. La confirmation du "phénomène Royal" représenterait un pas de plus vers la démocratie "d'opinion" - nourrie par les médias et la société civile - et un nouveau recul de la démocratie "de parti".
Par ailleurs, la démarche de Mme Royal, telle qu'elle l'a elle-même définie, revient à se mettre à l'écoute de l'opinion puis à reprendre à son compte les idées-forces qui se seront dégagées. Si elle est couronnée de succès, elle pourrait signifier une nouvelle remise en cause du rôle des dirigeants politiques, en particulier pour la gauche, qui a longtemps eu une démarche plus "programmatique" que
L'exemple le plus parlant est celui de la peine de mort : si François Mitterrand s'était contenté d'adhérer au consensus de l'époque, il n'aurait jamais aboli le châtiment suprême - de surcroît en l'annonçant à l'avance avant même son élection en 1981 -, à contre-courant, précisément, de tous les sondages d'opinion.
La démarche de Ségolène Royal est présentée comme une réponse et une tentative de solution à la crise du politique. Mais elle pourrait aussi représenter, de façon paradoxale, une nouvelle étape du processus d'affaiblissement des dirigeants et des structures politiques.
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