Mercredi 17 mai 2006 3 17 /05 /2006 06:43

Au commencement, ils n'étaient pas plus de sept ou huit "modérateurs" enrôlés pour le lancement, en février, du site Désirs d'avenir

http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-771843@51-749161,0.html

Ils sont désormais une quarantaine à se relayer tous les jours, week-end compris, pour trier, filtrer les messages des internautes et rédiger les "synthèses", matière première du livre interactif de la candidate socialiste.
Chacun travaille chez soi, mais il a fallu organiser des plannings. Tous sont bénévoles, à l'exception du webmaster, un professionnel. Beaucoup se sont connus au cabinet de Michel Sapin, ministre de la fonction publique dans le gouvernement Jospin. "L'équipe s'est reconstituée autour du site", admet Jean-Christophe Toulon, un ancien conseiller.

Le président de l'association Désirs d'avenir, Christophe Chantepy, a généreusement puisé dans ce vivier. Fils d'un marionnettiste, énarque, il a dirigé le cabinet de Ségolène Royal à l'enseignement scolaire, puis celui de M. Sapin. Membre du Conseil d'Etat, il se trouve aujourd'hui, avec l'association de soutien à Ségolène Royal, à la tête d'une véritable PME.

Jean-Pierre Le Gendre, actuel directeur de cabinet de Michel Sapin, président de la région Centre, coordonne et anime le réseau des comités locaux Désirs d'avenir. Tous les samedis matin, il participe aux réunions de l'équipe dirigeante. "Deux cent trente comités ont déjà vu le jour", annonce-t-il. Les plus petits regrouperaient une demi-douzaine de personnes, les plus gros, comme celui du 18ème arrondissement, à Paris, une centaine. Et 80 comités ont créé leur propre blog. Certains se sont spécialisés pour travailler, par exemple, sur le modèle social de l'Europe du Nord. Résultat : plus d'une centaine de sites Internet consacrés à Ségolène Royal sont référencés.

Pour l'heure, les ressources de Désirs d'avenir sont toutefois limitées. L'adhésion à l'association, facultative, a été fixée à 10 euros minimum, 50 pour les plus généreux donateurs. "Le plus clair de nos dépenses concerne le fonctionnement du site", affirme M. Chantepy. Les adhésions permettent aussi de financer les déplacements de collaborateurs sur le terrain. A Périgueux, le 5 mai, venue inaugurer le comité local de Dordogne, Ségolène Royal a donné cette consigne à son auditoire, une soixantaine de personnes réunies à huis clos : "Je sais que tout le monde n'a pas Internet, mais vous pouvez utiliser l'ordinateur des autres, comme autrefois, quand il n'y avait qu'un seul téléphone. On se mettait d'accord et on payait."

Par Isabelle Mandraud - Publié dans : Le Monde
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Mardi 16 mai 2006 2 16 /05 /2006 06:06

Lors du débat sur la motion de censure à l'Assemblée nationale, les leaders du PS et de l'UDF se sont montrés particulièrement virulents 

http://www.liberation.fr/page.php?Article=382508

 

Avant la défense de Dominique de Villepin, entamée vers 18 heures, les deux "François", Hollande pour le PS, Bayrou au nom de l'UDF, ont sonné la charge. Un double réquisitoire aux accents parfois proches, sous les quolibets des bancs de l'UMP, notamment à l'adresse de François Bayrou, accusés d'avoir franchi le Rubicon d'une alliance avec la gauche. "En effet, je franchis le pas, a d'ailleurs répondu Bayrou. J'accepte de voter avec des gens différents, dans un contexte national grave. Et j'envisage de reconstruire notre pays et de travailler avec des gens différents."
Comme François Hollande, son prédécesseur à la tribune, évoquant "une crise politique, une des plus graves de la Ve République ", Bayrou a fait le procès des pratiques institutionnelles et politiques actuelles: "Nous vivons l'absolutisme dissimulé, c'est le pire des absolutismes. Apparemment, le parlement vote les lois, apparemment il y a des organes de contrôle, apparemment le gouvernement gouverne. Mais en réalité le pouvoir excéutif légifère, vit dans l'intimité des autorités de contrôle, multiplie les man?uvres pour contrôler le pouvoir judiciaire". François Bayrou a aussi fustigé "ce gouvernement bâti autour d'une rivalité haineuse. Cette rivalité a tout pourri".
Quelques minutes plus tôt, Hollande avait décrit "un gouvernement qui n'est plus qu'un champ de bataille, dans lequel la haine est le sentiment commun". Devant des bancs UMP assez déserts, il a ironisé sur "cette censure rentrée, discrète, chuchotée sournoise. Entendez-vous ce qui se dit parmi les rangs UMP dans les couloirs? Je préfère la censure franche qui s'exprime par un bulletin de vote."
A l'image de son homologue socialiste, le président de l'UDF a aussi remarqué que le chef de l'Etat peut «dissoudre l'Assemblée», que le Premier ministre "peut démissionner, demander au gouvernement d'engager sa responsabilité, or il a choisi de ne rien faire". Même son de cloche du côté du patron des socialistes, déplorant «que le chef de l'Etat ne change pas le gouvernement, que le chef du gouvernement ne pose pas la question de confiance, que le président de l'UMP préfère l'arrangement à la rupture». Et d'appeler les parlementaires à voter la censure, sans espoir de succès compte tenu de la majorité écrasante de l'UMP dans l'hémicyle.
Et Clearstream dans tout ça? Si Bayrou s'est voulu allusif, Hollande a introduit son discours en posant plusieurs questions précises: "Pourquoi Dominique de Villepin a-t-il demandé une enquête à la DST alors que le général Rondot menait une enquête parallèle? Pourquoi Jean-Pierre Raffarin n'en a-t-il pas été informé? Pourquoi les personnes mises en cause dans cette affaire n'ont-elles pas été informées des conclusions de ces enquêtes ?
Pourquoi Nicolas sarkozy, cette vraie-fausse victime, ne s'est constitué partie civile qu'en janvier 2006, alors qu'il se savait hors de cause depuis longtemps?"
Evidemment, Dominique de Villepin n'y a pas répondu, rétorquant par une charge générale mais violente: «Au nom de qui, de quoi demandez-vous une motion de censure? Au nom de la calomnie, du mensonge, de la rumeur.» Se coiffant de sa casquette d'homme de lettres, l'auteur du «Cri de la gargouille» a conseillé à François Hollande de ne "jamais oublier que la calomnie nourrit la calomnie, que la rumeur est une bête qu'on ne rassasie jamais. Tout est bon pour alimenter la chaudière du soupçon". Et d'opposer "un Etat de droit dans lequel la justice travaille avec rigueur et indépendance", mais pas assez, semble-t-il, pour qu'il la saisisse dans l'affaire Clearstream.
Passée cette riposte, au cours de laquelle Villepin s'est aussi étonné "de croiser François Bayrou sur ce chemin de hasard et de circonstance", le Premier ministre a dressé un long et flatteur bilan de l'action du gouvernement, dont il souhaite qu'elle se poursuive autour de plusieurs exigences: notamment renforcer l'autorité de l'Etat et gouverner dans une logique de solidarité pour que chaque Francais ait une chance. Sans surprise, la motion de censure socialiste a été rejetée, n'ayant recueilli que 190 voix PS, PCF, Verts et UDF.

http://www.liberation.fr/page.php?Article=382508

Par Fabrice Tassel - Publié dans : Libération
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Lundi 15 mai 2006 1 15 /05 /2006 12:15

 

En annonçant qu'il votera demain la censure contre le gouvernement, le président de l'UDF François Bayrou apporte sa pierre à l'implosion de la majorité

http://www.liberation.fr/page.php?Article=382080

Un chef de l'Etat discrédité, un gouvernement chaque jour un peu plus au bord de l'implosion, un ministre de l'Intérieur qui godille pour préserver son avenir de présidentiable : l'affaire Clearstream avait déjà dynamité l'UMP, voilà qu'elle fait imploser la majorité tout entière !

François Bayrou, le président de l'UDF, a annoncé hier soir sur TF1 qu'il s'associerait demain à la motion de censure déposée par le Parti socialiste. Du jamais vu depuis la création de la formation centriste en 1978. Pour Bayrou, il s'agit carrément d'une "décision analogue" à celle prise en 1969 par Valéry Giscard d'Estaing lors du référendum de De Gaulle sur la régionalisation. Giscard avait voté non. Battu, de Gaulle avait quitté le pouvoir.

"Voter la censure est une décision lourde de conséquences, confiait François Bayrou à Libération hier matin. Mais il est impossible pour moi d'accepter la situation" engendrée par l'affaire Clearstream, symptôme "d'une double dérive". Celle du système Chirac-Villepin-Sarkozy, véritable "noeud de vipères" où se concentrent trop de "haines". Celle, plus "nstitutionnelle", d'une Ve République qui, "sous Mitterrand, avait déjà connu de telles dérives". Alors qu'il a engagé l'UDF depuis 2002 sur les chemins de l'autonomie à l'égard de l'UMP, François Bayrou estime que s'associer à la motion de censure "est un acte d'opposition à la déliquescence du système UMP-PS, un acte d'opposition à l'effondrement de la République". Façon de piquer le sceptre de la "rupture" à Sarkozy.

En ralliant la gauche pour essayer de faire tomber le gouvernement, sans espoir d'y parvenir puisque l'UMP est majoritaire à elle seule, le patron de l'UDF prend le risque de braquer un peu plus son électorat. "Il y a une certaine immoralité à voir la gauche se draper dans les toges des censeurs. Mais j'assume d'envisager de travailler avec tout le monde. En 2007, les Français auront le choix entre l'extrémisme et la reconstruction", précise-t-il, inscrivant sa démarche dans une logique "d'union nationale".

Avant d'en arriver là, Bayrou doit convaincre les 30 députés centristes de le suivre. "Sur le principe, nous sommes presque tous pour la censure, assure Hervé Morin, président du groupe UDF à l'Assemblée. De là à la voter, c'est compliqué." Une alliance avec la gauche, fut-elle éphémère, sent le soufre. Pour les unionistes forcenés comme Claude Leteurtre (Calvados), pas question d'entériner la division de la droite. Les députés dont la réélection dépend des accords passés avec l'UMP sont tout aussi réticents. A commencer par André Santini et Pierre-Christophe Baguet, élus des Hauts-de-Seine, fief de Sarkozy. La situation d'Olivier Jardé (Somme), suppléant du ministre de l'Education, Gilles de Robien, n'est pas moins délicate.

Mais une bonne moitié du groupe UDF, dont Rudy Salles (Alpes-Maritimes), Nicolas Perruchot et Maurice Leroy (Loir-et-Cher) ou Jean-Christophe Lagarde (Seine-Saint-Denis), serrent les rangs derrière leur chef. Même Bernard Bosson (Haute-Savoie), opposant historique de Bayrou, le suivra.

Quelles que soient les divisions du groupe UDF, l'épisode de la motion de censure, à un an de la présidentielle, augure d'une compétition acharnée à droite. Même si Villepin paraît carbonisé, rien ne garantit que Sarkozy sera le seul candidat issu de l'UMP. La Chiraquie garde quelques cartes susceptibles d'être lancées dans la course élyséenne, comme Jean-Louis Borloo ou Michèle Alliot-Marie. Si on y ajoute Bayrou, ouvertement dans l'opposition, la concurrence Villiers-Le Pen ­ lesquels bavent à l'idée de récupérer le mécontentement de l'électorat de la droite musclée ­ et quelques figurants du type Nicolas Dupont-Aignan ou Bruno Mégret, le spectre d'une division maximale pointe à droite. Et avec lui le risque d'un 21 avril à l'envers qui verrait s'opposer la gauche et l'extrême droite au second tour de la présidentielle.

http://www.liberation.fr/page.php?Article=382080

Par Paul Quinio et Nathalie Raulin - Publié dans : Libération
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Dimanche 14 mai 2006 7 14 /05 /2006 00:25
Historien, démographe, spécialiste de sociologie électorale,  Emmanuel  Todd  dénonce  l'emballement sur une affaire "mineure" au détriment des problèmes du pays

A plusieurs reprises, vous avez dénoncé l'incapacité des gouvernements à voir les réalités du pays. Analysez-vous l'affaire Clearstream comme un nouvel indice d'une faillite généralisée de notre système politique ?

Il y a une crise très sérieuse de la société française. Les événements récents les plus importants, en particulier le non à la Constitution et le refus du CPE par l'opinion, ont montré que les classes moyennes avaient désormais rejoint les milieux populaires dans le rejet des classes dirigeantes.

Dans un tel contexte, l'affaire Clearstream est un épisode politico-policier relativement mineur, que je serais tenté de résumer en trois points : tout d'abord, c'est un délit de fabriquer des listes diffamantes ; ensuite, à partir du moment, où des listes diffamantes existent, il est assez normal qu'on enquête dessus pour savoir ce qui s'est passé, et enfin, ces faits devraient occuper un espace raisonnable dans les pages intérieures des journaux.

Or, nous assistons à une hystérisation, une focalisation totale du système politico-médiatique sur cette question mineure.

Pour un sociologue, il est impossible de ne pas voir cet emballement comme une tentative de fuite hors de la réalité.

Parce que nos dirigeants ne sont pas capables d'engager les débats qui comptent ­ sur la globalisation économique, sur le rôle de la France et l'Europe dans cette globalisation , ils se donnent en spectacle.

Ce n'est tout de même pas un choix de leur part...

Ils n'en sont sûrement pas conscients, mais l'histoire nous montre que, lorsqu'une classe dirigeante perd le contact avec son pays, elle est prise dans un mécanisme centripète de narcissisation et ne s'intéresse plus qu'à elle-même.

Mécanisme renforcé par l'esprit de l'époque : Clearstream, c'est la télé-réalité, la télé-poubelle, la Ferme Célébrités.

Les dirigeants mis en cause pensent que ce qui leur arrive est très important. Personnellement, j'ai plutôt l'intuition que l'affaire ne peut pas intéresser les Français, qui voient bien que celle-ci est d'abord une fuite. Ils risquent même d'y voir des comportements insultants à l'égard de leurs préoccupations réelles.

Si ça continue trop longtemps, la droite ne sera pas au deuxième tour de la prochaine élection présidentielle.

Vous semblez accuser les médias autant que les hommes politiques...

Dans l'esprit du public, la classe politique n'existe pas prise isolément des médias. Il existe un système politico-médiatique qui perd me semble-t-il de plus en plus sa prise sur la réalité.

Un autre exemple de ce «décollement» est donné par la façon, dont l'élection de 2007 est présentée, comme un affrontement inévitable entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, ce qui ne correspond nullement à la structuration profonde des forces politiques et sociales à l'oeuvre en France aujourd'hui.

De la même façon, je suis persuadé que la compréhension des activités régulières, et non délictuelles de Clearstream, serait plus éclairante sur la réalité sociale, que les détournements qu'en aurait fait tel ou tel. En tout cas, personnellement, je suis plus intéressé par les premières que par les seconds et, dans la "crise de la réalité" que nous traversons, il est probable que les nouvelles informations sur l'affaire ne seront tout simplement plus recevables par le public.

Tout de même, n'est-il pas normal de chercher la vérité ?

Nicolas Sarkozy vient d'affirmer qu'il irait "jusqu'au bout de l'exigence de vérité". Cette "exigence de vérité", exprimée avec tant de grandiloquence par Nicolas Sarkozy, est parfaitement ridicule lorsqu'il s'agit d'un sujet aussi mineur. Ce n'est pas être un homme d'Etat responsable que d'être intransigeant sur le dérisoire.

Si Sarkozy a vraiment envie d'être moral, il y a plein de sujets importants : l'égalité, la justice sociale, l'immigration...

Nous devons être très prudents : une société qui n'arrive pas à affronter ses problèmes économiques a souvent tendance à fuir dans la recherche de boucs émissaires. La droite perd le contact avec la réalité, donc elle cherche des boucs émissaires en son sein : aujourd'hui c'est Villepin, sans doute un autre demain. Elle cherche aussi des boucs émissaires dans la société ce sont les étrangers, aujourd'hui et demain.

Par Eric Aeschimann - Publié dans : Libération
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Jeudi 11 mai 2006 4 11 /05 /2006 18:52
Tête chercheuse politique, rabatteuse d'intellectuels, trotskiste convertie à la réforme, féministe à la gouaille peu commune, irrésistiblement sympathique.
Voici Sophie Bouchet-Petersen, la conseillère spéciale de Ségolène Royal.

http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-770088@51-749161,0.html

Plus spéciale que conseillère, étant entendu, dit-elle, que "les conseillers autoproclamés c'est une race haïssable". Elle préfère se présenter comme celle qui "donne des billes à une vraie patronne". Et précise : "Ce que je kiffe dans ma vie, c'est que les choses auxquelles je crois avancent." Au service des autres, toujours. Et de Mme Royal en particulier, qui lui interdit de dire des "gros mots".
Dans l'ombre de la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes, M
me Bouchet-Petersen, 57 ans, s'investit sans retenue pour imposer la candidate à l'investiture du PS, "seule chance pour la gauche de battre Sarko". Elle engloutit, comme à son habitude, des kilos de livres pour comprendre la société française, noircit des notes pour les discours, met son expérience en pratique. Le budget participatif des lycées, mis en place dans le laboratoire poitevin de Mme Royal, c'est son oeuvre, rapportée d'un voyage en 2001 à Porto Alegre, royaume altermondialiste. "J'ai toujours marché sur deux pattes, j'aime le terrain et j'aime le pouvoir qui permet de transformer les choses. Au début, je pensais être tiraillée par une contradiction, aujourd'hui je me dis qu'avec "Ségo", je recolle les morceaux."
Il faut assembler le puzzle. Et quel puzzle ! Au départ, une petite fille passionnée de latin et de grec, bien née dans une famille catholique et gaulliste. Le père, mi-pied noir, mi-danois, est chef de grande entreprise ; la mère, italo-provençale, autorise Sartre et Camus alors que le reste de la famille subit l'influence de l'OAS. De ses parents, Sophie Petersen extrait des "valeurs" : "le courage, la grandeur de la France, une certaine forme de modernité". Il ne manque personne pour lui rappeler ses origines bourgeoises, pas même Ségolène Royal, qui lui envoie, un jour de discussion du budget régional, un cuisant : "Tu ne sais pas ce que c'est d'être à 2 ou
3 francs près !"
A 16 ans et demi, en 1966, Sophie Petersen traverse le 16e arrondissement pour s'inscrire à la fac de Nanterre et longe des bidonvilles avec le sentiment qu'"on ne (lui) a pas tout dit". Elle découvre l'extrême gauche. "Fallait alors vraiment avoir la vue basse pour ne pas tomber dans ce bouillonnement." Mais rejette les maos et les lambertos de l'OCI - dont fit partie Lionel Jospin. Trente minutes d'AG coincée sur un banc d'amphi entre deux de ses leaders, dont le futur producteur Jacques Kirsner, alias Charles Berg, l'ont convaincue "de leur machisme et de leur dogmatisme". "Ces gars-là m'ont parlé de leurs mensurations sexuelles. Je l'ai vécu comme une violence sur le dos d'une petite oie." Il lui en reste quelque chose : "Je me marre aujourd'hui quand j'observe au PS des réflexes lambertistes récurrents. Ce sont des cultures dogmatiques d'appareil et de manipulation d'appareil."
Ce sera donc, entraînée par Daniel Bensaïd, la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), ancêtre de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), pour son "ouverture au monde, son rapport à l'histoire et en même temps sa modernité". Mme Bouchet-Petersen s'engage à fond sous le pseudonyme de Sarah, se lie d'amitié avec la future sociologue Nicole Lapierre et entre à Rouge, la publication de la LCR, comme claviste.
Membre de la cellule Renault-Billancourt, elle passe cinq ans à distribuer le quotidien trotskiste, à l'aube, aux portes de l'usine. Elle entre au comité central de l'organisation, dont Alain Krivine est le porte-parole, et qu'elle quittera en 1978, après y avoir passé onze ans. Durant cette période, elle se marie avec Dominique Bouchet, le maquettiste du journal, alors que sa génération envoie promener le rituel bourgeois. "C'était la seule façon de l'imposer à ma famille", justifie-t-elle. Le couple vit en communauté avec Denis Pingaud, journaliste à Rouge, et sa compagne dans une maison de Vincennes. Les enfants naissent. Des jumeaux, Jonathan et Rebecca, pour les Bouchet-Petersen.
Puis tous s'éloignent de la LCR d'un même mouvement, sur la pointe des pieds. Aujourd'hui directeur de stratégie chez Euro-RSCG, M. Pingaud conseille Laurent Fabius. "Pour les ex de la LCR, la dégénérescence s'arrête au PS", éclate de rire son amie, qui a pris sa carte en 1993. "Personne ne peut la détester, s'amuse M. Pingaud. C'est une fille entière, qui possède une très forte intelligence de la société. Nous avons eu des débats sur le voile. Elle était contre la loi, sans angélisme. C'est la première qui m'a aidé à penser au voile comme revendication d'identité."
Mme Bouchet-Petersen a pourtant toujours été féministe. A partir de 1974, elle est de toutes les manifs. Elle envahit L'Express pour protester contre sa couverture sur le film Histoire d'O et barbouille de rouge à lèvres le bureau de Jean-Jacques Servan-Schreiber, un fouet à la main. "Jubilatoire !"
C'est dans l'armée des conseillers de François Mitterrand qu'elle rencontre "Ségo" en 1983. Recrutée pour s'occuper des PME en difficulté, elle fait partie du comité de restructuration industrielle piloté par Alain Boublil, futur directeur du cabinet de Pierre Bérégovoy et qui sera condamné dans l'affaire Pechiney. "Je n'ai pas eu à m'en plaindre. Je n'ai aucune raison de cracher dans la soupe", dit-elle. En 1988, elle devient conseillère culturelle du président - "un grand bonhomme".
Juste avant 1993, elle est recasée au Conseil d'Etat. Elle n'y reste pas deux ans, se lance dans une nouvelle aventure, l'association Droit de cité, chargée d'animer des réseaux de quartier. Cinq ans à sillonner les banlieues dans un bus, des nuits passées dans les dortoirs de LEP ou les hôtels Formule 1. Son couple n'y survit pas. Les résultats de l'association sont mitigés. Et c'est fauchée qu'elle atterrit en 1999 au cabinet de Mme Royal, alors ministre de l'enseignement scolaire, puis ministre déléguée à la famille et à l'enfance. Elle combat "les ancêtres du déclinisme et les apôtres du tout-fout-le-camp" pour fonder "une politique de gauche de la famille". Se dit "fière" des luttes contre le bizutage et de l'institution de la journée de préparation à la défense "pour les filles aussi".
Entre les deux femmes, "pas de désaccord", même si elles appréhendent "les problèmes par des rampes différentes".
Puis elle s'en va encore voir ailleurs, au ministère de l'outre-mer. Axel Urgin, directeur du cabinet de Christian Paul, qui ne l'avait pas choisie, se souvient de l'avoir très mal accueillie. "Un soir, je lui balance : "Jospin va à la Réunion, je veux un discours demain à huit heures"." A l'heure dite, il trouve "Sophie étendue les bras en croix sur la moquette". Le discours est prêt. "C'était tout simplement brillantissime, tellement que les technos de Matignon l'ont transformé en jargon."
Ce talent, elle l'emploie depuis deux ans à conseiller Mme Royal, d'abord au conseil régional Poitou-Charentes, puis dans son équipe de campagne, où elle a participé au lancement de son site Internet Désirs d'avenir. "Je suis faite pour servir."

http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-770088@51-749161,0.html

Par Isabelle Mandraud - Publié dans : Le Monde
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