Samedi 5 mai 2007 6 05 /05 /2007 20:47
"Résistez !"

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-905826@51-822961,0.html


C'est un air de biniou et du Brel chanté en breton. C'est Jane Birkin qui vient elle-même déposer un verre d'eau sur le pupitre. Ce sont 15 000 personnes, selon la police, rassemblées sur la place de la Liberté, face à la mairie de Brest, qui ne s'en vont pas. C'est Jean-Louis Bianco, codirecteur de campagne de Ségolène Royal, qui ne peut retenir ses larmes. C'est une candidate malmenée par les sondages qui s'avance, vendredi 4 mai, pour son dernier meeting, les bras tendus vers une foule saisie par l'émotion.
"Je ne ressens aucune fatigue,
lance Mme Royal, parce que c'est vous qui me donnez cette énergie extraordinaire (...). Je vous remercie du fond du coeur de donner ce spectacle exceptionnel d'une démocratie vivante." La candidate s'échappe totalement des discours traditionnels. "Cette tendresse que vous me donnez et que je vous rends, dit-elle, je la sens au plus profond de moi. La France a besoin de tendresse, elle en est tellement privée ! Ce qui est important, c'est la manière dont nous nous aimons les uns les autres, avec nos différences." Elle conclut : "Soyez libres, ayez cette audace de porter une femme à la présidence de la République, osez ! Je serai une présidente protectrice, attentive. Je vais bien m'occuper de vous..." Et, comme les acclamations redoublent, elle poursuit : "Laissez-moi profiter encore de ce moment incomparable, de ce trésor dans lequel est cachée une immense espérance..."

"Résistez !"

Mme Royal ne s'avoue pas vaincue. Point par point, elle développe son programme et fustige "le candidat qui n'a pas cessé de flatter ce qu'il y a de plus sombre dans la personne humaine". C'est elle qui encourage les autres. "Allez, lève les bras !", enjoint-elle à Jean-Yves Le Drian, président de la région Bretagne.
Malgré les sondages qui pronostiquent sa défaite face à Nicolas Sarkozy, elle a fait preuve, tout au long de cette dernière journée de campagne, d'une étonnante combativité.
"Ne vous laissez pas matraquer par les sondages, a-t-elle mis en garde un peu plus tôt à Lorient. J'entends dire élégamment du candidat de la droite que les carottes sont cuites.
Eh bien, qu'il sache que c'est le peuple qui va décider. (...) Il y a encore 30 % d'indécis, c'est davantage que la dernière semaine avant mai 1981. Faisons mentir ces sondages, ce complexe médiatico-financier qui fait que, tous les jours, on assiste sur la chaîne de Bouygues et les relais de Lagardère à des tracts électoraux en permanence pour le candidat de la droite parce que leurs intérêts financiers sont liés, alors résistez !"
Sur la place publique de Rosporden, elle continue : "C'est vous qui allez décider de votre vote, et certainement pas le candidat du Medef et du CAC 40. (...) Mon combat est au corps-à-corps avec vous. (...) Dressez-vous pour la lumière ! Refusez l'esprit de revanche, refusez tous les mensonges et toutes les haines. En avant, nous allons gagner !" Partout, l'émotion est au rendez-vous. Une femme, les larmes aux yeux, s'adresse aux journalistes : "S'il vous plaît, ne l'abîmez pas, elle nous a tellement donné !"
Le soir, quand tout est fini, Mme Royal confie n'avoir "aucun regret". "Tout peut arriver, tout est possible, comme dirait l'autre", sourit-elle, en reprenant le slogan des affiches de son adversaire. Son énergie, elle la puise dans ce contact si particulier qu'elle a avec ses supporteurs : "Je suis sous euphorisant de la foule."

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Samedi 5 mai 2007 6 05 /05 /2007 12:12
Ah ! les croissants avec Elkabbach et Lagardère, entre hommes, entre amis, entre frères d'armes …

http://www.liberation.fr/rebonds/251821.FR.php

Enfin ! Enfin eux deux, seuls face à face, avec deux chronomètres, et deux arbitres potiches. Eux seuls, sans la gangue de sondages, d'éditoriaux, de bandes-annonces, de seconds couteaux, d'invectives, de sarcasmes, de manipulations, de déformations, d'effroi, de rumeurs, qui obscurcissent l'atmosphère depuis le début. Cette fois, c'est fait. Tous les PPDA, tous les Chabot, Boyon, Lagardère, Bouygues, Sylvestre, tous les Sofres-Ipsos-Ifop-BVA-CSA ne pourront plus empêcher que la France entière les voie, ces deux-là, au fond des yeux, pendant plus de deux heures d'horloge.
Elle joue l'attaque : elle n'a pas le choix. Il se défend : surtout, ne pas s'énerver. Elle attaque bien, mais il défend efficacement. Il est meilleur, plus clair, plus convaincant, dans les longs monologues de fond de court, les développements, les plaidoyers. Elle y apparaît plus filandreuse. Mais à chaque montée au filet ­ et elle les multiplie, face à un adversaire alors paralysé par le risque de la faute ­, elle le hache menu, et marque le point. Offensives, retraites : que retiendra l'électorat, en ses mystérieuses profondeurs, de la musique de ce spectacle-là ? De ce débat, que restera-t-il ? Sa «saine colère» à elle, peut-être, sur le sujet inattendu de l'accueil des enfants handicapés à l'école, qui prend l'adversaire à contre-pied. C'est l'extrait qui nourrit les gloses du lendemain matin, que rediffuse en boucle la télé, que place à sa une l'édition en ligne du Figaro. 
Et un mystère, aussi, sans doute : ces regards, qu'il ne cesse de lancer aux deux arbitres. On dirait presque qu'il souhaite débattre avec eux, et seulement avec eux. N'est-ce pas, Mame Chabot ? N'est-ce pas, Msieur Poivre d'Arvor ? Comme s'il était en train de se tromper d'émission. Comme s'il pensait se trouver à un entraînement avec les sparring-partners habituels. Mais Chabot et Poivre ne sont d'aucun secours. Ils n'existent plus dans le débat que par ces regards-là. Dès les premières secondes, ils ont perdu pied. Ils avaient dessiné un beau cadre, pour un beau débat bien ordonné, en plusieurs parties. Elle l'a fait voler en éclats dès le début, en piétinant les plates-bandes, mélangeant tout, convoquant d'emblée la policière violée de Bobigny, pour le mettre hors de lui d'entrée, le pousser à la faute sur le terrain de la sécurité. Tant pis, tant mieux. Le voilà dès lors obligé, en permanence, de galoper d'un coin à l'autre du terrain. Et on dirait qu'il les prend à témoin, les arbitres, les copains, les partenaires habituels. Eh ! Camarades ! Vous ne voyez pas que ça part dans tous les sens ? Vous ne voudriez pas faire quelque chose pour moi ? On aurait presque envie de le recadrer : mais enfin, aujourd'hui, ils n'ont pas le droit Nicolas ! Ils n'ont pas le droit de chuchoter avec toi. Ils n'ont pas le droit de recueillir tes confidences. Aujourd'hui Nicolas, il faut faire semblant de ne plus les connaître. Tu es dans la cour des grands, Nicolas. Tout seul face à elle, la martienne, l'imprévisible. Tu vas sûrement y arriver, depuis le temps que tu t'y prépares.
Et derrière l'épaule de Chabot et PPDA, c'est toute la grande armée médiatique que semblent aller chercher, en filigrane, les regards du candidat. Ah ! le beau rêve ! Les voyez-vous, les hussards, les dragons, la garde ! Quelle belle armée, qui lui fit une si jolie campagne. Ah ! les croissants avec Elkabbach et Lagardère, entre hommes, entre amis, entre frères d'armes, après l'interview du matin sur Europe 1. Ah ! les consensus réconfortants d'après interview sur la nullitude de la concurrente. Ah ! la bienveillante neutralité du Monde tout au long de la campagne, son indulgente surdité après les dérapages sur le ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale, sur la génétique, ou sur l'Allemagne. Ah ! la tendresse complice de l'ami Giesbert, les belles photos songeuses en couverture du Point, et ces graves questions au dos des kiosques : «Peut-il perdre ?» Ah ! la vigilance sourcilleuse des gardiens du CSA, qui savent toujours si bien comprendre sans qu'il soit besoin de rien leur demander. Ah ! l'immense armée des humbles de la presse, des embedded, circonvenus à coups de tutoiement, d'embrassades, de confidences, d'attentions. Ah ! les complicités du matin, au départ de l'avion ou de l'autocar. Ah ! les attentes partagées, les fous rires.
Bien sûr, aussi, les coups, la dureté du combat. Ce directeur de Match, à qui il fallut bien faire payer l'affront d'avoir publié une photo sacrilège. Les mouches de Plantu, jusqu'alors réservées à Le Pen. La cruauté quotidienne des Guignols de Canal +. Les mesquines investigations immobilières du Canard enchaîné, heureusement promptement étouffées par le reste de la presse. Les portraits chargés de Marianne, heureusement désamorcés par leur excès. Les escarmouches avec Demorand, le matin, sur France Inter, heureusement apaisées après le round d'observation. Les coups de fil à Edouard de Rothschild, qui se retrouvent sur Internet. Et Internet, justement, espace incontrôlable, anonyme, espace de tous les traquenards, heureusement incapable de se hausser (mais pour combien de temps ?) jusqu'à l'audience des «grands médias».
Voilà, peut-être, à qui s'adressaient les mystérieux regards de Nicolas Sarkozy, pendant que son adversaire, elle, ne le lâchait pas des yeux. Et maintenant que roulent les dés...

 

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Vendredi 4 mai 2007 5 04 /05 /2007 04:08

Ségolène Royal est un pari. Pour le pays, il mérite d'être tenté.


http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-904752,0.html

 

Il n'est un secret pour personne que Nicolas Sarkozy aborde le second tour de l'élection présidentielle en position de force. Les sondages le donnent invariablement vainqueur, et le face-à-face télévisé tant attendu n'a pas été de nature à renverser, à lui seul, le cours de la campagne.
La tentation peut être grande, dans ces conditions, de se projeter au-delà, de considérer que nous sommes déjà entrés dans l'ère Sarkozy. Au contraire, l'importance de l'enjeu – l'amorce d'une phase nouvelle de notre histoire politique, le choix d'un modèle de société – incite à réaffirmer que chaque voix compte.

Les sondages ne sont pas l'élection. Et celle-ci, quel qu'en soit le résultat, crée à son tour un rapport de forces dans le pays qui influencera l'attitude de l'heureux(se) élu(e) dans son mode de gouvernement comme dans son appréhension de la diversité des aspirations de la société française.

De ce point de vue – et même si le duel télévisé, beaucoup trop technique et manquant d'ampleur, ne l'a pas fait apparaître avec suffisamment de clarté et l'a même, à certains égards, masqué –, il y a bel et bien en présence deux France, deux visions de la société.

Elles étaient parfaitement visibles lors des deux grands meetings parisiens des candidats : le public de Bercy montrait une société homogène; celui de Charléty une société plus diverse, plus colorée. Dans le premier cas, beaucoup d'inclus; dans le second, beaucoup d'aspirants à l'intégration, de candidats à intégrer cette classe moyenne dont le sort reste une des clés de l'avenir.

La mondialisation, on le sait, si elle donne du travail à des centaines de millions d'êtres humains, comporte un risque : la distribution des bénéfices n'est pas égale.

Entre les pays. Mais aussi au sein même de chaque pays, en brisant les équilibres sociaux, en remettant en route la machine à inégalités qu'un demi-siècle d'Etat-providence avait inversée.

Ascenseur social en panne

La question posée dans toutes nos sociétés développées est donc celle de la classe moyenne qui, hier, voyait ses revenus grossir avec l'âge et était assurée que ses enfants auraient une vie meilleure, et qui voit aujourd'hui sa feuille de paie bloquée et ses enfants passer de stage en stage malgré les sacrifices faits pour leur éducation.

L'ascenseur social est en panne non seulement pour ceux qui sont au bas de l'échelle, mais pour une partie toujours croissante de cette classe moyenne.

Malgré une lisibilité insuffisante, le projet de Ségolène Royal est tout entier centré sur cette problématique. Et c'est avec raison qu'elle fait de la refonte du dialogue social la clé du retour de la confiance. Les relations de méfiance, en France, entre les entreprises, l'Etat et les salariés ont non seulement un coût, mais sont aussi un obstacle au retour de la croissance.

La crise de la valeur travail, selon Ségolène Royal, n'est pas celle du désir individuel de travailler, mais celle de la capacité à travailler ensemble. Son dispositif tend tout entier à remettre en confiance les classes moyennes, à leur redonner une mobilité qui fait défaut, en même temps que la réassurance que donne, à celles-ci, des services publics puissants et modernisés.

Nicolas Sarkozy, au fond, a une vision plus "américaine", en ce sens que les dispositifs qu'il imagine (notamment fiscaux : le bouclier fiscal à 50 % n'est jamais qu'une façon d'éliminer de fait l'ISF) favorisent le haut de la pyramide sociale. Ses accents industrialistes, mais aussi protectionnistes, lui permettent, dans le même temps, d'être entendu des milieux ouvriers. Il défend donc le haut et le bas de la société, au nom d'une vision qui évoque le "conservatisme compassionnel" des conservateurs américains : il faut encourager les "riches" à investir, de façon à redonner du travail au plus grand nombre.

Conception revancharde de l'histoire

Ce sont là deux modèles – encore qu'à les écouter il n'y en aurait plus qu'un seul : la social-démocratie du nord de l'Europe ! – parfaitement cohérents et défendables. D'autant plus qu'ils ont en commun de vouloir réformer le pays. A ceci près que l'addition des propositions concrètes de Nicolas Sarkozy (une certaine idée de la fiscalité, des déductions diverses, notamment pour faire une France de propriétaires, des primes pour les heures supplémentaires) peut être source de nouvelles inégalités et aboutit à favoriser les plus favorisés. Au reste, le vote des beaux quartiers (comme, à l'inverse, celui des cités en faveur de Mme Royal) montre que l'opinion a parfaitement compris le message.

Ce qui gêne, chez M. Sarkozy, outre un renvoi classique à la vieille lutte des classes, c'est aussi une conception revancharde de l'histoire. Avoir centré sa campagne d'entre-deux-tours sur la dénonciation de l'héritage de Mai 68 est le signe clair d'une volonté de revanche idéologique. Ce qui embarrasse, c'est cette façon d'opposer les "travailleurs" aux "tricheurs", ceux qui se lèvent tôt aux paresseux, comme s'il lui fallait toujours être à la recherche d'un ennemi. Bref, une conception qui antagonise; et qui, à l'inverse, rend crédible la démarche de Mme Royal, laquelle refuse précisément cette dichotomie.

N'est pas non plus raisonnable la marche arrière que M. Sarkozy nous promet dès qu'il parle de renforcer l'arsenal législatif répressif (déjà largement pourvu) en mettant en cause, par des peines planchers et le recours à l'automaticité des peines, l'un des principes mêmes d'une justice républicaine qu'est l'individualisation de la peine, et l'idée que l'appareil répressif vise aussi à réinsérer. Enfin, la qualité de la relation que Nicolas Sarkozy entretient avec Martin Bouygues, Arnaud Lagardère ou Serge Dassault est la marque d'une puissance potentielle dans les médias qui appelle une vigilance de tous les instants.

Pourtant, le président de l'UMP a de bonnes chances de devenir le président du pays. Pour trois raisons : en premier lieu parce qu'il a largement réussi son OPA sur les électeurs du FN, ambition voulue, assumée et annoncée depuis 2002 et constamment réaffirmée depuis comme un objectif politique décisif pour la droite; en deuxième lieu parce qu'il a su mobiliser sur l'adhésion à son programme, sa capacité à le mettre en œuvre et à engager rapidement des réformes, contrairement à Ségolène Royal, dont le vote est pour une bonne part un vote défensif, de protection; enfin, cette adhésion forte est le fruit du travail de refondation de la droite, engagé méthodiquement depuis cinq ans et plus encore depuis la prise de l'UMP par M. Sarkozy.

Il en est résulté un projet discutable, contestable ou irrecevable, certes, mais cohérent et maîtrisé. C'est sa force et une bonne part de son pouvoir de conviction. Et c'est pourquoi il était absurde de le diaboliser.

Pas de mesures-phares

A l'inverse, le PS n'a pas su engager un travail de refondation comparable. C'est la faiblesse majeure qui a affecté la campagne de Mme Royal, dont on a pu apercevoir à la télévision qu'elle est, par sa force de caractère, armée pour tous les combats.

Elle a eu l'intuition de devoir bousculer l'ordre socialiste, mais elle n'a pu le faire que de façon parcellaire, expérimentale ou improvisée, faute d'un socle solide de réflexion collective préalable, mûrie puis métabolisée par la candidate.

Il n'y a pas, dans l'arsenal qu'elle présente, de mesures-phares comparables, par leur effet, à ce que furent pour Lionel Jospin version 1997 les 35 heures ou les emplois-jeunes. Et, chemin faisant, les socialistes n'ont pas aperçu que l'idée même que les Français se font du "changement" a… changé ! C'est ce que Nicolas Sarkozy a pu récupérer (et masquer) avec son discours sur la valeur travail.

Il faut donc d'urgence, pour la clarté et la dynamique du débat démocratique, renouveler la pensée de la gauche. La mondialisation reste vécue comme une menace et diabolisée comme la cause de tous nos maux; seule la face négative de cette révolution planétaire est prise en compte et dénoncée. La gauche réformiste doit repenser de façon moderne le changement social. Elle doit sortir de l'impasse idéologique dans laquelle elle s'est trop longtemps enfermée. C'est pour elle la seule manière de retrouver sa vocation historique : incarner le mouvement, le changement et l'espérance, l'optimisme sur l'avenir.

Ségolène Royal a esquissé un "désir" de changement, tracé une perspective. Sa défaite, surtout si elle était lourde, plongerait inévitablement le PS dans les règlements de comptes, le retour en force de tous les archaïsmes et de toutes les utopies négatives. Sa victoire lui donnerait l'autorité pour engager ce travail de réinvention indispensable. C'est un pari. Pour le pays, il mérite d'être tenté.

 

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Jeudi 3 mai 2007 4 03 /05 /2007 20:10
Ali Magoudi, psychanalyste, décrypte les postures adoptées par les protagonistes

http://www.liberation.fr/actualite/evenement/evenement1/251396.FR.php

 

Ali Magoudi est psychanalyste. Dans les années 80, il avait exploré les personnalités de François Mitterrand et de Jacques Chirac avant l'échéance présidentielle. Dans notre édition du mercredi 2 mai, il renouvelait l'exercice en se penchant sur les deux prétendants à l'Elysée du cru 2007. Hier soir, nous lui avons demandé de regarder pour Libération le duel télévisé de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.
Que retenez-vous de cet affrontement ?
Chacun des deux candidats a campé sur sa posture. Elle, une posture d'agressivité, d'émotivité, de différenciation. Lui est resté du début jusqu'à la fin dans une posture d'attente, se préservant bien de toute agressivité vis-à-vis d'une femme. Ce qui donnait sur la fin une impression de paralysie mutuelle. Aucun des deux n'a déstabilisé l'autre.
Comment ont-ils choisi d'entamer la partie ?
Nicolas Sarkozy a parlé de lui, de ce qu'il ferait comme personne s'il était élu. Ségolène Royal, quand elle a pris la parole, n'a pas parlé d'elle, n'a pas utilisé le «je», elle a parlé de la France. Elle a ensuite parlé d'elle comme «la présidente de la République». Elle a été la première à utiliser ces deux signifiants, la France et la République.

Que se sont-ils dit implicitement ?

Nicolas Sarkozy a essayé de mettre en place une connivence avec Ségolène Royal. Il a plusieurs fois cité son nom «madame Royal» alors qu'elle, pendant toute l'émission, a refusé cette connivence et n'a pas prononcé son nom. Elle a refusé le jeu de la séduction qu'il semblait lui proposer. L'arrière-pensée de cette proposition de séduction était d'éviter le conflit direct : il voulait à tout prix éviter d'apparaître comme machiste... Face au refus de Ségolène Royal d'entrer dans ce jeu, il répétait qu'il faut rester calme, mais on sentait qu'il commençait à s'agacer.

Elle était à l'offensive mais sans parvenir à l'énerver...

Elle l'agresse, le tacle même quand elle lui dit à un moment «si vous n'avez pas le pouvoir, la puissance, moi je peux le faire». Quand à un autre moment, elle reprend la parole, elle va directement dans son champ d'action privilégié à elle en s'appuyant sur un fait divers ­ le viol d'une femme policier ­ pour récuser le programme politique de son adversaire. Ce qui d'un point de vue émotionnel est très fort et rusé. Quant à lui, il était dans une très grande maîtrise.

Quel thème a retenu votre attention ?

Celui de la dette qui les oppose d'emblée. Sur la dette économique, ils veulent tous deux la réduire. Et pourtant, ils semblent opposés. Car quand Nicolas Sarkozy en parle, il parle aussi de la dette symbolique : le fardeau de cette dette qu'il s'agit de diminuer est celui que lui ont donné ses aïeuls, ses parents, et il se préoccupe de la dette symbolique qu'il souhaite transférer à ses enfants. Il parle de son cheminement généalogique. Alors qu'elle dit : je ne vois pas de quoi vous parlez, la dette symbolique n'est pas le problème.

Que disent leurs mots et leurs regards ?

Elle emploie un ton assez tonique, autoritaire. Il ne répond pas de manière aussi tonique, il attend la faille qui lui permettra de porter un coup de Jarnac. Une autre chose les différencie, dans les regards cette fois : on voit Nicolas Sarkozy chercher de temps en temps du regard un appui à sa démonstration du côté des journalistes, il prend aussi appui sur des noms qu'il cite : le rapport sur les comptes de la Sécurité sociale «de M. Blanc», les lois «Fillon» les noms aussi de François Mitterrand, de Valéry Giscard d'Estaing. Elle, à l'inverse, à aucun moment ne cherche un appui en dehors d'elle-même, ne cite aucun ou peu de noms propres. Elle a adopté une posture gaullienne, cultivant le lien entre le peuple et elle. Elle est sûre que Ségolène Royal, c'est la France présidente. C'est son slogan et sa nature politique. Lui conclut, comme il a commencé : sur lui. Comme pour montrer qu'il n'est pas entamé par la parole de l'autre.

 

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Par Ali Magoudi - Publié dans : Libération
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Jeudi 3 mai 2007 4 03 /05 /2007 06:24

une candidate socialiste très pugnace : "Si vous ne pouvez pas le faire, pourquoi voulez-vous accéder aux responsabilités ?"

 

http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-30746660@7-37,0.html

 

 

A l'approche du second tour de l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont croisé le fer lors d'un débat télévisé dont la courtoisie affichée a été lézardée d'éclairs de virulence à l'initiative d'une candidate socialiste très pugnace.

Par instants d'un aplomb bravache face à un Nicolas Sarkozy quelque peu décontenancé, Ségolène Royal, qui accuse cinq points de retard sur son adversaire, a joué son va-tout pour la victoire durant plus de deux heures. Jusqu'à provoquer le président de l'UMP en fin de débat sur le problème des enfants handicapés, l'accusant d'"immoralité" et de "mensonge".

Favori des sondages avec 51% à 53% des intentions de vote, le président de l'UMP, grand gagnant du premier tour avec 31,18% des voix, s'est efforcé de lui opposer pondération, sang-froid et "pragmatisme", en contrepoint de l'image de "brutalité" que veulent lui accoler les socialistes.

Nicolas Sarkozy a renvoyé à Ségolène Royal l'accusation, lui demandant de "se calmer" lors du vif échange sur le handicap.

"Pour être président de la République, il faut être calme", lui a-t-il dit. "Vous sortez de vos gonds avec beaucoup de facilité". "Je ne m'énerve pas, je me révolte", lui a répondu la candidate socialiste. "Qu'est-ce que ça doit être quand vous êtes énervée!", raille-t-il alors. "Pichenette", relativise l'intéressée.

Vêtue d'un strict tailleur noir et d'un chemisier blanc, Ségolène Royal, le regard déterminé, a opté d'emblée pour l'offensive et attaqué Nicolas Sarkozy sur le bilan du gouvernement sortant, filant le registre de "l'homme du passif" éprouvé en 1981 par François Mitterrand face à Valéry Giscard d'Estaing. "La morale politique demande que les responsables politiques rendent des comptes", a-t-elle répété.

"EST-CE QUE VOUS SOUFFREZ..."

"Je souhaite sortir la France de la situation dans laquelle elle se trouve", a-t-elle souligné, citant notamment le fardeau de la dette publique, "les 2,5 millions de travailleurs pauvres", le chômage, la modicité des retraites, la hausse "de 30% de violences physiques contre les personnes depuis 2002".

"Sur les défaillances de la République, gauche et droite confondues, nous avons chacun notre part", lui a répondu Nicolas Sarkozy, costume bleu marine, chemise bleu clair et cravate club marine et argent.

Avocat de la rupture, il a dit assumer "une partie du bilan du gouvernement" tout en opposant une baisse statistique de 10% de la délinquance depuis 2002, contre une augmentation de 18% sous le gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002).

"C'est suffisant pour que je ne parte pas en courant lorsqu'on évoque le mot bilan", a-t-il répliqué. "J'ai trouvé une situation qui était catastrophique : si en 2002 les Français n'ont même pas qualifié votre Premier ministre, c'est bien pour quelque chose".

"Nous sommes en 2007, nous ne sommes pas en 2002", a répliqué Ségolène Royal, évoquant le viol récent de deux policières à Bobigny (Seine-Saint-Denis). "S'il y avait davantage de fonctionnaires (...) elles auraient été raccompagnées".

Réaffirmant son projet d'un redéploiement des effectifs de la fonction publique, elle a expliqué vouloir contrebalancer des diminutions de postes dans certains secteurs par des recrutements dans ceux qui le nécessitent. Impossible, corrige le candidat de l'UMP, "ce ne sont pas les mêmes budgets".

"Si vous ne pouvez pas le faire, pourquoi voulez-vous accéder aux responsabilités?" a lancé Ségolène Royal, très pugnace et n'hésitant pas à couper parfois son interlocuteur.

"Est-ce que vous souffrez que je puisse faire une phrase?", lui a demandé d'un ton acerbe le président de l'UMP, qui a semblé parfois prisonnier d'un discours maintes fois entendu durant la campagne.

"UNE SERIE D'ERREURS, CELA PEUT ARRIVER..."

Les deux finalistes se sont affrontés vivement sur les 35 heures, "une catastrophe généralisée pour l'économie française", "qui ont mis à bas l'hôpital public", selon Nicolas Sarkozy.

"Si vous pensez que les 35 heures ont fait tant de dégâts, pourquoi vous ne les avez pas supprimées?", interroge quelques joutes plus tard la candidate socialiste.

Soucieux de garder son calme sous les piques de son adversaire, Nicolas Sarkozy a tenté de pousser la candidate socialiste dans ses retranchements à l'aune de la compétence sur l'ensemble des dossiers économiques abordés durant le débat : temps de travail, retraites, fiscalité...

"Qu'est-ce que vous changez sur les 35 heures, on n'y comprend rien", lance-t-il. "Vous avez une capacité à surfer d'un sujet à l'autre avec quelques généralités", insiste-t-il. "C'est d'une précision bouleversante", ironise-t-il à propos des régimes de retraite.

Ségolène Royal a dit vouloir consacrer "tout ce qui sera au-dessus de 2,5% de croissance" au désendettement et s'est engagée à réformer les régimes spéciaux de retraite.

"Moi je serai la présidente de ce qui marche, sans oeillères, en regardant tout ce qui peut fonctionner et c'est comme ça, je crois, que je redébloquerai la machine économique", a affirmé Ségolène Royal avec aplomb. "Ce n'est pas ma conception du pouvoir que de décider de façon péremptoire et unilatérale comment nous allons régler les problèmes".

La candidate socialiste s'est employée à jouer sur les nerfs de Nicolas Sarkozy, le poussant parfois au lapsus, comme lors d'une confrontation sur le nucléaire. Le candidat de l'UMP a parlé de réacteur de "quatrième génération" pour l'EPR, au lieu de "troisième génération", et s'est trompé sur la part du nucléaire dans la production de l'électricité - tout comme son adversaire.

"Vous venez de dire une série d'erreurs, cela peut arriver, mais il faudra que vous révisiez un peu votre sujet", lui a-t-elle lancé. "Vous n'avez pas besoin d'être méprisante pour être brillante", répliquera Nicolas Sarkozy plus tard.

 

http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-30746660@7-37,0.html

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