L'UMP déploie toute son énergie pour débaucher les élus favorables à François Bayrou. Ségolène Royal lui propose un "débat public et ouvert"
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A l'assaut de la maison UDF. Dès dimanche soir, l'UMP a entamé le travail de démolition du centre. Objectif : mettre la pression maximale sur les élus du parti de François Bayrou pour les faire flancher et rallier, si possible, la demeure UMP. Hier soir, Ségolène Royal s'est dit prête à «un débat public» avec le centriste et lui a proposé de participer à une nouvelle majorité sur la base de son "pacte présidentiel". Le PS pense mettre ainsi le patron UDF devant ses responsabilités. Bref, de tous les côtés, la chasse au Béarnais est ouverte.
Indispensable
A droite, l'opération de débauchage a été confiée au ministre UDF de l'Education nationale, initiateur dès dimanche soir d'un appel de "parlementaires de l'UDF" ayant "entendu le message de Nicolas Sarkozy". Signe que son statut est à la hausse, Robien était hier soir dans l'avion privé qui conduisait le président de l'UMP à Dijon pour un meeting (lire page 4). Sa mission consiste à amadouer les parlementaires UDF en leur garantissant leur réélection et la possibilité de se constituer en un groupe autonome à l'Assemblée. S'ils refusent d'apporter leur soutien à Sarkozy, ils auront à affronter partout des candidats UMP "portés, précise Robien, par le souffle présidentiel".
De son côté, le ministre de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, se chargeait hier de caresser les centristes dans le sens du poil : en cas de victoire de Sarkozy, la présence "massive" de l'UDF au gouvernement serait "indispensable"... D'ailleurs, des proches de Sarkozy ont indiqué hier que, s'il était élu, le candidat de l'UMP travaillerait à "une nouvelle majorité présidentielle multipolaire", avec «"rois pôles" (UMP, "centriste" et "de gauche" ) pour "rassembler" le plus large possible.
Hier soir, Robien n'avait encore débauché il préfère parler de « convaincre» qu'une poignée d'élus, dont... son suppléant, le député Olivier Jardé : «Les calculs et les plans sur la comète, ça devient compliqué [...], rester dans le flou, c'est dangereux pour les législatives», confie ce dernier. Ce soir à Rouen, l'UMP promet «une surprise» au meeting de Sarkozy : le coauteur du projet présidentiel de Bayrou, Pierre Albertini, député et maire de la ville fétiche des centristes, pourrait se prononcer publiquement pour le rival de Royal. «J'espère toujours que François Bayrou fera de même», confie, faussement naïf, Robien.
Pour l'UMP, les députés UDF ont encore quelques jours pour se prononcer en faveur de Sarkozy. Outre Pierre-Christophe Baguet, Christian Blanc et André Santini, ralliés depuis longtemps, les députés Michel Hunault, Francis Hillmeyer et Claude Leteurtre appellent à voter Sarkozy. Plusieurs autres devraient suivre après la déclaration de Bayrou, attendue pour demain. Ainsi, le député du Lot-et-Garonne Jean Dionis du Séjour dira demain, sur son blog, «qui est le candidat de [sa] raison». Santini, député des Hauts-de-Seine, le fief de Sarkozy, confie qu'il est lui aussi en «contact permanent» avec ses amis de l'UDF, qui ne seraient «pas du tout disposés à échanger un baril UMP contre deux barils PS». Sans surprise, on retrouve, parmi les plus empressés soutiens de Sarkozy, les plus conservateurs des élus UDF, notamment ceux qui ont rejoint «l'Entente» des parlementaires opposés à l'adoption par les couples de même sexe.
Débauchage
Pierre Méhaignerie, secrétaire général de l'UMP et ex-dirigeant du parti centriste, s'emploie lui aussi à détourner de la ligne Bayrou. «Je leur rappelle la mésaventure de l'Union du centre (UDC) en 1988», explique-t-il. L'UDC, groupe parlementaire autonome, s'était déclaré disposé à collaborer avec la majorité de gauche et le gouvernement de Michel Rocard. Mais, se souvient Méhaignerie, «Rocard était harcelé par la gauche du PS» et la même chose se reproduirait demain avec Royal, «aussi longtemps que le PS n'aura pas fait le choix de la social-démocratie». Pour lui, l'UDF reste l'alliée naturelle de l'UMP, qui porte dans son programme des revendications chères aux centristes : «limitation du nombre de ministres, pouvoirs accrus du Parlement, contrôle des nominations par le président»... Méhaignerie admet qu'il reste au moins un sujet de désaccord sensible entre les deux partis : l'instauration de la proportionnelle. La semaine prochaine, il animera, à Rennes, un meeting des centristes de Bretagne, de Normandie et des Pays de la Loire. «Il y aura, assure-t-il, beaucoup d'UDF.»
Au siège de l'UMP, l'opération de débauchage a été préparée de longue date par une équipe chargée d'étudier la nouvelle carte électorale pour repérer les points faibles des élus UDF. Il s'agit maintenant, comme le confie un cadre de l'UMP, «de faire céder les digues» autour de Bayrou.
Dans les mairies, les conseils généraux ou régionaux codirigés par les deux formations, la pression est également mise sur les élus de base pour leur rappeler que le PS a toujours été et reste l'adversaire. «80 % des élus de Bayrou sont sur le point de nous rejoindre, veut croire un haut dirigeant de l'UMP. Ils vont laisser s'exprimer leur patron mercredi et le quitteront ensuite sur la pointe des pieds ou avec fracas... Ce ne sera pas forcément par amour pour nous, mais pour sauver leur peau.» Brice Hortefeux, bras droit de Nicolas Sarkozy, insiste : «L'UDF est intimement liée à l'UMP. Ses valeurs sont chez nous.» Hier, il a exclu pour l'heure toute négociation d'état-major à état-major avec l'UDF. En dépit de tous ces coups bas, Nicolas Sarkozy a eu hier matin un bref échange téléphonique avec François Bayrou. Il voulait le féliciter de son score du premier tour…
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L'UDF reste sourde aux avances
L'état-major centriste dissèque le scrutin en vue des législatives et reste silencieux avant la prise de parole de Bayrou
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Ne pas faire le jeu de Sarkozy ni celui de Royal. Remis de son élimination, François Bayrou réfléchit au coup d'après. Le leader de l'UDF est convaincu de tenir la clé de l'Elysée. De ses déclarations dépendra la suite : la victoire ou la défaite des deux autres. Lui-même joue gros : la pérennité du parti centriste et la réélection de plusieurs fidèles "bédouins".
Conjectures
Au siège de la rue de l'Université, sa garde rapprochée se perd en conjectures. Autour de la table : la directrice de campagne Marielle de Sarnez, les sénateurs Jacqueline Gourault et Michel Mercier, le patron des députés UDF, Hervé Morin, et quelques voltigeurs, comme le député de Seine-Saint-Denis Jean-Christophe Lagarde ou le député européen Jean-Marie Cavada. L'heure est à l'analyse fine des résultats circonscription par circonscription, à la consultation des élus et à l'élaboration d'une stratégie viable. Objectif de l'UDF, qui, dans l'idéal, espère présenter 577 candidats aux législatives : reconstituer un groupe le plus étoffé possible à l'Assemblée nationale et donner un socle au "nouveau parti démocrate" que Bayrou appelle de ses voeux.
Sans attendre l'issue du brainstorming interne, Corinne Lepage, présidente du mouvement écologiste Cap-21 et soutien du candidat Bayrou, a hier fait valoir son opinion : "Ce qui est sûr, c'est que François Bayrou ne doit pas renouer d'alliance avec la droite." De leur côté, les parlementaires centristes qui se réunissent cet après-midi ont reçu une consigne de silence absolu jusqu'à mercredi matin, date à laquelle François Bayrou s'exprimera officiellement. Sur la suite et la création du nouveau parti démocrate.
Ligne officielle
Ils ne sortent donc de leur réserve que pour abonder dans la ligne officielle : "Nous voulons faire émerger une troisième force politique et capitaliser sur notre score du premier tour", indique le député Nicolas Perruchot. Jean-Christophe Lagarde renchérit : "On ne va pas entrer dans de petites négociations de couloirs", dit-il en réponse à l'invitation de Jean-Louis Borloo aux élus UDF de participer "massivement au gouvernement" en cas de victoire de Sarkozy. "La question des places, des portefeuilles, n'est pas un critère pour nous", riposte Marielle de Sarnez, agacée par les tentatives des sarkozystes de circonvenir ses troupes.
A l'UMP, pourtant, on ne doute pas que la digue UDF craque sous peu. Peut-être même dès ce soir à Rouen. Une ville dont le maire, Pierre Albertini, responsable du projet présidentiel de François Bayrou, est attendu au meeting de Nicolas Sarkozy.
http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/249564.FR.php
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La stratégie du "tout sauf Sarkozy"
ne suffira pas, selon Michel Noblecourt
Jusqu'à présent, Royal a relevé à peu près tous les défis, alors qu'à chaque fois on s'est attendu à ce qu'elle trébuche…
http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-900774@51-841384,0.html
Mathématiquement la victoire de Nicolas Sarkozy semble assurée. A-t-on dans le passé déjà constaté une inversion de tendance par rapport au premier tour ? Est-ce possible en 2007 ?
Je pense qu'il ne faut pas raisonner d'une manière mathématique seulement. Si vous regardez l'élection de 1981, la référence en quelque sorte, vous observez que Royal fait un score quasiment identique à celui de Mitterrand qui avait fait 25,9 % au premier tour. Et il était déjà en 1981 derrière Giscard d'Estaing, président sortant, qui avait réalisé 28,3 %. Nous sommes en présence d'un écart plus important, puisque Sarkozy a dépassé les 30 %.
Autre différence : l'absence de réserves consistantes du côté des petits candidats de gauche, puisqu'en 1981, là aussi, il y avait un candidat communiste, Georges Marchais, qui avait obtenu 15,3 %, alors qu'aujourd'hui Marie-George Buffet fait moins de 2 %. Il y a donc peu de réserves à gauche, et dans une large mesure, le résultat du second tour dépendra du comportement de l'électorat de Bayrou. Et pour une part aussi de l'électorat du FN.
Qu'avez-vous pensé du discours de Ségolène Royal hier ?
Je pense que son discours manquait de punch et de la conviction dont à mon avis il faut qu'elle fasse preuve pour le 2e tour. Je pense aussi qu'elle aurait dû intervenir plus tôt. C'est peut-être une ébauche des discours à venir.
Est-ce que Ségolène Royal peut rassembler toute la gauche ?
Elle semble bien partie pour cela. Vous observerez que dès le soir du scrutin, tous les candidats de la gauche et de l'extrême gauche ont soit appelé à voter pour elle, c'est notamment le cas d'Arlette Laguiller, soit appelé, comme Besancenot et Bové, à battre la droite. Je pense donc que le réflexe anti-Sarkozy, très fort dans l'extrême gauche, va jouer en faveur de Royal au deuxième tour.
Le départ d'Eric Besson et son ralliement au camp de Nicolas Sarkozy n'est-il pas la preuve que Mme Royal a des difficultés à rassembler dans son propre camp ? Est-ce que certains "éléphants" n'ont pas intérêt à ce qu'elle trébuche afin d'être libres de préparer la prochaine élection présidentielle de 2012 ?
En ce qui concerne Eric Besson, je pense que c'est quelqu'un qui a obtenu sa notoriété en trahissant son camp. Il était secrétaire national à l'économie. Ce qui sera intéressant, ce sera de voir l'utilisation qu'il pourra faire au service de Sarkozy du petit livre qu'il avait édité en janvier, qui dénonçait le danger représenté par Sarkozy.
C'est vrai que les éléphants ont apporté un soutien à géométrie variable à Royal pendant la campagne du 1er tour et que certains ont visiblement fait le pari qu'elle allait trébucher. Ils font ce pari depuis l'apparition de Royal dans le paysage. Mais manque de chance, cela ne se produit pas. Je pense que cela sera plus difficile pour eux, compte tenu de son score, ils sont obligés de se mobiliser dans la campagne du 2e tour.
Sachant que derrière, il y a les législatives, et que le scénario le plus favorable pour le PS et pour les députés socialistes qui veulent être reconduits et pour les candidats qui veulent être élus, c'est quand même celui d'une victoire de Royal. Je pense donc que les calculs et les arrière-pensées pour 2012 vont être temporairement mis de côté.
Sur quels thèmes le rapprochement entre PS et UDF peut-il se faire ?
Je ne pense pas qu'il puisse y avoir un rapprochement en termes d'appareil entre PS et UDF. Je pense que ni l'un ni l'autre ne le souhaite. En revanche, il y a un certain nombre de thèmes sur lesquels il y a d'évidentes convergences entre socialistes et centristes. Je pense à la réforme des institutions. Royal propose une République nouvelle, la VIe République, avec un renforcement des pouvoirs du Parlement, l'instauration d'une démocratie plus participative et l'introduction d'une dose de proportionnelle pour l'élection des députés. C'est un point auquel l'électorat centriste est particulièrement sensible.
Je pense aussi qu'il peut y avoir des convergences sur la question de l'Europe. Aussi bien Royal que Bayrou étaient favorables à un nouveau traité après l'échec du référendum de 2005, et ils étaient l'un et l'autre partisans d'un nouveau référendum pour faire ratifier ce traité, probablement en 2008. Autre thème traditionnel : celui de l'Etat impartial, déjà évoqué par Raymond Barre en 1988, repris par Bayrou, et dans son intervention de dimanche, Royal a explicitement repris cette volonté de bâtir un Etat impartial.
Enfin, il y a aussi la préoccupation pour ne pas dire l'urgence écologique commune aux deux candidats, Royal et Bayrou, qui ont tous les deux signé le pacte de Nicolas Hulot et ont mis l'exigence environnementale au coeur de leur campagne.
Est-ce que c'est sur ces thèmes que Ségolène Royal va insiter pour capter l'électorat centriste ? Comment pourra-t-elle alors réussir un grand écart : rassembler de l'extrême gauche au centre ?
C'est un cas de figure classique pour une élection présidentielle. Tout candidat socialiste disputant le deuxième tour - ce qui a été le cas de toutes les élections présidentielles depuis 1965 à l'exception de celle de 1969 et bien entendu de celle de 2002 - est confronté à la même équation : il doit à la fois rassembler l'ensemble de la gauche. Pendant longtemps, c'était principalement l'électorat communiste, maintenant c'est un électorat beaucoup plus dispersé et plus faible. Et en même temps conquérir une partie de l'électorat centriste.
En 1981, on n'était pas dans le même cas de figure puisque le candidat centriste, Giscard d'Estaing, était le président sortant, mais Mitterrand a dû aussi, pour l'emporter, s'adresser à l'électorat du troisième homme de cette campagne, qui était Chirac, qui avait fait 18 %. Donc on sait aujourd'hui que Chirac avait effectivement favorisé l'élection de Mitterrand en 1981.
En 1988, le 3e homme était Raymond Barre, lui aussi candidat centriste, qui avait recueilli 16,5 % des suffrages. Là aussi, notamment à travers le thème de l'Etat impartial, Mitterrand avait cherché à séduire cet électorat. Donc c'est la même équation pour Royal : il faut qu'à la fois elle capte l'ensemble de la gauche autour d'une réaction "tout sauf Sarkozy" et qu'elle puisse favoriser l'adhésion positive autour de son propre projet, en insistant sur les thèmes qui peuvent séduire l'électorat centriste.
Sur les 18 % de "bayrouistes", quel pourcentage Ségolène Royal peut-elle espérer récupérer ?
C'est un peu compliqué d'établir une règle arithmétique sur la part de l'électorat de Bayrou qu'elle peut récupérer. On peut voir d'après les premières enquêtes qu'environ la moitié de l'électorat de Bayrou semble prêt à voter pour Royal. Il faut bien voir qu'il y a chez les électeurs de Bayrou trois composantes : une composante purement centriste qui déjà avait voté pour lui en 2002 et lui avait assuré ses 6 % de l'époque ; la deuxième composante qui a voté pour lui parce que justement il tenait un langage en opposition avec le discours de Sarkozy, notamment les emprunts que le candidat de l'UMP a faits dans sa campagne au discours de l'extrême droite ; donc c'est un électorat qui reste anti-sarkozyste ; et la troisième composante est une composante de gauche. On a donc des sympathisants du PS qui ont voté pour Bayrou le 22 avril, soit par déception vis-à-vis de Royal, soit parce qu'ils avaient acquis la conviction que Bayrou était le seul capable de battre Sarkozy le 6 mai.
Après, la part que Royal réussira à capter dans cet électorat, dépend dans une large mesure de la campagne du 2e tour, des thèmes qu'elle mettra en avant, et des personnalités du PS qu'elle mettra au premier plan, certains étant plus aptes que d'autres à séduire l'électorat de Bayrou.
Comment Ségolène Royal peut elle convaincre les électeurs de l'UDF ? Quels sont les thèmes sur lesquels Ségolène Royal doit insister pour rassembler plus large ?
Je pense qu'elle va insister sur deux points : d'une part, l'urgence sociale, toutes les questions liées à la précarité, au chômage, au pouvoir d'achat, aux inégalités, les questions liées à la fracture sociale, ce qui répond en grande partie aux préoccupations de l'électorat socialiste, et de gauche en général. Et le deuxième point qu'elle mettra en avant est une pratique de la politique, je dirai même une autre éthique. Ce qui lui permet d'englober à la fois la réforme des institutions, la démocratie participative, la réhabilitation du dialogue social, ou encore la décentralisation.
Pourquoi Mme Royal semble-t-elle obstinée à se passer des sociaux-démocrates représentés par Rocard, Kouchner et surtout Dominique Strauss-Kahn ? Dans une optique d'ouverture vers le centre, ne se tire-t-elle pas une balle dans le pied ?
Je pense qu'il faut distinguer entre ces différentes personnalités. Rocard joue un rôle très marginal au sein du PS. Il n'y a plus de courant rocardien en bonne et due forme. Lui-même n'est plus dans les instances dirigeantes du PS. Il en est de même pour Kouchner, même si celui-ci a été intégré dans l'équipe de campagne, l'équipe des 13 éléphants, de Royal.
Quant à Strauss-Kahn, elle l'a utilisé, il est intervenu à de nombreuses reprises dans la campagne de Royal, il a fait beaucoup de meetings, d'émissions de télévision. Mais il ne faut pas oublier qu'il était le rival de Royal dans la primaire interne au PS. Donc sa défaite a laissé des cicatrices qui ne sont pas tout à fait refermées. C'est vrai que la relation entre eux est assez complexe. En même temps, Royal sait qu'elle aura besoin de mettre en avant Strauss-Kahn dans la campagne pour le deuxième tour, quitte à aller jusqu'à laisser entendre qu'il pourrait être son premier ministre. Mais il y a aussi d'autres personnalités qui peuvent être mises en avant et qui ne l'ont pas encore été : Jacques Delors, qui a une vraie aura dans l'électorat centriste.
Je pense aussi, en dehors du PS, à un homme comme Cohn-Bendit, qui porte la sensibilité écologiste et qui a toujours joué un peu les passerelles entre la gauche et le centre.
Pensez-vous que Bayrou puisse se prononcer en faveur d'un candidat ? Quelle sera sa stratégie ?
Je ne crois pas que Bayrou se prononcera en faveur d'un candidat. Je pense que son souci principal est de s'appuyer sur le bon score qu'il a réalisé, 18,5 %, pour construire un nouveau parti et pour préparer les élections législatives, en espérant alors que son nouveau parti pourra tenir une place importante dans l'opposition quel que soit l'élu, Sarkozy ou Royal.
Je pense donc qu'il ne donnera pas de consigne de vote et qu'il rappellera principalement un certain nombre d'exigences, de priorités qui ont été celles de sa campagne.
Comment Ségolène peut-elle limiter le nombre de votes blancs venant de "bayrouistes" ?
Elle peut limiter le nombre de votes blancs en essayant de susciter non pas un vote de protestation, mais un vote d'adhésion. Il ne faut pas qu'elle en reste à la contestation de Sarkozy, il faut qu'elle montre qu'elle a de vraies propositions. Elle a un programme qui peut permettre, notamment pour les jeunes, d'améliorer la donne en matière d'emploi, d'ouvrir des perspectives d'avenir, et effectivement de dissuader ceux qui, déçus par le résultat du 22 avril, seraient tentés soit par l'abstention, soit par le vote blanc. Il faut qu'elle suscite un vote de conviction. Cela se joue autant sur son projet que sur sa méthode, et aussi sur sa personnalité.
Le projet, c'est son pacte présidentiel présenté le 11 février. Il faut qu'elle l'ajuste par rapport au 2e tour pour tenir compte des préoccupations de l'électorat de Bayrou. Sa méthode, c'est celle qui lui a plutôt pas mal réussi jusqu'à présent, puisque c'est à partir de cette méthode "participative", pour simplifier, qu'elle a réussi à la fois à gagner la primaire socialiste et ensuite à sauter les obstacles de la campagne, qui ont été nombreux, pour laver l'affront du 21 avril 2002 et se qualifier au second tour.
Donc c'est une méthode "labellisée Royal" qui la conduit à remettre en cause un certain nombre de dogmes, de tabous socialistes. Par exemple les 35 heures, la carte scolaire, la sécurité, avec ce qu'elle appelle l'ordre juste, et l'identité nationale. Sa méthode est donc à la fois la participation et la liberté de la candidate, qui s'est beaucoup affranchie de l'appareil socialiste.
Quant à sa personnalité, il faut qu'elle réussisse à montrer - et ce sera le cas lors du débat qui l'opposera à Sarkozy - qu'elle a la capacité, le sang-froid, et bien entendu les compétences pour exercer la fonction de président de la République. Il faut qu'elle travaille sa stature présidentielle.
Que pensez-vous de la stratégie du "tout sauf Sarkozy" ?
Je pense que la stratégie du "tout sauf Sarkozy" est une stratégie qui sera nécessairement insuffisante pour Royal si elle veut l'emporter. Cette stratégie va cimenter l'extrême gauche, puisqu'elle va se positionner essentiellement sur cette idée de rejeter Sarkozy. Mais je pense que si Royal choisit uniquement la stratégie du "tout sauf Sarkozy", elle ne réussira pas à conquérir, justement, cette part de l'électorat centriste qui lui est indispensable pour l'emporter le 6 mai.
Peut-on envisager un vote protestataire des électeurs du FN en faveur de Ségolène Royal ?
Là aussi, dans chaque élection où le FN s'est trouvé à un niveau élevé, ce qui n'était pas le cas en 1981, il ne faut pas l'oublier (Le Pen n'avait pas réuni les 500 parrainages), sans parler de 2002 qui était exceptionnel, l'électorat de Le Pen ne s'est jamais reporté à 100 % sur le candidat de la droite.
Il y a une partie de l'électorat de Le Pen qui est très anti-système et peut préférer soit l'abstention, soit le vote Royal le 6 mai, plutôt que de voter pour Sarkozy. J'ajouterai que dans la mesure où le candidat de l'UMP a siphonné dans une large mesure l'électorat lepéniste, ce qui explique la faiblesse du score de Le Pen, ceux qui ont voté Le Pen sont les irréductibles qui ne se sont pas laissé capter par Sarkozy. Je pense donc que le report automatique de l'électorat de Le Pen sur Sarkozy ne sera pas aisé.
Quel sera le rôle de François Hollande dans les deux prochaines semaines ?
Je pense que dans l'immédiat le rôle de Hollande est très important, puisqu'il n'est pas simplement le compagnon de Ségolène Royal, il est le premier secrétaire du PS. Donc c'est lui qui, dans une large mesure, va orienter la stratégie de campagne du 2e tour. Je pense qu'il va être très présent.
En ce qui concerne les perspectives pour après le 6 mai dans le cas d'une élection de Royal, je ne pense pas qu'il fasse partie du gouvernement. Je pense qu'il restera premier secrétaire du PS. Il aura d'abord comme mission de gagner les élections législatives du 17 juin. Ce sera sa priorité. Ensuite, dans le cadre d'un quinquennat, il est possible que dans une seconde phase il abandonne ses responsabilités au PS et rejoigne le gouvernement de Ségolène Royal.
Quel conseil donneriez-vous à Ségolène Royal pour qu'elle l'emporte ? Comment voyez-vous évoluer le PS en cas de défaite de Royal ?
Je conseillerais à Royal de travailler sa posture présidentielle. Elle a su le faire dans un certain nombre de débats télévisés. On l'a vue aussi apparaître dans quelques meetings. Mais elle n'a pas encore réussi jusqu'ici à montrer en permanence sa capacité présidentielle. C'est le point qu'elle doit travailler absolument si elle veut l'emporter.
L'écart avec Sarkozy est important, mais en même temps, compte tenu des interrogations que l'on peut avoir aujourd'hui sur le vote de l'électorat de Bayrou ou celui de Le Pen, je pense que c'est ouvert et qu'il est possible qu'elle l'emporte. Jusqu'à présent, Royal a relevé à peu près tous les défis, alors qu'à chaque fois on s'est attendu à ce qu'elle trébuche.
Si Royal avait été battue le 22 avril, donc n'avait pas été qualifiée pour le 2e tour, je pense que le PS aurait explosé, qu'il serait aujourd'hui dans une situation de crise très grave pour son avenir. Dans la mesure où elle s'est qualifiée dans de bonnes conditions, où elle a lavé l'affront du 21 avril 2002, je pense que le risque de crise est écarté. L'élection du 6 mai sera serrée. Si elle perd, je pense que l'écart sera faible et que par ailleurs, il y a des élections législatives derrière. Donc le PS devra essayer de les gagner.
Cela obligera le PS à clarifier sa doctrine, peut-être et même sans doute à affirmer sa conversion social-démocrate. Mais je pense que les risques de crise sont devenus beaucoup plus limités depuis la qualification de Ségolène Royal.
En cas de victoire de Ségolène Royal , comment la gauche pourrait-elle obtenir une majorité à l'Assemblée nationale compte tenu de son faible score cumulé au premier tour ?
C'est vrai que c'est une incertitude supplémentaire, parce que le PS, qui est très haut dans un paysage où la gauche, elle, est très faible, n'a plus de partenaire lui permettant de bâtir une majorité. Le PC est quasiment mort, avec moins de 2 % pour Buffet ; les Verts ne sont pas loin de connaître la même issue avec le très mauvais score de Voynet. Ce que l'on appelait la gauche plurielle a donc volé en éclats.
Les seuls partenaires du PS aujourd'hui sont le Parti radical de gauche et Jean-Pierre Chevènement, ce qui n'est pas suffisant pour bâtir une majorité. Mais ce qu'il faut bien voir, c'est que si Royal est élue, là aussi, cela peut créer une dynamique pour les législatives. On peut penser que les électeurs auront le souci de donner une majorité à la nouvelle présidente. Il ne faut pas oublier qu'en 1981 le PS avait emporté les élections législatives qui avaient suivi la dissolution décidée par Mitterrand et qu'il avait eu la majorité à lui tout seul. Ce sera peut-être moins facile aujourd'hui d'arriver à ce résultat, mais on ne peut pas l'exclure.
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