Mercredi 28 février 2007

http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-876963,0.html


L'intégralité du débat avec Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département Opinion de l'Ifop

 

Comment se fait-il que la gauche soit aussi bas dans les sondages ? Et comment interpréter ce total si faible ?

Il faut se méfier des catégories, et tout dépend de ce qu'on place dans la gauche. Par exemple, actuellement, une des grandes indications de nos enquêtes, c'est l'intérêt suscité par la candidature de François Bayrou, qui dans notre dernier sondage publié pour Paris-Match cette semaine, atteint 19 %.

Sur ces 19 points, on estime qu'on a entre 8 et 9 points issus de la gauche, des électeurs qui peuvent se dire proches du PS dans notre enquête, mais préfèreraient voter pour François Bayrou que pour Ségolène Royal.

Si par exemple on réintègre ces 8 points dans un total gauche et qu'on les enlève à la droite, on a un rapport gauche-droite beaucoup plus équilibré, de l'ordre de 46-47 pour la gauche contre 53-54 % pour la droite. Donc on s'aperçoit qu'il y a un effet trompe-l'oeil.

M. Bayrou prend-il plus de votes sur sa gauche ou sur sa droite ? 

Le reste des 19 points accordés à François Bayrou provient de la droite et du centre-droit. Aujourd'hui, donc, François Bayrou a un électorat un peu plus issu de la droite et du centre que de la gauche, même si le poids des électeurs de gauche est aujourd'hui très important dans l'électorat Bayrou.

La faiblesse des intentions de vote pour la gauche favorise-t-elle le centre (Bayrou) ou la droite (Sarkozy) ? Y a-t-il une réelle droitisation du pays, et si oui, pour quelles raisons ?

Comment peut-on mesurer la droitisation éventuelle du pays ? On a d'une part les intentions de vote et d'autre part des sondages d'opinions sur différents sujets. Si l'on s'intéresse aux intentions de vote, on doit nuancer le propos en disant que la droitisation de l'électorat est relative, car c'est avant tout la candidature de F. Bayrou qui "fausse" un peu les perspectives habituelles.

Mais cela traduit néanmoins le fait qu'une partie de l'électorat du centre-gauche pourrait aujourd'hui voter pour un candidat issu de l'UDF et non plus pour un candidat socialiste. En ce sens, il y aurait effectivement un mouvement vers la droite.

Si l'on regarde les sondages d'opinion, y a-t-il droitisation ? On peut le dire en partie sur les questions liées à la demande d'autorité, sur le traitement de la délinquance, notamment celle des mineurs. Là, c'est assez sensible et assez net. Même chose pour les questions sur le fait de savoir comment gérer la question de l'immigration en France.

Dans le même temps, sur les questions économiques et sociales, si par exemple l'entreprise a retrouvé une certaine "bienveillance" vis-à-vis des Français, pour autant, sur d'autres sujets économiques et sociaux, on s'aperçoit que les thématiques portées par la gauche sont aujourd'hui majoritaires. Je pense par exemple au maintien de certains services publics, à la dénonciation du libre-échange et du libéralisme économique. En ce sens, on doit nuancer l'idée d'une droitisation du pays.

Pourquoi Bayrou attire-t-il selon vous un électorat de gauche ? Y a-t-il des composantes sociologiques dans ce glissement (enseignants par exemple) ?

Nous allons publier demain un sondage pour Le Monde de l'éducation sur le vote des enseignants, qui montre qu'en effet, une bonne partie d'entre eux (27 %) serait tentée aujourd'hui par un vote en faveur de François Bayrou, alors que Ségolène Royal recueillerait 31 % de leurs suffrages. L'écart est faible, et on voit que la candidature Bayrou recueille un certain écho dans le monde enseignant, du fait de ses propositions, et peut-être aussi de son passé de ministre et d'enseignant.

Autre catégorie sociologique : les cadres. On s'est aperçu qu'au moment des primaires au PS, les cadres étaient la catégorie dans laquelle Ségolène Royal était la plus concurrencée par Dominique Strauss-Kahn. On peut penser qu'une partie de ces cadres de centre-gauche soit aujourd'hui également tentée par la candidature Bayrou et qu'ils ne se retrouvent pas, par exemple, sur la ligne Hollande-Royal concernant la fiscalité.

Ségolène Royal est finalement relativement haut dans les sondages. Le problème ne se pose-t-il pas plutôt du côté du poids de l'autre gauche (Verts, extrême gauche), dont les scores semblent nettement plus bas que par le passé ? Et à quoi cela tient-il ?

Effectivement, le reste de la gauche hors PS se situe à un niveau assez faible. On peut y voir deux explications principales. La première, c'est le souvenir du 21 avril 2002 et le souhait pour une bonne partie de l'électorat de gauche de voter "utile" dès le premier tour en choisissant Ségolène Royal. On observe ainsi que près de 40 % des électeurs actuels de Ségolène Royal nous disent qu'ils l'ont choisie par réflexe de vote utile. Ce qui réduit d'autant plus l'espace de la gauche de la gauche.

La deuxième raison, c'est l'espoir déçu et la dynamique avortée à l'issue du référendum européen. Le fait que les différentes organisations de gauche ne se soient pas entendues autour d'une candidature unique a sans doute démobilisé une partie de leurs électeurs. La question du vote utile a été posée dans les enquêtes : on a demandé : "Allez-vous voter pour un candidat qui a le plus de chances d'accéder au second tour mais qui n'est pas le plus proche de vos idées ou pour le candidat le plus proche de vos idées même s'il a peu de chances d'accéder au second tour ?"

Quant l'espoir déçu après le référendum, c'est davantage une analyse, une interprétation que des chiffres. Mais on s'aperçoit dans les différentes enquêtes effectuées après le référendum et au début de la campagne présidentielle qu'une partie des électeurs de gauche qui avaient voté "non" souhaitaient voir aboutir une candidature unique à gauche de la gauche.

Comment expliquer que les couches populaires ou moyennes soient attirées par la droite ?

Si l'on prend par exemple la catégorie des ouvriers, aujourd'hui, Nicolas Sarkozy fait un peu plus que Ségolène Royal, avec Jean-Marie Le Pen, qui se situe à un niveau élevé. On peut penser que les positions de fermeté défendues par le ministre de l'intérieur en matière de sécurité et d'immigration répondent à une attente d'une partie de ces catégories populaires.

D'autre part, l'insistance et l'accent mis sur la question du pouvoir d'achat autour du slogan "travailler plus pour gagner plus" a pu également être reçu positivement par une population qui est confrontée à des difficultés de pouvoir d'achat, et pour laquelle la mise en place des 35 heures a souvent été synonyme de stagnation du salaire.

Sur l'ensemble des ouvriers, la gauche de la gauche fait 11 %, 27 % pour Ségolène Royal, 11 % pour Bayrou, 29 % pour Sarkozy et 18 % pour Le Pen.

En 2004, il me semble que les sondages n'avaient pas prévu le raz-de-marée socialiste aux élections régionales : n'est-on pas en train d'assister au même phénomène ? Est-ce que les sondés ont du mal à se déclarer en faveur du vote Royal ?

Effectivement, en 2004, l'ampleur de la "vague rose" n'avait pas été complètement appréciée. Aujourd'hui, on n'observe apparemment pas de phénomène de sous-déclaration en faveur de Ségolène Royal, et les interviewés n'ont aucune difficulté à se revendiquer de la gauche : on trouve en effet des personnes qui se déclarent proches du Parti socialiste mais qui pour autant peuvent indiquer qu'elles ne voteront pas pour Ségolène Royal. C'est notamment le cas de personnes qui pourraient aujourd'hui préférer voter pour François Bayrou.

Si l'on prend maintenant le cas des primaires au PS, de nombreux sondages ont été effectués auprès des sympathisants (qui certes n'étaient pas ceux qui allaient voter, seuls les militants étaient concernés), mais ces enquêtes ont très tôt montré que dans l'électorat ou le peuple de gauche, Ségolène Royal se situait à un niveau très élevé et distançait largement ses concurrents. Cet exemple semble donc indiquer qu'il n'y a pas de problème de "déclaratif" de la part des sondés sur un vote Royal aujourd'hui.

Mesure-t-on l'impact des nouveaux inscrits sur les listes électorales ? Est-ce un vivier pour la gauche ?

Des analyses sont en cours. Nous ne disposons pas aujourd'hui d'éléments très précis. On peut s'interroger sur le vote de ce qu'on appelle les "primo-votants", ceux qui vont voter pour la première fois. Il peut s'agir soit de jeunes électeurs qui s'inscrivent pour la première fois à leurs 18 ans arrivés, soit d'électeurs plus âgés qui n'étaient pas ou plus inscrits.

Quand on analyse les données et la carte de la répartition de ces nouveaux inscrits, on s'aperçoit que le phénomène est assez général. On a certes une poussée forte des inscriptions dans certaines communes de banlieue dont on peut penser qu'elle se traduira plutôt par un vote à gauche, sous l'effet notamment d'un réflexe anti-Sarkozy.

Mais on peut également envisager que dans d'autres endroits du territoire, la hausse des inscriptions puisse bénéficier à d'autres candidats que ceux de la gauche. La hausse importante des inscriptions sur tout le territoire traduit en fait un fort intérêt pour cette campagne, un intérêt sans doute plus élevé que celui qu'on avait observé en 2002, et dont les effets restent à mesurer.

Dans nos enquêtes, habituellement, jusqu'à la fin de l'année dernière, on observait en moyenne un taux de 80 à 85 % de personnes interrogées qui nous disaient être inscrites sur les listes électorales. Depuis le début de l'année, on constate plutôt un taux de l'ordre de 90 à 92 % de personnes interrogées se déclarant inscrites. Ce qui constitue une hausse significative.

Les primo-votants sont pris en compte comme les autres dans nos enquêtes actuelles.

Comment se fait-il que l'IFOP donne des prévisions d'abstention bien inférieures à celles des autres instituts de sondages (environ 5 % chez vous et 15-20 % chez les autres) ?

Nous ne donnons pas de prévisions d'abstention, mais nous indiquons le taux de personnes qui n'ont pas déclaré d'intention de vote, ce qui est assez différent. Dans notre jargon, on appelle ça les "NSP" (ne se prononcent pas). Ce qui est différent d'un calcul pour tenter d'évaluer les abstentions, exercice que l'on ne pratique pas à ce stade de la campagne.

Concernant l'abstention, nous ne disposons pas actuellement d'indicateur ou de données fiables à l'IFOP. Ce que l'on mesure en revanche, c'est un intérêt croissant déclaré pour la campagne présidentielle, tel que mesuré par exemple dans des questions qui portent sur les conversations des Français avec leurs proches, où l'on voit que le thème de la campagne électorale occupe une part importante.

Autre indicateur : la hausse des inscriptions, dont on a parlé précédemment, et qui semble montrer une envie importante de participer. Ces éléments devraient normalement conduire à un niveau d'abstention plus limité qu'en 2002. Mais il est encore sans doute un peu tôt pour se prononcer.

Est-ce qu'on peut dire que les gens ne se déterminent plus suivant le clivage gauche/droite ?

Le clivage gauche-droite conserve aujourd'hui encore une grande importance dans la structuration du champ politique en France. Néanmoins, on observe de plus en plus d'électeurs que nous avons appelés les "non alignés", c'est-à-dire des personnes qui peuvent se revendiquer d'un camp ou d'une proximité avec un parti, et pour autant vouloir voter pour un candidat situé dans le camp d'en face.

C'est le cas notamment d'électeurs de centre-gauche se disant sympathisants du PS, mais qui pourraient voter pour François Bayrou. On a par ailleurs une autre catégorie d'électeurs davantage indécis qui aujourd'hui hésitent, enquête après enquête, entre les deux grands candidats, Royal et Sarkozy. Et les mouvements de ces indécis expliquent en partie les évolutions parfois erratiques des deux intentions de vote de ces deux principaux candidats.

Le Parti communiste est-il en train de mourir politiquement ?

Effectivement, dans nos enquêtes, le PCF se situe aujourd'hui à un niveau assez bas, à 3 % ou en dessous. C'est-à-dire un peu moins que le score déjà catastrophique de Robert Hue en 2002. La multiplication des candidatures à la gauche du PS - Laguiller, Besancenot, Bové, Buffet - fait en effet régner une situation de grande concurrence à la gauche du PS, ce qui réduit l'espace électoral du PCF.

Deuxièmement, la position ambiguë du PC vis-à-vis d'une alliance avec le PS en vue de former un gouvernement et une majorité n'aide pas à la clarification et peut désorienter une partie de l'électorat communiste ou de la gauche radicale, qui préfèrera alors se porter sur la candidature d'Olivier Besancenot, qui refuse aujourd'hui de, selon ses termes, ressusciter la gauche plurielle.

Y'a-t-il un "effet Jospin" sur les intentions de vote pour Mme Royal ?  Paradoxe entre l'ancien et la moderne ?

Si l'on reprend la séquence des primaires au PS, on peut penser qu'une partie du succès de Ségolène Royal a résidé dans le fait qu'elle a su créer une distinction entre sa candidature et celle des "éléphants". On se souvient par exemple de sa visite au Chili alors que tous les élus et candidats du PS s'étaient pressés à Jarnac pour l'anniversaire du décès de François Mitterrand.

Plus proche de nous, le ton et les thématiques abordées par la candidate socialiste lors de son passage à TF1 ont renoué avec cette marque de fabrique qu'elle avait su déployer lors des primaires. On peut estimer que le regain observé dans les derniers sondages s'explique notamment par ce retour aux sources de la candidate socialiste, ce retour au "ségolénisme".

Les prochaines enquêtes nous diront si l'entrée en campagne au côté de Ségolène Royal des éléphants du PS vient renforcer cette dynamique ou, au contraire, la desservir.

Ségolène Royal prend-elle des voix à droite, selon les sondages ?

Aujourd'hui, l'audience de Ségolène Royal sur l'électorat de droite et du centre est plus que limitée, ce qui n'a pas toujours été le cas, notamment en début de campagne. On peut penser que la dynamique enregistrée autour de François Bayrou vient lui bloquer cette espace au centre-droit.

Que peut-on anticiper sur le report des voix en général au second tour ? De celui des voix de François Bayrou si Ségolène Royal arrivait au second tour ?

Concernant le second tour, en tant que sondeurs, nous attirons l'attention des lecteurs et du public et recommandons la prudence. En effet, on sait que la publication de résultats réels le soir du vote du premier tour joue un rôle considérable et peut sensiblement faire bouger les lignes pour le second tour.

Cela étant dit, on constate aujourd'hui qu'en termes de report, l'électorat de François Bayrou au premier tour se reporterait à parité entre Royal et Sarkozy dans l'hypothèse d'un duel de ce type. Cela démontre bien qu'une bonne frange de cet électorat est issue des rangs de la gauche, gauche que ces électeurs retrouveraient au second tour.

Est-ce que les éléments statistiques actuels prédisent un nouveau 21 avril ?

Concernant l'éventualité d'un nouveau 21 avril et la présence de Jean-Marie Le Pen une nouvelle fois au second tour, plusieurs éléments semblent pour l'instant plutôt invalider ce scénario. D'une part, on observe que les thématiques de campagne, les attentes et les priorités des Français sont très différentes de celles de 2002. On s'intéresse aujourd'hui en priorité à l'emploi, au pouvoir d'achat, aux salaires et à l'état de l'institution scolaire, alors qu'en 2002, la question de l'insécurité avait complètement cannibalisé et occupé la campagne.

Second élément : on voit enquête après enquête qu'une part non négligeable des personnes nous déclarant avoir voté pour Jean-Marie Le Pen en 2002 voterait aujourd'hui pour Nicolas Sarkozy. On estime qu'environ un tiers de l'électorat lepéniste de 2002 serait concerné, ce qui réduit d'autant l'espace en faveur de Jean-Marie Le Pen. Cette concurrence est quasiment exclusivement aujourd'hui exercée par Nicolas Sarkozy, qui est pour ainsi dire le seul à pouvoir "mordre" sur cet électorat et contenir le vote FN.

Pour autant, on sait d'expérience que le vote en faveur de Jean-Marie Le Pen se renforce en toute fin de campagne, notamment au moment où les catégories populaires commencent vraiment à s'intéresser à la campagne, catégories parmi lesquelles Jean-Marie Le Pen obtient généralement ses meilleurs soutiens. Il faut donc rester prudent et observer attentivement l'évolution des thématiques et du climat de la campagne ainsi que la capacité de Nicolas Sarkozy à séduire sur son nom une partie des électeurs lepénistes de 2002.

 

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Ségolène Royal fait de la banlieue
son "grand chantier présidentiel"

http://www.20minutes.fr/articles/2007/02/27/20070227-politique-Segolene-Royal-fait-de-la-banlieue-son-grand-chantier-presidentiel.php

 

Ségolène Royal veut faire des quartiers populaires son "grand chantier présidentiel", en affirmant qu'ils étaient "une partie de la solution aux problèmes de la France", lors d'un déplacement mardi à Clichy-sous-bois (Seine-Saint-Denis), d'où étaient parties les émeutes de 2005.
"On a besoin de vous, on a besoin de vos talents", a-t-elle affirmé à des habitants réunis à la Maison de la jeunesse, où elle a signé le "contrat social et citoyen" de l'association AC Le feu, rédigé sur la base de cahiers de doléances compilés après les violences urbaines de l'automne 2005.
Elle a écarté une trentaine de points (sur 105), concernant notamment des propositions fiscales, qu'elle a considérés comme divergeant de son "pacte présidentiel".
"Mon grand chantier présidentiel sera la réussite des quartiers populaires", qui ne sont pas "un problème, mais une partie de la solution aux problèmes de la France", a-t-elle déclaré. "Car je veux que l'énergie des jeunes des quartiers, l'inventivité, la créativité, l'envie d'avancer, constituent un élément fort de la relance de la croissance économique".
Refusant "assistanat" et "tutelle", elle a insisté sur le droit au logement ou au premier emploi, la lutte contre la précarité, le soutien aux jeunes entrepreneurs. "Tout à l'heure l'un d'entre vous m'a offert un beau tailleur rose, c'est formidable de créer comme ça une activité !", a-t-elle lancé. Elle s'est dite favorable aussi à la police de proximité. "Chaque fois qu'il y a un acte de délinquance chez un jeune, s'il n'y a pas la première réponse et la première sanction, on recommence", a-t-elle ajouté.
"On va réussir à renverser l'image de marque", "l'engagement que je prends, c'est d'agir vite !".
"Rien ne peut se faire sans vous", a dit encore Mme Royal. "J'ai envie que vous réussissiez. J'ai besoin de vous dans cette nouvelle France qui se lève".
"Elle est bien, elle a du coeur, Ségolène Reine de la France !", a lancé un jeune. "Ségolène présidente!", criaient d'autres.
Accompagnée de membres de leur famille, elle avait auparavant déposé une gerbe de fleurs blanches au pied de la stèle érigée à la mémoire de Zyed et Bouna, les deux adolescent dont la mort dans un transformateur électrique après avoir été poursuivis par la police avait déclenché les émeutes.
La candidate a aussi rencontré des femmes au siège d'une association d'entraide scolaire, dans une cité, avec trois salariés qui aident 80 enfants de 6 à 18 ans à faire leurs devoirs.
"Je veux que tous les enfants puissent avoir un soutien scolaire gratuit au moment où ils en ont besoin", a déclaré Mme Royal. "C'est le coeur de tout, encadrer les enfants pour qu'ils réussissent, et très tôt", a-t-elle confié, s'étonnant de "la pénurie de moyens des associations" et estimant "capital" de "remettre du service public".
"Les choses peuvent rebasculer très rapidement si rien n'est fait, il faut reprendre les choses à la base", a dit Mme Royal.
La candidate socialiste a été la première à signer le contrat, suivie de peu par Olivier Besancenot (LCR). Marie-George Buffet (PCF) et José Bové devraient le faire jeudi.
Quant à Nicolas Sarkozy, "il pourra le faire quand il ne sera plus ministre de l'Intérieur", a dit le président du collectif, Mohammed Mechmache.
"Revenez quand ce sera Sarkozy, ça se passera un peu différemment", glissait un jeune de Clichy aux journalistes.

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par Jérôle Fourquet, Philippe Lecoeur et Alexandre Piquard publié dans : Le Monde
Mardi 27 février 2007
 "Mme Royal a vraiment repris la main"

 

http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-29913253@7-354,0.html


Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal seraient à égalité 50-50 au second tour de l'élection présidentielle, selon un sondage LH2 pour RMC, 20 Minutes et BFM TV rendu public lundi, première enquête depuis janvier où Mme Royal revient à hauteur de son concurrent UMP au deuxième tour.
Le précédent sondage LH2 des 16 et 17 février donnait 54% à M. Sarkozy et 46% à Mme Royal.

Le ministre de l'Intérieur avait été donné vainqueur (avec un écart maximal de 55-45) dans les 29 sondages précédents réalisés depuis le 15 janvier, même si l'écart entre les deux principaux concurrents s'était resserré dans les deux enquêtes précédentes.

Selon LH2, Mme Royal gagne 2 points au premier tour à 27%, tandis que M. Sarkozy perd trois points à 30%.

François Bayrou est crédité de 17%, gagnant 3 points sur la précédente enquête LH2, et Jean-Marie Le Pen est stable à 13%.

Olivier Besancenot est crédité de 3,5% (=). Il devance Arlette Laguiller à 2% (=), Marie-George Buffet à 2,5% (-1), José Bové 1,5% (-1), Dominique Voynet 1% (=), Frédéric Nihous 1% (+1) et Philippe de Villiers (1%, -1,5). Nicolas Dupont-Aignan est crédité de 0,5% (+0,5).

Gérard Schivardi et Corinne Lepage sont crédités de 0%.

11% des sondés qui se disent certains d'aller voter n'ont pas exprimé d'intention de vote pour le premier tour et 12% pour le second.

Mme Royal ferait jeu égal avec M. Sarkozy au second tour malgré un total gauche à 37,5% au premier, notamment grâce au report de 62% des électeurs de M. Bayrou sur Mme Royal.

La candidate PS arriverait d'autre part à mieux mobiliser les sympathisants de gauche en sa faveur, 87% affirmant avoir l'intention de voter pour elle le 6 mai, contre 79% la semaine précédente.

Enfin, 12% des électeurs de M. Le Pen se reporteraient sur la députée PS.

Sondage réalisé par téléphone les 23 et 24 février auprès d'un échantillon de 1.005 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas). Notice détaillée disponible à la commission des sondages.

"Mme Royal a vraiment repris la main", profitant notamment de son émission lundi 19 février sur TF1 et de l'intégration de Lionel Jospin et des "éléphants" du PS dans son équipe présidentielle, a commenté François Miquet-Marty, directeur des études de LH2.

Nicolas Sarkozy pâtit de l'"inquiétude" qu'il suscite "toujours" chez certains électeurs et "peine à aller au-delà de son propre camp", selon M. Miquet-Marty.

François Bayrou "est bien perçu sur la critique du clivage droite-gauche, séduit par son discours sur la dette et progresse aussi sur les difficultés de Nicolas Sarkozy", ajoute-t-il.

M. Bayrou "n'effraie pas du tout", dans une campagne très suivie, "surdéterminée" par le souvenir de 2002, ce qui explique que "les petits candidats de gauche ont du mal".

Quant à Jean-Marie Le Pen, il ne disposerait pas comme en 2002 d'un "réservoir" d'électeurs populaires décidant de voter pour lui au dernier moment.

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Ségolène Royal

Têtue comme elle est, elle tiendra ses promesses

http://sisyphe.org/article.php3?id_article=2620

 

L'opposant viscéral à François Mitterrand se signalait d'emblée par sa manière d'élider le "e" de son nom : "Mitt'rand". Ceux dont la survenue de Ségolène Royal a bousculé les habitudes de penser et les catégories grammaticales la traitent volontiers de madone. Il va sans dire que, dans leur bouche, cette madone ne renvoie guère à Giovanni Bellini, encore moins à Raphaël. La dénomination s'est changée en insulte. Il y a aussi des variantes régionales. Dans ce jeu de massacre à tir tendu, on peut à volonté la caparaçonner en Jeanne d'Arc, la Lorraine, ou l'affubler en Bécassine, la Bretonne.

Surprenante madone

Mais c'est la madone qui revient le plus souvent, son beau visage semblant exciter chez ses détracteurs une angoisse de castration. On voudrait voir Ségolène Royal incarner le bon vieux conformisme catholique. Jusqu'à son prénom dont on lui fait grief. Est-on responsable de son prénom ? Elle aurait raccourci le sien, la Marie-Ségolène des origines, pour avancer masquée et mieux dissimuler son passé d'enfant de Marie. Surprenante madone en effet, qui permit la distribution aux mineures, et sans autorisation parentale, de la pilule du lendemain.

Etrange madone, qui refuse dans son pacte présidentiel toute remise en cause de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat, et demande qu'on intègre à la Constitution une charte de la laïcité. Efficace madone, qui préfère prévenir que guérir. Des dispensaires dans les zones rurales, des soins gratuits pour les jeunes dont les parents n?ont pas de mutuelle, la contraception gratuite pour les jeunes femmes et la négociation de toute réforme sociale grâce à un syndicalisme au financement transparent et plus largement représentatif.

On disait, Ségolène Royal n'a aucune idée et elle a mis en place ces débats participatifs pour retarder l'échéance ou pour tenter de trouver chez les autres les idées qui lui font défaut. Depuis le 11 février, des idées, elle en a, trop, de plus elles coûteraient trop cher. Au moment où Ségolène Royal révèle les quelque cent propositions de son pacte présidentiel, nous découvrons le niveau très médiocre de notre commerce extérieur et une croissance qui, avec son maigre 2 %, ne tient pas ses promesses. Ces mauvais chiffres, on ne va pas en rendre responsable le gouvernement en place, ce serait un peu court et simpliste.

On a été tenté de se défausser en évoquant le prix du pétrole et la lourdeur de l'euro.

Comme si les Allemands, dont les chiffres sont bien meilleurs que les nôtres, jouissaient d'un euro plus favorable et d'un pétrole moins cher. On s'est bien gardé d'établir une comparaison avec les chiffres obtenus quelques années plus tôt par le gouvernement de Lionel Jospin. Comparaison, surtout si elle tourne à votre désavantage, n'est pas raison ! La parade en revanche n'a pas tardé.

Il fallut admettre qu'une croissance à 2 %, ce n'était pas brillant. Mais précisément, après un si piètre résultat, dites-moi comment Ségolène Royal avec ses cent propositions pourrait-elle s'en tirer ? Appréciez l'astuce. On s'appuie sur les mauvais chiffres présents pour démolir l'avenir. Le démineur a toujours tort. Ne prend-il pas des risques inconsidérés pour sécuriser un espace laissé par d'autres en trop mauvais état ?

La candidature de Ségolène Royal

à la présidentielle était déjà inscrite

dans son triomphe aux élections régionales

La presse nationale n'avait presque pas parlé de la campagne qu'elle menait en silence sur ses terres du Poitou-Charentes. Je le connais ce pays-là, il est le mien.

J'ai du côté de La Rochelle des attaches d'enfance et j'ai goûté mes premières huîtres avec mes premiers biberons. Je sais que ce pays ne se livre pas aisément, qu'il garde le secret de sa beauté, qu'il ne se jette jamais à la figure des gens.

Ségolène Royal l'a conquis de haute lutte. Il n'est pas un village ni un hameau, il n'est pas une école, une ferme ou une entreprise qu'elle n'ait un jour visité.

Elle a labouré à l'ancienne son terrain, comme Jacques Chirac et François Hollande en Corrèze, comme François Mitterrand dans la Nièvre. Mais, quand elle a été élue, il m'est apparu qu'elle irait plus loin encore. Elle semblait à la fois croire à son projet et avoir la volonté de le réaliser grâce à une méthode pragmatique et originale, de plus elle était portée par une revigorante ambition. Certes, on ne leur a pas facilité la tâche, c'est peu de le dire, mais les femmes ont longtemps péché par manque d'ambition et plus particulièrement par manque d'ambition politique. Elle n'eut pas d'autre choix pour s'imposer aux caciques du Parti socialiste que de contourner le parti en empruntant la double voie de la région et de l'opinion. Il fallait l'arracher, la candidature à l'élection présidentielle. Une femme reste une femme aux yeux de ses pairs. Elle a pourtant gagné à la loyale. Revigorés eux aussi par de nombreuses et nouvelles adhésions, les militants ont tranché. On aurait tort de se lamenter et de répéter à l'envi que le niveau baisse. Le débat politique a retrouvé quelques couleurs et les citoyens ont de nouveau le goût de la dispute. Ni la candidate ni même les candidats ne laissent indifférents. C'est déjà ça. Il y a du côté de Ségolène Royal et de son équipe un projet, encore inachevé, qui surprend parce qu'il privilégie l'action dans la durée et les réformes en profondeur. Elle veut éviter à la France de mourir d?une thrombose. Pour mieux irriguer l'ensemble de ses territoires, il est nécessaire de décentraliser vraiment avec transfert des moyens et des compétences, de donner une autonomie aux universités, de renforcer le tissu des petites et moyennes entreprises par la défiscalisation de leurs bénéfices réinvestis, de réinscrire la France au centre de l'Europe, de revitaliser les cités asphyxiées par le chômage et la drogue, par le mépris et la violence, de faire de l'éducation et de la recherche les deux piliers de l'avenir.

Elle dérange. Mais, têtue comme elle est, elle tiendra ses promesses. Oui, il y a un élan et une cohérence dans le projet de Ségolène Royal. Ce n'est ni le grand soir ni la grande illusion. C'est la volonté opiniâtre de remettre peu à peu chacun dans le jeu collectif quels que soient son origine sociale ou son sexe. De plus, les débats participatifs, la longueur et l'intensité de la campagne électorale, la rapidité (et la brutalité) des échanges sur Internet, permettent de libérer des forces qui seront précieuses au moment de passer à la réalisation des propositions. Faisons le pari que ce moment viendra.



http://sisyphe.org/article.php3?id_article=2620

par Le monde Nicole Avril publié dans : Le Monde
Lundi 26 février 2007
Entre une extrême gauche gangrenée et un centrisme mystificateur, Royal est la seule issue

http://www.liberation.fr/rebonds/237324.FR.php


Ségolène Royal s'est attaquée simultanément à deux tâches écrasantes: se faire élire présidente de la République et rénover le Parti socialiste. En vérité, elle n'avait pas le choix. Sa seule chance d'être désignée comme candidate par le PS était de s'imposer de l'extérieur et de forcer le parti. La géniale invention due à François Hollande et à Jack Lang de l'adhérent à vingt euros a introduit un couloir de circulation entre deux mondes jusque-là étrangers l'un à l'autre: celui des militants et celui des sympathisants. Le premier obéit à des règles non écrites mais contraignantes. Le parti se prend à gauche; son chef est tenu à un discours de gauche, voire gauchiste, censé rassembler le parti jusqu'au premier tour de la présidentielle; il lui est ensuite permis entre les deux tours de "s'ouvrir" sur la droite pour obtenir le surcroît de voix nécessaires à son élection; une fois élu, il lui revient de se confronter au monde extérieur, aux contraintes économiques, à l'équation parlementaire: à la réalité. Ces trois phases sont compartimentées avec soin, de sorte que le candidat essuie rituellement sur sa droite l'accusation d'incohérence, sur sa gauche celle de trahison.
Ségolène a changé cela: madame 20 euros a tenu d'emblée un discours socialement de gauche et économiquement de droite, selon le voeu de sa nouvelle clientèle. Les ambiguïtés de ce discours sont moins dues à l'insuffisante clarté de son esprit, comme on l'en accuse élégamment, qu'à la nécessité de naviguer au plus près, surveillée qu'elle est par les uns et par les autres. Mais son discours de Villepinte, où les étourdis n'ont voulu voir qu'un catalogue, a montré sa détermination à ne rien céder d'essentiel aux éléphants. Désormais, ceux-ci sont prévenus, et Sarkozy aussi: Ségolène Royal ira jusqu'au bout, sur sa propre ligne, en dépit des frustrations, des murmures et des croche-pieds.
Ce faisant, elle est dans la ligne du Léon Blum du congrès de 1946, s'adressant à la majorité mollettiste: «Vous avez peur... Vous avez la nostalgie du Parti d'avant la guerre, y compris de ses institutions... Vous êtes incapables d'imaginer une combinaison qui ne date pas d'avant-guerre, et la nostalgie vous ramène à ce passé, bien qu'il ne repose plus sur rien.» 
Elle est aussi dans la ligne de l'équipée rocardienne de 1993-94 mais, à la différence de Blum et de Rocard, sa tentative est appuyée sur des couches sociales nouvelles, le plus souvent extérieures au parti: des bobos, sans doute, mais aussi une clientèle beaucoup plus populaire. Se situant, selon les moments et les problèmes sur la gauche et sur la droite du parti, elle est ainsi moins vulnérable aux procès en sorcellerie.
S'il ne s'agissait que de la présidentielle, ses anciens rivaux auraient fini par se résigner à la soutenir sans réserves; mais il s'agit aussi, ipso facto, du contrôle ultérieur du parti. Les zizanies entre Ségolène et le PS, dont la démission d'Eric Besson n'est jamais que le dernier épisode, s'expliquent par cet enjeu caché, mais déterminant. Et la désignation pour sa campagne d'un nouveau conseil stratégique, où siégeront notamment DSK, Fabius et Jospin, n'y changera pas grand-chose.
Et maintenant, quelles sont les chances de Ségolène Royal ? Assez sérieuses pour que chacun réfléchisse à son propre rôle et émette un vote de responsabilité plutôt que de confort. Le confort, cette douce tentation du vote pour se faire plaisir, du vote pour dorloter ses convictions, du vote pour sauver son âme, nous le connaissons bien: c'est d'aller chez les trotskistes, les écolos ou encore les alters si bouffis de leur importance qu'ils ne sont plus aujourd'hui, pardonnez-moi, que des alter ego ! Que dire de ces messieurs 2 %, de ces dames 2 % qui s'imaginaient déjà en propriétaires des 55 % de non du 29 mai 2005 ? Volatilisé le magot ? Pas du tout ! Il est parti chez Ségolène, bien sûr, Ségolène qui a voté oui, mais qui a su, depuis, incarner tout ce que le non recelait d'exaspération devant la morgue des élites. La preuve de ce que j'avance ? Contre qui, je vous le demande, s'acharne donc depuis deux mois la presse Sarko, la radio Sarko, la télé Sarko, en un mot l'empire Berluscozy ? Sur ces farouches ennemis du capital, sur ces révolutionnaires redoutables qui ont nom Laguiller, Besancenot, Buffet ? Vous n'y êtes pas. Ceux-là, on leur tapote la joue avec condescendance. Le feu est concentré sur Ségolène. Alors un conseil : si vous ne savez pas pour qui voter, demandez-le à votre meilleur ennemi: il vous le dira, lui !
Il y a désormais un autre vote de confort: c'est le vote Bayrou. Il est sympa, Bayrou. Il a du talent, Bayrou. Il se bat bien, Bayrou. Il est comme le petit rosé de Provence que l'on vous recommande dans les paillotes: il va avec tout. La création d'une "troisième force" centriste qui ne serait ni la gauche ni la droite, tout en empruntant aux franges modérées de l'une et de l'autre, est une vieille rêverie qui remonte aux jours les plus sombres de la IVe République. Pour échapper à l'emprise des communistes, et des gaullistes, Léon Blum avait appelé en 1947 à la concentration de la gauche de la droite et de la droite de la gauche. Le résultat fut une succession de combinaisons ministérielles de plus en plus fragiles, de plus en plus tordues, de plus en plus illisibles. Tous les électeurs séduits par le vieux manège brinquebalant, où les mêmes figurines défilent indéfiniment sur le devant de la scène devraient bien s'aviser qu'une fois la pagaille et l'imposture ramenées au coeur du système politique, nous ne disposerons plus désormais d'un de Gaulle pour siffler la fin de la récréation et sauver la démocratie du génie malfaisant de la magouille politicienne. Je conclus :
1) L'extrême gauche, plus gangrenée par la politique politicienne que n'importe lequel de ceux qu'elle dénonce, a transformé l'élection présidentielle en une épreuve de classement entre "nains de jardins" (Olivier Besancenot). C'est pitié.
2) Le centrisme pointe à nouveau son faux nez mystificateur. La constitution d'une majorité centriste, sorte de gouvernement des "honnêtes gens" créerait durablement sur sa gauche et sur sa droite deux catégories de réprouvés. En rendant impossible le jeu de l'alternance démocratique, elle ne leur offrirait d'autre option que l'illégalité.
3) La candidature de Ségolène Royal véhicule avec elle un sérieux espoir de rénovation du socialisme dans un sens à la fois moderne et populaire. Par bonheur, le peuple a compris cela depuis longtemps. Si la gauche intellectuelle n'était pas affectée d'un génie particulier pour compliquer à plaisir des données très simples, elle aurait déjà réalisé à son tour que, pour éliminer Sarkozy, il faut soutenir Ségolène. Cette gauche qui ne se rend jamais, pas même à l'évidence, dispose encore de huit semaines. Je fais le pari fou que ce sera suffisant.

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Dernier ouvrage paru de Jacques Julliard : le Malheur français, Flammarion (2005).
"(…) nous savons pour l'avoir éprouvé, que le combat contre l'imposture ne sera jamais définitivement gagné; nous savons pour l'avoir vécu, que le combat pour la justice sociale est inséparable de la révolution intellectuelle et morale à faire et à refaire en chacun de nous; mais nous savons aussi, d'un savoir inébranlable, que c'est là le seul combat qui importe, en dehors duquel la politique ne vaudrait pas une heure de peine."

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par Jacques Julliard publié dans : Libération
Dimanche 25 février 2007

"Désormais, chère Ségolène, c'est une pour tous et tous pour une"

http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/237200.FR.php

Ségolène Royal et Laurent Fabius ont appelé samedi les socialistes au rassemblement lors d'un meeting commun dans le fief de l’ancien Premier ministre.
"Désormais, chère Ségolène, c'est une pour tous et tous pour une"
, a lancé samedi Laurent Fabius lors de son premier meeting commun avec Ségolène Royal. Arrivant côte à côte sous les applaudissements des militants et sympathisants socialistes au Zénith de Grand-Quevilly, en Seine-Maritime, la candidate et l’ancien Premier ministre ont appelé au rassemblement. "Je veux bâtir avec vous tous la gauche moderne, celle du XXIe siècle", a déclaré la présidente de la région Poitou-Charentes devant environ 7.500 personnes réunies dans le fief de Laurent Fabius.
Devant une foule enthousiaste, elle a défendu une "gauche moderne et efficace" qui s'appuie sur "des valeurs de gauche adaptées pour accompagner ces mutations, pour apaiser les inquiétudes".
Assurant qu'elle s'inscrivait dans le sillage de François Mitterrand, Léon Blum et de l'ensemble des gouvernements socialistes, citant Lionel Jospin et Pierre Bérégovoy, la candidate a expliqué que cette gauche n'oublie "ni les luttes ouvrières, ni les conquêtes sociales", ne renonce pas "à l'égalité réelle", "n'en rabat pas sur la laïcité et les services publics" et a "les yeux ouverts sur la réalité".
Laurent Fabius, candidat malheureux à l'investiture socialiste, avait auparavant sonné le rassemblement assurant: "Nous sommes ici rassemblés dans le même esprit offensif et amical pour dire notre souhait que d'ici peu de semaines, la présidente de la République s'appelle Ségolène Royal". Lors de la primaire socialiste en novembre, les militants de Seine-Maritime avaient voté à 61,5% pour l'ancien Premier ministre, lui offrant son meilleur score national, et à 24,1% pour Ségolène Royal.
Mais l’heure n’est plus à la division. "Il n'est pas question, en particulier si on se souvient du 21 avril 2002, de faire de dispersion des voix", a martelé Laurent Fabius.
Avant de porter la charge contre Nicolas Sarkozy et François Bayrou, surnommant une nouvelle fois le candidat de l'UMP "Monsieur Supercherie" et critiquant le "confusionnisme" du candidat de l'UDF qui apporterait selon lui à l'UMP des voix d'électeurs de gauche "abusés".


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Samedi 24 février 2007
par Ségoléne Royal publié dans : segolenetahitinui2007

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