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L'image, rare, était attendue. Pour la première fois depuis le début de la campagne, la route de
Très en verve, François Hollande a joué les chauffeurs de salle en commençant par appeler au meilleur score "dès le premier tour" en faveur de Mme Royal : "Le 22 avril, c'est le lendemain du 21 avril, c'est facile à se rappeler." Puis, il s'est attaqué avec un humour féroce à François Bayrou décrit comme un "voyageur sans bagage, sans programme, sans parti, sans allié, sans mémoire".
Mais c'est à Nicolas Sarkozy que François Hollande réserve ses flèches les plus dures : "Quand il dit qu'il est candidat des honnêtes gens, ceux qui ne voteront pas pour Nicolas Sarkozy sont aussi d'honnêtes gens." A sa suite, tandis que son compagnon l'observe depuis les coulisses, Mme Royal peut développer son "pacte présidentiel" et vanter, dans la capitale limousine, "l'esprit de résistance".
BAINS DE FOULE, VISITES D'ENTREPRISE,
"RENCONTRES POPULAIRES"
A la sortie du meeting - introduit par le Chant des partisans, et conclu par une Marseillaise en fanfare -, Mme Royal et M. Hollande viennent, l'un après l'autre, à la rencontre de la presse. "Elle a trouvé son style de campagne, c'est très important, glisse le premier secrétaire du PS. Qu'est-ce qui pourrait lui arriver maintenant ?" Appelé sur son téléphone portable par sa compagne, il s'éclipse en jetant une boutade : "Venez dans les réunions où je suis seul !" M. Hollande fuit tout ce qui pourrait mettre en avant son couple. Il a sèchement refusé de poser pour des photos avec la candidate pour Paris Match, il dit qu'il n'a pas lu son livre... Limoges n'est qu'une étape dans le tour
Comme elle en a pris l'habitude,
Jeudi, Mme Royal a commencé par arpenter, au milieu des éleveurs, la foire des Hérolles, avant de se rendre dans la petite commune de Coulonges (Vienne) pour un discours consacré au monde rural. Seule, une poignée de militants est au rendez-vous mais, même là, l'équipe de la candidate, ravie, montre discrètement du doigt un "people", Régine Deforges. Oui, l'écrivain, qui possède une maison non loin de là, soutient Mme Royal, non, elle ne fait pas partie de son comité de soutien local. "Jospin est un ami personnel, je ne peux pas lui faire ça", dit-elle, avant de se rattraper : "Je serai à Limoges ce soir, c'est dans ces moments-là que je manifeste mon soutien.
PROPOSITIONS POUR L'EMPLOI
Poursuivant sa tournée, la candidate déjeune sur une base de loisirs gérée par une association d'éducation populaire, puis visite l'usine textile France-conception, là où François Hollande... commande ses costumes. Mais la direction est priée de se faire discrète sur ce fidèle client. Pour Mme Royal, qui pose avec les ouvrières, l'entreprise constitue une "parfaite illustration des PME qui seront, demain, aidées beaucoup plus efficacement". En liquidation il y a dix ans, le site, qui emploie aujourd'hui 85 salariés, a redémarré avec un ancien délégué CFDT et 33 personnes qui ont réinvesti leurs indemnités de licenciements. Mme Royal y développe sa théorie du "gagnant-gagnant" : les aides seront réservées à ces PME "qui investissent, s'agrandissent et embauchent".
Partout, sur son passage, la candidate précise ses propositions pour l'emploi, "la République du respect et de la confiance" et teste sa nouvelle devise "la France présidente, c'est nous, c'est vous", en incitant ses partisans à convaincre "dix personnes" autour d'elles. Vendredi, le parcours comprend une autre visite d'entreprise, d'autres "rencontres populaires" et un nouveau meeting au B. Box de Clermont-Ferrand, une boîte de nuit de
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Mme Royal veut répondre au malaise du monde rural
La candidate PS propose que l'Etat paye pendant un an le salaire des jeunes non qualifiés embauchés par les TPE
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Il y a
Samedi, trois autres candidats de gauche, Marie-George Buffet (PCF), José Bové, et Gérard Schivardi (soutenu par le Parti des travailleurs) devaient à leur tour faire
"IL FALLAIT Y PENSER"
A Guéret, Mme Royal, citant le chiffre de 500 000 offres d'emploi non pourvus dans les très petites entreprises, et celui de 190 000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans qualification, a proposé que l'Etat prenne en charge pendant un an le salaire et les charges d'un jeune embauché dans le secteur du commerce et de l'artisanat. "C'est un vaste chantier que je souhaite lancer, a-t-elle souligné. Si ce jeune fait ses preuves, s'il reprend goût à la vie, alors je demanderai aux artisans et aux commerçants de le recruter sur un contrat stable et durable".
Pour la candidate, le coût de ce programme avoisinerait 1 milliard d'euros, financé par redéploiement des aides publiques et des fonds de la formation professionnelle, et serait réservé à des jeunes en difficulté "repérés par les enseignants dès le collège". "Je vois ce que coûte le chômage et la désespérance", a-t-elle justifié. Mais fidèle à sa méthode, Mme Royal ne s'engage pas dans les détails, préférant confier à Dominique Meda, inspectrice générale des affaires sociales, le soin de lui remettre un rapport sur le sujet d'ici à deux semaines.
Cette mesure est complémentaire de sa proposition de créer 500 000 emplois tremplins, réservée cette fois aux jeunes qualifiés. Dans les deux cas, a insisté la candidate, "les régions seront en première ligne" pour piloter le dispositif. Ce sont ses "contacts de terrain", a-t-elle avancé en prenant l'exemple d'une discussion avec un "quincallier", qui l'ont conduite, vendredi, "à accélérer".
En réalité, la candidate cherchait depuis des semaines une idée "frappante et lisible" sur le thème de l'emploi pour faire pièce à la proposition de François Bayrou d'exonérer de charges les deux premiers emplois. "Rapprocher les 500 000 emplois non pourvus et les 190 000 jeunes en situation d'échec, c'est simple mais il fallait y penser", se félicite Jean-Louis Bianco, co-directeur de campagne de Mme Royal. Ce faisant, la candidate socialiste ouvre à son tour le thème du coût du travail des jeunes. "Au bout d'un an, assure M. Bianco, il y aura des contrats avec un engagement d'embauche à la clé, sauf s'il y a des problèmes. C'est le contraire du CNE et du CPE où il n'y avait pas motivation".
A Montaigut, la candidate a dénoncé la "litanie de la fermeture" des services publics en milieu rural et promis de les "reconquérir". "Je sais ce que c'est, a-t-elle déclaré. Il n'y a rien de comparable entre le coût économique et le coup psychologique qui s'abat sur ces petites communes lorsque les services publics ferment". Une position chaleureusement approuvée par les habitants réunis dans la salle des fêtes qui ont tout autant apprécié cette conclusion de Mme Royal : "La France puise son identité, son authenticité en milieu rural dans les territoires . C'est ça qui irrigue les villes."
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Malignité du calendrier. Tout juste débarrassé de son habit de "premier flic de France", Nicolas Sarkozy est le premier à se rendre gare du Nord à Paris après les affrontements entre bandes et policiers.
Son successeur François Baroin ne s'y montrera que plus tard. Le candidat de l'UMP s'apprête à prendre un TGV pour Lille. Il est 12 h 30, des cris et des sifflets fusent. "Provocateur !", " facho !", entend-on.
"IDÉOLOGIE POST SOIXANTE-HUITARDE"
Accompagné d'une quinzaine de policiers en uniforme, Nicolas Sarkozy improvise une conférence de presse sur le quai. Qualifiant "d'inadmissibles" les violences de la veille, il se place immédiatement du côté de "ceux qui payent leurs billets de train" et attaque "l'idéologie post soixante-huitarde dont Libération est le plus brillant exemple". Cela tombe bien. Dans le quotidien cité, où Ségolène Royal "invitée spéciale de la rédaction" du journal, évoque justement " (sa) France de demain", un chercheur du CNRS, Hugues Lagrange, affirme qu'une "poussée du sentiment d'insécurité est peu probable" dans la campagne 2007.
Nicolas Sarkozy insiste : "Si Mme Royal veut régulariser tous les sans-papiers, si la gauche veut être du côté de ceux qui ne payent pas leur billet, c'est son droit, mais ce n'est pas mon choix." La candidate socialiste est presque au même moment l'invitée de l'émission "En aparté" sur Canal+. Elle dénonce "l'échec sur toute la ligne" de son rival au ministère de l'intérieur. "Les gens sont dressés les uns contre les autres, ont peur les uns des autres. La police a parfois peur de se rendre dans certains quartiers. Et ça, ce n'est pas
Pendant son déplacement dans la région Nord - Pas-de-Calais, Nicolas Sarkozy saisit toutes les occasions de revenir sur le sujet des violences urbaines, tandis que Patrick Devedjian, qui l'accompagne, ne cache pas sa satisfaction de voir "la sécurité se replacer au coeur du débat" au moment où les sondages placent son champion à égalité avec la candidate socialiste. Face au personnel d'une chaîne d'articles de sports, à Villeneuve d'Ascq, la polémique monte d'un ton. "Nous, on devrait avoir les sans-papiers, les entreprises en déficit, les fraudeurs et dire "merci" ? J'ai besoin de
"CE N'EST PAS MON GENRE"
Entre-temps, Ségolène Royal est arrivée à Blois. Rapide conférence de presse. La candidate socialiste lit une déclaration dans laquelle elle évoque les violences de la veille qui traduisent, selon elle, une "inquiétante dégradation de la confiance réciproque entre le service public de la sécurité et nos concitoyens". "Dans le "pacte présidentiel" que je propose, poursuit-elle, il y a d'abord et avant tout le rétablissement du lien de confiance. Et l'idée de sortir des logiques d'affrontement pour aller vers des logiques de rassemblement."
Lecture finie, Ségolène Royal précise qu'elle ne répondra à aucune question sur le sujet de la sécurité, car dit-elle, "je ne veux pas exploiter ce grave accident". L'un de ses porte-parole, l'ancien ministre Michel Sapin, commente : "Ségolène Royal est inattaquable sur la sécurité parce qu'elle a posé ses jalons très tôt." Un ton plus bas, il ajoute que "mieux vaut ne pas rallumer le débat sur la sécurité parce que personne n'y a intérêt".
Mais de nouveaux échos en provenance de Lille leur parviennent. Au cours d'une réunion publique, Nicolas Sarkozy vient de renouveler ses attaques. "L'autorité, c'est de notre côté ; la fraude, les émeutiers, c'est de l'autre côté. Au moins les choses sont claires." De son meeting à Tours, Ségolène Royal réplique : "J'entends un certain nombre de déclarations des candidats de la droite qui me rejettent dans le camp de je ne sais quel laxisme. Vous me connaissez, ce n'est pas mon genre !"
François Bayrou qui, en début de semaine, dénonçait "la course-poursuite" de ses rivaux sur le thème de l'identité nationale et assurait qu'il ne s'en "mêlerait pas", donne à son tour de la voix. D'Avignon, puis de Nîmes, il emprunte à Nicolas Sarkozy ses critiques contre le "laxisme" de la gauche et à Ségolène Royal ses accusations contre l'"échec de la politique répressive" de Nicolas Sarkozy, soit "vingt-cinq ans où les uns et les autres ont laissé se dégrader la situation".
En fin de journée, tombe un communiqué qui prédit un "réveil douloureux" de certains candidats au premier et au deuxième tour de l'élection présidentielle. Il est signé Jean-Marie Le Pen…
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Deux jours au "2.8.2", l'antenne de campagne
de
Sophie Bouchet-Petersen : "Cette meuf m'intéresse parce qu'elle n'est pas formatée"
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C'est vrai que jusqu'à présent on s'est un peu bunkerisé pour ne pas se faire emmerder" : Sophie Bouchet-Petersen, conseillère de
Passée la rotonde voûtée de l'entrée, ce bel appartement de
Si des rancoeurs demeurent après la primaire socialiste, les blessures cicatrisent. Claude Bartolone, ancien porte-parole de Laurent Fabius, fait ainsi preuve du zèle des ralliés pour s'insérer dans le dispositif où il est chargé de la presse nationale. Il est le seul, avec Mmes Royal et Bouchet-Petersen, à disposer d'un bureau personnel. Quand Elisabeth Guigou, Jean-Pierre Chevènement, Jack Lang ou les trois porte-parole, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et Najat Belkacem, viennent travailler ici, ils se partagent l'une des pièces.
DEUX PERSONNAGES PIVOTS
Deux personnages pivots incarnent la diversité du "2.8.2" D'un côté, le flegme de Jean-Louis Bianco, codirecteur de campagne, dont la table de travail, nette de tout papier, illustre la clarté cartésienne. De l'autre, l'étourdissante fantaisie de Mme Bouchet-Petersen dont le bureau-fourbi est submergé par les livres, les notes de synthèses, les Post-it sous lesquels elle a du mal à retrouver son paquet de cigarettes. Elle, qui trouve ses bonheurs dans "les idées, les gens, les livres et le terrain", livre, dans un savoureux mélange de fulgurances intellectuelles et d'argot revisité, sa "grille de lecture" des mutations de la famille ou remonte à Athènes pour expliquer la "démo-part'". "Avec Ségolène, on s'est connues en 1983 à l'Elysée, témoigne-t-elle. On était copines sans plus, mais moi, l'ancienne gaucho qui marchait sur des oeufs, j'étais épatée par cette énarque atypique, émancipée par l'école et venue au socialisme par un féminisme viscéral. Ma famille était plus soft que la sienne mais on n'y valorisait pas plus
L'unique salle de réunion compte huit places. Aussi les "réunions d'agenda" des lundis et jeudis se déroulent-elles dans
"APPRENDRE LE SÉGOLIEN"
M. Bianco coiffe la production d'argumentaires et de dossiers et assure la coordination des trois porte-parole tandis que M. Rebsamen, numéro deux du PS, est plus présent dans la campagne officielle et ne manque aucune des réunions du secrétariat national et du bureau national, transformé en comité de campagne. Tous deux sont à la pointe de la "réflexion stratégique" définie, à huis clos, avec Christophe Chantepy, le directeur de cabinet qui suit Mme Royal depuis ses cabinets ministériels.
"Ce qui me frappe chez Ségolène, c'est sa réactivité, loin du thématique figé de 2002, qui lui permet de s'adapter, d'improviser - par exemple pour rencontrer les salariés d'Airbus, confie M. Bianco qui a vécu les campagnes de 1988, 1995 et 2002. Elle consulte, discute, mais c'est elle qui tranche. Elle ne se laisse jamais embarquer." Le pas de deux avec les éléphants ? "A un moment donné, il fallait montrer que le parti était rassemblé autour du pacte présidentiel. Dans ses meetings, on bat tous les records de Mitterrand, au point de devoir décommander des cars et installer des écrans géants à l'extérieur", soutient-il.
On retrouve au "2.8.2" des collaborateurs venus de Poitiers, quelques recrues de
"NETSCOUADE"
L'atmosphère évoque celle d'un cabinet ministériel où les journées commencent vers 8 heures et se terminent autour de minuit. Les sandwichs ou les plats surgelés constituent l'ordinaire. Les quatre attachés de presse essuient le feu des appels, des courriels et des SMS. "J'ai calé un Pernaut le 3 avril... Le forum d'Elle, ça roule... Qu'est-ce qu'on fait pour France Culture ?" De Charlie Hebdo à Femme actuelle, les demandes d'entretien affluent. Parfois saugrenues. Un magazine de football demande si il y aura un bonus pour les maris qui cesseront de taper sur leur femme !
La cellule "déplacements" se charge des réservations : trains, avions, hôtels. Au fond du couloir se niche la "netscouade" où seize jeunes gens se partagent quatre tables pour consulter les blogs ou assurer la production de dossiers d'actualité et de la lettre électronique de Désirs d'avenir. Trois cameramans partent sur chaque déplacement pour rapporter des images. "Un réseau ça ne s'achète pas, ça se constitue, souligne Benoît Thieulin, chef de l'équipe. Et aujourd'hui le Net a remplacé les cafés du commerce et les préaux d'école."
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Le candidat UMP cède trois points au premier comme au deuxième tour, selon le dernier sondage BVA
http://www.lefigaro.fr/presidentielle-sondage/20070329.WWW000000328__mars_lecart_se_resserre_entre_royal_et_sarkozy.html
Olivier Besancenot se confirme en deuxième force de gauche : avec 4,5%, il s’approche de la barre symbolique des 5%.
Au second tour aussi, Nicolas Sarkozy marque le pas : il gagnerait avec 51%, mais ce score représente une chute de 3 points en une semaine :
Le candidat UMP semble en revanche avoir remporté la bataille de "l’identité nationale" : 34% des sondés jugent qu’il est le plus crédible sur cette question, devant
"C'est moi la patronne"
qu'elle gagne qu'elle perde ça sera sa responsabilité
C'est d'ailleurs bien comme ça qu'elle l'entend
http://hebdo.nouvelobs.com/p2212/dossier/a337760.html
A trois semaines du premier tour, Ségolène Royal a décidé de reprendre toute sa liberté. Quitte à tordre le bras de ses amis socialistes, François Hollande en tête... Son arme secrète pour gagner ? Ne rien céder de sa propre musique et retrouver la magie des premiers jours.
Scènes de la vie ordinaire au "2-8-2". Comprenez : le 282, boulevard Saint-Germain à Paris, là où bat le coeur du ségolénisme réel. Jeudi 15 mars, en milieu d'après-midi. Dans quelques heures, la candidate socialiste sera sur le plateau de France 2 pour une émission que l'on annonce décisive. Une de plus ! Les sondages sont médiocres. La menace Bayrou se précise. Ségolène Royal en a marre. Comment tout gérer en même temps ? Les fiches qu'il faut relire. Les argumentaires qu'il faut trier. Les conseillers qu'il faut écouter. L'éditeur de son livre qu'il faut rassurer et qui attend, au téléphone, d'ultimes arbitrages. Quel titre ? Une photo sur la couverture ?
A quand le bon à tirer ? Dans ce genre de situation, Ségolène Royal n'est pas du style à calmer les esprits et à faire retomber le stress de ses proches. C'est son mode de fonctionnement. Pour se concentrer, elle a besoin d'aller jusqu'au bord du gouffre. Là, sans crier gare, elle reprend sa chère liberté. "Maintenant, ça suffit. Je vais aller prendre l'air. Respirer. Courir..." Seule.
Même lieu, autre ambiance. Ce lundi 19 mars, la candidate a repris des couleurs. Le Conseil constitutionnel, en publiant la liste définitive des candidats à la présidentielle, vient de lancer la vraie campagne. Fini le virtuel. Pour Ségolène Royal, c'est une autre histoire qui commence. Elle le dit, elle le sent. Et, puisque les sondages sont à nouveau à la hausse, pourquoi laisser à d'autres le soin de commenter ce qui, au fond, ne relève que d'elle ? Devant une poignée de journalistes convoqués dans l'urgence, Ségolène fait du Royal. Ah, les gammes ségolénistes à l'heure des confidences ! Une Assemblée constituante pour fonder
une "Marseillaise" revisitée
Pour Ségolène Royal, la politique est un combat, et la présidentielle, la mère de toutes les batailles. Elle a choisi de la livrer à sa façon, sans s'en laisser compter, et c'est sans doute ce qui inquiète tant les vieux pros du circuit et les adeptes impénitents des campagnes à l'ancienne. Pour comprendre, il faut remonter aux conditions de sa désignation par les militants socialistes. A
Quand elle commente, en cercle très privé, son parcours depuis le début de l'année, Ségolène Royal n'exprime qu'un seul regret. Celui d'avoir trop concédé. Les débats participatifs ? Si cela n'avait tenu qu'à elle, ils auraient duré encore plus longtemps. L'appareil du parti ? Si cela avait été possible, elle l'aurait tenu encore plus à distance, quitte à installer son siège de campagne beaucoup plus loin de cette rue de Solférino où, décidément, elle se sentira toujours une intruse. Son pacte présidentiel, enfin ? Avec un peu plus de culot, elle l'aurait rédigé dans une rupture beaucoup plus nette avec les tables de la loi du PS à l'ancienne.
Il y a quinze jours - c'était un samedi soir -, alors qu'il revenait d'une tournée dans le Nord, François Hollande l'a appelée sur son portable. La candidate était dans sa cuisine et préparait à dîner pour un couple d'amis. Tu reviens à quelle heure ? On te garde à manger ? Le premier secrétaire, que les militants du cru attendaient pour un couscous... royal, a quand même eu le temps de livrer quelques conseils avant de raccrocher. "Il faut que tu conserves ta petite musique." Du Mauroy dans le texte ! Et pour cause... Mais lorsqu'il a prononcé ces mots, Hollande n'était-il pas précisément au coeur du malentendu. Et si, plus qu'une "petite musique", sa compagne avait décidé de faire entendre sa propre partition, avec si besoin tambours et trompettes, comme une "Marseillaise" revisitée ?
On peut le dire autrement : Ségolène Royal ne se voit pas comme une petite cerise qu'on aurait posée sur le gros gâteau socialiste. Le caractère souvent flottant de sa campagne, qui fait parfois douter les électeurs les mieux disposés à son égard, découle bien sûr de cette manière toute personnelle qu'elle a de ne jamais laisser se figer la moindre situation, de cette mise en danger perpétuelle qui est aussi une façon de se construire dans la prise de risque. Mais, avec la candidate socialiste, la psychologie n'explique pas tout. Quand ça flotte, ça n'est pas toujours dans sa tête. Entre elle et les siens, entre la candidate et les dirigeants de son parti, il y a depuis toujours une tension implicite. Ils la regardent de haut, elle les observe du plus loin qu'elle peut.
Si elle perd, ils plongeront tous
Dans leur comité de campagne du mardi après-midi, elle ne fait que passer. Et encore ! De moins en moins souvent. Comme pour une corvée. Quand elle a regroupé les principaux d'entre eux dans un "comité stratégique", qui ne s'est jamais réuni, ils ont considéré qu'ils lui faisaient un cadeau dans l'urgence d'une campagne qui tournait au vinaigre. Elle n'a pas attendu bien longtemps pour confier, sans sourciller, que cette réserve d'éléphants finalement portait assez bien son nom et qu'il ne fallait pas compter sur elle pour la rouvrir à l'heure de la victoire. Tout cela est dit publiquement, avec parfois un peu plus de formes. Quoique... Dominique Strauss-Kahn en a fait récemment la cruelle expérience. Il s'était vu comme le sauveur suprême, le joker de luxe de la candidate. Celle-ci a laissé dire, et puis l'autre jour elle l'a fait venir à son côté, dans les Ardennes, pour le traiter illico comme un simple comparse. "Dominique est étonnant, a-t-elle confié à un proche, en marge de cette petite virée. Il se croit plus intelligent que moi. Mais alors comment peut-il vouloir être mon numéro deux ?"
Le ségolénisme est un cimetière
d'ambitions déçues ou frustrées
On ne peut rien comprendre de la campagne hors normes que mène Ségolène Royal si on oublie cette dimension interne. Dans l'histoire du PS, c'est la première fois que son champion n'est pas un ancien premier secrétaire. La candidate n'a réussi à s'imposer qu'en tordant le bras à l'appareil dans un rapport très complexe avec l'opinion militante, à la fois éblouie par tant de popularité et séduite par cet art consommé de la transgression. Tout cela a laissé des traces profondes que seul vient atténuer un désir commun de victoire. Si elle perd, ils plongeront tous. Si elle gagne, certains seront sauvés. Mais lesquels ?
Par tempérament, mais aussi par construction, Ségolène Royal vit dans la hantise de la mise sous tutelle. Ceux qui pensaient pouvoir introduire leur propre logiciel dans une campagne qu'ils jugeaient soit inconsistante, soit insuffisamment structurée en ont été pour leurs frais. Combien ont cru un jour ou l'autre qu'avec un peu de persévérence, une once d'habileté ou un brin de courtisanerie, ils allaient voir s'ouvrir toute grande la porte de la candidate ? Le ségolénisme est un cimetière d'ambitions déçues ou frustrées. Seul peut-être Chevènement, parce qu'il n'était plus rien et que tout lui est bonheur, a su trouver discrètement cette distance complice qui est aussi chez lui le fruit d'une très longue expérience. Les autres vont, viennent et parfois disparaissent. Comme le dit crûment Ségolène Royal : "C'est moi la patronne."
C'est d'ailleurs avec ces mots-là qu'au plus dur du combat, alors que tout semblait prendre l'eau, elle a relancé - de manière décisive ? - cette campagne que certains tentaient de lui soustraire. Le 14 mars au matin, en ouvrant les journaux, Ségolène Royal a constaté qu'elle faisait les gros titres mais que les articles étaient remplis de propos tenus par les éléphants du parti. La veille, Hollande, Fabius, DSK et les autres avaient longuement débattu du cas Bayrou devant le comité de campagne. Un adversaire de premier tour ou un allié de second ? Un homme de droite ? Un supplétif de demain ? Ce débat-là avait des allures de précongrès. On revenait aux choses classiques. Sans la candidate. Juste au moment où elle comptait, dans une semaine décisive, installer son "pacte" et sa logique du "donnant-donnant" au coeur de la présidentielle.
Les proches de Ségolène Royal jurent que ce jour-là elle a décidé de reprendre toute sa liberté et de ne plus s'essayer aux concessions boiteuses. Si l'on regarde de près ses déclarations, si l'on observe l'allure de ses meetings, quelque chose en effet a changé. Plus qu'un virage, c'est une tentative de retour aux sources afin de rallumer la magie d'autrefois. Celle qui s'était progressivement éteinte lors des premiers pas laborieux de cette étrange campagne. La virée provençale de la semaine dernière est l'exact reflet de cette nouvelle ambition avec une candidate sans complexe, moins guindée, plus proche du terrain et surtout capable, dans ses gammes sur l'identité nationale, de hisser bien haut les couleurs de son projet réel. Ce faisant, Ségolène Royal s'assume totalement dans une dernière ligne droite où se joue son destin. Déconstruire toujours des synthèses qu'elle juge obsolètes. Tenter constamment d'en proposer de nouvelles, plus baroques sans doute, mais toutes guidées par l'idée que, sans renouveau de la démocratie, il n'y a pas de solution à la grande dépression française.
Tout cela arrive tard. Tout cela est risqué. Tout cela mériterait une précision dans l'expression que la candidate ne peut - ou ne veut - assumer. Tout cela est ségolénien. Pour la suite, une chose au moins est claire : qu'elle gagne ou qu'elle perde, ça sera d'abord sa responsabilité. C'est d'ailleurs bien comme ça qu'elle l'entend.
http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/243874.FR.php
On aime bien
http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/243874.FR.php
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Entretien
L'identité nationale "a besoin d'être consolidée"
La candidate dit qu'elle sera "responsable de ce qui arrivera" à la présidentielle.
"Je ne ferai porter la responsabilité sur personne d'autre", assure-t-elle. Selon la candidate, "les responsables du parti socialiste tiennent tous leur rôle dans la campagne" et les "300.000" militants "se battent". "Le parti, dans ses profondeurs, est totalement en ordre de marche", en conclut Ségolène Royal.
L'identité nationale"
"Le candidat de la droite a donné a donné sa vision des choses, en proposant un ministère de l'Identité nationale et de l'immigration. Le candidat UDF, lui, se moque de tout cela. Il a tort. (...) Quant au candidat du Front national, il confond nation et nationalisme. Il y a donc une vraie confrontation des points de vue", explique-t-elle.
Selon
Attaques contre Sarkozy et Bayrou
Pour la candidate socialiste, le "ni droite ni gauche" de François Bayrou "masque l'immobilisme le plus absolu, le refus de dire clairement quelles sont les solutions qui seront apportées aux problèmes qui se posent au pays".
Quand l'un des "deux candidats de droite", François Bayrou, "propose de supprimer les charges sociales pour les entreprises embauchant deux personnes, c'est inadmissible", juge-t-elle, ciblant l'une des propositions phares du candidat UDF. "On ne donne pas les mêmes aides aux banques, à la grande distribution ou aux PME! Le temps est venu des politiques sélectives", explique-t-elle, prônant "du sur-mesure". "Le marché est accepté, pas le système libéral", précise
A ses yeux, il y a par ailleurs une "profonde rupture de confiance" entre les jeunes de banlieue et le candidat de l'UMP, Nicolas Sarkozy, depuis les violences de l'automne 2005. Selon elle, ce dernier "n'est pas capable de résoudre les problèmes" des banlieues.
"Jusqu'à lundi, il a quand même eu tous les pouvoirs entre les mains pour pouvoir régler cette question-là ! C'est un échec sur toute
http://elections.france2.fr/presidentielles/2007/actu/29508933-fr.php?mode=impression
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Les sondages se suivent mais ne se ressemblent pas
LH2 Egalité à 27%, IPSOS, Sarkozy largement en tête
Si bien que l'issue du premier tour nous paraît de plus en plus incertaine plus on s'approche de la date fatidique du 22 avril. Alors que le dernier LH2 pour RMC-BFM TV-20 Minutes donnait Nicolas Sarkozy en baisse et à égalité avec
Dans ce sondage donc, Nicolas Sarkozy arriverait largement en tête du 1er tour de l'élection présidentielle avec 31% des suffrages (+1), suivi par
Toujours 4eme Jean-Marie le Pen avec 13% (-0.5). Les autres candidats seraient en dessous des 3.5%.. c'est la seule chose qui soit commune d'ailleurs à l'ensemble des enquêtes d'opinion ! Pour ce premier tour, et parmi les gens qui se sont dit certains d'aller voter, 12% n'ont pas encore fait leur choix. Cela pourrait changer pas mal de choses !
Au second tour, Nicolas Sarkozy l'emporterait sur
Ce sondage quotidien d'Ipsos/Dell pour SFR et Le Point a été réalisé les 23, 24 et 26 mars auprès d'un échantillon national de 1.247 personnes, renouvelé quotidiennement par tiers, représentatif de la population inscrite sur les listes électorales (méthode des quotas).
http://www.telenews.fr/modules.php?name=News&file=article&sid=1285
http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/243626.FR.php?utk=0007d134
"Depuis le début, sa cible, c'est l'électorat populaire." Julien Dray, proche de
Là encore, difficile d'être plus lumineux : il y a cinq ans, seuls 14 % des ouvriers avaient voté Jospin (25 % en 1995) et cette désertion des classes populaires, davantage que la dispersion à gauche, avait signé l'éviction du candidat socialiste dès le premier tour.
Professeur à Sciences-Po, Dominique Reynié voit dans cette reprise des valeurs patriotiques, déjà mises en avant par Royal dans son discours de Vitrolles, quand elle s'est porté candidate à l'investiture du PS, une volonté de ne pas laisser "se cristalliser sur Sarkozy un vote populaire, qui cherche dans l'Etat une réassurance face aux risques de la globalisation". "Que ce soit dans le vote Le Pen ou dans la majorité qui s'est exprimée de façon écrasante pour le non en 2005, estime-t-il, on retrouve le besoin de réaffirmer le rôle de l'Etat, des services publics, d'un modèle social, qui semblent fonctionner dans l'espace géographique de la nation, alors qu'au niveau européen mais aussi régional avec la décentralisation de 2003-2004, tout cela reste très flou."
Il ne faut pas "laisser la nation à la droite et à l'extrême droite, a aussi argumenté, hier à Perpignan, Jean Glavany. La nation, c'est l'expression d'un passé commun, mais surtout d'une volonté de vivre ensemble. Mais la nation, ce n'est pas le nationalisme", a ajouté l'ex-ministre en reprenant un argument déjà avancé par Royal. Il nuance cependant son soutien en précisant que ce discours "serait choquant si on s'arrêtait là. Mais nous avons les 100 propositions de
Julien Dray confirme : c'est parce qu'elle a d'abord "parlé du social et de la France métissée" que la candidate peut se permettre aujourd'hui de contrecarrer l'offensive de Sarkozy, qui a, lui, établi un lien entre "la crise de l'identité et l'immigration", avec sa proposition de "ministère de l'immigration et de l'identité nationale". "Son discours sur la nation est adossé à ce qu'elle dit sur la valeur travail, la lutte contre la précarité", explique Dray, qui assure que Royal n'axera pas la fin de sa campagne sur cette thématique de l'identité, mais bien sur les questions sociales. Une précision utile, vue la gêne qui a accueilli, au PS et à gauche en général, cette prise de liberté "ségolénienne". "Les élites pensent toujours que les classes populaires ont besoin de
Pour Stéphane Rozès, directeur de CSA-Opinion, le plaidoyer de la candidate pour la Marseillaise et le drapeau n'est pas le facteur de division de la gauche que dénoncent Bové, Besancenot ou Voynet. Pour lui,
"Aucune contradiction"
S'appuyant sur un récent sondage CSA sur l'Europe, Stéphane Rozès estime même que donner un contenu à sa vision de l'identité française peut aider Royal à rassembler à gauche. "Que les gens aient voté oui ou non le 29 mai 2005, il n'y a chez eux aucune contradiction entre identité européenne et identité française. Ceux qui ont voté oui revendiquent la fierté d'être européens et français, les autres ont exprimé leurs préoccupations sociales en se référent à l'identité nationale."
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