Mercredi 31 mai 2006

Mme Royal distingue la "bonne Europe, utopique, et la mauvaise, apparue réelle"

http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-777229,0.html

En campagne dans les fédérations du PS, Ségolène Royal s'est arrêtée, samedi 27 mai, à Lorgues, une petite commune varoise qui organisait sa traditionnelle "Fête de la rose". Dans ce département, où le non à la Constitution européenne, un an auparavant, l'avait emporté à une écrasante majorité, la candidate à l'investiture du PS pour l'élection présidentielle de 2007 a pour la première fois abordé ce sujet "un peu austère" devant des militants. "Je n'ignore pas le score du non ici", a-t-elle commencé, ni celui au niveau national qui a entraîné dans le même sens "plus de 67 % des électeurs de gauche." Partisane "vigoureuse" du oui, comme elle l'a rappelé - la présidente PS de la région Poitou-Charentes avait été la seule en 2005 à affronter sur un plateau de télévision un socialiste du non, le sénateur de l'Essonne, Jean-Luc Mélenchon – Mme Royal estime que "la relation des Français avec l'Europe ne va pas de soi" et qu'elle est "contradictoire".
Ils ont "un attachement profond à l'Etat, un Etat homogène qui garantit des mêmes droits, a-t-elle expliqué. Or, l'Europe est un espace où les frontières bougent sans que les Français soient consultés." Le "malaise social", selon elle, a amplifié le rejet du traité constitutionnel. "Il y a la bonne Europe qui a des valeurs, qui rend fort collectivement et la mauvaise Europe qui n'a pas su protéger, a-t-elle poursuivi. La bonne Europe est parue utopique, ou déjà réalisée, avec la paix. La mauvaise Europe, elle, est apparue bien réelle."
Aujourd'hui, Ségolène Royal estime qu'il n'est plus nécessaire de remettre la Constitution au centre des priorités, mais de prendre du temps : "Quand le chômage de masse aura reculé, nous construirons l'Europe sur l'environnement, la recherche, la rénovation... Ensuite , nous expliquerons qu'il faut peut-être des règles communes. Petit à petit, cette Constitution, au lieu d'être assénée par le haut, va remonter des citoyens. Il faut que l'Europe réelle rejoigne l'Europe de l'utopie".

Fable de La Fontaine

Bien accueillie dans une fédération qui avait poussé la délicatesse jusqu'à disposer sur les bouteilles de vin du repas de midi des étiquettes "Cuvée Ségolène", elle s'est affichée comme la candidate de la réconciliation du oui et du non. Un rôle qu'elle compte bien disputer à ses concurrents, comme Dominique Strauss-Kahn, militant du oui, ou Laurent Fabius, figure du non.

Entourée du maire de Lorgues, Barthélémy Mariani, et du premier secrétaire de la fédération, Robert Alfonsi, qui ne cachent plus leur préférence pour Mme Royal, mais aussi des premiers secrétaires des départements voisins, Eugène Caselli, pour les Bouches-du-Rhône, et Patrick Allemand, des Alpes-Maritimes, Ségolène Royal a lancé un appel au "rassemblement" des socialistes et de "tous les candidats potentiels" autour du projet du PS. Elle s'en est pris vivement au gouvernement. "En 2007, qu'ils s'en aillent, ils ont fait assez de dégâts, ils ont presque tout raté, même les complots entre eux", a-t-elle lancé avant de défendre la "République du respect". "La question morale devient une question politique", a-t-elle souligné.

Mme Royal a alors cité la fable de LaFontaine, Les animaux malades de la peste, entraînant une partie de la salle, où avaient pris place quelque 600 personnes, à réciter avec elle : "Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir."

 

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par Isabelle Mandraud publié dans : Le Monde
Mardi 30 mai 2006
Face à la poussée constante de la préférée des sondages, les autres postulants changent de braquet

http://www.exprimeo.fr/actualites.php?idActualites=205

Il mettent l'accent sur le contenu notamment institutionnel
Le dernier week-end traduit un changement de stratégie des candidats socialistes à la présidentielle.
Les sondages favorables à Ségolène Royal ne traduisent plus une "embellie éphémère" pour la Présidente de Région Poitou-Charente mais l'inscrivent dans la compétition de façon durable.
Les deux autres principaux candidats choisissent de "changer de braquet" et mettent l'accent sur des sujets de fond.

En réalité, leur stratégie se heurte à deux handicaps.
D'une part, la poussée de Ségolène Royal s'explique pour une grande partie par le rejet des "élites statutaires". Or tant Laurent Fabius que Dominique Strauss-Kahn incarnent ces "élites statutaires" qui avaient programmé de longue date leur rendez-vous présidentiel.
D'autre part, ils vont à contrecourant de l'opinion quand ils dénoncent l'intronisation au statut présidentiel par les médias. Les médias contribuent désormais à la création de "la nouvelle élite" et ce de façon peut-être décisive.
Dans ces conditions, il est peu probable que ce nouvel axe leur permette de rebondir significativement. Laurent Fabiux et Dominique Strauss-Kahn incarnent l'élite déchue.
Pour inverser cette tendance, il leur faut soit aller bien plus intensément à la rencontre du pays par des déplacements plus fréquents soit préparer des annonces suffisamment fortes pour redistribuer la donne politique.

http://www.exprimeo.fr/actualites.php?idActualites=205

Lundi 29 mai 2006
"Le fait que Ségolène Royal soit populaire est un atout pour l'ensemble du Parti socialiste", a souligné dimanche François Hollande

 

http://permanent.nouvelobs.com/politique/20060528.FAP9376.html?1803

 

"Je ne comprendrais pas que nous le vivions collectivement comme un handicap" a déclaré le Premier secrétaire du PS au sujet de la popularité de sa compagne lors du "Grand Jury" RTL-Le Figaro-LCI. "Aujourd'hui, et elle n'est pas la seule, avoir une personnalité populaire, c'est quand même bien !".

Mais pour l'heure, "je dis à Ségolène Royal la même chose qu'à d'autres : concentrons nous sur le projet".

Les militants socialistes voteront le 22 juin pour approuver le projet du parti, qui sera entériné lors d'une convention nationale à la Mutualité le 1er juillet. Ensuite, "à partir du mois d'octobre nous allons ouvrir le temps des candidatures à la candidature", a-t-il précisé.

La date du dépôt des candidatures divise les présidentiables socialistes. Pour le N2 du PS Frangois Rebsamen, "sigoliste" revendiqué, elle doit intervenir "mi-octobre", et non en septembre comme prévu. Trop tard pour Jack Lang, "DSK" ou Laurent Fabius, qui le soupçonnent de vouloir raccourcir la campagne interne pour protéger Ségolène Royal des coups de ses rivaux.

D'ici là, François Hollande a appelé "tous ceux qui ont vocation à être candidats à travailler collectivement et à éviter toutes les petites phrases".

"Il faut accepter qu'il y ait tous les talents au service du Parti socialiste, donc il ne faut en écarter aucun", mais "aujourd'hui ce n'est pas le moment (...) C'est le moment du projet", a-t-il insisté. "On a besoin aujourd'hui de bons soldats, pas forcément de généraux".
Interrogé sur la multiplication des candidatures à la présidentielle à gauche et à l'extrême gauche, François Hollande a rappelé que c'est une telle "dispersion" qui avait entraîné la défaite du candidat socialiste Lionel Jospin le 21 avril 2002.
"J'ai déjà à faire avec le Parti socialiste, permettez que je ne me préoccupe pas de ce que font les autres", mais "si certains veulent encore allonger la liste, ils en prendront la responsabilité", a-t-il averti.

"Chacune (des formations politiques, NDLR) veut avoir son candidat" et "à l'extrême gauche déjà, pas moins de trois, quatre ou cinq sont en train de se révéler", a-t-il déploré. "Si on veut éviter la reproduction du 21-Avril, c'est en votant utile dès le premier tour pour la candidature socialiste".

Interrogé sur l'avenir institutionnel de l'Union européenne à l'occasion du premier anniversaire de la victoire du "non" au référendum sur la Constitution européenne, lundi, M. Hollande a estimé que "dès 2007, lorsqu'il y aura un nouveau président de la République en France, il faudra relancer le processus institutionnel" pour "faire en sorte que nous ayons un nouveau traité constitutionnel dans les années qui viennent". "Cela prendra du temps", a-t-il souligné.

Et "je ne vois pas, s'il y avait un nouveau traité, comment il ne serait pas ratifié par la voie du référendum".

 

http://permanent.nouvelobs.com/politique/20060528.FAP9376.html?1803

Dimanche 28 mai 2006
Longtemps, les militants du PS se sont méfiés des stars des sondages


http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-776733,0.html


Lors de l'affrontement entre Michel Rocard et François Mitterrand à la fin des années 1970, la relative jeunesse du premier, sa "différence" et son "parler vrai" lui avaient assuré des scores flatteurs dans les sondages, qui faisaient de lui le socialiste le plus populaire dans l'opinion. Dans l'appareil mitterrandien du PS au contraire, il se heurtait à de vives résistances. Ce découplage avait été vécu par de nombreux élus et militants comme une stratégie de contournement du parti par les médias, que beaucoup d'entre eux réprouvaient.
D'une certaine façon, la montée en puissance de Ségolène Royal dans les baromètres de popularité et sa stratégie de conquête des médias rappellent le cas Rocard. Mais aujourd'hui élus et militants sont tentés de se plier à la loi des sondages. Si la popularité de Mme Royal agace ses concurrents potentiels à l'investiture socialiste, elle rassure plutôt à l'intérieur du parti et favorise de nombreux ralliements.

C'est que les temps ont changé. D'abord, la démocratie est encore beaucoup plus "médiatique" qu'à l'époque de l'affrontement Mitterrand-Rocard. Ensuite, la fin des années 1970 était une période d'espoir dans la politique et les partis, notamment à gauche. Alors que, depuis le début des années 1990, la crise de la représentation et la désaffection vis-à-vis des appareils politiques ne cessent de s'approfondir. Les militants du PS ont donc, pour beaucoup, le sentiment que leur parti ne peut plus se permettre de prendre de haut les sondages d'opinion et leurs étoiles. D'autant que ces militants sont encore tétanisés par le souvenir du 21 avril 2002. Ils veulent éviter de revivre ce moment d'horreur politique.

Pas question donc de se priver a priori de l'atout Royal. Au contraire, pour ses partisans au sein du PS, sa popularité est la meilleure garantie d'éviter le renouvellement du scénario catastrophe de la précédente élection présidentielle.

Mais cette attitude revient aussi, pour le Parti socialiste, à accepter un peu plus la "dictature des sondages".

Michel Rocard avait un projet et une démarche politiques très différents de ceux de François Mitterrand. Il mettait sa popularité au service de ses idées, et ce sont bien ces idées que combattaient les mitterrandiens. Alors que Ségolène Royal, pour l'essentiel, plaît au sein du PS parce qu'elle est en tête des sondages, même avec des idées encore en pointillé. Ce glissement n'est pas sans conséquences potentielles pour l'avenir. La légitimité de l'action du PS en tant que parti politique pourrait s'affaiblir par rapport à celle que confère l'opinion. La confirmation du "phénomène Royal" représenterait un pas de plus vers la démocratie "d'opinion" - nourrie par les médias et la société civile - et un nouveau recul de la démocratie "de parti".

Par ailleurs, la démarche de Mme Royal, telle qu'elle l'a elle-même définie, revient à se mettre à l'écoute de l'opinion puis à reprendre à son compte les idées-forces qui se seront dégagées. Si elle est couronnée de succès, elle pourrait signifier une nouvelle remise en cause du rôle des dirigeants politiques, en particulier pour la gauche, qui a longtemps eu une démarche plus "programmatique" que la droite. Jusqu'à présent, au moins dans la définition française, l'homme - ou la femme - politique était supposé, non pas épouser un éventuel consensus déjà existant, mais acquérir ses propres convictions ; puis les défendre avec assez de force pour créer un rassemblement autour de ces idées.

L'exemple le plus parlant est celui de la peine de mort : si François Mitterrand s'était contenté d'adhérer au consensus de l'époque, il n'aurait jamais aboli le châtiment suprême - de surcroît en l'annonçant à l'avance avant même son élection en 1981 -, à contre-courant, précisément, de tous les sondages d'opinion.

La démarche de Ségolène Royal est présentée comme une réponse et une tentative de solution à la crise du politique. Mais elle pourrait aussi représenter, de façon paradoxale, une nouvelle étape du processus d'affaiblissement des dirigeants et des structures politiques.

par Jean-Louis Adréani publié dans : Le Monde
Samedi 27 mai 2006
Elle fustige également "l'arrogance" et les "haines recuites" de la droite

 

" L'an prochain, nous construirons la France du respect ". " L'alternance, nous la voulons et nous la réussirons ! "  a-t-elle lancé devant un millier de sympathisants réunis à Lorgues, dans le Var.

La très probable candidate à la candidature du PS a également levé un coin de voile sur ce que sera le principal "socle de campagne" des socialistes en 2007.

Le projet socialiste s'articulera ainsi autour de quatre grandes priorités, à commencer par le plein emploi, "un secteur dans lequel le travail sera moins taxé que le capital" et la révolution scolaire, "pour que les enfants n'aillent plus à l'école la peur au ventre face à la violence, ou pour être mis sur une voie d'apprentissage dès 14 ans".

Ségolène Royal a également cité l'environnement, "pour créer dès maintenant la France de l'après-pétrole et des énergies renouvelables défiscalisées" et, enfin, l'Europe, "pour réconcilier une fois pour toutes ceux qui ont voté pour le oui et ceux qui se sont prononcés pour le non, et reconstruire ensemble une Europe de la paix et non pas celle du chômage et des délocalisations".

Organisée par la fédération socialiste du Var, la Fête de la Rose de Lorgues est l'occasion tous les ans à la même époque d'accueillir une personnalité politique de gauche.
Ségolène Royal en a profité pour régler quelques comptes avec la droite. "Qu'ils s'en aillent en 2007. Ils ont fait assez de dégâts, ils ont tout eu, tous les pouvoirs, ils ont tout essayé et tout raté, même les complots entre eux", a-t-elle martelé.

"Ils nous infligent leurs haines recuites, leur arrogance, ils n'exercent le pouvoir que pour eux-même, c'est de la corruption", a-t-elle ajouté.

Ségolène Royal a ainsi trouvé "choquante" l'amnistie accordée par Jacques Chirac à l'ancien champion olympique Guy Drut. "C'est un manque de respect pour les Français. La justice, ce sont les mêmes règles pour tous, petits ou grands. Ça me rappelle La Fontaine, les animaux malades de la peste : "Selon que vous serez puissants ou misérables..."

Ségolène Royal a enfin fait état de 50.000 nouveaux adhérents au PS à l'échelon national (une hausse de 40 % pour le seul département du Var).

Ce rendez-vous varois était aussi pour les observateurs l'occasion de voir, à une an de la présidentielle, qui des principaux ténors parisiens de son parti s'afficherait aux côtés de la présidente de la région Poitou-Charentes.

Or, il n'y en avait aucun. Pas même Julien Dray, dont la venue avait été pourtant annoncée.

    http://www.lexpress.fr/info/infojour/reuters.asp?id=20777&1837

par Reuters publié dans : L'Express

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