Jeudi 30 novembre 2006

Libération livre en exclusivité l'interview que donne le président de l'UMP à la presse régionale jeudi matin pour annoncer sa candidature officielle à l'Elysée. Ses propos ont été recueillis par six représentants de ces journaux. Ce devait être une surprise :


"Encore raté !"



Etes-vous candidat à l'élection présidentielle ?
Ma réponse est oui.

Pourquoi ?

C'est une décision mûrement réfléchie. A titre personnel, elle n'était pas évidente. Cette décision m'engage ; c'est le choix d'une vie. C'est une lourde responsabilité vis-à-vis des Français auxquels je demande de me faire confiance. Je me sens la force, l'énergie et l'envie de proposer une autre vision de la France. J'ai l'ambition de créer une nouvelle relation avec les Français qui repose sur deux mots : confiance et respect, confiance en la parole donnée et respect de chaque Français pris individuellement.
Quel contenu donnez-vous à cette nouvelle relation ?
Faire de la France le pays où "tout peut devenir possible". Et cela pour tout le monde, mais d'abord pour ceux qui ont connu des épreuves, se sentent fragiles ou qui pensent que "rien n'est jamais pour eux". Quand tout sera redevenu possible, quand la promotion sociale, le droit à la propriété, une meilleure école pour ses enfants, un meilleur salaire pour soi, une réelle égalité entre hommes et femmes, seront des objectifs réalisables pour chacun, alors les Français retrouveront le goût de vivre ensemble. Et la nation française sera à nouveau un exemple pour le monde.
Pourquoi maintenant cette annonce de candidature ?
Je m'étais engagé auprès du président de la République à ce que 2006 soit consacré au travail gouvernemental et que la campagne ne démarre qu'en fin d'année. J'ai respecté mon engagement. Dans cette campagne je dirai tout avant afin de pouvoir tout faire après. Notre démocratie a besoin de franchise, d'honnêteté, de vérité.
Avez-vous fixé un terme à votre présence au gouvernement ?
Il est trop tôt pour répondre parce que ma famille politique n'a pas encore décidé de me soutenir. En tout état de cause, je ne serai plus ministre au moment de l'élection : en cela je serai le premier à m'imposer cette règle contraignante.
Vous êtes en pré-campagne depuis des années. Qu'est-ce qui va changer désormais ?
Depuis des années, j'ai la même volonté de renouveler le débat public. Je vais maintenant m'adresser à tous les Français, sans exception. Je pense entre autres aux catégories de la population auxquelles nous n'avons pas assez parlé : aux fonctionnaires, aux Français les plus récents, aux femmes, aux jeunes, à ceux qui n'ont plus d'espoir. Je vais leur parler de la France et de leur avenir. J'appelle la droite républicaine et le centre à s'ouvrir aux idées nouvelles afin que tous les Français puissent se reconnaître en nous.
Votre programme sera-t-il UMP ?
Lionel Jospin avait dit, en 2002, que son programme n'était pas socialiste. L'électorat socialiste l'a "compris". Il n'a pas voté pour lui. Qu'on ne compte pas sur moi pour tenir un discours qui ne soit pas fidèle aux valeurs de la droite et du centre. J'aime mon pays, je crois aux vertus du travail, du mérite, de la récompense et de l'effort. Mais je ne suis pas un conservateur car je crois au mouvement. L'ordre n'est acceptable que s'il est en mouvement. L'ordre juste, c'est juste de l'ordre. Je veux que l'avenir redevienne une promesse et cesse d'être une menace. Les Français attendent des raisons d'espérer. Il n'y a de fatalité que pour ceux qui renoncent. Je n'en serai jamais.
Le mot rupture fait-il encore partie du vocabulaire de Nicolas Sarkozy ?
Oui car je veux rompre avec une façon de faire de la politique. Rompre, ce n'est pas la crise. A ceux qui voudraient m'appeler à la continuité, je pose la question : êtes-vous sûrs d'être en harmonie avec les Français ? Je veux rompre avec l'idée que l'on peut travailler moins et gagner plus, qu'en accueillant tout le monde, on peut intégrer convenablement, qu'on démocratise l'enseignement en abaissant le niveau des diplômes. A mon poste de ministre, j'ai profondément changé les choses. Je veux remettre la société française en mouvement.
Ségolène Royal n'incarne-t-elle pas mieux cette rupture ?
Le PS a choisi l'immobilisme. Je veux incarner le mouvement. Dans un monde qui bouge si vite qui peut penser que l'on peut demeurer immobile. Je veux une rupture tranquille. Cela fait quatre ans et demi que je gère la sécurité de la France. Cela demande beaucoup d'expérience et de maîtrise. Je veux les mettre au service de la France.
Quelle rupture incarnez-vous par rapport à Jacques Chirac ?
On peut être fidèle à son histoire, fier de son bilan et proposer pour les cinq années à venir un autre chemin. Je souhaite un président responsable et des contre-pouvoirs plus forts. Imaginer l'avenir et l'incarner c'est désormais ma mission.
On vous dit atlantiste, communautariste et libéral...
On dit tant de choses fausses et caricaturales ! Communautariste ? C'est un message. Je n'accepte pas qu'on importe des usages et des coutumes non conformes à nos valeurs républicaines. Atlantiste ? On est d'autant plus indépendant qu'on est amis. Libéral ? Cela serait réducteur. Je crois en la liberté. Mais je ne suis pas un idéologue. Et je pense que l'Etat et les services publics ne doivent pas être condamnés à l'impuissance. Ils ont tous leur rôle dans la société moderne que je veux bâtir.
Le PS est désormais en ordre de marche derrière sa candidate. A l'UMP, vous en êtes loin
Rarement la famille politique que je préside n'a été aussi rassemblée. Je n'y considère personne comme un adversaire.
Ce qui n'empêche pas des velléités.
Ce ne sont pas des velléités, ce sont des talents. Je les prends en compte car toutes les ambitions sont légitimes.
Jacques Chirac a eu 74 ans hier. Que lui souhaitez-vous ?
D'être heureux.

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Sondage : Royale s'envole (+ 6), Sarkozy se tasse (-2)
La dernière livraison du baromètre Sofres pour le Figaro Magazine confirme les craintes à droite : l’investiture de Ségolène Royal dope sa popularité, tandis que Nicolas Sarkozy enregistre une légère baisse.

Selon le baromètre mensuel TNS Sofres/Figaro Magazine, la députée des Deux-Sèvres voit sa cote s’envoler de 6 points en novembre. 61% des sondés souhaitent lui voir "jouer un rôle important au cours des mois et des années à venir", contre 55% en octobre.
Le bon score de la candidate socialiste est encore accentué par la légère baisse de son rival à droite. Nicolas Sarkozy perd deux points, passant de 50% à 48%. Celle qui sera peut-être son adversaire dans le cadre de l’investiture UMP, Michèle Alliot-Marie, gagne, elle, 3 points, passant de 34% à 37%.

http://www.lefigaro.fr/election-presidentielle-2007/20061130.WWW000000314_barometre_sofresfigaro_magazine_royal_senvole_sarkozy_se_tasse.html

Par Libé - Publié dans : Libération
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Mercredi 29 novembre 2006
Sa percée s'explique par sa capacité à saisir la crise d'autorité qui travaille la société française ...

 http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/219799.FR.php


Rédacteur en chef de la revue le Débat, le philosophe Marcel Gauchet revient sur l'investiture de Ségolène Royal comme candidate du Parti socialiste à la présidentielle, qui acte, selon lui, "la décomposition du mitterrandisme". 

Quel bilan tirez-vous de la désignation de
Ségolène Royal
?

La première chose est que la procédure démocratique a su réguler le choc des personnalités, par rapport à une phase initiale de déchaînement anarchique des ambitions. Cela a été porté au crédit du Parti socialiste, au point que la droite se sent maintenant un peu morveuse avec son vieux système plébiscitaire gaulliste. Le second point est que Ségolène Royal s'est révélée à l'épreuve des balles. Tout ce qui avait pu apparaître aux yeux des initiés comme des signes d'amateurisme n'affecte pas son image dans le grand public, à commencer par les militants socialistes.

Parce qu'elle incarne une figure de renouvellement ?

Plus exactement, je dirais qu'elle incarne la décomposition du mitterrandisme. On s'attendait à ce que la sortie du mitterrandisme se fasse par la doctrine. Or, une telle rénovation intellectuelle était en fait assez improbable. Le "droit d'inventaire" de Jospin a vite tourné court. Comme tout parti, le PS a eu peur d'ouvrir la boîte de Pandore des révisions idéologiques, dont on ne sait jamais jusqu'où elles peuvent conduire, et a préféré s'en tenir à une doctrine qui a montré sa capacité à gagner des élections. Il est toujours très difficile de s'arracher à une recette qui a fonctionné. C'est par une voie de contournement que l'affaire s'est faite. Elle s'est jouée sur le terrain de l'image et du symbole, et par l'incarnation dans une personne singulière. Ségolène Royal se situe ailleurs, elle ne cherche pas à réviser l'héritage mitterrandien, elle représente une autre manière de faire. A l'attente de voir la page tournée, elle répond par ce qu'elle est. Le phénomène montre à quel point l'esprit du système présidentiel est entré dans les têtes. Autour de sa personne est en train de se produire un processus de catalyse politique qui, quelle que soit l'issue du scrutin présidentiel, sera difficile à arrêter.

Quels sont les ressorts de ce processus ?
Le fait qu'elle soit une femme ?
Sa capacité à ne pas parler comme les autres ?

"L'effet femme" est indiscutable. Il a un côté expérimental : on a tout essayé, sauf une femme. Essayons ! Mais il va bien plus loin. Il relève d'un phénomène culturel et même anthropologique. Lors des débats, Ségolène Royal a littéralement ringardisé ses compétiteurs. Quelque chose du vieux style masculin d'autorité ne passe plus. Sarkozy a du souci à se faire, de ce point de vue. Ses postures de matamore sont à revoir. Mais la véritable force politique de Ségolène Royal réside dans le fait qu'elle est la seule à avoir saisi la profonde crise d'autorité qui travaille la société française. Elle a pris la juste mesure du scepticisme qui règne dans le pays à l'égard de la prétendue compétence de la classe dirigeante. L'arrogance du discours technocratique dissimule de plus en plus mal l'incertitude des résultats et la faiblesse du pouvoir. Qui ne voit que nous sommes gouvernés par des gens qui, derrière leurs grands airs, ont le trouillomètre à zéro ­ à l'image de Jacques Chirac, ce radical-socialiste qui a peur de son ombre ? Quand Ségolène Royal dit qu'elle n'a pas de certitudes, elle échappe à la malédiction du rôle de "monsieur Je-sais-tout" dans lequel les hommes politiques se sont laissés enfermer et qui n'est plus crédible. En admettant sans rechigner qu'elle n'a pas toujours la solution, elle manifeste un rapport plus sain à la réalité. Et comme en même temps elle apparaît très capable de fermeté, elle dessine une autre image du pouvoir, probablement beaucoup plus en phase avec les aspirations populaires. On discute d'abord, mais quand on a décidé, on s'y tient.

Ségolène Royal va-t-elle devoir sortir
du flou de ses propositions ?

C'est la grande inconnue : pourra-t-elle tenir jusqu'à l'élection en se contentant de lancer des signaux d'opinion et d'indiquer des voies ? Après tout, peut-être. Elle vient d'en donner l'exemple, avec son idée d'une campagne participative décentralisée. "Décentralisation" sera probablement l'un des maîtres mots de sa campagne, avec sa promesse d'élargissement du pouvoir de proximité. Le thème a l'avantage d'attirer à la fois l'intérêt des citoyens... et le soutien des féodaux socialistes, auxquels cette perspective ne peut que sourire. Elle risque d'avoir plus de mal sur le social. L'Etat-providence est diabolique de complexité. Les questions de société demandent beaucoup de doigté. Le danger, sur ce terrain ­ on l'a déjà vu avec son blog et son fameux livre participatif, qui est resté en plan ­, est l'enlisement dans une succession de propositions très difficiles à rendre cohérentes entre elles. Tout dépendra de sa capacité de se saisir de quelques points déterminants, où elle peut marquer des points. Par exemple, la justice, l'hôpital, l'éducation ­ même si, sur ce sujet, elle s'est créée toute seule des obstacles. Au fond, elle a intérêt à traiter le système social par bouts plutôt que de le prendre comme un bloc. C'est moins glorieux sur le papier, mais cela peut illustrer le refus d'une politique parachutée d'en haut.

Certains commentateurs annoncent déjà
qu'elle ne peut que s'effondrer...

Cette réaction est à la mesure de l'inconnu de la situation. La gauche s'est toujours différenciée de la droite par son ambition programmatique. Ségolène Royal échappera difficilement à cette logique de l'offre. Il se peut que, en sortant de ses ambiguïtés, cette candidate hors norme soit vouée à se banaliser... et à se révéler pas très performante en tant que candidate classique. Il se peut aussi qu'elle trouve un chemin nouveau. L'issue est imprévisible. Une seule chose est sûre : le rejet de la politique traditionnelle est tel que les Français paraissent prêts au saut dans l'inconnu.


http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/219799.FR.php

Par Marcel Gauchet - Publié dans : Libération
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Mardi 28 novembre 2006
Je serais honoré de gravir à tes côtés cette "montagne"
pour construire un destin partagé qui vise
"le progrès pour tous et le respect pour chacun"

http://www.tahitipresse.pf/index.cfm?snav=see&presse=18244


"Dès ce premier contact, j'ai su que le choix proposé aux Polynésiens de te soutenir dans ton projet pour la France un mois plus tôt, était le bon", écrit le président de la Polynésie à la candidate, désormais officielle, du parti socialiste à l'élection présidentielle de 2007. Dans un long courrier commençant par "Chère Ségolène", Oscar Temaru rappelle à Mme Royal ce qu'il attend d'elle.
Le premier point abordé par le président est celui de la démocratie. Faisant référence au "Taui" (changement) qui l'a porté au pouvoir, Oscar Temaru encourage Ségolène Royal dans la réalisation de son propre Tau : "Tes désirs de rénover le débat politique, d'être à l'écoute des citoyens les plus fragiles, de répondre aux questions de l'éducation et de l'École, de réformer sans briser, de promouvoir l'ordre et la justice, de repenser la performance économique et la sécurisation du travail et de faire participer les citoyens à la gestion publique, tous ces désirs d'avenir sont de nature à réconcilier les Français avec l'action politique."
Oscar Temaru explique aussi que le Taui polynésien a besoin du soutien d'un État français rénové.
Tout d'abord pour tourner définitivement la page sur "ce système corrompu, dénoncé par les différents rapports de la juridiction financière de la Chambre Territoriale des Comptes, qui a perduré pendant de trop nombreuses années grâce à la complaisance de fonctionnaires d'un État encore marqué par le colonialisme, aux ordres des plus hauts responsables politiques de la France."

"S'il est établi que l'État français a failli..."

Le président veut aussi "que les douloureux contentieux de l'ère coloniale et néocoloniale soient définitivement apurés, que les Polynésiens de toutes origines puissent se réapproprier leur Histoire, se familiariser avec leur mémoire commune et connaître enfin, en toute transparence, les conséquences des essais nucléaires sur leur santé et sur leur environnement ! "Pour cela nous demandons de faciliter la tâche des chercheurs en ouvrant toutes les archives de la Nation, tout particulièrement, celles qui concernent l'épisode de l'incarcération et du bannissement de Pouvanaa a Oopa et celles qui concernent les expérimentations nucléaires dont nos îles ont été le théâtre" précise Oscar Temaru..
"S'il est établi que l'État français a failli à sa mission de respect des Droits de l'Homme, dans l'un comme dans l'autre cas, je demande solennellement au nom du Pays une juste réparation."

"Le peuple polynésien existe"

Reconnaissant aussi ce que la Polynésie doit à la France, "tout à la fois la pire des injustices par le fait colonial et la plus belle des espérances par les idées d'émancipation", Oscar Temaru attend aussi de celle qui est à ses yeux la future présidente de la République française, la reconnaissance que "le peuple polynésien existe".
"Nous sommes les héritiers d'une grande civilisation de l'Océan, éparpillée sur l'ensemble du bassin Pacifique. Dans l'immense triangle géographique dont la Nouvelle-Zélande, l'île de Pâques et les îles Hawaii constituent les extrémités, une même langue nous rapproche, une même culture nous lie.
Parce que notre Pays fut le centre de dissémination de la culture maohi, par-delà les obstacles des entités étatiques héritées de l'ère coloniale, il est capital que nous puissions rétablir les communications avec les nations grandes et petites de la zone, sans complexe et sans arrogance.
C'est pourquoi, nous nous attachons malgré le contexte économique mondial, à ce que les rapports avec nos voisins reposent désormais sur les valeurs d'échange et de partage qui ont fondé les sociétés du grand Océan, en recherchant la coopération et la complémentarité, plutôt que la concurrence et la compétition."

"Nouer de nouveaux liens librement consentis "

Le président polynésien revient aussi sur "le combat de plusieurs générations de Polynésiens pour reconquérir le pouvoir local". Depuis "la loi cadre du 23 juin 1956, dite loi Deferre, (qui) répondait beaucoup mieux au désir d'autonomie et d'émancipation des Polynésiens..." jusqu'au statut de 2004 "qui prétendait donner davantage d'autonomie aux Polynésiens (et) fut imposé, sans concertation, au profit du pouvoir d'un seul homme".
C'est pourquoi Oscar Temaru souhaite un nouveau statut qui soit le résultat d'un "large débat démocratique (qui) devra se nourrir des apports des uns et des autres pour aboutir à une lecture partagée de l'Histoire et du devenir institutionnel, économique, social et culturel de notre Pays. C'est ce que j'ai appelé les 'accords de Tahiti Nui'. Une fois signés au plan local, ces accords serviront de base aux négociations qui s'ouvriront avec l'État en vue d'un véritable partenariat sur le court, moyen et long terme pour nouer de nouveaux liens librement consentis entre la France et la Polynésie."

Éducation et référendum

Enfin, après avoir exposé son souci de faire émerger en Polynésie "un système éducatif original, fondé sur le désir d'école des parents, le désir d'apprendre des enfants et le désir de former des maîtres qui prendra en compte notre immersion dans le contexte régional anglophone", Oscar Temaru expose à Ségolène Royal la nécessité, à ses yeux, d'organiser un référendum sur la question de l'indépendance :
"Tu connais, chère Ségolène, la volonté des Polynésiens de se prononcer sur la question de la pleine souveraineté, en toute connaissance de cause, le moment venu, sans oublier le chemin que nous avons parcouru ensemble pendant près de deux siècles.
Ainsi, tout en faisant revivre notre Histoire et nos traditions, nous souhaitons rompre avec la soumission à un seul modèle de société qui conduit au repli sur soi.
Au contraire, nous voulons créer un modèle économique et social original, qui emprunte ce qu'il y a de mieux chez nos partenaires proches ou lointains, pour que notre Pays devienne un exemple de démocratie au service des Polynésiens qui ont trop longtemps été privés du droit de choisir, en conscience, leur avenir."

http://www.tahitipresse.pf/index.cfm?snav=see&presse=18244

 

Texte intégral de la lettre à Ségolène Royal

 Chère Ségolène,


Je me souviens de notre rencontre à Poitiers et de ton accueil si chaleureux. J’ai appris de toi que Poitiers fut un lieu de détention de notre "Metua" Pouvanaa a Oopa.  Dès ce premier contact, j’ai su que le choix proposé aux Polynésiens de te soutenir dans ton projet pour la France un mois plus tôt, était le bon.
Tes désirs de rénover le débat politique, d’être à l’écoute des citoyens les plus fragiles, de répondre aux questions de l’éducation et de l’Ecole, de réformer sans briser, de promouvoir l’ordre et la justice, de repenser la performance économique et la sécurisation du travail et de faire participer les citoyens à la gestion publique, tous ces désirs d'avenir sont de nature à réconcilier les Français avec l’action politique.
Je sais que tu as suivi avec solidarité les péripéties de notre "Taui", notre lutte contre un système clientéliste, inéquitable, attentif aux privilégiés et sourd aux plus démunis.
Ce système corrompu, dénoncé par les différents rapports de la juridiction financière de la Chambre Territoriale des Comptes, a perduré pendant de trop nombreuses années grâce à la complaisance de fonctionnaires d’un Etat encore marqué par le colonialisme, aux ordres des plus hauts responsables politiques de la France.
Malgré toutes les entreprises de déstabilisation couvertes par l’Etat, pour aider l’ancienne majorité à reprendre le pouvoir, le peuple polynésien, le 13 février 2005, a renouvelé sa confiance dans le changement.
Tu as le souvenir de cette immense marche de protestation qui avait rassemblé près de 30 000 personnes dans les rues de Papeete, à laquelle s’étaient associés en témoignage de solidarité les parlementaires de gauche.
Aujourd’hui, nombre de Français réclament aussi le "Taui" que tu proposes :  le rejet de l’arrogance dans l’exercice de la responsabilité politique, une certaine idée de la morale publique, le refus de la soumission au conformisme de la pensée, la volonté de promouvoir un développement économique respectueux de l’environnement et d’un partage équitable des richesses, la conviction démocratique qui parie sur l’intelligence des citoyens pour peser sur le destin collectif.

Je serais honoré de gravir à tes côtés cette "montagne" pour construire un destin partagé qui vise "le progrès pour tous et le respect pour chacun".
Comme j'ai eu l'occasion de te le dire nous attendons que les douloureux contentieux de l’ère coloniale et néo-coloniale soient définitivement apurés . Que les Polynésiens de toutes origines puissent se réapproprier leur Histoire, se familiariser avec leur mémoire commune et connaître enfin, en toute transparence, les conséquences des essais nucléaires sur leur santé et sur leur environnement !
Pour cela nous demandons de faciliter la tâche des chercheurs en ouvrant toutes les archives de la Nation, tout particulièrement, celles qui concernent l’épisode de l’incarcération et du bannissement de Pouvanaa a Oopa et celles qui concernent les expérimentations nucléaires dont nos îles ont été le théâtre.
S’il est établi que l’Etat français a failli à sa mission de respect des Droits de l’Homme, dans l'un comme dans l'autre cas, je demande solennellement au nom du  Pays une juste réparation.
Notre Histoire commune fondée sur la conquête coloniale a créé entre nos deux peuples au fil des deux siècles de vie partagée, des relations de proximité.
Les hommes et les femmes s’aimèrent, formèrent des familles, donnèrent le visage de cette Polynésie plurielle qui mêle  toutes les origines pour la plus grande richesse de notre société.

Si le Général De Gaulle depuis son discours de Brazzaville fut le premier initiateur de la décolonisation au sein de l’Empire, cette décolonisation, inscrite dans les tables de la loi, tant au niveau de l’ONU qu’à celui de la constitution Française de 1946 reste encore à parachever en Nouvelle Calédonie et en Polynésie. C’est une mission sacrée de la France
Les valeurs de la République- Liberté, Egalité, Fraternité- ont séduit les citoyens de notre Pays au point qu’à deux reprises, et au nom de ces valeurs, au cours des deux conflits mondiaux, ils vinrent donner leur sang pour défendre la France. Celle-ci leur avait apporté tout à la fois la pire des injustices par le fait colonial et la plus belle des espérances par les idées d’émancipation. Idées, principes et exigences qui fondèrent le mouvement de reconquête institutionnelle, initié par Pouvanaa a Oopa.

Contrairement à certains propos, le peuple polynésien existe.
Nous sommes les héritiers d’une grande civilisation de l’Océan, éparpillée sur l’ensemble du bassin Pacifique. Dans l'immense triangle géographique dont la Nouvelle-Zélande, l’île de Pâques et les îles Hawaii constituent les extrémités, une même langue nous rapproche, une même culture nous lie.
Parce que notre Pays fut le centre de dissémination de la culture maohi, par-delà les obstacles des entités étatiques héritées de l’ère coloniale, il est capital que nous puissions rétablir les communications avec les nations grandes et petites de la zone, sans complexe et sans arrogance.
C'est pourquoi, nous nous attachons malgré le contexte économique mondial, à ce que les rapports avec nos voisins reposent désormais sur les valeurs d'échange et de partage qui ont fondé les sociétés du grand Océan, en recherchant la coopération et la complémentarité, plutôt que la concurrence et la compétition.
De même, nous tenons à faire reconnaître et à poursuivre le combat de plusieurs générations de Polynésiens pour reconquérir le pouvoir local.
Après la Seconde guerre mondiale et grâce à la figure emblématique de Pouvanaa a Oopa, une première étape décisive fut franchie. L'esprit de la loi cadre du 23 juin 1956, dite loi Deferre, répondait beaucoup mieux au désir d'autonomie et d'émancipation des Polynésiens et des peuples d'Outre-mer. Le gouvernement suivant ayant confisqué ce qui avait été accordé, le combat reprit pour permettre de nouvelles avancées.
Pourtant, en 2004, un nouveau statut qui prétendait donner davantage d’autonomie aux Polynésiens fut imposé, sans concertation, au profit du pouvoir d’un seul homme. Pour condamner ce déni de démocratie, les Polynésiens refusèrent par deux fois, dans la confidentialité des urnes, de se plier à la volonté du Chef de l’Etat et du président du Territoire.
Cet état de fait impose que le statut actuel soit révisé.
Son élaboration devra être une œuvre de consensus pour trouver le point d'équilibre permettant à la fois de garantir la stabilité des majorités issus des votes et d'éviter la concentration excessive des pouvoirs tout en prenant en compte le souci légitime de tous les partis de se faire entendre dans le débat démocratique.
Un large débat devra se nourrir des apports des uns et des autres pour aboutir à une lecture partagée de l’Histoire et du devenir institutionnel, économique, social et culturel de notre Pays. C’est ce que j’ai appelé les "accords de Tahiti Nui".
Une fois signés au plan local , ces accords  serviront de base aux négociations qui s’ouvriront avec l’Etat en vue d’un véritable partenariat sur le court, moyen et long terme pour nouer de nouveaux liens librement consentis entre la France et la Polynésie.
Il nous appartiendra alors, de trouver localement les moyens de notre propre solidarité pour soutenir celle de la France et passer d’une société très inéquitable, à une juste répartition des richesses et des efforts, ce qui reste le sens profond du Taui.
Persuadés, qu'en Polynésie comme en France, "Il n’y a de richesse que d’hommes", nous considérons qu'il ne peut y avoir de développement durable sans équité sociale, ce qui nécessite le réexamen d'ensemble de toutes les situations générant des inégalités et la levée de certains blocages qui font obstacle à l'esprit d'initiative et d'entreprise.
La pérennité de cette nouvelle conception des rapports sociaux passe par l’Education et nous sommes engagés dans une grande réflexion pour faire émerger dans notre Pays un système éducatif original, fondé sur le désir d’école des parents, le désir d’apprendre des enfants et le désir de former des maîtres qui prendra en compte notre immersion dans le contexte régional anglophone.
La priorité sera accordée à la formation des cadres polynésiens pour assumer une véritable autonomie économique, administrative et politique qui nécessitent de faire preuve d’imagination, d’initiative et de nous garder de la reproduction de modèles hérités de la colonisation des esprits.
Tu connais, chère Ségolène, la volonté des Polynésiens de se prononcer sur la question de la pleine souveraineté, en toute connaissance de cause, le moment venu, sans oublier le chemin que nous avons parcouru ensemble pendant près de deux siècles.
Ainsi, tout en faisant revivre notre Histoire et nos traditions, nous souhaitons rompre avec la soumission à un seul modèle de société qui conduit au repli sur soi.
Au contraire, nous voulons créer un modèle économique et social original, qui emprunte ce qu'il y a de mieux chez nos partenaires proches ou lointains, pour que notre Pays devienne un exemple de démocratie au service des Polynésiens qui ont trop longtemps été privés du droit de choisir, en conscience, leur avenir .
Confiant dans ta volonté et ton courage pour franchir les étapes qui te conduiront aux plus hautes fonctions, je te transmets chère Ségolène, tout mon soutien et celui de très nombreux Polynésiens qui attendent l'ordre juste d'un Etat impartial, constant dans l'exercice de ses responsabilités et respectueux de leurs désirs d'avenir.


Oscar Manutahi TEMARU

 

http://www.tahitipresse.pf/index.cfm?snav=see&presse=18244

 


Discours de Ségolène Royal à Poitiers
- visite d'Oscar Temaru le 21 juin 2006 -


Monsieur le Président, Cher Oscar,


Je suis très heureuse de t’accueillir à l’occasion de la Fête de la Musique dans notre Région où nous aurons le plaisir de découvrir tout à l’heure deux groupes de danseurs et de danseuses qui nous donneront un aperçu de cet art si vivace et de la riche culture polynésienne.
Ce sera un beau moment de fête partagée. Ce ne fut pas toujours le cas.
J’ai appris, à l’occasion de ta venue, qu’au 19ème siècle, la danse traditionnelle polynésienne fut, avec la pratique de la langue polynésienne et du tatouage, sévèrement interdite
Par des Occidentaux qui non seulement n’en comprenaient pas la signification mais plaquèrent, sur cette forme majeure d’expression du peuple polynésien, les schémas étroits et les puritanismes de leur ethnocentrisme arrogant. Interdiction de danser, puis limitation à quelques heures et quelques lieux obligés,  et sociale, tentatives diverses d’aseptisation : le colonialisme le plus obtus tel qu’en lui-même !
Mais la danse polynésienne a résisté. Elle a retrouvé ses lettres de noblesse.Elle a maintenu vif le fil de la tradition tout en renouvelant et réinventant sa gestuelle. Elle l’a finalement emporté sur la bêtise et le préjugé. En me penchant quelque peu sur les pages de cette histoire, j’ai découvert que, parmi celles et ceux qui ont contribué à cette renaissance, un chorégraphe polynésien s’appelait… Hollande (Gilles). Heureux présage : il fallait bien qu’un jour, nos routes se croisent ! On dit qu’il contribua, dans les années 60 et 70, à faire connaître au monde la beauté de vos danses. Tu es, cher Oscar, par ta victoire électorale et celle de la liste d’union que tu conduisais, celui qui a rendu au peuple polynésien sa dignité et la maîtrise de son histoire un certain 14 juin 2004.
Je m’en souviens : dans l’Hexagone aussi, nous fêtions la victoire de la gauche aux élections régionales. 2ème coïncidence. Votre victoire, chers amis, fut ressentie jusqu’ici comme un coup de tonnerre car elle signifiait la fin d’un système qu’on disait inexpugnable, fort de ses méthodes peu regardantes.
Vous, c’est forts de vos valeurs, d’un combat de longue date et d’une immense espérance populaire que vous avez, dans ce Pays de Polynésie, remis en marche une histoire que la droite avait figée sous la férule d’un pouvoir absolu. Votre joie et votre fierté furent aussi les nôtres.

Je crois profondément que, sous nos latitudes respectives
et dans les contextes qui sont les nôtres,
nous partageons l’essentiel :
le rejet de l’arrogance dans l’exercice de la responsabilité politique, une certaine idée de la morale publique, le refus de la soumission aux conformismes de la pensée, la volonté qu’un développement économique respectueux de l’environnement soit au service du progrès social et d’un partage équitable. Une conviction démocratique, aussi, qui fait confiance à l’intelligence des citoyens et entend leur redonner le pouvoir de peser pleinement sur le destin collectif.
Voilà pourquoi, cher Oscar, avant même de te connaître personnellement, j’éprouvais déjà, avec les raisons et les façons de ton combat, un sentiment de familiarité et de solidarité que notre rencontre n’a fait que renforcer.
Ce "grand changement" auquel vous vous êtes attelés en Polynésie, vous l’appelez " Taui Roa". C’est plus qu’un programme : c’est un état d’esprit fraternel, solidaire, tout entier au service du peuple polynésien.
Tu es, cher Oscar, avec toutes celles et tous ceux mobilisés à tes côtés, l’artisan d’une véritable renaissance démocratique dans les 5 archipels de la Polynésie.
Tu appelles à " l’ouverture des esprits", "à la coopération et à la complémentarité".
Merci d’être aujourd’hui dans notre région de Poitou-Charentes qui est fière de t’accueillir, pour la Fête de la Musique et dans cette salle Pierre Loti qui porte le nom de plume d’un écrivain de Rochefort qui, dit-on, l’emprunta à Tahiti. Il en fit le titre d’un de ses livres : « Le mariage de Loti » où il raconte les amours tragiques d’un lieutenant de vaisseau et de la douce Rarahu.Comme vous le voyez, les chemins de la Polynésie et du Poitou-Charentes s’étaient, dans le passé, déjà croisés, au moins sur le plan littéraire. J’ai appris que c’est en Poitou-Charentes que Pouvanaa A Opaa, grand leader polynésien, fut exilé et privé de sa liberté par le pouvoir d’alors qui ne tolérait pas l’opposition dont il était l’âme en Polynésie et s’efforça par tous les moyens  d’étouffer sa voix. Dans le temps présent, c’est une relation d’amitié qui s’est nouée entre nous et que pourraient prolonger, entre nos deux territoires, des formes de coopération concrète et d’entraide utile.
Par exemple, dans le domaine de la navigation de plaisance, dimension importante de l’économie touristique polynésienne, puisque nombre de bateaux construits à La Rochelle naviguent aujourd’hui dans les eaux polynésiennes.
Dans le domaine de la pêche qui, pour vous et pour nous, représente une activité importante et des emplois nécessaires.
Dans le domaine de l’environnement dont la Polynésie et le Poitou-Charentes ont fait, l’une et l’autre, une forte priorité. Je sais, cher Oscar, à quel point cette question du développement durable et du traitement des déchets te passionne et mobilise ton gouvernement.
Nous aurons l’occasion d’en reparler mais je serais heureuse que nous trouvions ensemble des formes de coopération qui inscriraient dans la durée le lien tissé entre la Polynésie et le Poitou-Charentes.

http://www.poitou-charentes.fr/upload/discours/2006-06-21-visite-oscar-temaru449abf28505db.pdf

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Lundi 27 novembre 2006

Revue de presse

http://permanent.nouvelobs.com/societe/20061127.OBS0470.html

 

 

LIBERATION
Antoine de Gaudemar

"(...)Elle peut user de références étranges qui bousculent les lignes traditionnelles, de propositions bizarres qui rebondissent d'un bout à l'autre de la classe politique et du pays. Au risque d'exaspérer, son sourire de madone des meetings accentue surtout la grimace de ses futurs adversaires. Sarkozy et son agitation permanente ont pris un coup de vieux.Même son côté monsieur Je-sais-tout ringardise le ministre candidat, quand elle revendique de ne pas avoir réponse à tout et lance ses boîtes à idées participatives. Depuis peu, Ségolène Royal, dont les tenues ne doivent rien au hasard, délaisse le rose pour le blanc. Blanche comme neige, avec sa fausse candeur et sa fausse virginité politique, blanche comme la page d'histoire qu'elle se propose d'écrire. Jusqu'ici, cette stratégie lui a réussi. Mais le plus dur commence.

Face à l'homme au Kärcher et à ses épigones, la tornade blanche va devoir mettre les mains dans le cambouis.

Ce sera une autre paire de manches."

LA CROIX

Dominique Gerbaud

"(...)Ségolène Royal veut parier sur l'intelligence collective et se dit même prête à ajuster son programme en temps réel en fonction de ce qu'elle entendra à la base.

Cette expérimentation-là, si elle a lieu, sera une vraie nouveauté en France. Les uns l'attendent. Ils y voient une pratique de la politique plus à l'écoute, plus désintéressée et plus réactive. Les autres y verront à l'inverse une attitude démagogique et déstabilisante, peu rassurante. Tout dépendra du socle des valeurs sur lesquelles elle ne transigera pas.Tout dépend aussi de l'idée que les Français se font du rôle du président de la République. Peut-être ne veulent-ils plus entendre ces promesses jamais totalement tenues qui, au final, les découragent et les éloignent de la politique. Si c'est le cas, Ségolène Royal pourra les mobiliser dans ce qu'elle appelle la démocratie participative.(...)"

LE TELEGRAMME

Christine Clerc

"(...) Ce n'est plus tout à fait un combat gauche contre droite auquel nous assistons, mais une confrontation entre deux façons de faire de la politique.

La première, classique, emprunte à la fois à la guerre et au rugby, ou au foot : son vocabulaire, son exaltation des attributs virils, ses coups bas, son exaltation, aussi, de la volonté (jusqu'à 49 fois " Je veux " dans le discours-programme prononcé, à Marseille, par le président de l'UMP).

Elle désigne l'adversaire par son nom et ne se prive pas de l'attaquer rudement ou de le tourner en dérision, comme DSK et Fabius n'ont pas craint de le faire aux dépens, croyaient-ils, de Ségolène Royal, et comme Nicolas Sarkozy n'a pu s'empêcher, à son tour, de s'y risquer, jeudi soir, sur TF1, en ironisant sur une candidate présidentielle qui passerait toute sa campagne à dire qu'elle n'a pas d'idées sur l'Iran ou l'Irak et qu'elle attend celles des Français.(...)"

LES DERNIERES NOUVELLES D'ALSACE

Olivier Picard

Elle les a matés tous ceux qui s'étaient juré de l'arrêter.

Tous ceux qui, raillant le succès sondagier de l'héroïne de la démocratie d'opinion, se dressaient en défenseurs de la maison socialiste et de ses dogmes. Tous ceux qui opposaient à son insolente popularité, le sérieux d'une démarche orthodoxe. En conquérant sans combattre le ralliement d'un PS qui, longtemps, ne l'avait pas désirée, Ségolène Royal a gagné la deuxième manche de son pari avec une désarmante facilité. Hier, il n'y avait plus qu'un seul PS à la Mutualité. Le Parti Ségolène.
Même le plus résolu de ses adversaires, Laurent Fabius, dont elle pouvait redouter le travail de sape, a remisé ses sarcasmes pour l'étreindre. Oui, l'étreindre. Comme les autres, il s'est mis à sa disposition pour l'aider. Lui a-t-il proposé de garder les enfants pendant qu'elle fera campagne? (...)"

LA CHARENTE LIBRE

Dominique Garraud

"(...) La puissance émotionnelle et médiatique du choix socialiste est tellement omniprésente qu'elle en est venue à déstabiliser Nicolas Sarkozy en exacerbant par contraste les déchirements de la majorité.

A six mois de la présidentielle, Ségolène Royal s'octroie une longueur d'avance sur son principal rival potentiel obligé bon gré mal gré d'imiter au sein de l'UMP le processus exemplaire des primaires socialistes. Mais le paradoxe de l'effet Royal est sans doute qu'il sert plus qu'il ne dessert la stratégie de Nicolas Sarkozy pour s'imposer rapidement comme le candidat unique de la majorité.

A l'instar de Ségolène Royal qui s'est révélée dans les enquêtes d'opinion comme la seule candidate de gauche capable de battre Nicolas Sarkozy, ce dernier s'appuie sur les mêmes références "sondagières" pour s'imposer comme le seul obstacle crédible à une marche triomphale de la championne socialiste vers l'Elysée.(...)"

MIDI LIBRE

Michel Noblecourt

"(...). Ovationnée par des délégués enthousiastes, la candidate socialiste a pu savourer l'instant face à des éléphants qui l'avaient sous-estimée, égrenant ses thèmes favoris et promettant de conduire les militants " vers la victoire".

Pour cette fête d'intronisation, Mme Royal a revêtu des habits féministes et socialistes, appelant au rassemblement derrière son panache blanc. Pour le cas où elle aurait rêvé de s'en affranchir, son compagnon, François Hollande lui a rappelé qu'elle devrait "s'appuyer sur le Parti socialiste". Un rappel opportun car derrière l'unité affichée, avec Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius et Bertrand Delanoë mais sans Lionel Jospin, et malgré un score triomphal, Mme Royal devra cicatricer les plaies de la bataille interne pour pouvoir vraiment rassembler. Au final, c'est M.
Hollande qui a paru tempérer l'enthousiasme des témoins du sacre, en pointant le risque d'un nouveau 21 avril et en assurant que "la seule fête qui vaudra, ce sera au mois de mai 2007" .(...)"

NICE MATIN

Marc Chevanche

"() Il ne faut pas exclure que cette qualité particulière d'être femme la dispense de faire preuve d'autre talent. Ségolène Royal entend bien, en tout cas, inscrire son entreprise dans l'histoire du mouvement féministe.

Débarrassé de ses oripeaux soixante-huitards, ce thème de l'émancipation des femmes peut être, en effet, bien au-delà de l'électorat de gauche, un puissant vecteur d'attraction. Car c'est à la moitié du genre humain que ce discours s'adresse et il faudrait être bien audacieux pour, dans ce domaine, se mettre en travers d'une volonté de correction des injustices.

On dira que tout cela reste très général et que le moment viendra bien où il faudra retrouver les termes, à la fois plus précis et plus ordinaires, de la controverse politique. C'est possible mais ce n'est pas sûr.

Car Ségolène Royal, en gravissant la montagne, entend bien laisser ses adversaires errer dans la plaine."

LA PRESSE DE LA MANCHE

Jean Levallois

"(...) Le message devient : " Je suis une battante, je l'ai emporté triomphalement sur les valeurs sûres du Parti socialiste, nous sommes en route, tous ensemble, à l'assaut de la forteresse élyséenne, c'est le vrai changement, je suscite un élan, suivez-moi ". Ce message-là présente un double intérêt. Il dispense de se ficeler dans des promesses qu'on ne peut jamais tenir, car la vie ne se fige pas pour cinq ans à la veille de l'élection.

Elle continue d'évoluer la vie, et présente des situations inattendues. Et ce message de la conquête de l'élan est précisément ce qu'une grande part de la population souhaite entendre, estimant que l'horizon politique français manque de souffle et d'espace. La France gronde, elle ne se contente plus de grogner, elle est exaspérée.

Ségolène Royal se présente comme la candidate contestataire toutes catégories.

Celle qui vient de terrasser les éléphants, qui entend faire de même avec les dinosaures et toutes les vieilles lunes de la politique. Elle surfe à l'émotion sur les airs du temps.

Aujourd'hui, elle peut tout se permettre. Jusqu'à quand ?"

L'ALSACE

Francis Laffon

"(...)La désormais chef de campagne a franchi l'obstacle sans anicroche, en convoquant, dans son discours, les grandes figures du socialisme - Jaurès, Blum, Mitterrand...- et avec propos entièrement compatibles avec le programme du PS. Les accents féministes n'ont pas manqué, puisqu'elle a qualifié de " révolutionnaire ", pas moins, le fait que les militants aient choisi une femme.

" L'ordre juste ", au sein du parti, aurait consisté à désigner François Hollande, non parce qu'il est un homme, mais parce qu'il est le Premier secrétaire. Celui-ci a fait une analyse sans doute lucide de ses propres chances et n'a pas voulu entrer en lice. Il préfère garder son rôle de rassembleur, qui ne sera pas inutile dans les mois à venir. Car malgré le sans faute, réalisé jusqu'ici par sa compagne, tous les doutes ne sont pas encore levés.(...)"

L'EST REPUBLICAIN

Pierre Taribo

"(...) Rien de très surprenant à cela, car elle se veut conforme à l'image de franchise, de responsabilité et de rupture qu'elle souhaite incarner.

La voilà cependant qui déroule son plan de campagne avec un professionnalisme parfait. Ségolène Royal part à la pêche aux électeurs avec ses atouts : la nouveauté et une certaine idée de la démocratie directe qui l'incite à rencontrer les citoyens pour tester ses propositions sans chichis, sans barrière, en toute sincérité.

Et si elle admet vouloir défendre les valeurs de la gauche, elle veut surtout prendre en compte les préoccupations des Français pour ne pas passer à côté de l'essentiel : faire de la politique autrement."

LA NOUVELLE REPUBLIQUE DU CENTRE OUEST

Hervé Cannet

"Il paraît qu'il y avait eu des sifflets au dernier passage de la dame à Mutualité. Quels sifflets ? La candidate du PS adoubée, investie, sanctifiée dans les mêmes lieux, ne sait même plus qu'elle a eu des rivaux.

Elle est désormais passé de plain-pied à l'acte II de sa stratégie de conquête : imposer à la grande maison rose ses propres thèmes. Qui peut refuser quoi aujourd'hui à Ségolène Royal drapée dans le parrainage de Léon Blum, François Mitterrand et de Louise Michel ? Les éléphants sont aux anges, les challengers d'hier se taisent ou se terrent, les militantes exultent et le parti se prend à rêver, blanchi par la virginité de la Madone, d'un retour aux affaires.

Le Tout sauf Ségolène a fait place au Tous Pour Ségolène : même s'il convient dorénavant de s'accommoder des exigences, parfois hors normes PS, de la patronne."

LE REPUBLICAIN LORRAIN

Philippe Waucampt

"(...) Merveilleux espoir de reconquête que cette candidate ambitieuse et énergique, mais somme toute ordinaire, dont l'image constitue le principal atout face à un pays lassé des têtes d'oeuf à l'arrogance calibrée, des nobliaux républicains, des gaullistes de rencontre et des socialistes d'arrière boutique. Le génie de Ségolène, c'est sa banalité.

Son intelligence réside dans la ressemblance affichée avec cette France d'en bas, d'en haut, du milieu et d'ailleurs dont elle a perçu le besoin d'en revenir aux fondamentaux du bon sens, de l'autorité et d'une gestion de mère de famille. La chance de Ségolène Royal, c'est de correspondre au besoin d'aligner enfin notre classe politique sur le standard européen.

Au besoin de sortir de la gérontocratie, d'être gouvernés par une nouvelle classe d'âge, par des dirigeants ne semblant pas sortir du moule, des gens à l'écoute et ne mesurant pas tout à l'aune des grands équilibres et de la macroéconomie.(...)"

LA REPUBLIQUE DU CENTRE

Jacques Camus

"(...) Ségolène Royal n'est pas la candidate du Parti socialiste. Elle est une candidate au-dessus du parti! On a pu s'en rendre compte hier avec son "sacre" devant 1.300 courtisans réunis à la Mutualité à Paris. Ségolène n'est pas portée par le parti, elle plane au-dessus, comme en lévitation.

Extatique, touchée par "l'état de grâce". Hier, François Hollande pouvait toujours s'employer à dénoncer les risques prématurés de l'auto-célébration, on était en pleine "Ségomania", volontaire ou obligée. Car il y avait, dans l'assistance, beaucoup de sourires un rien crispés. Mais, pragmatisme oblige, les rancours d'hier se sont tues devant l'espérance d'empocher les dividendes de la victoire demain. Et du coup, dans son discours, Ségolène n'a pas fait la moindre concession aux dignitaires du parti: son programme sera "royaliste" avant que d'être socialiste.

Oui, Ségolène Royal préférera gagner en étant fidèle à elle-même plutôt que de perdre en s'inféodant à l'appareil du PS.(...)"

LA REPUBLIQUE DES PYRENEES

Jean-Michel Helvig

"(...)Ségolène Royal a choisi de répondre à la crise profonde que connaît le pays en se plaçant sur le terrain des valeurs avec en priorité l'identité nationale et en place privilégiée le féminisme. Son discours fondateur valait manifeste pour une campagne à réveiller les manes de Jeanne d'Arc, Jean Jaurès ou Charles De Gaulle.

Dans son propos de quelques trois quarts d'heure elle aura prononcé 27 fois le mot France, évoqué à 16 reprises les français et cité en 6 occasions la Nation. Le Projet socialiste et l'Europe n'auront eu droit qu'à 2 citations.(...)"

SUD OUEST

Bruno Dive

"(...) Pour la première fois dans l'histoire de France, où le trône fut toujours interdit aux épouses, filles ou soeurs de rois, une femme peut devenir chef de l'Etat. Et l'ironie du sort veut que cette femme porte le nom de Royal.

Le temps des femmes est-il venu ? Notre société, qui s'avère chaque jour un peu plus violente, a-t-elle besoin d'être rassurée, protégée, maternée ? Réponse dans cinq mois au jour de l'élection. En attendant, il est clair que Ségolène Royal a décidé de jouer sans vergogne la carte femmes durant sa campagne. Il suffisait de l'écouter hier pour s'en convaincre. Elle a inscrit ses pas dans ceux des grandes ancêtres (un mot sans féminin), et cité plus volontiers Olympes de Gouges que Jean Jaurès et le mouvement " ni putes ni soumises " plutôt que Lionel Jospin.

Socialiste oui, mais courant femmes.(...)"

LA PROVENCE

Georges Latil

"Après le plébiscite des militants, Mme Royal a été solennellement intronisée candidate socialiste à l'Elysée. Un événement attendu mais qu'il convient de saluer. Hier, rien n'aura manqué à la fête. Ni les trémolos pour saluer l'émergence d'une femme au plus haut niveau ni les grandes déclarations d'intention.

Comme la volonté de déclencher un sursaut collectif, un élan de renouveau ou encore son désir d'incarner ce mouvement qui devrait conduire le PS, la gauche et ses alliés putatifs, à la victoire pour le bien de la France. Mme Royal était rayonnante, M. Hollande plus patelin que jamais. Ses deux ex-rivaux et les éléphants sagement assis aux premier rangs. A l'exception notable de M. Jospin qui avait sans doute estimé qu'il en avait déjà bien fait assez en la soutenant du bout des lèvres.

Avec élégance certes, mais sans enthousiasme.

Du loin de son exil choisi, faute d'être pleinement assumé, tant il est des blessures dont on ne guérit pas.(...)"

LA MONTAGNE

Dominique Vales

"(...)Devant le congrès, la candidate socialiste a repris des déclarations et propositions précédemment formulées par elle. Mais deux thèmes émergent qui donneront sans doute son originalité à sa campagne. Dans son discours de quarante minutes, elle a prononcé 30 fois le nom de la France. Ainsi invite-t-elle ses concitoyens à " imaginer la France ", à la " redresser ", à "l'aimer ".

Sachant que Nicolas Sarkozy a choisi pour slogan " La France d'après ", que Jean-Marie Le Pen prétend capter le patriotisme à son profit, il est prévisible que tout ce qui tourne autour de l'identité nationale dominera la campagne présidentielle.

Ségolène Royal a rappelé, d'autre part, qu'elle est venue au socialisme par le féminisme. De sa qualité de femme elle compte bien user, considérant que, en la choisissant, les socialistes ont fait un " geste révolutionnaire ". Ses adversaires sont prévenus : avec un corps électoral composé pour plus de la moitié de femmes, elle dispose d'un atout de plus.(...)"

LE PROGRES

Francis Brochet

"Ségolène Royal a réussi un premier exploit: déstabiliser le petit postier révolutionnaire Olivier Besancenot. "Le problème, se plaint-il, c'est qu'elle est parfois très très à gauche, parfois très très à droite. Il y a de quoi perdre son latin". Bien vu.

Le ségolénisme brouille les lignes. Entre ordre juste et rappels à la discipline, éloge du travail et de la famille (la patrie viendra bientôt), engagement contre la vie chère et pour le co-développement... C'est un "objet idéologique non identifié", résume l'écrivain Marc Lambron. Flairant la bonne affaire, la droite dénonce déjà "le grand flou" du ségolénisme. Nicolas Sarkozy devrait cependant se méfier: comme l'ont amèrement vérifié Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, le flou est un fantastique attrape-tout."

LE COURRIER PICARD

Jean-François Montémont

"(...) Car ça y est , Ségolène Royal est portée, dit-elle, par un mouvement populaire et une cause plus grande qu'elle. Parce que femme, elle serait donc l'incarnation d'une espérance nouvelle qui devra être concrétisée autour de quatre thèmes désormais au centre d'une campagne démultipliée jusqu'au moindre logis. Quelle ambition tout de même quand on sait combien il est difficile et délicat de faire adhérer les Français à des valeurs considérées trop souvent comme abstraites. Son intention de faire de la cause des femmes l'un des axes principaux de sa campagne pour qu'elle " devienne une affaire d'état " ne laissera évidemment pas insensible un peu plus de la moitié du corps électoral."

L'UNION
Jean-Michel Roustand

"Faire l'ENA avec Villepin, conseiller Mitterrand dès 1981, vivre nombre d'années avec le premier socialiste et obtenir l'investiture sur le thème du renouveau, en ce lendemain de Sainte-Catherine : chapeau. Il est vrai que Jacques Chirac a montré la voie. Le coup de la fracture sociale était tout aussi osé. Le problème, c'est que plus la droite et la gauche ont misé sur le marketing moins ils ont répondu aux attentes des électeurs. Et ceux qui ne sont plus attirés par le miroir aux alouettes de l'image des candidats s'éloignent. En deux temps, la présence de Le Pen au deuxième tour de la présidentielle et le non au référendum sur la constitution européenne, le visage électoral du pays a changé de physionomie.(...)"

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Dimanche 26 novembre 2006
Par Discours investiture Ségolène Royal - Publié dans : Blog
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