Mardi 16 mai 2006 2 16 /05 /2006 06:06

Lors du débat sur la motion de censure à l'Assemblée nationale, les leaders du PS et de l'UDF se sont montrés particulièrement virulents 

http://www.liberation.fr/page.php?Article=382508

 

Avant la défense de Dominique de Villepin, entamée vers 18 heures, les deux "François", Hollande pour le PS, Bayrou au nom de l'UDF, ont sonné la charge. Un double réquisitoire aux accents parfois proches, sous les quolibets des bancs de l'UMP, notamment à l'adresse de François Bayrou, accusés d'avoir franchi le Rubicon d'une alliance avec la gauche. "En effet, je franchis le pas, a d'ailleurs répondu Bayrou. J'accepte de voter avec des gens différents, dans un contexte national grave. Et j'envisage de reconstruire notre pays et de travailler avec des gens différents."
Comme François Hollande, son prédécesseur à la tribune, évoquant "une crise politique, une des plus graves de la Ve République ", Bayrou a fait le procès des pratiques institutionnelles et politiques actuelles: "Nous vivons l'absolutisme dissimulé, c'est le pire des absolutismes. Apparemment, le parlement vote les lois, apparemment il y a des organes de contrôle, apparemment le gouvernement gouverne. Mais en réalité le pouvoir excéutif légifère, vit dans l'intimité des autorités de contrôle, multiplie les man?uvres pour contrôler le pouvoir judiciaire". François Bayrou a aussi fustigé "ce gouvernement bâti autour d'une rivalité haineuse. Cette rivalité a tout pourri".
Quelques minutes plus tôt, Hollande avait décrit "un gouvernement qui n'est plus qu'un champ de bataille, dans lequel la haine est le sentiment commun". Devant des bancs UMP assez déserts, il a ironisé sur "cette censure rentrée, discrète, chuchotée sournoise. Entendez-vous ce qui se dit parmi les rangs UMP dans les couloirs? Je préfère la censure franche qui s'exprime par un bulletin de vote."
A l'image de son homologue socialiste, le président de l'UDF a aussi remarqué que le chef de l'Etat peut «dissoudre l'Assemblée», que le Premier ministre "peut démissionner, demander au gouvernement d'engager sa responsabilité, or il a choisi de ne rien faire". Même son de cloche du côté du patron des socialistes, déplorant «que le chef de l'Etat ne change pas le gouvernement, que le chef du gouvernement ne pose pas la question de confiance, que le président de l'UMP préfère l'arrangement à la rupture». Et d'appeler les parlementaires à voter la censure, sans espoir de succès compte tenu de la majorité écrasante de l'UMP dans l'hémicyle.
Et Clearstream dans tout ça? Si Bayrou s'est voulu allusif, Hollande a introduit son discours en posant plusieurs questions précises: "Pourquoi Dominique de Villepin a-t-il demandé une enquête à la DST alors que le général Rondot menait une enquête parallèle? Pourquoi Jean-Pierre Raffarin n'en a-t-il pas été informé? Pourquoi les personnes mises en cause dans cette affaire n'ont-elles pas été informées des conclusions de ces enquêtes ?
Pourquoi Nicolas sarkozy, cette vraie-fausse victime, ne s'est constitué partie civile qu'en janvier 2006, alors qu'il se savait hors de cause depuis longtemps?"
Evidemment, Dominique de Villepin n'y a pas répondu, rétorquant par une charge générale mais violente: «Au nom de qui, de quoi demandez-vous une motion de censure? Au nom de la calomnie, du mensonge, de la rumeur.» Se coiffant de sa casquette d'homme de lettres, l'auteur du «Cri de la gargouille» a conseillé à François Hollande de ne "jamais oublier que la calomnie nourrit la calomnie, que la rumeur est une bête qu'on ne rassasie jamais. Tout est bon pour alimenter la chaudière du soupçon". Et d'opposer "un Etat de droit dans lequel la justice travaille avec rigueur et indépendance", mais pas assez, semble-t-il, pour qu'il la saisisse dans l'affaire Clearstream.
Passée cette riposte, au cours de laquelle Villepin s'est aussi étonné "de croiser François Bayrou sur ce chemin de hasard et de circonstance", le Premier ministre a dressé un long et flatteur bilan de l'action du gouvernement, dont il souhaite qu'elle se poursuive autour de plusieurs exigences: notamment renforcer l'autorité de l'Etat et gouverner dans une logique de solidarité pour que chaque Francais ait une chance. Sans surprise, la motion de censure socialiste a été rejetée, n'ayant recueilli que 190 voix PS, PCF, Verts et UDF.

http://www.liberation.fr/page.php?Article=382508

Par Fabrice Tassel - Publié dans : Libération
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