Lundi 19 juin 2006 1 19 /06 /2006 02:41
Les grands élus restent l'arme au pied

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L'investiture des candidats socialistes pour les élections législatives de 2007 ouvrira-t-elle une nouvelle étape dans le parti pour l'autre grande compétition, la désignation du candidat à la présidentielle ? Des mois de bagarre interne entre les présidentiables n'ont pas abouti, pour l'heure, à faire beaucoup bouger les lignes.

Les grands élus restent l'arme au pied. Et passée la vague de ralliements au mois d'avril en faveur de Ségolène Royal, le parti s'est figé.
Cet attentisme des barons du PS pousse les candidats à redoubler leurs efforts. Invitée de Question ouverte sur France 2, jeudi 15 juin, Mme Royal s'est employée à donner de nouveaux gages à gauche en insistant sur le pouvoir d'achat et la situation des salariés pauvres. La présidente de la région Poitou-Charentes a contesté la hausse moyenne de 1,1 % du pouvoir d'achat en 2005. "Cela ne correspond pas à la réalité", a-t-elle affirmé, en proposant d'établir un nouvel indice du coût de la vie grâce à un "calcul démocratique" qui associerait "les consommateurs, les petits retraités, et les salariés". Elle a, sur tous les autres sujets, épousé le projet du PS, à une réserve près. Mme Royal a mis un sérieux bémol à la renationalisation d'EDF : "Nous l'appliquerons en fonction des moyens financiers. Nous ferons des choix, nous discuterons de priorités", a-t-elle répondu.

Bien que toujours largement en tête dans les sondages devant ses concurrents, plébiscitée par une bonne partie des militants, Mme Royal a certes marqué des points, mais elle est encore placée sous observation par les grands élus. La candidate poursuit donc son offensive. Elle sera bientôt   à Paris, dans le 19e arrondissement, à Soissons, à Rennes et devrait bientôt recevoir le président de Polynésie, Oscar Temaru, qui compte parmi ses soutiens.

PRISE DE GUERRE

Malmenés, les autres candidats n'en résistent pas moins. La retenue du parti, hormis ceux qui sont clairement engagés dans un courant, est pour eux la meilleure preuve que tout est encore possible. "Le fait que les jospiniens n'ont pas vacillé d'un pouce a introduit le doute", se félicite un député partisan du retour de l'ancien premier ministre. L'attitude de François Hollande, qui n'a levé aucune hypothèque, pas même celle de sa propre candidature, freine les choses. Du coup, les candidats tentent de secouer l'immobilisme du parti. Dominique Strauss-Kahn a lancé sur Internet, jeudi 15 juin, "un appel" aux socialistes à soutenir sa candidature. "Les échéances sont déterminantes et elles se rapprochent à grands pas", souligne l'ancien ministre dans une courte déclaration. Au même moment, un appel identique est lancé pour Jack Lang qui réunira ses comités de soutien le 19 juin dans une salle de la Mutualité à Paris. "Jack Lang a besoin de vous pour être le candidat d'un Parti socialiste qui représente mieux la société française dans sa diversité", proclame l'appel. Le 24 juin, Laurent Fabius organise de son côté un grand rassemblement de ses partisans, en Seine-Maritime, avant de s'envoler pour une tournée en Afrique.

Dans ce contexte, le basculement du courant Nouveau Parti socialiste de Vincent Peillon, Benoît Hamon et Henri Emmanuelli, serait considéré comme une prise de guerre. Dans les fédérations, une partie des militants, dans les Bouches-du-Rhône par exemple, ont déjà rallié Mme Royal, mais pas ses dirigeants. La fédération de Paris, devenue la première du PS avec l'arrivée de milliers nouveaux adhérents, est très convoitée. Le premier fédéral, Patrick Bloche, député de Paris, se dit "harcelé" par les écuries, en particulier celle de Dominique Strauss-Kahn, qui devrait tenir dans la capitale un important meeting le 28 juin. Mais M. Bloche, que l'on disait sur le point de basculer en faveur de Mme Royal, refuse encore de s'engager.

Comme lui, ils sont nombreux à vouloir attendre le dernier moment pour se décider. Que feront les hollando-jospiniens, si leurs mentors ne se présentent pas ? La question n'est pas résolue. Sur les 300 membres titulaires du Conseil national, décisifs puisque chaque candidat devra obtenir 10 % de signatures pour pouvoir concourir, plus de la moitié n'ont, à ce jour, pas manifesté publiquement leur préférence.

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Par Isabelle Mandraud - Publié dans : Le Monde
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