Vendredi 23 juin 2006 5 23 /06 /2006 02:38

Dans le temps présent, c'est une relation d'amitié qui s'est nouée entre nous

Discours de Ségolène Royal lors de la visite d'Oscar Temaru
à la fête de la Musique en Poitou-Charentes le 21 juin 2006

Monsieur le Président, Cher Oscar,
Je suis très heureuse de t'accueillir à l'occasion de la Fête de la Musique dans notre Région où nous aurons le plaisir de découvrir tout à l'heure deux groupes de danseurs et de danseuses qui nous donneront un aperçu de cet art si vivace et de la riche culture polynésienne.
Ce sera un beau moment de fête partagée. Ce ne fut pas toujours le cas.

J'ai appris, à l'occasion de ta venue, qu'au 19ème siècle, la danse traditionnelle polynésienne fut, avec la pratique de la langue polynésienne et du tatouage, sévèrement interdite
Par des Occidentaux qui non seulement n'en comprenaient pas la signification mais plaquèrent, sur cette forme majeure d'expression du peuple polynésien, les schémas étroits et les puritanismes de leur ethnocentrisme arrogant. Interdiction de danser, puis limitation à quelques heures et quelques lieux obligés,
réglementation tatillonne s'immiscant à tort et à travers dans cette pratique artistique et sociale, tentatives diverses d'aseptisation : le colonialisme le plus obtus tel qu'en lui-même !
Mais la danse polynésienne a résisté

Elle a retrouvé ses lettres de noblesse.Elle a maintenu vif le fil de la tradition tout en renouvelant et réinventant sa gestuelle. Elle l'a finalement emporté sur la bêtise et le préjugé. En me penchant quelque peu sur les pages de cette histoire, j'ai découvert que, parmi celles et ceux qui ont contribué à cette renaissance, un chorégraphe polynésien s'appelait Hollande (Gilles). Heureux présage : il fallait bien qu'un jour, nos routes se croisent ! On dit qu'il contribua, dans les années 60 et 70, à faire connaître au monde la beauté de vos danses.
Tu es, cher Oscar, par ta victoire électorale et celle de la liste d'union que tu conduisais, celui qui a rendu au peuple polynésien sa dignité et la maîtrise de son histoire un certain 14 juin 2004
Je m'en souviens : dans l'Hexagone aussi, nous fêtions la victoire de la gauche aux élections régionales. 2ème coïncidence. Votre victoire, chers amis, fut ressentie jusqu'ici comme un coup de tonnerre car elle signifiait la fin d'un système qu'on disait inexpugnable, fort de ses méthodes peu regardantes.

Vous, c'est forts de vos valeurs, d'un combat de longue date et d'une immense espérance populaire que vous avez, dans ce Pays de Polynésie, remis en marche une histoire que la droite avait figée sous la férule d?un pouvoir absolu. Votre joie et votre fierté furent aussi les nôtres.

Je crois profondément que, sous nos latitudes respectives et dans les contextes qui sont les nôtres, nous partageons l'essentiel :
le rejet de l'arrogance dans l'exercice de la responsabilité politique, une certaine idée de la morale publique, le refus de la soumission aux conformismes de la pensée, la volonté qu'un développement économique respectueux de l'environnement soit au service du progrès social et d'un partage équitable. Une conviction démocratique, aussi, qui fait confiance à l'intelligence des citoyens et entend leur redonner le pouvoir de peser pleinement sur le destin collectif.Voilà pourquoi, cher Oscar, avant même de te connaître personnellement, j'éprouvais déjà, avec les raisons et les façons de ton combat, un sentiment de familiarité et de solidarité que notre rencontre n'a fait que renforcer.
Ce "grand changement" auquel vous vous êtes attelés en Polynésie, vous l'appelez "Taui Roa". C'est plus qu'un programme : c'est un état d'esprit fraternel, solidaire, tout entier au service du peuple polynésien
Tu es, cher Oscar, avec toutes celles et tous ceux mobilisés à tes côtés, l'artisan d'une véritable renaissance démocratique dans les 5 archipels de la Polynésie.
Tu appelles à "l?ouverture des esprits", "à la coopération et à la complémentarité".
Merci d'être aujourd'hui dans notre région de Poitou-Charentes qui est fière de t'accueillir, pour la Fête de la Musique et dans cette salle Pierre Loti qui porte le nom de plume d'un écrivain de Rochefort qui, dit-on, l'emprunta à Tahiti. Il en fit le titre d'un de ses livres : "Le mariage de Loti" où il raconte les amours tragiques d'un lieutenant de vaisseau et de la douce Rarahu.Comme vous le voyez, les chemins de la Polynésie et du Poitou-Charentes s'étaient, dans le passé, déjà croisés, au moins sur le plan littéraire. J'ai appris que c'est en Poitou-Charentes que Pouvanaa A Opaa, grand leader polynésien, fut exilé et privé de sa liberté par le pouvoir d'alors qui ne tolérait pas l'opposition dont il était l'âme en Polynésie et s'efforça par tous les moyens  d'étouffer sa voix.

Dans le temps présent, c'est une relation d'amitié qui s'est nouée entre nous et que pourraient prolonger, entre nos deux territoires, des formes de coopération concrète et d'entraide utile.
Par exemple, dans le domaine de la navigation de plaisance, dimension importante de l'économie touristique polynésienne, puisque nombre de bateaux construits à La Rochelle naviguent aujourd'hui dans les eaux polynésiennes.
Dans le domaine de la pêche qui, pour vous et pour nous, représente une activité importante et des emplois nécessaires.
Dans le domaine de l'environnement dont la Polynésie et le Poitou-Charentes ont fait, l'une et l'autre, une forte priorité. Je sais, cher Oscar, à quel point cette question du développement durable et du traitement des déchets te passionne et mobilise ton gouvernement.
Nous aurons l'occasion d'en reparler mais je serais heureuse que nous trouvions ensemble des formes de coopération qui inscriraient dans la durée le lien tissé entre la Polynésie et le Poitou-Charentes.

Par Ségolène Royal - Publié dans : segolenetahitinui2007
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