Samedi 15 juillet 2006 6 15 /07 /2006 00:58
Quel que soit le mérite, au PS, être numéro un ne garantit rien. Ce sont les militants qui choisissent leur candidat à la présidentielle


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Qui guerroie en première ligne contre la droite à l’Assemblée nationale ? Qui fait perdre son sang-froid au Premier ministre et l’affaiblit un peu plus encore en le contraignant à des excuses publiques pour l’avoir accusé de "lâcheté" ? François Hollande. Sur qui Lionel Jospin compte-t-il pour arrêter Ségolène Royal ? Encore Hollande. Jamais, depuis 1997, le rôle du premier secrétaire du PS n’a été à ce point reconnu et valorisé. Si Hollande était le patron du SPD allemand, du Labour britannique ou du PSOE espagnol, le problème de savoir qui conduira la bataille électorale en 2007 ne se poserait même pas. Ce serait lui. Mais au PS, être numéro un du parti ne garantit rien. Ce sont les militants qui décident. En 1995, ils avaient préféré Jospin, qui n’était plus rien, à Emmanuelli, qui était premier secrétaire.
Nombreux succès
Depuis neuf ans, à la tête du PS, Hollande a accumulé l’expérience et les succès.
Si l’on excepte la bérézina de 2002, dont il peut difficilement être tenu pour responsable, il a tout gagné. Il a remporté haut la main deux congrès difficiles, conduit les socialistes à des victoires sans précédent aux régionales et aux cantonales de 2004, aux européennes de 2005. Habile, bon orateur, il a des idées claires. Ce n’est ni un révolté ni un démagogue, c’est un social-­démocrate réaliste, adepte de changements raisonnables.
Certes, il n’a ni l’expérience gouvernementale d’un Jospin, d’un Fabius ou d’un Stauss-Kahn, ni le charisme d’un Lang, mais il est aimé des militants. Lorsque Ségolène Royal, sa compagne, s’est lancée dans la course à l’Elysée, il n’a pas été surpris. Il sait mieux que personne que sa volonté d’être candidate ne date pas d’hier. En 1995, il avait déjà eu du mal à la dissuader de se présenter contre Jospin.
Cette fois, il l’encourage plutôt. "Elle est populaire, il faut lui laisser sa chance", confie-t-il. Il devine que sa présence va empêcher Fabius, Strauss-Kahn et Lang de prendre leur élan, et rendre plus difficile encore un retour de Jospin. Hollande aide sa compagne, organise son voyage au Chili où elle va soutenir la socialiste Michelle Bachelet, demande à des proches de la guider pour lui éviter les faux pas. Il est alors persuadé qu’il est le meil­leur candidat du couple.
L’envol de Ségolène Royal dans les sondages début décembre le prend de court.
Comme les autres. Il avait prévu sa propre montée en puissance avec la sortie de son livre, puis l’adoption du projet socialiste début juillet, dont il devait être le meilleur propagandiste. Et voici que la brusque entrée de sa compagne dans la cour des grands bouleverse le jeu. Des proches comme François Rebsamen ou Julien Dray, des amis du couple, rejoignent le camp de Ségolène. Elle séduit les militants sur lesquels il comptait. "La base du parti aime bien François, mais elle kiffe Ségolène", résume Malek Boutih, secrétaire national du PS.

En porte-à-faux
Hollande se retrouve dans la pire des situations. Quand Ségolène se démarque de la culture du parti, sur la sécurité ou sur les 35 heures, elle le met en porte-à-faux, et il est obligé de prendre ses distances… tout en la protégeant. Les autres présiden­tiables l’accusent aussitôt de sortir de son rôle d’arbitre, de mettre le parti au service de ses propres intérêts et de ceux de sa compagne.
François Hollande a-t-il renoncé à jouer sa propre carte ? Non. "Il y a encore, pour moi, une petite fenêtre, confiait-il récemment . Si Ségolène dévisse, si Jospin ne décolle pas…" Il parle du "moment Ségolène" qui peut prendre fin avant la désignation du candidat. En privé, il confie : "Je connais ses faiblesses." Mais il corrige aussitôt : "Elle a beaucoup progressé." Et il constate, agacé et admiratif à la fois : "Rien ne l’atteint, tout lui réussit. C’est irrationnel. Parce qu’elle parle autrement, pas comme les politiques traditionnels, pas comme moi." Ses proches en sont persuadés : il ne fera rien pour la gêner. Comment le pourrait-il d’ailleurs ? Il ra­conte volontiers que, lorsqu’il marche à son côté, les femmes l’interpellent : "Vous allez l’aider, hein !" S’il lui mettait ouvertement des bâtons dans les roues, il compromettrait son avenir politique tout autant que celui de son couple.

Vers un scénario rose ?
Vont-ils s’affronter ? Ou bien ont-ils passé un pacte secret ? "Nous nous déciderons ensemble en tant que couple", avait affirmé Ségolène Royal dans une interview donnée au Financial Times, le 2 février. Autrement dit ce sera lui ou moi. "Si l’élan se poursuit et s’amplifie, alors, bien évidemment, Ségolène sera désignée, et je la soutiendrai", dit Hollande. Si brusquement l’engouement qu’elle suscite faiblit, qui serait mieux placé que le premier secrétaire pour rassembler ? C’est aussi l’avis de Ségolène, qui mettra alors sa popularité au service de François, le seul éléphant socialiste qu’elle respecte. Ce scénario rose, pour eux, est crédible : ils ont toujours fonctionné ainsi, autonomes et solidaires. Mais, cette fois, il n’y a qu’un fauteuil pour deux et la victoire de l’un condamnerait forcément l’autre à l’effacement.
Ce qui change tout.

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Par Robert Schneider pour Challenges - Publié dans : Blog
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