Lundi 21 août 2006 1 21 /08 /2006 07:15
"Faisons d'abord les choses et nommons-les ensuite"

http://permanent.nouvelobs.com/politique/20060820.FAP6766.html?1746

 

Ségolène Royal n'a pas attendu l'Université d'été du PS à La Rochelle pour prononcer un véritable discours programme en vue de la présidentielle 2007

A Frangy-en-Bresse, lors de la Fête de la Rose, la candidate à l'investiture socialiste a évoqué dimanche une "nouvelle République".

"La bataille sera rude mais exaltante"…

a-t-elle prédit à huit mois de l'élection à l'Elysée. "Je lance ici à Frangy un appel au rassemblement de toutes celles et tous ceux qui veulent que ça change".

Fustigeant la "brutalité de la droite" et sa "confiscation du pouvoir", la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes qui a assuré qu"'une autre France est possible".

Dans une litanie d'accusations contre la droite, Ségolène Royal, enjouée, a demandé "qui licencie pour doper le cours en bourse des actions", "qui considère les hommes et les femmes au travail comme de simples variables d'ajustement". Et la foule de scander, à son invitation: "c'est la droite". "C'est la droite qui précarise à tout va", a repris l'ancienne ministre.

A moins d'une semaine de l'université d'été du PS à La Rochelle, Ségolène Royal a fait sa rentrée en prononçant le discours de clôture de la Fête de la Rose, à Frangy-en-Bresse en Saône-et-Loire, où l'avait conviée Arnaud Montebourg. L'animateur du courant socialiste "Rénover maintenant" s'est rallié à elle il y a à peine un mois en expliquant qu'elle avait "les atouts" pour "rassembler", "renouveler" et "tenir les promesses de la gauche".

Après s'être excusée pour la "bousculade" provoquée par son arrivée, la favorite des sondages s'est inscrite dans une "lignée mitterrandienne", qu'elle entend "revisité(r)" et "actualisé(r)".

"Nous avons le devoir d'assurer l'unité des socialistes et le rassemblement de la gauche"…

a-t-elle expliqué, évoquant l'ancien président François Mitterrand. Sans l'unité, "rien n'est possible", a-t-elle noté, en insistant aussi sur "le courage requis pour une cause qui nous dépasse" et sur "la nécessité de mener des révolutions au sens de changement profond pour que la justice l'emporte sur les égoïsmes et sur les routines".

"C'est ainsi que je conçois l'exercice de la responsabilité politique et le rôle d'un chef de l'Etat", a-t-elle lancé avant de donner une leçon de politique étrangère.

"Si je suis en situation", a-t-elle promis, "la France aura une parole qui porte dans le monde, parce que notre pays assumera de manière exemplaire ses devoirs".

"Le premier facteur de déstabilisation du monde, c'est la misère"…

a analysé Ségolène Royal. "La recrudescence des inégalités nourrit le ressentiment, les haines nationalistes, les fièvres identitaires".

Elle a critiqué la politique étrangère américaine, notamment le "simplisme" de la théorie de l'Axe du mal. Elle a jugé que "les guerres préventives aggravent les problèmes": "il n'y a plus que George Bush pour penser que le monde est plus sûr depuis l'occupation de l'Irak". A ses yeux, "la France n'a pas le droit de jouer un rôle effacé" mais, pour être entendue, elle "doit commencer à respecter ses obligations". Ségolène Royal a déploré le faible montant de l'aide que la France apporte aux pays en développement alors qu'elle est "particulièrement performante pour la vente d'armes aux dictatures". "Cela nous fait honte et il faudra changer cela", a-t-elle jugé. 
"L'utopie réalisable de notre siècle, c'est que les pays pauvres et notamment l'Afrique, sortent de la misère grâce au co-développement", a ajouté la députée socialiste, en profitant pour fustiger "l'immigration choisie" voulue par le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy. "On irait piller la matière grise de ces pays après avoir pillé pendant des années et des années leurs matières premières", a-t-elle commenté. "C'est insupportable".

Pour une nouvelle République ?

Puis, jugeant que "la République fonctionne mal", elle a proposé "une véritable révolution démocratique" pour construire la "République du respect". Sans suggérer immédiatement une VIe République, chère à Arnaud Montebourg, elle a prôné une "démocratie participative" qui donne "plus souvent la parole aux citoyens", avec une représentation des Français dans leur diversité, le respect de la parité et le non-cumul des mandats.

"Est-ce que cette réforme va conduire à une VIe République?" s'est-elle interrogée.

"Faisons d'abord les choses et nommons-les ensuite".

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Les principaux points du discours-programme

 


PRESIDENTIELLE

La bataille sera rude. Je lance ici à Frangy un appel au rassemblement de toutes celles et de tous ceux qui veulent que ça change et que la France se redresse. Avec vous, j'ai confiance. (...) Nous avons envie de voir en 2007 la France se relever et concrétiser ce désir d'avenir et de changement que je vois monter dans le pays.

LES SOCIALISTES

Pour mener la bataille de l'avenir, nous avons le devoir d'assurer l'unité des socialistes dans le respect de cette diversité et le rassemblement de la gauche. Les socialistes semblent souvent rechigner à faire bloc mais finissent, eux, toujours par serrer les rangs. C'est pourquoi il faut prendre avec philosophie les débats qui nous animent. (...) Nous savons que pour convaincre et entraîner les Français, nous devons commencer par regrouper nos forces.

L'HERITAGE DE MITTERRAND

Je revendique cette ligne mitterrandienne et j'en suis fière. (...)

Comme souvent, les paroles de François Mitterrand allaient droit à l'essentiel. Nous pouvons retenir :

- le devoir d'unité : sans elle, rien n'est possible;

- le courage requis pour une cause qui nous dépasse;

- la nécessité de mener des révolutions au sens de changements profonds; pour que la justice l'emporte sur les égoïsmes et les routines.

LA POLITIQUE D'IMMIGRATION DE NICOLAS SARKOZY

Voyez ce qu'organise le ministre de l'Intérieur, l'immigration choisie, mais qu'est ce que cela veut dire ? On irait piller la matière grise de ces pays après avoir pillé pendant des années et des années leurs matières premières en tant que pays colonisé ? Mais c'est insupportable. (...)

Nous avons dans notre propre intérêt à favoriser le co-développement.


RELATIONS SOCIALES

Les Français ne sont pas fâchés avec la valeur travail mais profondément insatisfaits des conditions dans lesquelles ils travaillent. (...) La France doit sortir de l'archaïsme de ses relations sociales. J'ai vu, en Suède, un autre état d'esprit et des pratiques bien différentes, grâce à un syndicalisme de masse.

EUROPE

Notre horizon, c'est l'Europe sociale, l'Europe politique, et l'Europe de l'environnement. Il n'est évidemment pas question, pour les socialistes, de proposer à nouveau la ratification d'un traité constitutionnel que le peuple français a rejeté.

Notre projet prévoit de proposer l'élaboration d'un texte court, visant à mieux organiser, démocratiser et responsabiliser les instances européennes. (...) Une fois négocié, il devrait être soumis à un référendum populaire. (...) Je vois deux chantiers majeurs pour cette Europe par la preuve: l'environnement et la recherche.

LA POLITIQUE AMERICAINE

Les guerres préventives aggravent plus les problèmes qu'elles prétendent traiter. Il n'y a plus que Bush pour penser que le monde est plus sûr depuis l'occupation de l'Irak. Et le conflit au Liban vient de confirmer l'expérience de l'impuissance de la force. (...) Dans ce monde là, ni la peur ni le simplisme telle la théorie de l'Axe du mal ne sont bons conseillers.

LA POLITIQUE ETRANGERE DE LA FRANCE

Dans ce monde-là, la France n'a pas le droit de jouer un rôle effacé, d'abord parce qu'elle est membre du Conseil de sécurité et parce que sa géographie et son histoire la mettent au contact de l'Afrique, de l'Asie et du Moyen-Orient, d'où viennent certes des menaces, mais aussi de solides amitiés. (...)

Le classement international place la France au 18ème rang sur 21 pays en matière d'aide au développement. Cela nous fait honte.

Non seulement l'aide que nous apportons aux pays pauvres est parmi les plus faibles, mais elle va à des pays peu démocratiques. (...) La France est qualifiée de particulièrement performante pour la vente d'armes aux dictatures.

http://permanent.nouvelobs.com/politique/20060820.OBS8817.html

Par AP - Publié dans : Le Nouvel Observateur
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