Dimanche 17 septembre 2006 7 17 /09 /2006 09:29

Sept candidats potentiels
à l'investiture du PS réunis à Lens

Sept candidats éventuels à l'investiture socialiste pour la présidentielle se sont retrouvés, samedi 16 septembre, à Lens (Pas-de-Calais), pour un débat strictement réglementé, à quinze jours du dépôt des candidatures à l'investiture.
Les orateurs se sont exprimés dans un ordre déterminé par un tirage au sort. Ségolène Royal, qui devait partir à Madrid, a néanmoins eu le privilège de commencer. Se sont ensuite succédé Lionel Jospin, Jack Lang, Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry, Laurent Fabius et, en clôture, le premier secrétaire du parti, François Hollande.

 

Ségolène Royal
"relever ensemble notre pays"

Veste blanche, souriante, très applaudie, Ségolène Royal a appelé à "relever ensemble notre pays", à "agir à gauche" et a formulé un engagement : changer le rapport de forces entre le capital et le travail.
Souvent accusée de s'écarter du programme socialiste, la favorite a mis en avant le projet du PS, rendu possible par un "travail collectif".
Interrogée par un militant sur le dispositif controversé de la carte scolaire, Mme Royal a plaidé pour une "reconquête par l'école publique de ces élèves qui fuient vers l'école privée". "Aujourd'hui, la carte scolaire fige les choses, cristallise les inégalités", a-t-elle assuré, demandant "qu'on ait par exemple le choix entre trois écoles" et davantage de moyens pour les établissements les plus en difficulté.

"Ce n'est pas le seul sujet de la réforme éducative", a toutefois souligné la présidente de Poitou-Charentes, jugeant "à la portée de l'école publique de donner aux élèves qui en ont besoin le soutien scolaire individuel gratuit dans l'école".

En réponse à une autre question, elle s'est dite "favorable à une mesure de grâce pour les faucheurs d'OGM", et au-delà pour une "transcription en droit français du principe de précaution qui nous autorisera à interdire les OGM".

Elle a également déclaré que les subventions données aux entreprises devront être "conditionnées à l'interdiction de délocaliser lorsque les entreprises font des profits" et à "l'interdiction de licencier" également quand elles font des profits.

 

Lionel Jospin
"proposer une véritable politique de gauche"

Lionel Jospin a affirmé que pour gagner, le candidat du PS ne devra pas "se plier à l'opinion, mais proposer une véritable politique de gauche". Il a ensuite énuméré les exigences à remplir, selon lui, pour gagner en 2007, qui sont apparues comme autant de critiques feutrées de Ségolène Royal. "Notre candidat devra porter les valeurs de la gauche, il devra porter les valeurs de la solidarité". Il "devra entraîner les forces populaires et réveiller la gauche" car s'il y a chez les Français "de la colère, (...), des capacités de mobilisation, il n'y a peut-être pas encore assez d'espoir".

L''ex-chef de la gauche plurielle a exprimé des interrogations sur la capacité de la gauche à gagner l'élection présidentielle. Ce n'est "pas certain en raison du rapport de forces entre la droite et la gauche, qu'il faudra changer". "Mais c'est possible si nous savons créer une dynamique solide". Pour cela, a-t-il insisté, "la force du parti est indispensable" et "notre candidat devra incarner le Parti socialiste", ce qui implique d'être "attentif à ses responsables et à ses militants". Selon M. Jospin, le PS doit rester "fidèle à l'esprit qui a fait la grandeur du socialisme". "Notre candidat aura besoin du parti pour mener campagne, gagner et affronter l'épreuve du pouvoir".

Lionel Jospin s'en est pris à la droite, et notamment aux "dirigeants français qui, comme Nicolas Sarkozy, viennent s'excuser à Washington" des positions internationales de la France. Il a qualifié le président de l'UMP d'homme "dangereux par ses idées et inquiétant par sa personnalité".

 

Jack Lang
besoin d'un président "protecteur" et "bâtisseur"

Le député socialiste du Pas-de-Calais, Jack Lang, a affirmé que "les Français (avaient) besoin d'un président de la République qui soit un président protecteur" et "bâtisseur d'un monde nouveau". "Le candidat, celui que nous choisirons, doit s'oublier lui-même pour mieux se retrouver dans les yeux et les regards de chacun d'entre nous, et surtout dans les yeux de ceux qui souffrent (...) Non pas pour leur redonner espoir en l'avenir, mais pour leur redonner un avenir". "Accordez à ce qu'on appelle l'éthique de conviction et de courage la première importance (...) Notre parti, notre président a le devoir de se porter à l'avant-garde".

M. Lang a présenté "quatre chantiers présidentiels et législatifs" : "une refondation du régime politique", "redonner à la jeunesse de ce pays une nouvelle orientation", une "révolution territoriale" et "l'ouverture au monde".

Le député a appelé à "changer la vie, changer la société, profondément. Pas un socialisme à l'eau tiède, ce que nous voulons c'est une France de gauche".

Jack Lang a, lui aussi, décoché de nombreuses flèches au numéro deux du gouvernement. "Nous ne voulons plus d'une France déshonorée par une xénophobie d'Etat", a-t-il lancé. "Nous ne voulons pas d'une France sarkoïsée, rabougrie, sclérosée, recroquevillée sur ses erreurs".

 

Dominique Strauss-Kahn
ouvrir "un nouvel âge du socialisme"

Dominique Strauss-Kahn a proposé d'ouvrir "un nouvel âge du socialisme" par "le renouveau de la social-démocratie". Le député du Val-d'Oise s'est attaché à montrer ce que peut être au 21e siècle l'action des "réformistes" pour corriger les méfaits de "la mondialisation libérale", faisant applaudir au passage les salariés de Stora Enso, site de production de papier du Pas-de-Calais présents sur place, qui ont établi un plan de maintien de l'activité approuvé par le préfet mais rejeté par les patrons.

L'ex-ministre a insisté sur la nécessité "d'attaquer les inégalités à la racine" , appelant aussi de ses voeux "une décentralisation qui redémarre, avec des pouvoirs nouveaux aux régions", notamment en matière économique et d'enseignement supérieur. C'est ce que DSK a appelé "un nouvel âge du socialisme". "L'efficacité et la justice, voilà le credo des socialistes", a-t-il résumé.

Il a appelé ses camarades à assumer sans complexe leur "identité de sociaux-démocrates". "C'est en étant fiers de ce que nous sommes que nous pouvons emmener les autres à la victoire".

M. Strauss-Kahn a insisté pour que la gauche "se rassemble sur un contenu, sinon il n'y a pas de confiance". Il a lancé un appel au rassemblement des socialistes. "Les idées et non les personnes. Débattre n'est pas combattre. La victoire est au prix du rassemblement. Ceux qui ne peuvent pas se rassembler ne peuvent prétendre parler au nom des socialistes".

 

Martine Aubry
"il n'y a pas d'ordre sans justice"

La maire de Lille, Martine Aubry, a estimé qu'"il n'y a pas d'ordre sans justice", en allusion à la formule "l'ordre juste" chère à la favorite des sondages au PS, Ségolène Royal.

"Les Français se retrouveront eux-mêmes s'ils s'ouvrent aux autres. N'ayons pas la tentation de 'faire plaisir' sur l'immigration ou l'insécurité", a averti Mme Aubry, lançant : "développons nos valeurs !" "Face à la violence, face aux inégalités, un seul mot : la justice. Il n'y a pas d'ordre sans justice et quand on est de gauche, on ne doit faire aucune compromission", a affirmé cette proche de Lionel Jospin, dans une allusion au slogan lancé par Ségolène Royal. "C'est la solidarité, la générosité qui doit être notre projet", a-t-elle ajouté.

Evoquant la "crise morale, économique et sociale" traversée selon elle par la France, Mme Aubry a jugé que les socialistes doivent "avoir le courage de parler d'un autre modèle de développement français". "Oui pour plus d'argent pour l'éducation, la santé, le logement, moins pour l'acquisition des biens matériels, des nouvelles technologies qui apparaissent aujourd'hui comme l'alpha et l'oméga de la société".

"Vivre mieux ensemble, donner à chacun sa chance, passer du temps dans la culture et dans les fêtes, nous devrons défendre cette idée", a encore déclaré l'ancienne ministre du travail, dont la réforme des 35 heures avait été critiquée par la présidente de Poitou-Charentes.

 

Laurent Fabius
Sarkozy, "caniche du président des Etats-Unis"

Laurent Fabius, ancien premier ministre, a appelé au "rassemblement de la gauche autour du candidat socialiste" dès le premier tour de la présidentielle. "La gauche ne peut gagner que rassemblée. Le rassemblement ne peut s'opérer que sur des positions authentiquement de gauche. Il faut, au premier tour, que tout se fasse pour que le rassemblement de la gauche s'opère autour du candidat socialiste. Ensuite, au deuxième tour, viendra le reste. C'est la seule stratégie gagnante pour battre la droite en 2007", a-t-il estimé.

Il a demandé que les débats comme celui de Lens se poursuivent "dans les semaines qui viennent" car "il faut des débats au sein du Parti socialiste. Aux militants de trancher, et ensuite, tout le monde rassemblé, dans l'unité. Sur l'essentiel, nous sommes d'accord, sinon nous ne serions pas socialistes. Mais il y a aussi des points (...) sur lesquels il faut aller plus loin dans notre discussion", a poursuivi M. Fabius.

Il a fait allusion à la carte scolaire, pour laquelle Ségolène Royal avait demandé plus tôt un assouplissement. "Mon idéal n'est certainement pas la suppression de la carte scolaire. L'aménager, oui mais encore faut-il voir les conséquences", a dit le député de Seine-maritime.

M. Fabius s'en est violemment pris à Nicolas Sarkozy, un "réactionnaire", un "homme dangereux, mais le danger est encore plus grand lorsqu'il est assorti de talent, et de moyens financiers et médiatiques considérables". "Je me battrai de toutes mes forces pour que n'accède pas à cette plus haute charge quelqu'un dont la vision des choses est 'marche ou crève'", a lancé M. Fabius, pour qui il ne faut pas à la tête de la France "quelqu'un qui se fixe comme programme d'être le futur caniche du président des Etats-Unis".

 

François Hollande
"il n'y aura de victoire que si elle est collective"

François Hollande a appelé radicaux de gauche et chevènementistes à "présenter un même candidat" avec le PS à l'élection présidentielle, en concluant le "grand oral"  des présidentiables socialistes. Le rassemblement de la gauche doit se faire d'abord avec "un premier cercle, en commençant par les partis les plus proches pour qu'ils ne présentent pas de candidat"  face à celui du PS, afin de "faire le meilleur résultat au 1er tour" en 2007, a déclaré le premier secrétaire socialiste à la tribune.

"Avec les radicaux de gauche, avec le parti de Jean-Pierre Chevènement (MRC), faisons en sorte de présenter un même candidat", ce qui, a-t-il concédé, "suppose quelques compromis sur les circonscriptions" législatives. C'est la première fois que M. Hollande lance un appel aussi explicite à ces formations. Il a souhaité "un accord sur des propositions communes" avec "le deuxième cercle", composé de "nos amis communistes et nos amis Verts", qui "ont bien le droit de présenter un candidat". "Nous avons plus de choses qui nous rassemblent que de choses qui nous séparent", a-t-il ajouté. Ces propositions, "défendons-les ensemble, ça facilitera les reports de voix". Ce doit être "un accord de gouvernement", "pas une coalition d'un jour ou des arrangements de places", a-t-il affirmé.

S'adressant à "l'autre gauche", M. Hollande lui a demandé de pratiquer "le désistement républicain". "Si elle ne veut pas gouverner, qu'elle ne nous empêche pas de répondre à l'urgence (...), à l'exaspération de notre peuple".

Revenant sur le choix du candidat socialiste, le numéro un PS a souligné qu'il devra porter "une cohérence politique", alors que Ségolène Royal est parfois accusée de s'écarter des canons socialistes. "Faire nouveau, oui, mais avec l'héritage, l'histoire, les valeurs" des socialistes, a-t-il dit, citant Jaurès, Blum et Mitterrand.

Le député-maire de Tulle a assuré que "le parti jouera le rôle majeur" dans la bataille présidentielle. "Il a décidé du projet, il décidera du nom du candidat (...), soyons-en fiers, il est une chance, c'est une force", a-t-il dit, paraissant satisfaire ainsi l'exigence formulée avant lui par Lionel Jospin.

M. Hollande s'est déclaré "confiant dans ce qu'il a vu dans le Pas-de-Calais". "Il n'y aura de victoire que si elle est collective", a-t-il conclu.

 

http://www.lemonde.fr/web/articleinteractif/0,41-0@2-3224,49-813773@51-749161,0.html

 

Par AP - Publié dans : Le Monde
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Partager    
Retour à l'accueil

Participez !

Cet espace est le votre
si vous désirez déposer des
contributions personnelles

mso@mail.pf


Visiteurs
Free Web Counter

Recherche

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus