Jeudi 21 septembre 2006 4 21 /09 /2006 18:02
Sa détestation du ségolénisme est ancienne et profonde…

http://www.nouvelobs.com/articles/p2185/a317378.html


En marge du grand oral de Lens, c'est Hollande en personne qui a révélé, en petit comité, le plan de guerre de son ancien mentor. Voilà pourquoi, selon le premier secrétaire, Jospin courtise Fabius, fait pression sur DSK et croit pouvoir abattre Ségolène Royal, en novembre, dans un face-à-face décisif
A Lens, ce samedi 16 septembre, sous un grand chapiteau dressé pour l'occasion, éléphants et militants se remettent de leurs émotions. Après le grand oral des présidentiables, c'est l'heure des plateaux-repas. Tandis que Ségolène Royal vole déjà vers l'Espagne, Lionel Jospin et Martine Aubry trinquent commede vieux complices. Laurent Fabius, prix incontesté du meilleur orateur, n'en finit pas de serrer des mains. DSK a sa mine des mauvais jours. Jack Lang promène sa tristesse. François Hollande, lui, dessine.
Sur une nappe en papier, le premier secrétaire du PS griffonne un schéma. Des noms, des ronds, des flèches. Pour commenter son oeuvre, il est intarissable. Depuis le début de la matinée, dans un coin de la tribune, il a écouté, observé, analysé. Pour lui, désormais tout est clair. Ce qu'il dessine, c'est la nouvelle géographie du PS. C'est la carte de ses ambitions rivales. Au final, surtout, en filigrane, c'est le plan secret de Jospin. D'un trait vertical, François Hollande a séparé sa compagne, Ségolène Royal, de tous les autres prétendants. Elle est leur seule cible. Elle est aussi la seule qui, dans la procédure de désignation interne, joue la victoire dès le premier tour. Tous les autres veulent lui imposer un ballottage le 16 novembre dans l'espoir d'être celui qui lui fera mordre la poussière, au finish, une semaine plus tard. Deux ronds, deux noms - celui de Lionel Jospin et de Laurent Fabius - soulignent leur complicité tactique dans la période qui s'ouvre. Un peu plus haut, Hollande a entouré les initiales de Dominique Strauss-Kahn, négligeant du même coup - quel aveu ! - son propre nom comme ceux de Jack Lang et de Martine Aubry. Deux flèches sont pointées sur DSK. L'une symbolise la pression qu'exerce Lionel Jospin pour obtenir son retrait. L'autre souligne les encouragements que lui manifeste pour l'instant Laurent Fabius afin qu'il continue à éparpiller les voix de la majorité du PS.
Et si c'était aussi simple que ça ? Tout le PS sur un coin de table. Tout Jospin en quelques coups de crayon. La semaine dernière, c'était, Rue-de-Solférino, la seule question qui alimentait conversations et spéculations : que veut Lionel ? Pour Hollande et son entourage, rejoints en cela par Jean-Marc Ayrault, Pierre Mauroy ou Jean-Noël Guérini, l'homme du 21 avril est désormais en guerre. Il sera candidat à la candidature début octobre, et il ira jusqu'au bout de ses forces pour abattre l'hydre ségoléniste. Seul le grand maître de l'appareil socialiste, François Rebsamen, continue à penser qu'au dernier moment il reculera devant l'obstacle.
"Rebs" est un pointeur. Il sait compter, et pour lui il n'y a aucun doute : Jospin n'a pas les moyens de figurer honorablement dans la compétition interne. Et pas seulement parce que ses sondages sont médiocres. Dans toutes les grosses fédérations, il est isolé. Rien dans les Bouches-du- Rhône, rien dans l'Hérault, rien dans le Nord ou en Loire-Atlantique, pas grand-chose dans le Pas-de-Calais, des bricoles en Bourgogne, de petits restes à Paris... Dans de telles conditions, l'idée qu'il pourrait empêcher Ségolène Royal de franchir la barre de la majorité absolue, le 16 novembre, lui paraît audacieuse. Quant à celle qu'il pourrait remonter la pente dans une campagne au canon, elle lui semble carrément saugrenue.
Dans l'état-major jospiniste, beaucoup confirment cet état des lieux, même s'ils contestent les conclusions qu'en tire Rebsamen. Bernard Poignant par exemple, qui vient de signer avec quelques-uns de ses amis un nouvel appel à la candidature Jospin, lui a transmis une note qui fait le point sur les rapports de force dans le Finistère : 70% pour Ségolène, le reste à DSK. Désespérant... D'où d'ailleurs ce retournement au sein de la jospinie. Jusqu'à la rentrée, c'était - du moins en apparence - Jospin qui freinait et les jospinistes qui poussaient. Désormais c'est l'inverse.
Pour François Hollande, la vraie clé pour comprendre son ancien mentor est tout entière dans cette inversion. Jospin est comme un train lancé à pleine vitesse. Comme toujours avec lui, dès lors qu'il a pris son élan, la dynamique du rapport de force est l'unique critère de sa détermination. Sa détestation du ségolénisme est ancienne et profonde, et il suffit de lire l'interview qu'accorde cette semaine à "l'Obs " son ami Claude Allègre pour en mesurer la violence. A deux mois du vote des militants, la nouveauté chez Lionel Jospin n'est pas psychologique. Elle est politique et stratégique. S'il mobilise, c'est sur la base d'un plan de campagne.
Longtemps Lionel Jospin a cru qu'on viendrait le chercher. Comme "une solution" aux déchirements socialistes. C'était la tâche impartie à François Hollande. Celle qu'il n'a pas voulu remplir. Dans les semaines qui ont suivi le premier round de La Rochelle, l'ancien Premier ministre a multiplié les rencontres avec les principaux dirigeants du parti. DSK, Lang, Fabius, Hollande :

il les a tous vus. Tous, sauf Ségolène, qu'il évite d'ailleurs de citer comme pour mieux souligner qu'elle est à la fois son unique adversaire et l'incarnation du vide.

Au terme de ses rendez-vous, il a tiré deux conclusions. La première est que hélas ! le premier secrétaire ne ferait pas son devoir. La seconde est que, pour l'emporter dans cette partie compliquée, il fallait franchir les haies les unes après les autres. D'abord en osant entrer dans l'arène, quitte à être le "candidat de plus" ; ensuite en déboulant en seconde position au soir du premier tour.
Lionel Jospin, dans ses contacts privés, ne parle jamais du scrutin du 16 novembre, mais de celui du 23. C'est un signe qui ne trompe pas et qui n'a échappé à aucun de ses interlocuteurs. François Hollande, lorsqu'il dessine ses schémas de coin de table, ne fait que coucher noir sur blanc des conclusions qui sont celles des autres présidentiables. Elles expliquent le pas de deux entamé par les deux fils de François Mitterrand, Lionel Jospin et Laurent Fabius. Ils se voient, ils déjeunent, leurs lieutenants ne se quittent plus. Et en tout cas ils se ménagent. L'un d'entre eux, le moment venu, aura besoin de l'autre... Mais lequel ? Pour l'instant, ils s'attaquent à la même forteresse Ségolène. Et cela suffit à leur ardeur.
Dimanche soir, sur RTL, Lionel Jospin ne s'est pas contenté de dire que tous les champions du PS étaient en mesure de l'emporter en 2007 contre Nicolas Sarkozy. Derrière les roses, il y a avait surtout les épines. Trop de candidats ? Au-delà du paradoxe chez un homme qui entend ajouter son nom à la liste des prétendants, il y avait un rappel à l'ordre. Et c'est d'ailleurs ainsi que l'a compris Dominique Strauss-Kahn. Dans un jeu à trois, il ne faut pas être quatre. Pour vaincre Ségolène sans tirer les marrons du feu pour Fabius, il est donc impératif d'opérer un premier regroupement. Toujours la même injonction, hier à Hollande, demain à DSK : fais ton devoir ! Un peu comme si le seul destin des enfants de Jospin était de s'effacer devant la figure du père. Pour lui laisser le soin, dans un face-à-face décisif, de démasquer l'imposture. Qu'elle s'appelle Jacques Chirac - c'est le rendez-vous manqué de 2002 - ou Ségolène Royal - c'est le choc espéré de novembre 2006.

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Par mso - Publié dans : Blog
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