Lundi 15 janvier 2007 1 15 /01 /2007 10:48
On attendait Charlemagne, ce fut pharaon

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Sarkozy, unique candidat à l'investiture UMP, a été sacré avec faste devant 80 000 supporters. Pour sa désignation sans suspense à la candidature UMP, Nicolas Sarkozy a fait son discours juché sur une pyramide, hier, au Parc des expositions de Paris, avec, en fond, un vaste escalier bleu, blanc, rouge. A ses pieds, une foule d'admirateurs (80 000, selon les organisateurs) et tout ce que la majorité compte de chapeaux à plumes. Elu avec 98,1 % des voix (votes blancs : 1,9 %) sans candidat en face de lui et avec un taux de participation de 69,06 %, le patron de l'UMP avait organisé son sacre au millimètre.
Peu de stands ou de buvettes pour distraire les congressistes, un enchaînement continu de discours de 9 h 30 à 13 h 50, une disposition serrée des rangs pour ne permettre aucune circulation ni contact de la presse avec les élus ou les people. Contrairement à la dernière université d'été UMP, en septembre à Marseille, où il avait donné l'accolade à tous ses amis du show-biz, Nicolas Sarkozy a voulu que seules ses images à la tribune puissent être retenues par les télés. Son encombrant soutien Doc Gynéco a été ainsi exfiltré dans une loge VIP dès son arrivée.

"J'ai changé"

Dans un discours très travaillé d'une heure et quart, le numéro 2 du gouvernement s'est attaché à se montrer humain, calme et maître de lui-même. Bref, présidentiable. "J'ai changé", a-t-il martelé une dizaine de fois, en se présentant en "petit Français au sang mêl" . Faisant allusion à ses problèmes conjugaux, il a sorti les violons, en se posant comme un homme qui connaît la souffrance et peut donc comprendre celle des autres. Toujours dans le registre émotionnel, il a fendu l'armure en évoquant sa visite au mémorial des victimes de la Shoah (Yad Vashem) en Israël, sa lecture d'une lettre d'un des moines français assassinés à Tibéhirine (Algérie) en 1996 et les mots de la fille de Georges Mandel, tué par la milice en juillet 1944.
Soucieux de ne pas apparaître comme l'homme d'un seul camp, Sarkozy s'est inscrit sans vergogne dans la filiation de tous les grands hommes de l'histoire de France, de Gambetta à Zola, en passant par Félix Eboué, Camus ou Jaurès, dont il faut, selon lui, "écouter la grande voix". Dans le même esprit, il a voulu gommer les trois principaux points sur lesquels il est attaqué, tant par la gauche que par les chiraquiens : son libéralisme, son atlantisme et sa vision communautariste de la société française.

Conversions

Sa plus spectaculaire conversion concerne l'Irak : celui qui avait dénoncé récemment aux Etats-Unis "l'arrogance de la diplomatie français" a, hier, rendu "hommage à Jacques Chirac, qui a fait honneur à la France quand il s'est opposé à la guerre en Irak". Avant, il avait affirmé "refuser le communautarisme qui réduit l'homme à sa seule identité visible". A l'évidence, une contrepartie au ralliement de Michèle Alliot-Marie. Quant à ses propositions économiques, il a fait preuve d'une grande prudence, souhaitant défendre les intérêts de "la France qui travaille".

"Fait du prince"

Autre sujet polémique à droite que Sarkozy a voulu désamorcer : les institutions. Pour faire plaisir aux chiraco-gaullistes, il a promis de ne pas mettre en oeuvre une"nouvelle révolution constitutionnelle", tout en estimant, sans craindre la contradiction, que "dans une démocratie irréprochable, un président s'explique devant le Parlement". Sur d'autres thèmes, il n'a pas épargné le Président sortant ­ qui ne lui a pas adressé de message de soutien comme il est de coutume ­, comme sur les nominations, qui "se décident en fonction des connivences et des amitiés et pas en fonction des compétences". "Le fait du prince n'est pas compatible avec la République irréprochable", a-t-il indiqué. Sur la politique étrangère, il a assuré ne "vouloir être le complice d'aucune dictature à travers le monde".
Nicolas Sarkozy n'a pas oublié ses marottes et les formules chocs qu'il dégaine de meeting en meeting : "le travail est dévalorisé, la France qui travaille est dévalorisée", "la République réelle, c'est celle qui fait plus pour celui qui veut s'en sortir et qui fait moins pour celui qui ne veut rien faire et dont la société ne peut accepter qu'il vive à son crochet". Celui à qui Michèle Alliot-Marie avait reproché de caricaturer les jeunes en délinquants s'est appliqué à les cajoler, en leur promettant une allocation formation de 300 euros par mois, sous certaines conditions.
Avant lui, une vingtaine d'orateurs se sont relayés pour éreinter Ségolène Royal, à commencer par MAM qui se sent autorisée à en faire des tonnes en tant que femme. Nicolas Sarkozy ne s'est pas laissé aller à ça : il n'a même pas prononcé le nom de sa principale adversaire. Les basses besognes, ce n'est plus de son niveau.

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Maître à bord

le candidat de la droite a produit une performance impressionnante

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Un homme qui cite Jaurès, Hugo, Mandel et Zola peut-il être entièrement mauvais ? Un homme qui veut une démocratie «irréprochable» peut-il être accusé de lepénisme rampant ? Un homme qui parle longuement du «droit opposable» pour les mal logés et pour bien d'autres est-il ultralibéral ?
On dira que c'est la part de cynisme bien connue chez Nicolas Sarkozy. On dira qu'il s'est recentré à l'approche du scrutin. On dira qu'il efface par ce gaullisme redécouvert le souvenir même de Jacques Chirac, à l'endroit même où son mentor de naguère a connu ses plus belles heures. On dira beaucoup de choses mais on devra en reconnaître une : le candidat de la droite a produit une performance impressionnante.

cet homme est dangereux

Oui, cet homme est dangereux : avant tout pour la gauche. Il n'est pas le César ou le Napoléon qu'on voit parfois en lui. Plébiscité par son camp, seul maître à bord sur le vaisseau du conservatisme moderne, il n'a pas eu besoin des grenadiers de Murat, chers à Villepin, pour s'imposer. Il a triomphé par l'énergie, le talent, l'organisation. Il tient son affaire : c'est bien ce qui inquiète. Le danger est maintenant bien identifié : un champion maître des médias comme de lui-même, de l'Etat, de son verbe et d'une machine redoutable. Une droite réunie, en ordre de bataille, arc-boutée sur ses valeurs d'ordre et de laisser-faire, un peu tempérée par le souci social qui vient adoucir en mineur le projet global.

La gauche, donc, doit se faire du mouron

Sarkozy a passé l'examen sans peine. En face de lui, une candidate "à l'écoute" reste muette ou appelle ses anciens concurrents à la rescousse pour combler ses manques, gardant son prestige et ses sondages mais perdant du terrain dans les classes populaires. Ses intuitions sont toujours là et son aptitude à saisir l'opinion. Mais pour défendre un projet de plus grande justice et résister à la charge de l'UMP, il faudra plus que des gaffes soigneusement calculées et des gestes heureux. Au secours, la gauche se tait !

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Par Antoine Guiral, Vanessa Schneider - Publié dans : Libération
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