Mercredi 17 janvier 2007 3 17 /01 /2007 11:34

si l'Europe s'est remise debout, alors nous avons le devoir de lui donner les moyens institutionnels de fonctionner

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Nouveau référendum sur une Constitution européenne plus "sociale" en 2009 et réforme des statuts de la Banque centrale européenne : Ségolène Royal a en grande partie révélé mercredi son programme européen.
La candidate socialiste à l'élection présidentielle était restée vague jusqu'à présent sur ce qu'elle entendait faire pour sortir de l'impasse institutionnelle provoquée par les "non" français et néerlandais du printemps 2005 si elle était élue.
Elle a choisi le Luxembourg et une rencontre avec le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker pour lever le voile.
"Je souhaite que le peuple français soit à nouveau saisi par référendum en 2009", a-t-elle déclaré à quelques journalistes aux côtés de Juncker. "Mon idée c'est que ce référendum aurait lieu en même temps que les élections européennes".
C'est la première fois que la candidate socialiste s'inscrit dans le calendrier défini par les dirigeants européens, à savoir une esquisse de compromis en juin 2007, sous présidence allemande, un accord sous présidence française fin 2008 et une ratification avant les élections européennes de juin 2009.
"Je souhaite qu'au moment de la présidence française les solutions soient trouvées", a-t-elle expliqué.
Ces précisions ne manqueront pas de rassurer la chancelière allemande Angela Merkel, dont l'entourage souhaite la clarté de la part des principaux candidats à l'élection présidentielle.

Alors que son principal rival, le candidat de l'UMP Nicolas Sarkozy, prône un "mini-traité" reprenant les améliorations institutionnelles du projet de Constitution qui serait approuvé par l'Assemblée nationale, Royal axe son discours sur le social.

"RISQUES POLITIQUES"

"Nous serons crédibles et surtout les salariés de l'Europe auront le sentiment de ne pas être les laissés-pour-compte (...) que si l'Europe avance concrètement et efficacement sur la lutte contre le chômage et en particulier grâce à l'investissement massif dans la recherche, l'innovation et toutes les formations professionnelles", a-t-elle expliqué.
Certes, a-t-elle expliqué, la situation est "difficile en France" et un nouveau référendum constitue un pari risqué.
"Mais je ne veux pas qu'elle pénalise les pays européens qui se sont déjà prononcés.
En revanche, ce que je souhaite, c'est qu'il y ait un volet social pour que les droits des travailleurs soient pris en considération dans cette nouvelle Europe."
Des engagements seraient pris dans un "texte social dont il reste à discuter du statut" et dont elle n'a pas précisé le contenu - c'est exactement ce que Merkel envisage en privé.
"Je suis prête à prendre même des risques politiques sur cette question-là (...) et expliquer aux Français que si l'Europe s'est remise debout, alors nous avons le devoir de lui donner les moyens institutionnels de fonctionner."
C'est Jean-Claude Juncker qui s'est chargé de préciser le contenu du volet social voulu par la candidate.

"Nous sommes d'accord sur l'idée qu'il faudra compléter le traité envisagé par une déclaration sociale plus engageante", a-t-il expliqué en parlant d'un "socle de droits sociaux minimaux pour les travailleurs, vieille idée jamais réalisée".

SALAIRE MINIMUM EUROPÉEN

Les dirigeants européens se mettraient d'accord "sur le principe qu'il doit y avoir un salaire social minimum partout, qu'il faudrait un revenu minimum d'insertion, un revenu minimum garanti partout, libre aux Etats d'en fixer le niveau (...) qu'il y ait des règles minimales en matière de licenciement".
Une telle déclaration sera difficile à arracher aux pays qui, comme le Royaume-Uni ou la Pologne, n'ont pas encore ratifié le traité, ce qui a été fait par 18 pays.
Ségolène Royal a également enfourché son autre cheval de bataille, la remise en cause des statuts de la BCE, une revendication qui, en revanche, ne passe pas en Allemagne.
"Je crois que le gouvernement économique européen doit être beaucoup plus actif", a-t-elle dit. "Ce n'est pas à la Banque centrale européenne de prendre seule les décisions. Il ne s'agit pas de remettre en cause son indépendance mais il s'agit de ne pas la laisser exercer une omnipotence."
"Il est important que la Banque centrale européenne ait comme objectif non seulement la maîtrise de l'inflation, mais également la croissance et donc le progrès social", a-t-elle ajouté en prônant un "élargissement de son statut".
Juncker, qui préside également l'Eurogroupe et qui connaît les susceptibilités sur ce dossier, s'est gardé de la suivre.
Il a préféré parler du "renforcement du pôle économique et monétaire sans toucher à l'indépendance de la Banque", suggérant de manière plus floue de "revenir à l'esprit des traités qui veulent que la stabilité des prix, que la croissance et que l'emploi aient la même considération en Europe".

Par Michèle Sinner et Yves Clarisse - Publié dans : Le Monde
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