Jeudi 22 mars 2007 4 22 /03 /2007 05:56
Une jolie femme au poste suprême, ce bon vieux pays n'y est pas préparé …

http://www.liberation.fr/rebonds/242499.FR.php

 

Ce qui se joue en ce moment en France est absolument inédit et par là même fait remonter des profondeurs du temps des figures archaïques. Cette campagne électorale est puissamment révélatrice. Je ne parle pas de ses contenus concrets (où se retrouvent sous une forme moderne les affrontements classiques de la droite et de la gauche), je parle du symbolique.

Ça pétoche dans les chaumières

Prenons l'un des multiples sondages. A la question : "Les propositions de la candidate vous paraissent-elles bonnes ?", la réponse était oui à 75 %. Mais à l'autre question : "Pensez-vous que la candidate a une stature présidentielle ?", la réponse était oui à 45 % seulement. Décalage éclairant. Ça pétoche dans les chaumières ! En France, on veut du papa, du costume-cravate, c'est à cela qu'on est habitué, c'est là qu'est la figure d'autorité, celle que l'habitude a légitimée. Lâcher la main du papa fiche la frousse.
Ségolène Royal est une femme, certes, mais aussi une jolie femme, et féminine. Là, ça coince très fort. Et il est assez extraordinaire de voir les contorsions qu'entraîne cet inconscient français dans la France d'aujourd'hui. Dans ce pays qui, ne l'oublions pas, appliquait autrefois la loi salique, et fut l'un des derniers à accorder le droit de vote aux femmes.

… retour du refoulé

Rappel historique : d'abord, le visage de la candidate est à la une de tous les magazines, elle est belle, on en profite, elle entre dans la catégorie médiatique des "people". Puis, surprise, voici qu'elle s'impose haut la main dans la primaire socialiste. Alors là, attention, on ne rigole plus. Retournement de tendance, retour du refoulé. Soudain elle n'est plus que "du creux, du vent, du rien". Un "buzz"  s'enfle ainsi de lui-même, souffle partout dans les médias, plus d'images, pratiquement pas de compte rendu des 6 000 débats participatifs, avalanche de sondages négatifs. Arrive le 11 février. Re-surprise : le meeting est un énorme succès, les propositions sont là comme annoncé. Le buzz du «creux, du vent, du rien» ne tient plus. Aussitôt, autre refrain, les chiffres. Les chiffres, c'est du sérieux. Fondamentalement, une femme ne peut être que futile, dépensière, ignorante des vrais dossiers, incompétente sur l'important.
Clichés habituels. Joli visage qui brigue le pouvoir, c'est excitant. Le même visage en position d'y accéder, stop danger. On sent rôder l'adage attribué à François Ier. "Souvent femme varie, bien fol qui s'y fie", et une foule d'autres proverbes façonnés au long des siècles de domination masculine et enfouis plus ou moins loin dans l'inconscient collectif.

"Le Président est le chef des armées..."

Une jolie femme au pouvoir suprême, ce bon vieux pays n'y est pas préparé. Il y a là une catégorie mentale qui n'a jamais encore été exposée, qui déroute, dérange dans les profondeurs. Même chez de nombreuses femmes, hélas formatées pour penser contre elles-mêmes et contre leur sexe, oublieuses de ce qu'elles doivent au féminisme, et traînant toujours des séquelles de misogynie, comme un vieux rhume chronique. L'oeil était dans la femme et il était masculin, aurait dû dire Hugo. Le trouble, je le perçois aussi chez certains hommes, amis de son camp pourtant et loin d'être sexistes. "Le Président est le chef des armées..." Sous-entendu : qui sait si, le jour où elle a ses lunes, elle n'appuierait pas par inadvertance sur le bouton atomique ?

Voyez le pataquès...

Et dans les mairies et les écoles, imaginez la bizarrerie : le buste de Marianne et le portrait de Ségolène. Deux mamans pour les citoyens, un couple lesbien ! De quoi vous désorienter le cerveau.
L'élection présidentielle se joue en grande partie sur la personne, sur le symbolique, sur des tropismes anciens mal maîtrisés, sur de l'instinctif. Or, dans cette campagne, les pôles symboliques s'inscrivent de façon à la fois très claire et très embrouillée. Deux hommes, une femme, d'accord. Un homme à la posture revendiquée très phallique, virilité agressive, quasiment guerrière, un autre homme plus "cool" en apparence, et une femme naturellement féminine, jupe courte, talons hauts, sourire éclatant, maternité non gommée, compagne non mariée, etc.
Mais il y a plus intéressant encore. Des trois candidats, la personne émotive, qui parle de sa vie privée, qui a des migraines, qui met en scène sa psychologie (tout cela relevant du féminin traditionnel), c'est l'homme agressif. Et la personne qui ne parle pas de ses états d'âme, garde visage calme, ne s'énerve pas (tout cela relevant du masculin traditionnel), c'est la femme. Voyez le pataquès...

les structures mentales anciennes n'ont pas disparu

L'insistance de la candidate sur la famille, la maternité, la petite enfance, peuvent paraître des thèmes féminins traditionnels, secondaires pour qui voit les choses de haut, affaire de "pièces jaunes"  en somme et pas de CAC 40. Mais elle les impose là où s'installent les fondations qui font une société, là où s'enracine la future distribution des rôles, de tous les rôles.
En surface, chez nous, égalité des hommes et des femmes. Approximative, et ça doit s'améliorer, tout le monde en est d'accord, on n'est pas des Cro-Magnon. Mais les structures mentales anciennes n'ont pas disparu. Elles sont d'autant plus méconnues qu'on les croit vaincues, d'autant plus sournoises qu'elles se cachent, et toujours, toujours d'autant plus agissantes qu'on approche des lieux de pouvoir.
En littérature aussi. Mais oui ! Voyez le Goncourt, voyez le Nobel.
Voilà pourquoi, et en dehors même de ses contenus politiques habituels, cette élection prend aux tripes la femme que je suis, et l'écrivaine aussi. Quoi qu'il arrive, sachons gré à la candidate Ségolène Royal d'avoir si bien remué nos eaux dormantes, d'avoir fait remonter les paquets de lianes tapis sous la surface, d'avoir exposé et presque déjà défait l'un des noeuds les plus néfastes aux femmes... et aux hommes aussi, n'en doutons pas.


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Le soutien ambigu de Chirac à Sarkozy

"l'homme de la rupture", transformé d'un coup en héritier de la chiraquie



Nicolas Sarkozy l'a dit lui-même : il est "très touché" par le soutien de Jacques Chirac, qui n'a pas hésité à saluer ses "qualités" et son action au ministère de l'Intérieur.
Dans le camp de celui qui sera encore ministre de l'Intérieur jusqu'à lundi, on ne cachait d'ailleurs pas attendre depuis quelques jours l'accolade du Président de la République, malgré des relations plus que tumultueuses entre les deux hommes jusque-là.
En bénéficiant du soutien de Chirac toutefois, Sarkozy s'offre bien involontairement à de nouvelles attaques : celles de ne pas être le candiat de la rupture qu'il proclame mais plutôt l'héritier d'un Président viellissant.
Ses adversaires du jour ne s'y sont pas trompés, qui tour à tour, ont moqué ce lien de "filiation". "Nicolas Sarkozy - et cela en est la preuve même s'il s'en défend - est le candidat sortant de la majorité sortante", a estimé sa rivale socialiste Ségolène Royal, lors de l'émission Questions d'info LCP-Assemblée/France Info/Le Monde. "Sarkozy est bien l'héritier" de Jacques Chirac, a renchéri Jean-Marie Le Pen. Avant que Philippe de Villiers, candidat du Mouvement pour la France (MPF) ne tranche encore plus vertement : "Nicolas Sarkozy est un Chirac miniaturisé, son clone - des promesses de droite, une politique de gauche".
Pour Noël Mamère, député-maire Vert de Bègles, le passage de témoin entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy n'est qu'une "histoire clanique et de famille".  Une histoire que Françaois Bayrou gère à sa façon. Dans un entretien au Parisien, le candidat de l'UDFD, qui se présente comme "l'homme nouveau" affirme  se retrouver dans "le Chirac de 1995".
"La principale ressemblance entre le Chirac de 1995 et moi, c'est le soutien d'un certain nombre de catégories de Français qui ne sont pas pris en compte d'habitude", déclare le candidat centriste dans un entretien au Parisien-Aujourd'hui en France.
A Sarkozy de trouver sa parade.


http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/242458.FR.php

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Une partie du Zénith reste sur sa faim
lors du meeting de Bayrou

certains sont sortis déçus par l'absence de propositions

http://abonnes.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-30221757@7-354,0.html

 

Parler "vrai", abolir les clivages entre droite et gauche: les sympathisants venus l'écouter mercredi au Zénith ont semblé séduits par le bon sens dont François Bayrou a saupoudré son intervention, mais certains sont sortis déçus par l'absence de propositions plus concrètes.
Alors que la salle, archi-comble dès 19h, attend encore le candidat de l'UDF, précédé sur la scène par environ 200 sympathisants plutôt jeunes choisis parmi ses troupes, Charles, 21 ans, l'annonce: "Il a l'air d'être dynamique, de vouloir abolir le clivage gauche-droite, c'est ça qui me plaît."
Derrière la scène, un écran géant, patchwork de photos montrant le candidat centriste "en situation", qui avec un vieil homme à béret, qui avec des musulmanes voilées.
Le député du Béarn arrive à 19h45, avec 45 minutes de retard et - sans surprise - en traversant le public sur un fond de musique disco tonitruante dont les basses font bouger le public.
Dans la fosse, Alain, 50 ans, est venu de Vendée. Sympathisant UDF depuis 20 ans, il estime que son candidat "a une chance". "Il est porteur de beaucoup de solutions pour la France. Ça change de la droite et de la gauche", juge-t-il.
Mais pour Mohamed, 33 ans, venu avec des amis qui émailleront de leurs railleries l'intégralité du discours, "ce culte de la personnalité est très décevant".
"J'aimerais que quelqu'un qui prétend s'adresser à nous ne fasse pas une entrée pareille", dit-il. Mohamed passera le reste du meeting tourné vers le public car, estime-t-il, "il est plus intéressant à regarder".
Les thèmes s'enchaînent: écologie, éducation, égalité de tous devant la loi. Ça et là, des touches d'ironie font mouche auprès d'un public qui, y compris sur la scène, commence vers 20h30 à trépigner. "Je voulais voir s'il dépassait les généralités qu'on voit à la télévision. Je suis déçu", avoue Hervé, un Parisien de 35 ans, chef d'entreprise.
"J'aimerais qu'il rentre dans le vif du sujet. On ne peut qu'être d'accord sur le constat qu'il fait. Mais maintenant, on fait quoi ? Il faudrait qu'il donne deux-trois idées pour y arriver."
L'audience ne réagit jamais tant que quand le candidat béarnais attaque ses adversaires. Mais Nicolas, un cadre de 26 ans, regrette qu'il ne fasse "aucune proposition concrète sur le fond".
Le meeting s'achève sur la Marseillaise, puis Bayrou repart à travers la foule, comme il est venu.
"J'ai fait la bise à François !", s'enthousiasme Margaux, 20 ans, une étudiante en journalisme qui anime les comités de soutien au candidat centriste dans quatre arrondissements de Paris.
"On est débordés, vu la tournure que prend la campagne. C'est magique", lâche-t-elle, enfin libérée après trois semaines de préparatifs.

http://abonnes.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-30221757@7-354,0.html

 

Barometre journalier IPSOS
mardi 21 mars 12h

Royal creuse l'écart sur Bayrou au 1er tour
 

N. Sarkozy (29,5%) domine toujours les intentions de vote 1er tour, devant S. Royal (25,5%) et F. Bayrou (20.5%). Il devance S. Royal (52%/48%) dans les intentions de vote 2nd tour, mais serait battu face à F. Bayrou (54%/46%).
La situation du leader centriste semble néanmoins instable. La dynamique de campagne paraît s'inverser, ses intentions de vote ont baissé de 3,5 points en une semaine, et l'écart avec S. Royal s'est creusé (5 points aujourd'hui, contre une égalité vendredi dernier).
Son socle électoral est aussi moins solide que ceux de ses adversaires : la majorité de ses électeurs se réserve la possibilité de "changer d'avis", alors que les deux tiers des personnes choisissant S. Royal ou N. Sarkozy déclarent leur choix définitif.
Aujourd'hui distancé à 12,5%, J.M. Le Pen reste en avance sur ses temps de passage de 2002 (10% le 16 mars 2002, avant la progression d'avril).
Mesuré à 4%, contre au maximum 2% pour tous les autres, Olivier Besancenot se détache chez les "petits candidats". Le total "gauche anti-libérale" reste tout de même sous les 10%. Quelle que soit la façon d'agréger les scores, le rapport de force global reste largement favorable à la droite.

http://www.ipsos.fr/presidentielle-2007

Par Pierrette Fleutiaux - Publié dans : Libération
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