Lundi 26 mars 2007 1 26 /03 /2007 18:15
Les assauts internes au PS ont de toute évidence contribué à la rendre inoxydable

http://www.rtl2007.fr/analyses/editos/0/segolene-royal-acier-trempe-5684.html


 

Une campagne présidentielle est toujours longue, sauf événement exceptionnel : la mort du président en exercice, par exemple, comme en 1974. La durée n'est pas superflue.
L'électorat a besoin de temps : tout en vaquant à ses activités et à ses préoccupations du moment, il observe les candidats dans des situations difficiles, renversantes, suit les maladresses des candidats, ses erreurs et regarde attentivement la manière dont ils s'en sortent, dont ils surmontent les difficultés, comment ils rebondissent ou ne rebondissent pas. Tous les épisodes comptent, les anecdotiques, comme les grands débats. Nous sommes toujours dans la phase où l'électorat scanne les candidats.
On peut tout à fait ne pas apprécier Ségolène Royal, avoir les nerfs en pelote dès qu'elle improvise, être crispé par son inexpérience, être en désaccord avec sa manière d'aborder les sujets, avoir des boutons lorsqu'elle fait la police des moeurs, ne pas être sensible au charme de sa voix, et même trouver que décidément, elle en fait des tonnes question drapeaux tricolores, et j'en passe. Si j'ai bien compris, c'est un point de vue assez répandu, et pas seulement à droite. Mais à moins d'un mois du premier tour, il faut admettre que la candidate a gagné une partie de son pari. Elle fait pour l'instant jeu, à peu près, égal avec Nicolas Sarkozy. Elle ne s'est pas effondrée, même si Jean-Marie Le Pen pronostique sa chute. Non seulement elle ne s'est pas délitée, mais elle a marqué des points.
D'abord sur le tempérament. Ségolène Royal a démontré sous la mitraille, un caractère en acier trempé, une résistance que rien, en apparence n'entame, un courage que le stress et la fatigue n'ont pas érodé. Elle a pris des paquets d'injures, d'autant plus terribles qu'ils venaient de son propre camp, parfois de collaborateurs et elle n'a pas craqué. Les assauts internes au PS, les déclarations incendiaires d'Eric Besson et de Claude Allègre, auraient pu la briser : elles ont de toute évidence contribué à la rendre inoxydable.
En lisant l'abécédaire "Maintenant" qu'elle fait paraître mercredi, la question des "entourages" est souvent évoquée, toujours de manière négative. Elle parle de Bernadette Chirac et de Simone Veil en termes d'autant plus chaleureux, que toutes les deux, à la lire, en ont "bavé", et traité souvent de manière "infâme". Comme les éléphants, elle n'oublie rien, cette quasi-novice qui, justement, ne fait pas partie de la horde socialiste et qui faisait désordre au milieu du troupeau des "Présidentiables" de gauche qu'elle a déclassé. L'entourage de François Hollande est mis en cause.
Elle a tenu sans que l'aile du doute ne l'effleure. C'est une qualité pour un monarque élu, gestionnaire de crise par excellence, que de manifester une telle capacité de résistance.
Deuxième actif : d'emblée, elle s'est située sur le terrain des valeurs. Elle pensait pendant la campagne socialiste que ce serait le champ de bataille de la campagne présidentielle. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce pronostic se vérifie chaque jour. Elle campe de toute évidence sur ce terrain, ce qui lui confère un crédit que ses concurrents malheureux n'avaient pas. Elle peut pianoter sur la valeur travail, broder sur la famille comme sur la nation sans ridicule, se payant le luxe d'une véritable opposition avec le leader de l'UMP sur chacun de ces points.
Personne d'autre qu'elle ne pouvait au sein du PS, parmi les candidats potentiels, interpréter cette partition comme cette fille de colonel, cette catholique autoritaire, dont les enfants ont toujours été dans le public et qui n'hésite pas à prendre des libertés avec les 35 heures. Là encore, on peut juger une campagne présidentielle exclusivement centrée sur ces questions, très en marge des enjeux réels. Mais c'est sur ce terrain, que se fait la qualification, ce qui explique d'ailleurs qu'aucun thème n'ait réussi à structurer la campagne depuis des mois, comme cela fut le cas avec la fracture sociale ou l'insécurité. C'est le propre des contextes dominés par une atmosphère néo-populiste, de contestation des élites, experts et journalistes, où la promesse par nature est dévaluée, où le discours articulé suscite la méfiance.
La prochaine étape sera la qualification au second tour. Si elle parvient à se qualifier à la différence de Lionel Jospin, la question de sa campagne sera abordée de manière très différente. Puis ce sera le face à face. Cela ne garanti pas qu'elle ferait, si elle gagnait alors, une grande présidente. C'est une toute autre affaire !

http://www.rtl2007.fr/analyses/editos/0/segolene-royal-acier-trempe-5684.html

Par Serge July - Publié dans : RTL
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