Mardi 8 mai 2007 2 08 /05 /2007 11:06
Non seulement, elle ne fait pas ses bagages, mais elle part à la conquête du Parti socialiste

http://www.rtl2007.fr/analyses/editos/0/segolene-royal-notre-dame-renovation-6688.html

 

 

Ségolène Royal dimanche soir a fait un coup, qui en dit long sur son état d'esprit : en parlant la première, elle a voulu squeezer tous les dirigeants socialistes qui s'apprêtaient à déplorer la défaite et à distribuer les bonnets d'âne et entre autres, lui en réserver un paquet. Dans cette course de vitesse, elle a même battu d'une courte tête le vainqueur, Nicolas Sarkozy.
Elle aura été la première à commenter les résultats. Manifestement, cette "victoire" là, lui avait rendu le sourire. Les éléphants affichaient tous une gueule de circonstance. Elle, en s'adressant aux Français, à ses électeurs et à ses militants, affichait un sourire extatique tellement à contre-temps, qu'un téléspectateur qui ayant coupé le son de l'écran, aurait pu croire qu'elle venait de l'emporter haut la main.
Au sourire éclatant, elle a ajouté un lapsus on ne peut plus révélateur : elle a parlé "d'autres victoires" à venir, qui semblerait indiquer qu'elle avait non seulement gagné la Présidentielle, la course aux 20 heures, mais qu'elle considérait que sa défaite était à bien des égards, pour elle,  une demie-victoire. La candidate socialiste redoutait un rejet la ramenant à 44% ou 45% comme le prévoyaient les sondages non publiés de samedi dernier. A ce compte-là, elle était éliminée du jeu et renvoyée à Melle, au coeur du Chabichou, avec la perspective d'une reconversion difficile.
Le vote des électeurs, avec un score de l'ordre de 47% (46,94%) proche de celui de Lionel Jospin en 1995 (47,3%), avec 17 millions d'électeurs qui se sont portés sur son nom, a changé la donne pour la candidate socialiste. Non seulement, elle ne fait pas ses bagages, mais elle part à la conquête du Parti socialiste, où elle entend bien incarner la rénovation. Elle s'est autoproclamée leader de l'opposition, et c'est à ce titre qu'elle a pris des engagements, et qu'elle a lancé la campagne des Législatives. C'est ce qui s'appelle couper le sifflet et les jarrets de ses rivaux socialistes. Le lapsus de sa déclaration "d'autres victoires" visait explicitement la bataille à venir pour le leadership de l'opposition et la bataille des Législatives.
Elle a eu raison d'aller vite : la campagne des Législatives commence lundi prochain avec le dépôt des candidatures, et la bataille promet d'être rude, même si les simulations des instituts de sondages promettent une bipolarisation renforcée entre l'UMP et le PS, avec une probabilité de voir élue à l'Assemblée nationale une chambre bleu horizon. Le PS, qui va devoir défendre ses sièges avec acharnement, ne peut pas se payer une crise avant de repartir en campagne. Les "éléphants", qui ont tout fait pour s'opposer à sa désignation, qui l'ont regardé faire campagne de manière solitaire d'autant plus facilement qu'elle se méfiait d'eux, meurent d'envie de faire un sort au couple infernal Royal-Hollande. Ils  aimeraient se débarrasser des deux dans un même mouvement. Mais coincés par le calendrier des Législatives, ils doivent composer et remettre à plus tard un congrès de tous les dangers, qui pourrait être celui de la fameuse rénovation idéologique et stratégique.
La candidate a réussi à mettre le pied dans la porte de la direction du parti. Tout le monde s'accorde désormais pour une direction collégiale de la campagne, avec Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, François Hollande, les chefs des différents courants et Ségolène Royal. C'est ce qu'elle souhaitait. Elle va de toute évidence se représenter dans les Deux-Sèvres pour revenir au Parlement, parce que c'est la tribune naturelle de tout leader politique, a fortiori de celui qui entend prendre la tête de l'opposition.
Mais surtout, Ségolène Royal va courir de meeting en meeting en jouant la foule socialiste contre l'appareil et les "éléphants" soupçonneux. Elle va faire une campagne de nature référendaire : elle ira partout où les militants le souhaitent, et elle espère bien se faire plébisciter comme le leader naturel du Parti socialiste, afin d'aborder l'heure des règlements de comptes en situation de force. Ce qui ne la dispense pas de réfléchir sur le brouillon que fut sa campagne : face aux bataillons militants, aux foules sympathisantes, elle pourra désormais se "blairiser" sans complexe, puisque c'est dans cette direction social-démocrate qu'elle souhaite s'engager.
Il lui faudra additionner non seulement les meetings, non seulement rassembler les sympathisants et les militants, mais aussi une partie du troupeau d'éléphants, et beaucoup d'éléphanteaux, si elle veut se donner les moyens de gagner. La méthode Sarkozy, à cet égard, est exemplaire. Quiconque prétend s'emparer d'un parti doit la méditer.

 


Nicolas Sarkozy : La couleur de l'argent


Il a choisi la rupture, avec un démarrage qui décoiffe, qui donne une tonalité quasi-provocante à sa présidence

http://www.rtl2007.fr/analyses/editos/0/couleur-argent-6703.html


Cinq années de campagne, méthodiques, réfléchies, calculées, avec un souci maniaque de la cohérence et une dépense d'énergie incalculable. Le tout couronné par une victoire éclatante d'une droite libérée : Nicolas Sarkozy a incontestablement droit au repos avant le grand saut présidentiel.
Certes, cet éloignement tout à fait légitime n'est pas vraiment une tradition de la Ve République. Valéry Giscard d'Estaing avait choisi la Touraine et une propriété familiale derrière de hauts murs. François Mitterrand avait fait encore plus simple : rue de Bièvre, à son domicile où il a reçu messages, amis et collaborateurs. Quant à Jacques Chirac, élu sur la promesse d'une réduction de la fracture sociale, il était lui aussi resté à Paris, dans les appartements du maire de Paris à l'Hôtel de Ville.
Nicolas Sarkozy a choisi la rupture, avec un démarrage qui décoiffe, qui donne une tonalité quasi-provocante à sa présidence. Son emploi du temps depuis dimanche 20 heures ne peut-être imputé à personne d'autre qu'à lui-même : de toute évidence, il lui ressemble comme un auto-portrait.
Réunion dans son bureau à 20 heures pour l'officialisation des résultats. Giscard était tout seul, si on en croît le film de Raymond Depardon. Nicolas Sarkozy a voulu avoir auprès de lui ses amis les plus proches. Selon son ami Patrick Balkany, condamné pour corruption et réélu, qui était présent, il y avait Johnny Halliday et sa femme, Christian Clavier, Jean Reno et Claude Guéant, son précieux directeur de campagne. C'est beau l'amitié. Il se rend Salle Gaveau, retrouve les chevilles ouvrières de sa campagne, dont quelques amis comme Arnaud Lagardère et Serge Dassault.
Puis, à 21 heures, il se rend au Fouquet's, d'abord pour un cocktail avec son équipe de campagne, d'autres amis, quintessence du people, mais un people sarkozien, les futurs ministres potentiels - au moins trois ou quatre par poste -, et un certain nombre de fées qui trônent à la tête de grandes sociétés, et qui veillent amoureusement sur son triomphe.
Puis, Nicolas va dîner avec quelques amis et sa famille au restaurant "Diane", dans le nouveau palace du groupe Barrière, dont le président est également un ami de Nicolas Sarkozy, ce qui tombe bien : ce qui prouve qu 'être maire de Neuilly permet de se constituer un carnet d'adresses qui n'a rien à voir avec celui qu'on constitue à Nevers ou à Lens. Pendant ce temps-là, les militants, les partisans, la foule de droite attendent place de la Concorde.
Finalement, il s'y rend. 30.000 personnes, c'est gentiment festif, mais ce ne sont pas les grandes foules des alternances, du passage de la nuit au jour et réciproquement, que la nuit soit de droite ou de gauche. Beau discours du nouveau président, improvisé, reprenant les thèmes de sa déclaration officielle : il y a longtemps que Nicolas Sarkozy est l'un des meilleurs orateurs français, sinon le meilleur. Derrière lui , la famille, les candidats ministres, l'équipe de campagne. Tiens, on reconnaît le président de la Cour des comptes, en principe par fonction magistrat impartial, qui en l'occurrence affiche une fugitive partialité, comme si c'était vraiment plus fort que lui : c'est dur l'Etat impartial.
Retour au Fouquet's pour s'offrir une nuit dans une suite de l'un des plus beaux palaces du monde. La suite est tarifée entre 1.500 et 2.590 euros la nuit. S'offrir est une façon de parler qui ne correspond sans doute pas à la réalité.
Le lendemain matin, il part en jet privé pour Malte, sans doute le coup de baguette magique d'une autre fée très bienveillante. Il rejoint le port de La Valette et embarque sur un yacht de 60 mètres de long, propriété d'une autre fée, elle aussi généreuse, Vincent Bolloré, patron, bâtisseur et propriétaire du groupe portant son nom.
Au crédit de Nicolas Sarkozy, il a vraiment décomplexé la droite. La droite s'affiche, c'est normal, elle a gagné. Elle aime l'argent et le revendique. C'est normal, elle ne fait plus de complexe sur l'argent. Et puis qu'avec Nicolas Sarkozy, tous les Français qui se lèvent tôt vont enfin gagner de l'argent, il est normal que le nouveau président affiche la couleur de l'argent, et fasse une démonstration de ses goûts en la matière. Comme une sorte de manifeste qui rappelle, le successeur de Charles de Gaulle, George Pompidou et son "Enrichissez-vous !". Avec Nicolas Sarkozy, "tous ensemble, c'est possible" !
On se souvient de la déclaration de Nicolas Sarkozy, il était encore candidat, en fin de campagne, annonçant qu'il allait prendre "quelques jours pour habiter la fonction, pour prendre la mesure de la gravité de la charge". On évoquait même dans son entourage une retraite monacale. Il fallait sans doute ce bain d'hyper luxe, cet affichage de nouveau riche, pour passer de la dimension spirituelle de la campagne, à la dimension temporelle de la fonction, quasi-triviale.

http://www.rtl2007.fr/analyses/editos/0/couleur-argent-6703.html

 

Par Serge July - Publié dans : RTL
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