Au PS, les présidentiables poursuivent leur guérilla durant l'été
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Et dans deux semaines, à La Rochelle, place aux grandes offensives
Au mois d'août, le Parti socialiste s'est donné des allures de camp scout: vacances sac au dos. Pour Ségolène, alias Belette stratosphérique, il s'agit de coller à une actualité d'échelle mondiale. Pour Lionel Jospin, dit Cheval de retour, il faut enrayer un scepticisme qui confine à la défiance. Pour Jack Lang, Scribe insatiable, un nouvel ouvrage, sur la fiscalité, doit assurer la rentrée. Enfin, pour Dominique Strauss-Kahn, auquel un proche décerne le totem de Taupe obstinée, il est temps de montrer que le travail souterrain dans le parti n'était pas une fiction. Dans deux semaines, l'université d'été de La Rochelle transformera les scouts en soldats.
Le bus du vendredi
A La Rochelle, le samedi 26 août sera la journée de Jospin et le dimanche 27 celle de François Hollande. Pour le vendredi, les observateurs s'attendent à un affrontement à distance entre Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn. "Ce sera la guerre des autobus", s'amuse déjà un proche de Jospin qui parie que Julien Dray, au service de Ségolène, rameutera plus de militants que ne sauront le faire les partisans de l'ancien ministre de l'Economie. Ces derniers relèvent le défi. Habitués à tenir chaque année une réunion à huis clos, ils veulent cette fois-ci impressionner par le nombre, en public. Il s'agit pour eux de faire apparaître au grand jour ce réseau clandestin qu'ils sont sûrs d'avoir tissé au profit de leur champion. Militants, cadres du parti, parrains potentiels pour la primaire (il faut 30 signatures de membres du conseil national): les bus DSK seront-ils à impériale ?
Du côté des jospinistes, le défi estival est d'obtenir le report de la primaire à janvier 2007, "pour s'aligner sur Sarkozy"
"En fait, pour que le reste de la gauche fasse pression sur le PS, réclamant Jospin afin d'éviter la multiplication des candidatures", explique un soutien de Ségolène Royal, qui ajoute: "Hollande ne peut accorder cela. D'abord, il faut un vote du conseil national; ensuite, ce serait une déclaration de guerre à Ségolène." "Pourquoi donner à Lionel le temps de remonter la pente ?" achève un proche de Strauss-Kahn. Affaire entendue, donc. Les jospinistes espèrent se consoler avec un appel de patrons de gauche, anonymes mais résolus à expliquer "qu'on ne peut confier le bateau France à quelqu'un qui n'a pas le permis".
Conscient de cette nouvelle attaque, le camp "royaliste" organise la résistance et prépare la riposte
D'abord, "prendre quelque distance, afficher un détachement", puis frapper fort à la rentrée, dès son discours dans son fief de Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire), le 20 août. "Elle parlera à gauche et sur le fond", prévient un proche d'Arnaud Montebourg, qui l'a invitée à Frangy. Les partisans de Ségolène espèrent de plus qu'à La Rochelle Pierre Mauroy se déclarera en sa faveur, lui décernant un "brevet d'ouvriérisme". Ils réfléchiraient enfin à un voyage au Liban, afin de dépasser une fois de plus le parti. Tout comme elle ringardisa le voyage officiel à Jarnac, lors du 10e anniversaire de la mort de François Mitterrand, au début de janvier, en se rendant au Chili, elle résumerait la rentrée socialiste à une agitation politicienne en apparaissant à Beyrouth.
Une agitation, selon ses détracteurs, destinée à masquer une certaine érosion.
"Il remonte des fédérations une grande interrogation sur Ségolène, que ses propos légers sur la Corse et sur le Liban ont accrue", assure un jospiniste. "Il y a plus de doute que l'on croit dans le parti, poursuit un lieutenant de DSK. Beaucoup de militants pensent qu'elle sera la candidate, beaucoup moins sont décidés à voter pour elle." Mais Royal ne sera vraiment menacée que si elle perd son atout maître : être capable de battre Nicolas Sarkozy - et être la seule dans ce cas. "L'électorat ne comprendrait pas que le PS ne se donne pas tous les moyens de gagner, et l'un de ces moyens, c'est la candidature de Ségolène", explique-t-on chez Montebourg.
Un décathlon où chacun valorise ses points forts
Un avantage dont DSK veut lui faire perdre l'exclusive au plus vite, en démarrant le premier, "de façon tonitruante". Considérant qu'il est sous-estimé, son entourage a bâti une rentrée pour qu'il surprenne "par le discours et par le dispositif". Cette démonstration de force se veut le fruit de dix-huit mois de travail de "cantonnier".
"C'est-à-dire que nous avons privilégié les conseillers généraux comme relais", explique l'un des ouvriers de DSK, en ajoutant que des appels téléphoniques estivaux dans les fédérations ont achevé l'ouvrage. DSK a jusqu'ici promené son pion sur chaque case de l'échiquier socialiste sans beaucoup avancer. "Mais il n'y a pas de "tout sauf Dominique'', plaide un proche, alors que pour beaucoup Ségolène est trop à droite et pour d'autres Fabius trop à gauche. DSK va apparaître comme le plus rénovateur des hommes d'Etat et le plus homme d'Etat des rénovateurs.
L'équation “compétence-renouveau'' verra surgir son nom comme solution."
La télé pour arbitre?
Dominique Strauss-Kahn, Ségolène Royal, Jack Lang, Laurent Fabius et François Hollande développant, face à face, leurs idées sur un plateau de télévision: ce projet, imaginé par Jean-Pierre Elkabbach, PDG de Public Sénat, fait son chemin. "JPE" a conçu un aménagement qui semble avoir convaincu les candidats à la candidature : deux débats d'une heure et demie chacun, diffusés à 19h30. Devant eux, trois journalistes affûtés. Le dispositif scénique serait calqué sur celui mis en place en Allemagne et en Italie, lors des débats Merkel-Schröder et Prodi-Berlusconi : des pupitres dressés côte à côte et devant les caméras. Quatre grands thèmes seraient débattus sobrement: l'économie, la société, les institutions et la politique.
Enfin, chez les strauss-kahniens, on se réjouit de voir les amis de Lionel Jospin "se charger du travail de démolition" contre Ségolène
Entre l'ancien Premier ministre et celui qui fut son ministre de l'Economie, les chiens de faïence ont cédé la place à des ruses de renard. "De manière surprenante, DSK est beaucoup moins fermé sur la candidature de Lionel", entend-on chez l'un. "Sévères sur son retour au début, pour ne pas être discrédités, nous retissons les liens, cela peut être utile", confie-t-on chez l'autre.
Ces manœuvres d'août n'ont rien d'auguste, et témoignent d'un problème profond du parti : à son débat d'identité il a substitué un débat de personnalités. Les affrontements sur l'Europe, sur la mondialisation ou sur le rôle de l'Etat se sont ensablés au début de juillet, une fois le projet débattu; ne reste que le "concours de présidentiabilité", décathlon où chacun valorise ses points forts : popularité, expérience, réseaux, compétence, etc.
Tous les camps s'accordent sur un point : François Hollande, alias Elephanteau masqué, brouille toujours les pistes
"Hollande pilote Ségolène, c'est évident quand on voit comme elle prépare La Rochelle», estime un hiérarque. "Il veut soutenir Lionel, ricane un jospiniste, mais craint d'être le dindon au cas où Jospin aurait un accord secret avec DSK ou Fabius!» Jospin, qui parle samedi 26 août, restera le dimanche à La Rochelle pour écouter le discours de clôture du premier secrétaire. Sans doute parce que le dimanche, pour les scouts, c'est le jour de la grand-messe.
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