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Lundi 12 juin 2006 1 12 /06 /2006 02:31

De quoi exaspérer les Dominique, Laurent, Jack, Lionel, Martine… qui voudraient bien faire autre chose que de la figuration !

http://blogs.lesechos.fr/fressoz

Il est de bon ton, par les temps qui courent, de décrier la Ve République : pouvoir trop personnel, irresponsabilité du président, Parlement muselé... les critiques pleuvent. Il faut quand même reconnaître une vertu au régime : celui d'accélérer les décantations politiques. Ce qui se passe en ce moment au PS - la bataille idéologique autour de la sécurité, puis des 35 heures, née de la confrontation entre Ségolène Royal et les « éléphants » - n'aurait sans doute jamais vu le jour si n'était programmée dans un an une élection présidentielle. Une élection qui se joue, depuis 1962, au suffrage universel direct, parce que de Gaulle a voulu en faire le rendez-vous entre un homme (il est douteux qu'à l'époque il ait songé à une femme !) et un peuple. Une élection qui, depuis 1962, s'impose comme le scrutin phare du régime.
Le phénomène Royal est né et a pris son ampleur en marge du parti.
Il a été alimenté par les sondages et par un mouvement d'opinion profond. Il a d'abord traduit un besoin de nouveauté, un désir de changement : renvoyés à leurs jeux tactiques, les hommes du parti ont brusquement pris un coup de vieux. Puis est venu un message : « l'ordre juste », qui ne figure pas dans la vulgate socialiste, mais qui a de très profondes racines, puisque c'est le théologien saint Thomas d'Acquin qui, le premier, a usé de cette expression au XIIIe siècle. L'« ordre juste », dans l'esprit de Ségolène Royal, fait référence au besoin de restaurer des repères forts dans une société en panne d'éthique. Il tranche avec l'esprit libertaire de Mai 1968, qui imprègne fortement le Parti socialiste depuis les années 1970. Une fois les marqueurs posés, la présidente de la région Poitou-Charentes, à qui ses camarades reprochaient de n'avoir pas de propositions concrètes, a commencé à en avancer quelques-unes, ciblées sur la vie quotidienne des Français : la sécurité, le travail. Et là, la synthèse molle, dans laquelle le parti a tendance à s'enfermer pour préserver sa fragile unité, a explosé en vol : persuadée d'être en phase avec l'opinion, Ségolène Royal a montré sur les questions de sécurité une froide détermination et avancé des propositions qui ont fait frémir plus d'un camarade. L'idée de placer les primodélinquants de plus de 16 ans dans des établissements à encadrement militaire pour leur apprendre un métier ou réaliser un projet humanitaire a fait l'unanimité contre elle. A peine le soufflet retombé, la candidate potentielle a cependant levé un autre tabou sur les 35 heures en reprenant à son compte une critique que Laurent Fabius et l'aile gauche du parti avaient formulée au lendemain de la défaite de 2002 : pour certaines catégories de salariés, la réduction du temps de travail n'a pas été un facteur de progrès social. Elle s'est au contraire traduite par davantage de précarité. Et de nouveau, elle a heurté de front les éléphants.

Ségolène Royal est-elle des nôtres ?
La critique qui monte des rangs des dirigeants socialistes montre à quel point la « candidate probable » à l'investiture socialiste a bousculé son parti et pris des risques pour son avenir. Certes, deux personnalités avant elle, François Mitterrand en 1981, et Lionel Jospin en 1995, avaient su se servir du levier présidentiel pour prendre le leadership de la gauche. C'est en misant sur l'élection présidentielle que l'un et l'autre avaient réussi à s'imposer. Aucun des deux en revanche n'avaient pris le risque de bousculer idéologiquement le parti : François Mitterrand, qui n'était pas un socialiste d'origine, l'avait au contraire flatté dans sa thématique quasi révolutionnaire : ses « 110 propositions » étaient en 1981 directement extraites des quelque 500 que le PS avait produites. En 1995, Lionel Jospin était allé moins loin, mais il avait su composer avec un parti dont le premier secrétaire s'appelait Henri Emmanuelli, et dont l'axe de gravité s'était, comme aujourd'hui, déporté sur la gauche. Ségolène Royal fait le contraire : au lieu de flatter le parti, elle choque ; au lieu de l'accompagner sur la gauche, elle le tire dans l'autre sens. Ce qu'elle pense sur la sécurité, ce qu'elle dit sur Tony Blair - « Il a obtenu, face au chômage des jeunes, de vrais succès en recourant à plus de flexibilité et plus de sécurité. » - appartient plutôt au fonds de commerce de l'aile droite du parti. Ce faisant, Ségolène Royal prend des risques, car ce sont bien les militants socialistes et non les sondages qui, en novembre prochain, choisiront leur candidat.
Est-ce-à dire que le « ségolisme », cet exercice de rénovation auquel la présidente de Poitou-Charentes se livre pour ainsi dire de l'extérieur est voué à l'échec ?
Pas sûr, car le choc de 2002 est passé par là. Le PS n'est plus la grande force politique qu'avait réussi à constituer François Mitterrand en 1981. Il est un organisme fragile soumis, comme les autres partis de gouvernement, à une grave crise de la représentation politique. Il a été plusieurs fois abandonné, désavoué même, par les milieux populaires qui, électoralement, pèsent très lourd (c'est le deuxième groupe derrière les retraités) et qui ont de plus en plus tendance à se réfugier dans le vote extrême ou l'abstention. Le PS a, lors de la dernière présidentielle, subi l'affront de ne pas arriver au second tour. Autant dire qu'il est passé tout près de la catastrophe. Mais en réponse à cette crise, il a eu fâcheusement tendance à se replier sur lui-même au lieu d'ouvrir grand ses fenêtres. Pour redevenir fort, il a impérativement besoin d'élargir son socle électoral : « Un parti ne peut être majoritaire avec le seul soutien des classes moyennes. Tout simplement parce qu'elles sont minoritaires dans la société française », constate François Hollande, le premier secrétaire du PS dans son dernier livre (*). Dans cette entreprise d'élargissement, Ségolène Royal est un atout de poids : elle a le mérite d'adresser un message audible aux milieux populaires, dont Nicolas Sarkozy a, à droite, dès 2002, très bien compris l'enjeu stratégique.
La candidate virtuelle de la gauche a également pour elle de drainer vers le PS un certain nombre de nouveaux militants qui viennent sur son nom et contribuent à renforcer le parti.
Il existe donc un intérêt commun entre celle qui caracole aujourd'hui en tête des sondages et le parti auquel elle appartient. Mais un intérêt qui peut à tout moment dégénérer en un affrontement destructeur, tant les susceptibilités sont à fleur de peau. Dans les gênes du parti, le principe d'unité a toujours pesé beaucoup plus lourd que celui de la rénovation, le collectif a toujours encadré l'aventure individuelle. Et ce n'est pas le moindre des paradoxes que ce soit le compagnon de Ségolène Royal, François Hollande, qui, la semaine dernière, ait dû rappeler les règles du jeu en déclarant que le projet adopté la semaine dernière était « celui de tous les socialistes ». Comme toujours dans ce parti, la solution passe par une synthèse. Mais l'élément nouveau et très perturbateur est que cette synthèse semble se jouer à l'intérieur d'un couple : Ségolène d'un côté, François de l'autre. De quoi exaspérer tous les autres - les Dominique, Laurent, Jack, Lionel, Martine, etc. - qui voudraient bien faire autre chose que de la figuration !

Par Françoise Fressoz : blogs.lesechos.fr/fressoz - Publié dans : Blog
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Jeudi 15 juin 2006 4 15 /06 /2006 14:23

Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Lepen poursuivent leur ascension

http://www.ipsos.fr/CanalIpsos/articles/1874.asp?rubId=19

 

Dans un contexte marqué par les premiers échanges directs entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy et les débats sur l’insécurité et l’immigration, la nouvelle vague du baromètre de l’action politique et du potentiel électoral IPSOS-Le Point met en évidence une baisse générale des cotes de popularité. Seules trois personnalités politiques échappent à cette tendance : la présidente du Conseil régional Poitou-Charentes, le Ministre de l’intérieur et, Jean-Marie Le Pen.
Déclarations polémiques de Ségolène Royal sur la délinquance, réactions au sein du Parti socialiste, conférence de presse du Ministre de l'intérieur sur les évolutions en matière de sécurité, régularisation d'élèves sans papiers scolarisés, votes à l'Assemblée nationale : la maîtrise de l'immigration et, surtout, la lutte contre l'insécurité ont clairement dominé le débat politique et, plus largement, l'agenda médiatique au cours des dernières semaines.
Les premières prises de position fortes de Ségolène Royal ont par ailleurs donné lieu aux premiers échanges directs entre la présidente du Conseil régional Poitou-Charentes et Nicolas Sarkozy, et marqué ainsi le lancement de la pré-campagne électorale en vue de l'élection présidentielle de 2007.
Dans ce contexte, alors que l'image de la quasi-totalité des leaders politiques testées dans le Baromètre Ipsos / Le Point se dégrade, trois personnalités voient en revanche leur cote de popularité progresser et atteindre même des valeurs records : il s'agit justement de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy mais aussi, de Jean-Marie Le Pen.

En effet, la popularité de la présidente du Conseil général Poitou-Charentes atteint des sommets
Avec 67% d'opinions favorables et une progression de 2 points par rapport à mai dernier, Ségolène Royal bat des records de popularité et conserve la tête du classement du palmarès des personnalités politiques préférées des Français. Ces déclarations polémiques, qui ont suscité de vives réactions au sein de son parti et l'opposition d'une partie des sympathisants socialistes (selon le sondage Ipsos-Le Monde-la Chaîne Parlementaire-Assemblée Nationale) ne semblent donc pas pour autant avoir terni son image. Elles ont peut être en revanche permis de contrer un argument maintes fois avancé par ses détracteurs, celui de son manque de programme. Dans le détail, si sa popularité est en baisse auprès des personnes se déclarant proches du PC et des Verts, elle enregistre même une légère progression chez les sympathisants du PS (90% de jugements positifs, +2 points).
Mais c'est Nicolas Sarkozy qui affiche ce mois-ci la plus forte progression avec 63% d'opinions positives, soit une hausse de 5 points en un mois
La côte de popularité du Ministre de l'Intérieur n'avait jamais atteint un tel niveau depuis sa nomination comme président de l'UMP et plus exactement depuis avril 2004. A noter que c'est auprès des sympathisants de gauche que l'image de Nicolas Sarkozy s'améliore le plus (+10 points pour atteindre 41% d'opinions positives). Cette évolution s'explique sans doute pour beaucoup par l'annonce de la baisse des chiffres de la délinquance. Au sein de l'électorat de gauche, la régularisation d'élèves sans papiers scolarisés et les propos musclés de Ségolène Royal - qui peuvent signifier pour certains une «légitimation» des lignes directrices de la politique du Ministère de l'Intérieur, semblent également jouer un rôle important. Nicolas Sarkozy réussit ainsi à progresser à gauche, tout en restant extrêmement populaire aussi bien auprès de l'électorat de la droite parlementaire que de celui du Front National.
Signalons enfin la percée significative de Jean-Marie Le Pen
Malgré une présence médiatique très limitée au cours des dernières semaines, le leader du Front National peut désormais compter sur le jugement favorable de 26% des Français (+4 points par rapport à mai dernier, +9 points en deux mois), soit son score le plus élevé depuis la mise en place du Baromètre Ipsos-Le Point , en août 1996. A titre de comparaison, 22% des Français portaient un jugement favorable sur Jean-Marie Le Pen, à la veille du premier tour de l'élection présidentielle d'avril 2002. Là encore, le contenu des débats politiques actuels (immigration, insécurité, affaires) d'une part et la « déculpabilisation » que les propos « musclés » de la principale pré-candidate de la gauche peuvent entraîner chez certains sont certainement à l'origine de ces évolutions.
Un duel Sarkozy-Royal très serré et Le Pen en troisième homme
L'évolution des potentiels électoraux par rapport au mois dernier est en partie le reflet des tendances signalées plus haut. Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy continuent en effet à creuser l'écart avec les principaux adversaires de leur camp respectif. Ainsi, 67% des Français (+1 point) déclarent aujourd'hui qu'ils pourraient voter pour la présidente du Conseil général Poitou-Charentes au premier tour de la prochaine élection présidentielle (dont 18% qui seraient certains de le faire) contre «seulement» 49% (dont 7% de «certains») pour le deuxième socialiste le mieux classé, Bernard Kouchner. Même scénario à droite, où le potentiel électoral de Nicolas Sarkozy augmente de 2 points (62%, dont 23% de certains de voter pour lui) alors que ceux de Dominique de Villepin et Jacques Chirac stagnent (36% pour le Premier ministre, 26% pour le président de la République ). A noter enfin que les personnes tentées par la candidature de Jean-Marie Le Pen sont également plus nombreuses qu'en mai dernier (27%, soit +4 points), même si le noyau dur des lepenistes tend à se réduire (7%, -1 point).
En termes d'intentions de vote, le duel Royal - Sarkozy s'annonce toujours aussi serré
Le Ministre de l'Intérieur devancerait Ségolène Royal au premier tour avec 35% des suffrages (inchangé) contre 29% (-1 point) pour la présidente du Conseil régional Poitou-Charentes. A noter là encore la progression de Jean-Marie Le Pen (12% des voix, soit 2 points de plus qu'en mai dernier) au détriment de Philippe de Villiers qui lui recule d'un point pour se situer désormais à 4%.
Au deuxième tour, Ségolène Royal ne bénéficierait plus aujourd'hui d'un excellent report de voix à gauche
Contre-coup de ses propositions en matière de lutte contre l'insécurité, près de 20% des électeurs de la gauche de la gauche ne se prononceraient pas aujourd'hui dans l'hypothèse d'un second tour Royal - Sarkozy. C'est en partie cette évolution qui explique le fait que l'actuel Ministre de l'intérieur l'emporterait aujourd'hui de justesse au second tour avec 51% des voix (+2 points), contre 49% pour la présidente du Conseil régional Poitou-Charentes.

http://www.ipsos.fr/CanalIpsos/articles/1874.asp?rubId=19

Par Federico Vacas - IPSOS - Publié dans : Blog
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Mardi 11 juillet 2006 2 11 /07 /2006 22:58

L'observation sur plusieurs semaines du traitement de la pré-campagne dans Le Monde permet de reconsidérer le problème d'un éventuel parti-pris


http://www.acrimed.org/article2407.html

 
Elle permet aussi de constater la banalisation du "journal de référence".
Sur 26 éditoriaux du Monde, du 14 mai au 12 juin 2006, 3 seulement sont relatifs aux élections présidentielles à venir. La question de ses éventuels parti-pris se posent pourtant déjà dans le microcosme médiatique suite aux allégations d'Edwy Plenel sur "des liens forts" qui existeraient entre les dirigeants du journal et Nicolas Sarkozy. Contre la rumeur accusatrice lancée par l'ancien directeur de la rédaction et reprise par certains lecteurs, le médiateur, Robert Solé, a publié une chronique intitulée "Notre ami Nicolas". Il y cite des extraits de courriers adressés au journal comme le suivant, à l'occasion de l'affaire Clearstream : "On ne peut manquer de s'interroger sur l'objectif que poursuit Le Monde en agitant son chiffon rouge avec tant de constance. (...) Y a-t-il un dessein politique ? Faire tomber rapidement Villepin, voire Chirac, pour faire élire Sarkozy, la gauche n'étant pas prête ? C'est ce qui se dit, même si c'est gros."

Robert Solé répond à ces critiques en donnant des exemples de démarcation. Il met ainsi en avant la causticité de Plantu à l'égard du ministre : "on ne peut pas dire qu?il ménage particulièrement Nicolas Sarkozy. Dans ses dessins, celui-ci est souvent armé d?un poignard, quand il n'est pas représenté par un moustique porteur du chikungunya. On a vu, pendant quelque temps, des mouches tourbillonner autour du visage de l'intéressé (qui a protesté)..." Il évoque également le fait que Le Monde s'en serait pris au président de l'UMP : "le journal a été très sévère pour le ministre de l'intérieur lors de la crise des banlieues, allant parfois jusqu'à réduire le problème à sa personne. ?"

Un champ des possibles circonscrit

De fait, du 14 au 21 mai 2006, on recense 11 articles relatifs à la candidature ou à la campagne de Nicolas Sarkozy contre 14 pour le reste du spectre politique (candidature ou campagne également). Mais du 30 mai au 10 juin, la tendance s'inverse : 24 articles sont consacrés au seul PS contre 5 à Nicolas Sarkozy en tant que candidat. Les dirigeants du Parti socialiste ont en effet adopté le projet pour la présidentielle le 6 juin (au terme de querelles médiatisées) et Ségolène Royal a fait des déclarations fracassantes sur la question de la sécurité le 31 mai. De surcroît, après s'être vue consacrer la une du Monde 2 daté du 27 mai dans lequel on pouvait lire un portrait de 8 pages traduit du New York Times Magazine, celle-ci a fait quatre fois la une de suite du 2 au 6 juin (plus le dessin de Plantu en première page le 8 juin)...

Le 10 juin 2006, Robert Solé consacre d'ailleurs une partie de sa chronique à la candidate à l'investiture PS. Le médiateur écrit : "Accusé de machisme il y a quelques mois, voilà Le Monde soupçonné maintenant - mais pas par les mêmes - de ségolisme aigu. (...) Affirmer et répéter que Le Monde ne "roule" pour aucun candidat ne sert à rien : l'indépendance se démontre, jour après jour, par une présentation équilibrée des différentes candidatures, une analyse pertinente de l'actualité politique et une stricte distinction entre information et commentaire. C'est un fait : Ségolène Royal intéresse les Français, y compris ceux qui la dénigrent."

De fait, le "journal de référence" ne prend pas parti directement, ni pour Mme Royal, ni pour M. Sarkozy. Il reste que Le Monde, comme les médias dominants en général, circonscrit le champ des possibles politiques à l'alternative entre ces deux candidats. En atteste, comme on vient de le voir, l'importance et la place accordées aux deux personnages. En atteste aussi, comme on va le voir, les effets de censure et de fermeture, conséquences de la ligne éditoriale.

Censure et fermeture

Comme l'écrit Pierre Rimbert, "l'entreprise de presse plongée dans les eaux du marché se montre solidaire du régime économique qui l'engendre et la fait prospérer ?" La dernière ligne droite de l'élaboration du projet socialiste a été l'occasion de vérifier une nouvelle fois cette solidarité pour ce qui concerne Le Monde. En page 2, les "plumes" du journal se sont succédées pour rappeler le PS à son devoir de "modernité". Le samedi 27 mai, Patrick Jarreau ouvre le feu. Considérant que le projet annonce, par exemple, le "retour d'EDF et GDF à 100% dans le public", la "remise en cause des baisses d'impôts sur le revenu et d'ISF intervenues depuis 2002" ou "la fiscalisation de la CSG pour en faire un impôt progressif", il déplore : "ces premiers engagements font entendre une fanfare de restauration destinée aux oreilles de la "gauche de la gauche", sinon de l'extrême gauche. Les socialistes demandent pardon pour leurs écarts modernistes des années Fabius (1984-1986), Rocard (1988-1991) et Jospin (1997-2002)." Son collègue de l'édition du week-end, Eric Le Boucher, renchérit le 4 juin : "Qui dira aux socialistes français que nous sommes en guerre économique ? Que notre croissance s'effondre ? Que nos finances sont vides ? Que l'Amérique nous distance, que l'Inde et la Chine nous rattrapent ? Et que les guerres ne se gagnent pas dans les infirmeries ? Le projet socialiste dont on a eu une première mouture cette semaine nous promet du social, du social et encore du social. De gentilles infirmières, plein. Des guerriers hargneux, aucun. "

Le Monde a, en outre, accordé beaucoup d'importance (6 pages de compte-rendu et de portraits le 20 mai 2006) au séminaire organisé du 12 au 14 mai à Grenoble par La République des idées de Pierre Rosanvallon. Dans tous les cas, il s'agit d'insister sur la nécessité pour la gauche d'être "moderne". Ségolène Royal incarne cette modernité comme le suggère Laurent Greisalmer dans sa chronique du 6 juin intitulée "Comment Ségolène passe les éléphants au Kärcher" : "Peut-être s'apercevra-t-on ultérieurement qu'une femme politique est véritablement née ces jours-ci. En disant avec une force tranquille qu'elle ne compte pas laisser les "sauvageons" pourrir la vie des braves gens, par exemple.(...) Il est assez jubilatoire d'entendre quelqu'un bousculer le disque dur socialiste. De même qu'il est saisissant de voir les éléphants immédiatement en appeler à la doctrine de la gauche en matière de sécurité (une louche de prévention, une cuillérée d'angélisme) comme s'il s?agissait d'une recette indépassable. (...) Elle innove, elle invente, lance un formidable débat tandis que ses petits camarades ressortent mécaniquement leurs petits seaux et leurs petites pelles pour fortifier les frontières étriquées du socialisme made in France."

Ces éditoriaux et ces points de vue participent de l'effet de censure idéologique propre au "journalisme de marché" en imposant une doxa faite de "modernité" et de "réformes". Mais la censure peut aussi être couplée à un effet de fermeture de l'accès au champ politique. L'anniversaire du référendum dans Le Monde a été une nouvelle occasion de le vérifier. Constatant les difficultés (bien réelles) du "non" de gauche à s'entendre sur une candidature unitaire, les rédacteurs-éditorialistes du "journal de référence" s'en sont donnés à coeur joie pour tuer dans l'oeuf une démarche politique hétérodoxe a priori, sur le fond comme dans sa forme. Le 23 mai, dans un article intitulé "La gauche du non déchante", Michel Noblecourt écrit ainsi que "la fête unitaire du non de gauche a un goût amer. Le navire prend l'eau avant d'être en mer. L'appel lancé le 13 mai par une cinquantaine de personnalités pour des candidatures unitaires est un raccourci de cette impasse stratégique." Le 10 juin, Patrick Jarreau en remet une couche dans un résumé aussi brutal que grossier : "Les promoteurs du non en escomptaient un bouleversement du paysage. (...) A ce jour, ils n'ont pas fait le moindre progrès dans cette direction. Arlette Laguiller n'envisage pas un instant de ne pas représenter Lutte ouvrière pour cette élection présidentielle comme pour les cinq qui l'ont précédée depuis 1974. Marie-George Buffet n'a été reconduite à la tête du PCF qu'en promettant à l?appareil du parti que celui-ci aurait son propre candidat en 2007 [ce qui n'est que pure spéculation]. Olivier Besancenot est sans doute celui qui se verrait le mieux en porte-parole d?un candidat unitaire piloté par la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), mais c'est justement ce dont les autres ne veulent pas [ce qui n'est que spéculation pure]. José Bové propose donc vainement de faire don de sa personne à un rassemblement qui n'existe pas [ce qui est faux, cf. l'article de Michel Noblecourt]. Quant à Laurent Fabius, il a fait beaucoup pour le succès du non, mais le moins qu'on puisse dire est qu'il n'a pas été payé de retour. ?"

L'analyse de ces dernières semaines dans Le Monde montre donc qu'il n'y a pas de préférence explicite pour un candidat mais une tendance à la réduction du périmètre idéologique du débat. Cette tendance étant observable dans la plupart des grands médias, elle confirme aussi la banalité toujours plus grande du journal dans le champ médiatique. Dans le suivi de la pré-campagne, cette standardisation du Monde se constate d'ailleurs également dans le manque de distance face à l'actualité et dans le choix des angles et des sujets, souvent identiques à ceux de la concurrence.

A bonne distance ?

Récemment, à la question du Journal du dimanche "Comment allez-vous appréhender la prochaine campagne présidentielle ?", Jean-Marie Colombani répondait "De la façon la plus rigoureuse qui soit, à bonne distance. Le Monde restera fidèle à un certain nombre de valeurs." Pratique-t-il cette distance ainsi proclamée ? Quand le journal de Jean-Marie Colombani rend compte de n'importe quel fait ou geste de Nicolas Sarkozy, on peut en effet se demander en quoi consiste le rapport distancié à la stratégie d'omniprésence du président de l'UMP. Le 14 mai 2006, par exemple, après une semaine médiatique saturée par deux faits divers sordides, le journal rendait compte d'une réaction à chaud du ministre-candidat qui annonçait... qu'il allait faire des annonces sur les criminels sexuels.

Le 14 mai 2006 toujours, une pleine page était consacrée à la stratégie du ministre de l'intérieur consistant à placer des personnes de confiance aux postes clés de son administration en vue de "veiller sur lui jusqu'au rendez-vous de 2007." Dans un article sur cinq colonnes, la question de l'accaparement des moyens de l'Etat à des fins personnelles est expédiée en quelques lignes : "Fonctionnement clanique ? Privatisation du ministère ? Des accusations rejetées par Claude Guéant [directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy au Ministère de l'Intérieur]. "Clanique voudrait dire exclusif, souligne-t-il. Cela ne l'est pas. Le ministre est très affectif. Il aime avoir autour de lui des gens qu'il connaît, qui le mettent à l'aise, sur lesquels il peut se reposer. Mais de nouvelles personnalités peuvent apparaître et gagner sa confiance très rapidement. "

On peut pareillement s'étonner de l'absence de recul du journal dans son analyse du discours de Nicolas Sarkozy. Se présentant en tenant de la rupture avec le chiraquisme, le président de l'UMP a saisi l'occasion de son récent voyage en Afrique pour dénoncer les pratiques de la "Françafrique". Le déplacement a été largement couvert par le journal de référence qui lui a consacré trois articles en trois jours... sans jamais interroger le caractère quelque peu contradictoire des déclarations de celui qui a été ministre de Jacques Chirac de 2002 à 2004 et qui l'est à nouveau depuis juin 2005.

Le problème de la distance est pourtant évoqué par l'un des lecteurs cités par Robert Solé dans sa chronique du 21 mai sur le ministre de l'intérieur : "Pas un jour ne passe sans que vous vous sentiez obligés de nous faire part de la moindre pensée ou du moindre impensé, ambition, action ou inaction du président de l'UMP. Pour compléter la connaissance du personnage, je vous suggère de traiter : la sexualité du Sarkozy, la psychanalyse du Sarkozy, la jeunesse du Sarkozy, Sarkozy et la mode... ? A cette interpellation, le médiateur rétorque : "ce n'est pas la première fois que l'on reproche au Monde de favoriser le personnage le plus en vue du paysage politique." Mais est-ce que justement Le Monde ne devrait pas garder une certaine distance par rapport à l'actualité surtout lorsqu'elle est fabriquée par et pour les médias ?

Quand la nécessité fait l'uniformité

Le Monde manque de recul dans son approche de l'actualité politique car il est dans une logique qui est celle de l'audience comme le montre le mimétisme avec la concurrence dans le choix des angles. Quand Libération publie le 15 mai un "grand papier décalé" sur le regard des femmes sur Ségolène Royal, Le Monde réplique dans son édition du 16 mai par... un "grand papier décalé" sur "La galaxie Royal, Naissance d'une webcandidate". Les deux quotidiens ont également publié chacun un article sur les attentes et les craintes des militants UMP de base : le 14 Mai 2006 dans Le Monde et le 15 mai 2006 dans Libération. Ils ont enfin privilégié l'un comme l'autre une approche people de la pré-campagne.

Pierre Bourdieu expliquait que "c'est la dépendance qui fait l'uniformité". L'interview donnée par Jean-Marie Colombani au Journal du Dimanche le 21 mai 2006 donne un aperçu de l'importance actuelle de la logique économique pour le journal qu'il dirige. Commentant la nouvelle formule six mois après son lancement, il constate que "le bilan est excellent. Cette formule réalisée tient ses promesses." Or, dans l'interview, le seul critère pour évaluer cette "excellence" retrouvée est la courbe des ventes : "entre le premier numéro du nouveau Monde et la semaine dernière, comparées à la même période en 2005-2006, nos ventes en kiosques progressent de 0,2%. N'oubliez pas que sur cette même période, entre novembre 2004 et mai 2005, nos pertes étaient de 14,5% ! Notre nouvelle formule nous a permis de remettre le journal sur pied. Le renom et l'image du Monde sont rétablis."

L'impératif commercial explique, en partie, la banalisation du Monde en général et dans le traitement de la pré-campagne en particulier. Sur le fond, ce suivi de la pré-campagne se caractérise par une pression éditoriale favorable à deux candidats qui confirme les tendances prescriptives observées, notamment, lors de la campagne référendaire de 2005. Pour 2007, pour l'instant, "le politiquement pensable" tient dans l'alternative entre "la justice et l'ordre" (Ségolène Royal) et "l'ordre et la justice" (Nicolas Sarkozy). "

http://www.acrimed.org/article2407.html

Par Grégory Rzepski - Publié dans : Blog
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Samedi 15 juillet 2006 6 15 /07 /2006 00:58
Quel que soit le mérite, au PS, être numéro un ne garantit rien. Ce sont les militants qui choisissent leur candidat à la présidentielle


http://challengestempsreel.nouvelobs.com/france/chall_309157.html#

 
Qui guerroie en première ligne contre la droite à l’Assemblée nationale ? Qui fait perdre son sang-froid au Premier ministre et l’affaiblit un peu plus encore en le contraignant à des excuses publiques pour l’avoir accusé de "lâcheté" ? François Hollande. Sur qui Lionel Jospin compte-t-il pour arrêter Ségolène Royal ? Encore Hollande. Jamais, depuis 1997, le rôle du premier secrétaire du PS n’a été à ce point reconnu et valorisé. Si Hollande était le patron du SPD allemand, du Labour britannique ou du PSOE espagnol, le problème de savoir qui conduira la bataille électorale en 2007 ne se poserait même pas. Ce serait lui. Mais au PS, être numéro un du parti ne garantit rien. Ce sont les militants qui décident. En 1995, ils avaient préféré Jospin, qui n’était plus rien, à Emmanuelli, qui était premier secrétaire.
Nombreux succès
Depuis neuf ans, à la tête du PS, Hollande a accumulé l’expérience et les succès.
Si l’on excepte la bérézina de 2002, dont il peut difficilement être tenu pour responsable, il a tout gagné. Il a remporté haut la main deux congrès difficiles, conduit les socialistes à des victoires sans précédent aux régionales et aux cantonales de 2004, aux européennes de 2005. Habile, bon orateur, il a des idées claires. Ce n’est ni un révolté ni un démagogue, c’est un social-­démocrate réaliste, adepte de changements raisonnables.
Certes, il n’a ni l’expérience gouvernementale d’un Jospin, d’un Fabius ou d’un Stauss-Kahn, ni le charisme d’un Lang, mais il est aimé des militants. Lorsque Ségolène Royal, sa compagne, s’est lancée dans la course à l’Elysée, il n’a pas été surpris. Il sait mieux que personne que sa volonté d’être candidate ne date pas d’hier. En 1995, il avait déjà eu du mal à la dissuader de se présenter contre Jospin.
Cette fois, il l’encourage plutôt. "Elle est populaire, il faut lui laisser sa chance", confie-t-il. Il devine que sa présence va empêcher Fabius, Strauss-Kahn et Lang de prendre leur élan, et rendre plus difficile encore un retour de Jospin. Hollande aide sa compagne, organise son voyage au Chili où elle va soutenir la socialiste Michelle Bachelet, demande à des proches de la guider pour lui éviter les faux pas. Il est alors persuadé qu’il est le meil­leur candidat du couple.
L’envol de Ségolène Royal dans les sondages début décembre le prend de court.
Comme les autres. Il avait prévu sa propre montée en puissance avec la sortie de son livre, puis l’adoption du projet socialiste début juillet, dont il devait être le meilleur propagandiste. Et voici que la brusque entrée de sa compagne dans la cour des grands bouleverse le jeu. Des proches comme François Rebsamen ou Julien Dray, des amis du couple, rejoignent le camp de Ségolène. Elle séduit les militants sur lesquels il comptait. "La base du parti aime bien François, mais elle kiffe Ségolène", résume Malek Boutih, secrétaire national du PS.

En porte-à-faux
Hollande se retrouve dans la pire des situations. Quand Ségolène se démarque de la culture du parti, sur la sécurité ou sur les 35 heures, elle le met en porte-à-faux, et il est obligé de prendre ses distances… tout en la protégeant. Les autres présiden­tiables l’accusent aussitôt de sortir de son rôle d’arbitre, de mettre le parti au service de ses propres intérêts et de ceux de sa compagne.
François Hollande a-t-il renoncé à jouer sa propre carte ? Non. "Il y a encore, pour moi, une petite fenêtre, confiait-il récemment . Si Ségolène dévisse, si Jospin ne décolle pas…" Il parle du "moment Ségolène" qui peut prendre fin avant la désignation du candidat. En privé, il confie : "Je connais ses faiblesses." Mais il corrige aussitôt : "Elle a beaucoup progressé." Et il constate, agacé et admiratif à la fois : "Rien ne l’atteint, tout lui réussit. C’est irrationnel. Parce qu’elle parle autrement, pas comme les politiques traditionnels, pas comme moi." Ses proches en sont persuadés : il ne fera rien pour la gêner. Comment le pourrait-il d’ailleurs ? Il ra­conte volontiers que, lorsqu’il marche à son côté, les femmes l’interpellent : "Vous allez l’aider, hein !" S’il lui mettait ouvertement des bâtons dans les roues, il compromettrait son avenir politique tout autant que celui de son couple.

Vers un scénario rose ?
Vont-ils s’affronter ? Ou bien ont-ils passé un pacte secret ? "Nous nous déciderons ensemble en tant que couple", avait affirmé Ségolène Royal dans une interview donnée au Financial Times, le 2 février. Autrement dit ce sera lui ou moi. "Si l’élan se poursuit et s’amplifie, alors, bien évidemment, Ségolène sera désignée, et je la soutiendrai", dit Hollande. Si brusquement l’engouement qu’elle suscite faiblit, qui serait mieux placé que le premier secrétaire pour rassembler ? C’est aussi l’avis de Ségolène, qui mettra alors sa popularité au service de François, le seul éléphant socialiste qu’elle respecte. Ce scénario rose, pour eux, est crédible : ils ont toujours fonctionné ainsi, autonomes et solidaires. Mais, cette fois, il n’y a qu’un fauteuil pour deux et la victoire de l’un condamnerait forcément l’autre à l’effacement.
Ce qui change tout.

http://challengestempsreel.nouvelobs.com/france/chall_309157.html#

Par Robert Schneider pour Challenges - Publié dans : Blog
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Mardi 18 juillet 2006 2 18 /07 /2006 00:15

"L’environnement, une question de survie"

http://segolene2007.over-blog.com


Pour la première fois depuis qu’elle apparaît comme la potentielle candidate du PS à l’Elysée, la présidente de Poitou-Charentes s’exprime sur les questions relatives à l’environnement. Elle répond à l’auteur de La Terre vue du ciel qui a souhaité l’interroger sur son "désir d’avenir" en tant que citoyenne de la planète
Réchauffement de la planète, dérèglement climatique, pollution… L’environnement est-il un enjeu majeur pour les prochaines années ?
Ce n’est pas seulement un enjeu majeur, c’est une question de survie. Elle doit bien évidemment être intégrée à toutes les décisions publiques et privées qui sont prises. C’est ce que j’essaie de faire en Poitou-Charentes. Aucune décision d’investir des fonds publics n’est prise sans que l’on se soit interrogé sur l’impact environnemental, y compris pour les aides économiques aux entreprises qui sont obligées non seulement de respecter les normes sociales, mais aussi les normes environnementales. Il faut que cela devienne le reflex de toute population et de tout décideur public.
Concrètement, face à l’effet de serre, quelles solutions faut-il mettre en oeuvre ?
Cela passe par une diminution de l’utilisation de toutes les énergies fossiles, donc forcément par un investissement massif sur les énergies renouvelables. La France est extrêmement en retard, la planète également. La question de l’aide au développement est totalement liée à celle des énergies renouvelables. Je trouve particulièrement choquant qu’aux pays pauvres, qui sont généralement ceux où il fait le plus chaud et où l’énergie pourrait être gratuite, on ait imposé des modes de développement comparables aux nôtres, c’est à dire très consommateurs en énergie fossiles. On les a en fait privés de développement. Il faut repenser tout notre système d’aide à ces pays.
Le pétrole bon marché et abondant semble être derrière nous, faut-il le remplacer, faut-il développer de façons intensives les biocarburants ?
Il faut préparer, dès maintenant, l’après pétrole. Je reviens de Suède, qui est le pays le plus en avance dans ce domaine. Le Premier Ministre a lui-même réuni non seulement son gouvernement mais aussi tous les décideurs pour leur dire : « Voilà, nous allons commencer à vivre comme nous serons contraints de vivre dans vingt ans. » Je souhaite que la France adopte la même posture. Il faut anticiper plutôt que de subir les mutations, et faire le choix du développement économique : investir dans la recherche, créer de nouveaux métiers… Ce défi doit être vu comme une chance, et non pas comme un handicap supplémentaire. La priorité, ce sont les économies d’énergie. Nous gaspillons environ 40% de l’énergie consommées dans une maison : 40%, c’est considérable. Là encore, les pays nordiques montrent l’exemple. Leurs maisons ne gaspillent pas d’énergie. Dans les industries, tout est recyclé, et cela, depuis très longtemps. Imaginez qu’en France, on en est encore à construire des incinérateurs. Dans l’Europe du Nord ou en Allemagne, c’est terminé.
Pourquoi, à votre avis, la France est si en retard en matière d’énergie éolienne ?
Par inertie, par manque de courage politique, alors qu’elle a des potentialités considérables. Le système des éoliennes a été inventé dans des laboratoires de Poitiers (région Poitou-Charentes). Or, aujourd’hui, on est l’un des pays les plus à la traîne, on perd notre savoir-faire, alors que l’on dispose de très bons centres de recherches. Trop longtemps, on a pensé que la protection de l’environnement pouvait se faire avec des bons sentiments : "Tout le monde va s’y mettre, on va tous se donner la main." Moi, je crois que c’est en fixant des règles fermes qu’on avance. Je l’ai montré lorsque j’étais ministre de l’environnement.
En France, les trois quarts des rivières et des nappes souterraines sont polluées par les pesticides. Le Danemark a réussi à développer une agriculture performante tout en réduisant leur consommation. Peut-on se fixer le même objectif ? Cela passe-til par l’application systématique du principe "pollueur- payeur" ?
Oui, c’est évident. Non seulement, il faut appliquer ce principe, mais aussi accélérer la mutation de l’agriculture vers l’agriculture biologique. Il faut faire en sorte que, dans un avenir plus ou moins rapproché, toute l’agriculture devienne biologique. Aujourd’hui, c’est un créneau assez étroit. La région Poitou- Charentes, que je préside, s’est massivement engagée dans l’agriculture biologique. Il faut sortir d’une agriculture subventionnée sur des critères de productivité. Une façon d’y arriver, c’est de dire la vérité. On sait aujourd’hui que des cancers sont liés à la dégradation de l’environnement, et notamment des pesticides dans l’alimentation. La protection de l’environnement est liée à la démocratie et à l’exigence de transparence. Tous les mensonges officiels que l’on a connu à propos du nuage de Tchernobyl, de l’amiante, des OMG, ont permis de ne pas remettre en cause des habitudes, des puissances financières, des rapports de force, des intérêts corporatistes, etc. Quand il y aura la transparence totale et quand l’information scientifique sera donnée sur l’impact de la dégradation de l’environnement, sur la santé publique, alors les gens se bougeront, et les politiques prendront les bonnes décisions.
Vous avez interdit la culture des OMG à l’air libre en Poitou-Charentes. Est-ce une mesure qu’il faut étendre à l’ensemble de la France ?
Oui, bien sûr, au nom du principe de précaution, et parce que la dissémination des OMG a un impact qui n’est pas totalement maîtrisé. Il peut y avoir aujourd’hui des cultures OMG en plein champ, sans même que les maires ou les habitants soient en soient informés. En revanche, il ne faut pas tomber dans l’obscurantisme qui consiste à arrêter toutes les recherches. Il faut aussi poser la question de l’impact de l’utilisation des OMG sur les rapports Nord-Sud.
L’Europe est-elle le bon niveau pour intervenir sur toutes ces questions d’environnement ?
L’Europe est beaucoup trop faible sur ces questions. D’un côté, elle favorise une agriculture intensive en versant dix fois plus d’argent aux gros céréaliers qu’aux éleveurs qui travaillent dix fois plus, et de l’autre, elle fait des discours sur l’environnement. C’est un scandale, cette contradiction. De même pour le chef de l’Etat : à l’étranger, il tient de très beaux discours sur la maison qui brûle, et quand il revient sur le territoire national, non seulement rien en cange, mais les choses s’aggravent. On subventionne avec nos impôts la dégradation de l’environnement.
Comment aider les pays les plus pauvres ? Les nations riches ont du mal à respecter l’engagement de reverser 0,7% de leur PIB en faveur des pays en voie de développement. Faut-il recourir à une taxe Tobin (prélèvement sur les transactions financières) ou la taxe sur les billets d’avion, comme l’a fait adopter le Président Chirac ?
Je pense qu’on n'échappera pas à une taxe mondiale pour financer le développement des pays pauvres. Une taxe de type Tobin, pourquoi pas ? Une taxe sur les billets d’avion… Ce qui est essentiel, c’est l’utilisation de ces fonds. Il n’y en a pas le tiers, et encore, je suis loin de la vérité, qui arrive véritablement à destination. Lorsque j’étais ministre de l’Environnement, je suis allé au Mali constater l’utilisation des aides versées pour les adductions d’eau et le ramassage des déchets. En fait, ils n’avaient jamais rien reçu depuis des années. Tout partait dans les organismes intermédiaires. J’ai donc directement donné ces aides à l’association du village. Il faut remettre l’argent à ceux qui font le travail, et moi, je crois qu’il faut beaucoup s’appuyer sur les femmes. Ce sont elles qui font l’essentiel des taches domestiques, qui vont encore couper le bois et chercher l’eau avec leurs filles, alors qu’elles devraient être équipées en cuisinières solaires pour stopper la déforestation. Plus la forêt s’éloigne, plus il faut marcher, et plus on est agressé. Je pense que, si les hommes allaient chercher l’eau, il y aurait longtemps que ces pays seraient équipés en adduction d’eau et en réchauds solaires ! Donc, avant de parler de taxe, de faire de la bureaucratie ou des rapports, il faut réfléchir à la manière dont l’argent sera utilisé.
On parle beaucoup de développement durable. Concrètement, qu’est ce que cela signifie pour vous ?
Je pense que le mot est totalement usé, trituré, instrumentalisé. Tout le monde fait du développement durable, même les maïsiculteurs intensifs, même les bétonneurs… Tous brandissent une belle pancarte « développement durable ». L’expression a été détournée de son sens. Le développement durable, c’est concevoir un développement économique qui n’appauvrisse pas les générations futures, c’est à dire qui leur garantisse la transmission d’un patrimoine intact et leur permettre de se développer sans dégrader l’environnement. Certains voudraient remettre en cause la notion de croissance. Ce n’est pas mon cas, car dans la croissance qu’il faut rendre compatible avec l’environnement, il y a les créations d’emploi. En revanche, je crois qu’il faut inventer le concept de croissance économe, de croissance éthique. Dans beaucoup de domaines, et quel que soit le niveau de revenus. On l’a fait dans ma région pour des logements sociaux, grâce à l’énergie solaire et au chauffage au bois. On a obtenu près de 40% des charges locatives. Ce n’est pas rien, à un moment où le pouvoir d’achat des familles se dégrade, notamment à cause du prix de l’énergie. Cela signifie que l’environnement est aussi un facteur de cohésion sociale et de lutte contre les inégalités.

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Par Retranscrit par Thomas Lecourbe - Publié dans : Blog
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