Agoravox

Lundi 24 juillet 2006 1 24 /07 /2006 01:12
A un an de l'élection présidentielle, certains ont déjà fait leur choix. Je serais tenté de dire : "Tant pis pour eux". Je préfère ma disponibilité à leurs certitudes

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A ce stade de la compétition, je sais seulement qu'en aucun cas je ne voterai pour les extrêmes, de droite comme de gauche. Je ferai mon marché parmi les candidats démocrates. Mais je ne vais pas vider de son contenu ce temps fort de la démocratie, avec un bulletin prérempli. Avant de se poser la question pour qui voter, il faut d'abord répondre à une autre question: pour quoi voter ?
Cette retenue n'est pas synonyme de passivité mais d'exigence civique.

Pour bien choisir, il faut tout à la fois suivre une bonne campagne et se donner un bon profil d'élu
Pour la campagne, que voyons-nous aujourd'hui ? Deux candidats se détachent très nettement : Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Leur caractéristique commune, c'est de n'apparaître pas comme l'émanation d'un parti. Le premier parce que le parti qui le soutient est à sa dévotion. Sarkozy n'est pas le candidat de l'UMP, c'est l'UMP qui est le parti de Sarkozy. Le cas de Ségolène Royal est à la fois contraire et semblable. Elle n'est pas la candidate du PS : l'appareil dirigeant du parti est contre elle, et ne se gêne pas pour le faire savoir. Ainsi, l'un parce qu'il est suivi par sa formation et l'autre parce qu'elle ne l'est pas, tous deux apparaissent libres d'engagement partisan. Ils peuvent jouer à saute-mouton sur la frontière idéologique droite-gauche et les Français ne sont jamais si satisfaits que lorsque la première préconise des mesures qualifiées "de droite" et le second des mesures étiquetées "de gauche".

Les candidats socialistes auraient dû en tirer des enseignements et, prenant leur distance vis-à-vis du PS, affirmer leur originalité, faire valoir leur capacité d'invention. Nous aurions ainsi quatre ou six postulants susceptibles d'être soutenus par le PS et tous différents les uns des autres. Au lieu de quoi nos éléphants n'ont rien trouvé de mieux que de se retrancher dans leur forteresse partisane et de rappeler Madame Royal à la discipline du parti. Comme si un Dominique Strauss-Kahn n'était pas capable de l'affronter sans la ligoter dans le programme du parti ? Désolant !

Quel devra être le profil du nouveau chef de l'Etat ?

  • Il ne devra en aucun cas être le candidat d'un parti. Il devra ne tenir son autorité que du suffrage universel.
  • Il devra créer un lien personnel et très fort entre les Français et lui. Je connais l'accusation de populisme, chère aux apparatchiks. En son temps, de Gaulle eut droit aux mêmes.
  • Il doit échapper au manichéisme droite-gauche. Qu'il vienne d'un bord ou de l'autre, peu importe, il doit pouvoir à tout moment prendre dans l'autre camp des solutions, si elles se révèlent les plus efficaces. Il doit avoir tenu un langage de vérité sur l'état réel du pays et un discours simplement indicatif sur les moyens d'y remédier. Pas de catalogue de recettes !
  • Il doit rendre à la question financière sa véritable signification. C'est tout simplement l'infarctus qui, à très court terme, menace la France. La première mission du prochain quinquennat sera d'éviter, ou de gérer, la cessation de paiement du pays.
  • Il doit dresser ce bilan de manière non polémique. La gauche a revendiqué cette politique de la facilité, la droite s'y est résignée, quelle différence à l'arrivée ? Tous responsables ! Dans l'esprit du rapport Pébereau.
  • Il doit tirer les conséquences de cette menace. C'est une urgence majeure, comme la défense nationale en 1938. Qui implique une autre façon de gouverner. Appelons cela union nationale, sursaut collectif, peu importe, les gouvernements n'ont plus la marge de manoeuvre suffisante pour jouer la politique droite contre gauche. Ils doivent rassembler très au-delà des clivages partisans.
  • Il doit affirmer haut et clair son attachement à l'économie de marché, à la libre entreprise, au capitalisme industriel.
  • Il doit, dans son discours, remettre l'économie sur ses pieds. A savoir rappeler que le déficit et l'endettement sont des impôts sur nos enfants et pas une politique de croissance et d'emploi, que l'enrichissement individuel est légitime et nécessaire quand il crée des richesses et des emplois pour tous, que c'est le travail, et pas sa réduction, qui crée des emplois, que ce sont nos enfants et pas les capitalistes, qui paient les retraites, que la sécurité de l'emploi n'est pas un droit mais un avantage, qu'elle appelle des contreparties, que l'amélioration du service public passe par sa modernisation et pas par son alourdissement, que l'indemnisation du chômage suppose un vrai travail de recherche d'emploi et implique une véritable rémunération, etc.
  • Il doit entreprendre le démantèlement de la haute-privilégiature : les avantages des managers salariés (retraite, indemnités, stock options), le droit de pantouflage et, plus généralement, le système des grands corps, le droit de retour en cas de carrière politique.
  • Il doit poser en principe que l'assurance-maladie n'a pas le droit d'être en déficit car nous ne pouvons plus nous soigner aux frais de nos enfants. Toute augmentation des dépenses doit entraîner une augmentation équivalente et immédiate des cotisations.
  • Il doit imposer à l'Etat et aux différentes administrations des objectifs de réduction de dépenses qui résulteront des réformes accomplies. A budget réduit, service amélioré ! Quitte, pour ces administrations, à proposer des initiatives législatives pour favoriser cette simplification.
  • Il doit poser en principe que tous les prélèvements sociaux et fiscaux doivent se faire à la source, mais que le contributaire doit être en permanence informé de ce qu'il paye.
  • Il doit annoncer la grande remise à plat des retraites sur le principe : modulation des droits en fonction de la seule pénibilité du travail, maintien des cotisations à un taux acceptable pour nos enfants.
  • Il doit mettre fin à la subvention du non-travail via le système des 35 heures, mais, au contraire, étendre les réductions de charges sur les bas salaires.
  • Il doit compenser une moindre défense des emplois existants par une véritable prise en charge des chômeurs.
  • Il doit se prononcer sur des problèmes de société, pas seulement ceux à la mode, comme le mariage homosexuel, mais d'autres qui concernent tout le monde, comme le droit de mourir dans la dignité.
  • Il appartient à chacun, cela va de soi, d'ajouter ou de retrancher des items à cette liste, de se construire son président idéal, son candidat de référence. Mais on ne peut se contenter de juger passivement entre les programmes qui nous sont proposés. L'évaluation suppose une grille de référence. A chacun de se constituer la sienne. Celle-ci n'est encore qu'une première ébauche. 

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Par François de Closets - Publié dans : Agoravox
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