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Blog de soutien à la candidature de Ségolène Royal depuis Tahiti
http://www.tahitipresse.pf/index.cfm?snav=see&presse=18244
"Dès ce premier contact, j'ai su que le choix proposé aux Polynésiens de te soutenir dans ton projet pour la France un mois plus tôt, était le bon", écrit le président de la Polynésie à la candidate, désormais officielle, du parti socialiste à l'élection présidentielle de 2007. Dans un long courrier commençant par "Chère Ségolène", Oscar Temaru rappelle à Mme Royal ce qu'il attend d'elle.
Le premier point abordé par le président est celui de la démocratie. Faisant référence au "Taui" (changement) qui l'a porté au pouvoir, Oscar Temaru encourage Ségolène Royal dans la réalisation de son propre Tau : "Tes désirs de rénover le débat politique, d'être à l'écoute des citoyens les plus fragiles, de répondre aux questions de l'éducation et de l'École, de réformer sans briser, de promouvoir l'ordre et la justice, de repenser la performance économique et la sécurisation du travail et de faire participer les citoyens à la gestion publique, tous ces désirs d'avenir sont de nature à réconcilier les Français avec l'action politique."
Oscar Temaru explique aussi que le Taui polynésien a besoin du soutien d'un État français rénové.
Tout d'abord pour tourner définitivement la page sur "ce système corrompu, dénoncé par les différents rapports de la juridiction financière de la Chambre Territoriale des Comptes, qui a perduré pendant de trop nombreuses années grâce à la complaisance de fonctionnaires d'un État encore marqué par le colonialisme, aux ordres des plus hauts responsables politiques de la France."
Le président veut aussi "que les douloureux contentieux de l'ère coloniale et néocoloniale soient définitivement apurés, que les Polynésiens de toutes origines puissent se réapproprier leur Histoire, se familiariser avec leur mémoire commune et connaître enfin, en toute transparence, les conséquences des essais nucléaires sur leur santé et sur leur environnement ! "Pour cela nous demandons de faciliter la tâche des chercheurs en ouvrant toutes les archives de la Nation, tout particulièrement, celles qui concernent l'épisode de l'incarcération et du bannissement de Pouvanaa a Oopa et celles qui concernent les expérimentations nucléaires dont nos îles ont été le théâtre" précise Oscar Temaru..
"S'il est établi que l'État français a failli à sa mission de respect des Droits de l'Homme, dans l'un comme dans l'autre cas, je demande solennellement au nom du Pays une juste réparation."
Reconnaissant aussi ce que la Polynésie doit à la France, "tout à la fois la pire des injustices par le fait colonial et la plus belle des espérances par les idées d'émancipation", Oscar Temaru attend aussi de celle qui est à ses yeux la future présidente de la République française, la reconnaissance que "le peuple polynésien existe".
"Nous sommes les héritiers d'une grande civilisation de l'Océan, éparpillée sur l'ensemble du bassin Pacifique. Dans l'immense triangle géographique dont la Nouvelle-Zélande, l'île de Pâques et les îles Hawaii constituent les extrémités, une même langue nous rapproche, une même culture nous lie.
Parce que notre Pays fut le centre de dissémination de la culture maohi, par-delà les obstacles des entités étatiques héritées de l'ère coloniale, il est capital que nous puissions rétablir les communications avec les nations grandes et petites de la zone, sans complexe et sans arrogance.
C'est pourquoi, nous nous attachons malgré le contexte économique mondial, à ce que les rapports avec nos voisins reposent désormais sur les valeurs d'échange et de partage qui ont fondé les sociétés du grand Océan, en recherchant la coopération et la complémentarité, plutôt que la concurrence et la compétition."
Le président polynésien revient aussi sur "le combat de plusieurs générations de Polynésiens pour reconquérir le pouvoir local". Depuis "la loi cadre du 23 juin 1956, dite loi Deferre, (qui) répondait beaucoup mieux au désir d'autonomie et d'émancipation des Polynésiens..." jusqu'au statut de 2004 "qui prétendait donner davantage d'autonomie aux Polynésiens (et) fut imposé, sans concertation, au profit du pouvoir d'un seul homme".
C'est pourquoi Oscar Temaru souhaite un nouveau statut qui soit le résultat d'un "large débat démocratique (qui) devra se nourrir des apports des uns et des autres pour aboutir à une lecture partagée de l'Histoire et du devenir institutionnel, économique, social et culturel de notre Pays. C'est ce que j'ai appelé les 'accords de Tahiti Nui'. Une fois signés au plan local, ces accords serviront de base aux négociations qui s'ouvriront avec l'État en vue d'un véritable partenariat sur le court, moyen et long terme pour nouer de nouveaux liens librement consentis entre la France et la Polynésie."
Enfin, après avoir exposé son souci de faire émerger en Polynésie "un système éducatif original, fondé sur le désir d'école des parents, le désir d'apprendre des enfants et le désir de former des maîtres qui prendra en compte notre immersion dans le contexte régional anglophone", Oscar Temaru expose à Ségolène Royal la nécessité, à ses yeux, d'organiser un référendum sur la question de l'indépendance :
"Tu connais, chère Ségolène, la volonté des Polynésiens de se prononcer sur la question de la pleine souveraineté, en toute connaissance de cause, le moment venu, sans oublier le chemin que nous avons parcouru ensemble pendant près de deux siècles.
Ainsi, tout en faisant revivre notre Histoire et nos traditions, nous souhaitons rompre avec la soumission à un seul modèle de société qui conduit au repli sur soi.
Au contraire, nous voulons créer un modèle économique et social original, qui emprunte ce qu'il y a de mieux chez nos partenaires proches ou lointains, pour que notre Pays devienne un exemple de démocratie au service des Polynésiens qui ont trop longtemps été privés du droit de choisir, en conscience, leur avenir."
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Texte intégral de la lettre à Ségolène Royal
Chère Ségolène,
Je me souviens de notre rencontre à Poitiers et de ton accueil si chaleureux. J’ai appris de toi que Poitiers fut un lieu de détention de notre "Metua" Pouvanaa a Oopa. Dès ce premier contact, j’ai su que le choix proposé aux Polynésiens de te soutenir dans ton projet pour la France un mois plus tôt, était le bon.
Tes désirs de rénover le débat politique, d’être à l’écoute des citoyens les plus fragiles, de répondre aux questions de l’éducation et de l’Ecole, de réformer sans briser, de promouvoir l’ordre et la justice, de repenser la performance économique et la sécurisation du travail et de faire participer les citoyens à la gestion publique, tous ces désirs d'avenir sont de nature à réconcilier les Français avec l’action politique.
Je sais que tu as suivi avec solidarité les péripéties de notre "Taui", notre lutte contre un système clientéliste, inéquitable, attentif aux privilégiés et sourd aux plus démunis.
Ce système corrompu, dénoncé par les différents rapports de la juridiction financière de la Chambre Territoriale des Comptes, a perduré pendant de trop nombreuses années grâce à la complaisance de fonctionnaires d’un Etat encore marqué par le colonialisme, aux ordres des plus hauts responsables politiques de la France.
Malgré toutes les entreprises de déstabilisation couvertes par l’Etat, pour aider l’ancienne majorité à reprendre le pouvoir, le peuple polynésien, le 13 février 2005, a renouvelé sa confiance dans le changement.
Tu as le souvenir de cette immense marche de protestation qui avait rassemblé près de 30 000 personnes dans les rues de Papeete, à laquelle s’étaient associés en témoignage de solidarité les parlementaires de gauche.
Aujourd’hui, nombre de Français réclament aussi le "Taui" que tu proposes : le rejet de l’arrogance dans l’exercice de la responsabilité politique, une certaine idée de la morale publique, le refus de la soumission au conformisme de la pensée, la volonté de promouvoir un développement économique respectueux de l’environnement et d’un partage équitable des richesses, la conviction démocratique qui parie sur l’intelligence des citoyens pour peser sur le destin collectif.
Je serais honoré de gravir à tes côtés cette "montagne" pour construire un destin partagé qui vise "le progrès pour tous et le respect pour chacun".
Comme j'ai eu l'occasion de te le dire nous attendons que les douloureux contentieux de l’ère coloniale et néo-coloniale soient définitivement apurés . Que les Polynésiens de toutes origines puissent se réapproprier leur Histoire, se familiariser avec leur mémoire commune et connaître enfin, en toute transparence, les conséquences des essais nucléaires sur leur santé et sur leur environnement !
Pour cela nous demandons de faciliter la tâche des chercheurs en ouvrant toutes les archives de la Nation, tout particulièrement, celles qui concernent l’épisode de l’incarcération et du bannissement de Pouvanaa a Oopa et celles qui concernent les expérimentations nucléaires dont nos îles ont été le théâtre.
S’il est établi que l’Etat français a failli à sa mission de respect des Droits de l’Homme, dans l'un comme dans l'autre cas, je demande solennellement au nom du Pays une juste réparation.
Notre Histoire commune fondée sur la conquête coloniale a créé entre nos deux peuples au fil des deux siècles de vie partagée, des relations de proximité.
Les hommes et les femmes s’aimèrent, formèrent des familles, donnèrent le visage de cette Polynésie plurielle qui mêle toutes les origines pour la plus grande richesse de notre société.
Si le Général De Gaulle depuis son discours de Brazzaville fut le premier initiateur de la décolonisation au sein de l’Empire, cette décolonisation, inscrite dans les tables de la loi, tant au niveau de l’ONU qu’à celui de la constitution Française de 1946 reste encore à parachever en Nouvelle Calédonie et en Polynésie. C’est une mission sacrée de la France.
Les valeurs de la République- Liberté, Egalité, Fraternité- ont séduit les citoyens de notre Pays au point qu’à deux reprises, et au nom de ces valeurs, au cours des deux conflits mondiaux, ils vinrent donner leur sang pour défendre la France. Celle-ci leur avait apporté tout à la fois la pire des injustices par le fait colonial et la plus belle des espérances par les idées d’émancipation. Idées, principes et exigences qui fondèrent le mouvement de reconquête institutionnelle, initié par Pouvanaa a Oopa.
Contrairement à certains propos, le peuple polynésien existe.
Nous sommes les héritiers d’une grande civilisation de l’Océan, éparpillée sur l’ensemble du bassin Pacifique. Dans l'immense triangle géographique dont la Nouvelle-Zélande, l’île de Pâques et les îles Hawaii constituent les extrémités, une même langue nous rapproche, une même culture nous lie.
Parce que notre Pays fut le centre de dissémination de la culture maohi, par-delà les obstacles des entités étatiques héritées de l’ère coloniale, il est capital que nous puissions rétablir les communications avec les nations grandes et petites de la zone, sans complexe et sans arrogance.
C'est pourquoi, nous nous attachons malgré le contexte économique mondial, à ce que les rapports avec nos voisins reposent désormais sur les valeurs d'échange et de partage qui ont fondé les sociétés du grand Océan, en recherchant la coopération et la complémentarité, plutôt que la concurrence et la compétition.
De même, nous tenons à faire reconnaître et à poursuivre le combat de plusieurs générations de Polynésiens pour reconquérir le pouvoir local.
Après la Seconde guerre mondiale et grâce à la figure emblématique de Pouvanaa a Oopa, une première étape décisive fut franchie. L'esprit de la loi cadre du 23 juin 1956, dite loi Deferre, répondait beaucoup mieux au désir d'autonomie et d'émancipation des Polynésiens et des peuples d'Outre-mer. Le gouvernement suivant ayant confisqué ce qui avait été accordé, le combat reprit pour permettre de nouvelles avancées.
Pourtant, en 2004, un nouveau statut qui prétendait donner davantage d’autonomie aux Polynésiens fut imposé, sans concertation, au profit du pouvoir d’un seul homme. Pour condamner ce déni de démocratie, les Polynésiens refusèrent par deux fois, dans la confidentialité des urnes, de se plier à la volonté du Chef de l’Etat et du président du Territoire.
Cet état de fait impose que le statut actuel soit révisé.
Son élaboration devra être une œuvre de consensus pour trouver le point d'équilibre permettant à la fois de garantir la stabilité des majorités issus des votes et d'éviter la concentration excessive des pouvoirs tout en prenant en compte le souci légitime de tous les partis de se faire entendre dans le débat démocratique.
Un large débat devra se nourrir des apports des uns et des autres pour aboutir à une lecture partagée de l’Histoire et du devenir institutionnel, économique, social et culturel de notre Pays. C’est ce que j’ai appelé les "accords de Tahiti Nui".
Une fois signés au plan local , ces accords serviront de base aux négociations qui s’ouvriront avec l’Etat en vue d’un véritable partenariat sur le court, moyen et long terme pour nouer de nouveaux liens librement consentis entre la France et la Polynésie.
Il nous appartiendra alors, de trouver localement les moyens de notre propre solidarité pour soutenir celle de la France et passer d’une société très inéquitable, à une juste répartition des richesses et des efforts, ce qui reste le sens profond du Taui.
Persuadés, qu'en Polynésie comme en France, "Il n’y a de richesse que d’hommes", nous considérons qu'il ne peut y avoir de développement durable sans équité sociale, ce qui nécessite le réexamen d'ensemble de toutes les situations générant des inégalités et la levée de certains blocages qui font obstacle à l'esprit d'initiative et d'entreprise.
La pérennité de cette nouvelle conception des rapports sociaux passe par l’Education et nous sommes engagés dans une grande réflexion pour faire émerger dans notre Pays un système éducatif original, fondé sur le désir d’école des parents, le désir d’apprendre des enfants et le désir de former des maîtres qui prendra en compte notre immersion dans le contexte régional anglophone.
La priorité sera accordée à la formation des cadres polynésiens pour assumer une véritable autonomie économique, administrative et politique qui nécessitent de faire preuve d’imagination, d’initiative et de nous garder de la reproduction de modèles hérités de la colonisation des esprits.
Tu connais, chère Ségolène, la volonté des Polynésiens de se prononcer sur la question de la pleine souveraineté, en toute connaissance de cause, le moment venu, sans oublier le chemin que nous avons parcouru ensemble pendant près de deux siècles.
Ainsi, tout en faisant revivre notre Histoire et nos traditions, nous souhaitons rompre avec la soumission à un seul modèle de société qui conduit au repli sur soi.
Au contraire, nous voulons créer un modèle économique et social original, qui emprunte ce qu'il y a de mieux chez nos partenaires proches ou lointains, pour que notre Pays devienne un exemple de démocratie au service des Polynésiens qui ont trop longtemps été privés du droit de choisir, en conscience, leur avenir .
Confiant dans ta volonté et ton courage pour franchir les étapes qui te conduiront aux plus hautes fonctions, je te transmets chère Ségolène, tout mon soutien et celui de très nombreux Polynésiens qui attendent l'ordre juste d'un Etat impartial, constant dans l'exercice de ses responsabilités et respectueux de leurs désirs d'avenir.
Oscar Manutahi TEMARU
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Discours de Ségolène Royal à Poitiers
- visite d'Oscar Temaru le 21 juin 2006 -
Monsieur le Président, Cher Oscar,
Je suis très heureuse de t’accueillir à l’occasion de la Fête de la Musique dans notre Région où nous aurons le plaisir de découvrir tout à l’heure deux groupes de danseurs et de danseuses qui nous donneront un aperçu de cet art si vivace et de la riche culture polynésienne.
Ce sera un beau moment de fête partagée. Ce ne fut pas toujours le cas.
J’ai appris, à l’occasion de ta venue, qu’au 19ème siècle, la danse traditionnelle polynésienne fut, avec la pratique de la langue polynésienne et du tatouage, sévèrement interdite
Par des Occidentaux qui non seulement n’en comprenaient pas la signification mais plaquèrent, sur cette forme majeure d’expression du peuple polynésien, les schémas étroits et les puritanismes de leur ethnocentrisme arrogant. Interdiction de danser, puis limitation à quelques heures et quelques lieux obligés, et sociale, tentatives diverses d’aseptisation : le colonialisme le plus obtus tel qu’en lui-même !
Mais la danse polynésienne a résisté. Elle a retrouvé ses lettres de noblesse.Elle a maintenu vif le fil de la tradition tout en renouvelant et réinventant sa gestuelle. Elle l’a finalement emporté sur la bêtise et le préjugé. En me penchant quelque peu sur les pages de cette histoire, j’ai découvert que, parmi celles et ceux qui ont contribué à cette renaissance, un chorégraphe polynésien s’appelait… Hollande (Gilles). Heureux présage : il fallait bien qu’un jour, nos routes se croisent ! On dit qu’il contribua, dans les années 60 et 70, à faire connaître au monde la beauté de vos danses. Tu es, cher Oscar, par ta victoire électorale et celle de la liste d’union que tu conduisais, celui qui a rendu au peuple polynésien sa dignité et la maîtrise de son histoire un certain 14 juin 2004.
Je m’en souviens : dans l’Hexagone aussi, nous fêtions la victoire de la gauche aux élections régionales. 2ème coïncidence. Votre victoire, chers amis, fut ressentie jusqu’ici comme un coup de tonnerre car elle signifiait la fin d’un système qu’on disait inexpugnable, fort de ses méthodes peu regardantes.
Vous, c’est forts de vos valeurs, d’un combat de longue date et d’une immense espérance populaire que vous avez, dans ce Pays de Polynésie, remis en marche une histoire que la droite avait figée sous la férule d’un pouvoir absolu. Votre joie et votre fierté furent aussi les nôtres.
http://www.poitou-charentes.fr/upload/discours/2006-06-21-visite-oscar-temaru449abf28505db.pdf
Publié le 28/11/2006 à 05h58 dans ATP